thumb|upright=1.5|Émigration italienne par régions 1876-1915 L Émigration italienne témoigne d'un flux migratoire de la fin du jusqu’au milieu du , depuis l'Italie vers les pays industrialisés d'Europe, les États-Unis, Canada et Amérique du Sud. Dans la seconde moitié du , l'Italie est un réservoir à main-d’œuvre pour les pays industrialisés et des flux de ses migrants se sont installés de par le monde avec plus ou moins de difficulté.
Les immigrés italiens se sont installés dans de nombreux pays, principalement en Amérique du Nord et en Amérique du Sud. Les pays secondaires de l'immigration italienne sont des pays d'Amérique centrale, mais aussi l'Australie, la Tunisie, l'Algérie, la Libye, l'Albanie, la Grèce, l'Afrique du Sud, l'Espagne, la Somalie, la Suisse, la France métropolitaine, l'Allemagne ou encore la Belgique.
Grande émigration Dès l’unité italienne accomplie, le nouveau royaume d’Italie amorce, comme d’autres puissances européennes, sa révolution industrielle. L’Italie a du mal à rattraper des pays déjà plus avancés, tels que l’Allemagne ou le Royaume-Uni, souffrant également d’un manque de matières énergétiques, notamment de charbon, essentiel durant cette période.
+ Date à laquelle la valeur de la production industrielle a dépassé la valeur de la production agricoleSource : Manuel d'histoire de première, Nathan, « J. Marseille » 1997 -Date à laquelle le nombre d'actifs employés dans l'industrie a dépassé le nombre d'actifs employés dans l'agriculture - 1820 1841 1845 1890 1879 1890 1890 1907 1900 1920 1900 1920 1925 1950 1935 1954 1961 1970 1981
La transition démographique génère une surpopulation dans les campagnes ; les structures agraires se transforment ; l’Italie va connaître plusieurs grandes vagues d’émigration.
Première vague : 1880-1914, l’ouverture des principales voies de migration L'Italie moderne a pris naissance en 1861, quand les rois de la maison de Savoie unifient la péninsule Italienne par l'annexion des différents États dans lesquels l'Italie est divisée depuis des siècles. L'Italie est constituée de d'habitants au Centre-Nord, auxquels s'ajoutent les de l'ancien royaume des Deux-Siciles (7 de la péninsule méridionale et 2 de la Sicile). Ainsi, avec l'annexion des États pontificaux en 1870, l'Italie a approximativement d'habitants (contre environ en Allemagne et environ au Royaume-Uni) Statistiques de la population italienne. Lors de l'unification de l'Italie, Naples - ancienne capitale du royaume des Deux-Siciles - devient la plus grande ville du pays avec , alors que Rome ne compte que . En 1900, l'Italie a un peu plus de d'habitants.
Une grande partie de l'Italie au moment de l'unification est rurale et en 1861, presque 70 % de la population est composée d'agriculteurs. L'unification a brisé le système féodal: depuis le Moyen Âge et particulièrement dans le sud, les terres étaient la propriété inaliénable des aristocrates, des organisations religieuses ou du roi. La décomposition du féodalisme et la redistribution des terres ne permet pas aux petits agriculteurs de vivre de leur production. Beaucoup ne disposent que de toutes petites parcelles qu'il faut diviser au cours des successions patrimonialesMcDonald, J.S. (October, 1958). "Some Socio-Economic Emigration Differentials in Rural Italy, 1902-1913". Economic Development and Cultural Change 7 (1): 55-72. .. L'Italie ne produit pas suffisamment de denrées alimentaires, la cause principale est le manque de capitaux et leur mauvais emploi, les riches propriétaires terriens, plutôt que d'améliorer leurs terres, préfèrent en acquérir de nouvelles ou investir en titres, ce qui constitue le meilleur signe de progression sociale. L'impact de la politique sur la santé de la population est important ; en 1880, par le manque de programmation de plans d'aménagement des zones marécageuses, sont touchées par la malaria, et, dans les campagnes du Nord, la pellagre se développe, causée par la misère et la malnutrition provoquant .
À partir de la fin des années 1880, l’Italie connaît notamment une grave période de crise caractérisée comme « les années les plus noires de l’économie italienne » par l’historien G. Luzzatto, provoquée par trois évènements majeurs : La rupture commerciale avec la France Une crise agricole (aggravée par la rupture précédente) Une crise immobilière et bancaire.
C’est dans ce contexte économique morose que débutent les premiers départs massifs d’Italiens vers l’étranger. En même temps poussés par les transformations socio-économiques en cours dans le nord de la péninsule italienne qui touchent surtout la propriété de la terre, une partie des paysans vont être sollicités par les mines et industries de proches pays européens déjà industrialisés comme la France, la Belgique, l’Allemagne, la Suisse ou le Luxembourg (mécanique, acier, textile)... manquant déjà de main-d’œuvre.
La direction générale de la statistique n'a commencé ses premières études statistiques officielles sur l'émigration qu'à partir de 1876. Les chiffres montrent comment l'émigration a augmenté de façon spectaculaire :
En extrapolant à partir des d'habitants de l'Italie à l'époque de l'unification du pays, la fécondité et la mortalité, sans prendre en compte l'émigration, la population aurait dû atteindre environ en 1970 alors qu'elle n'était, en raison de l'émigration au début du siècle, que de Sori, Ercole (1999). Guida all'Italia Contemporanea, vol 4. Comportamenti Sociali e Cultura: "Demografia e Movimenti di Popolazione". Garzanti, 32-38. ISBN..
Entre 1876 et 1900 on dénombre déjà plus de annuels d’Italiens.
Le taux migratoire moyen qui n'est que de en 1894, va s’élever à en 1900, avant de culminer à (soit 2,5 % de la population totale) en 1913 avec près de hors des frontièresMonticelli, Giuseppe Lucrezio (Summer, 1967). "Italian Emigration: Basic Characteristic and Trends with Special Reference to the Last Twenty Years.". International Migration Review 1 (3, Special issue, The Italian Experience in Emigration): 10-24. .. En tout, de 1900 à 1915, ce seront plus de d’Italiens qui quitteront le royaumeMichèle MERGER, Un siècle d’histoire industrielle en Italie, Industrialisation et sociétés 1880-1970, Sedes, 1998.
L'émigration n'est pas particulièrement contrôlée par l'État. Les émigrants sont souvent entre les mains d'agents soucieux de leurs propres intérêts. Les abus conduisent à une première loi votée en 1888 pour placer les agences de l'émigration sous le contrôle de l'ÉtatCometti, Elizabeth (December, 1958). "Trends in Italian Emigration". The Western Political Quarterly 11 (4): 820-834. ..
La loi n.23 du crée un commissariat à l'émigration qui a pour objectif d'accorder des licences aux transporteurs, des coûts fixes de billets, un ordre aux ports d'embarquement, la surveillance des conditions de santé pour les jeunes, la mise en place d'auberges de jeunesse et d'établissements de soins, et de conclure des accords avec les pays d'accueil pour aider à prendre soin de ceux qui arrivent. Cela inclut les discussions sur la législation du travail aux États-Unis jugée discriminatoire à l'égard des travailleurs étrangers (1885) et même suspendre, pour un temps, l'émigration vers le Brésil, où de nombreux émigrants sont utilisés dans des conditions inacceptables. Toutes ces mesures favorisent l'émigration.
Les mouvements d’émigration concernent presque toutes les régions, y compris les plus dynamiques, comme la Lombardie, la Ligurie, l’Italie centrale. Même si certains de ces taux sont cependant inférieurs à la moyenne, car plus peuplés, c’est ce nord italien qui fournit une part importante des migrants vers l’Europe, et le Sud vers les Amériques.
Émigration en Belgique
Émigration en France
Les facteurs qui ont contribué à l'émigration italienne en France sont nombreux. La France, qui a tendance à contenir la croissance de sa démographie, ne peut plus compter sur les pays limitrophes comme la Belgique ou la Suisse qui, sur le modèle français, ont un développement économique supérieur à l'ItalieSori, 1989, 2001. La France, dont le développement est plus précoce, a besoin pour soutenir son développement industriel et colonial d'une main d'œuvre importante. La proximité territoriale constitue un atout supplémentaire ainsi que la position de terre d'accueil que la France a traditionnellement tenue à l'égard des réfugiés politiques.
La première vague d'émigration italienne remonte à la fin du , notamment en Savoie, avec l'arrivée de paysans en provenance du Frioul, du Piémont, de Gênes. Après la Première Guerre mondiale, une nouvelle vague est formée de migrants chassés par la pauvreté, et de réfugiés politiques. Des heurts avec la population existent (notamment en raison de la hausse du chômage dans les années 1930). La dernière vague s'installe dans les années 1950 et 1960.
C'est l'Italie septentrionale qui fournit le plus gros de la main-d'œuvre et particulièrement le Piémont avec 30 % des migrants, suivi de la Lombardie (20 %) et de l'Émilie-Romagne (10 %). Les principales zones d'implantation se trouvent à proximité des frontières, les Alpes-Maritimes (20 %), le Var (10 %) et les Bouches-du-Rhône (12 %) qui avec la Corse représentent le tiers de la population italienne. Le deuxième pôle est constitué des départements proches de la zone alpine avec le Rhône, la Savoie, Haute-Savoie et l'Isère. Le troisième pôle est la Seine qui compte en 1896. Ce n'est qu'après la Première Guerre mondiale que de nouvelles régions attirent des émigrants: la Lorraine, le Nord-Pas-de-Calais, le Sud-Ouest (Lot-et-Garonne et Gers notamment).
En 1900, les Italiens dépassent pour la première fois le nombre de Belges et en 1911 ils deviennent le premier groupe d'étrangers en France. À cette date, ils constituent 36 % des émigrés et 1 % de la population françaiseAltreitalie 26 L'emigrazione italiana in Francia, un fenomeno di lunga durata, Paola Corti, Università di Torino.
En 2008, environ quatre millions de Français ont des origines italiennes« Fils de deux patries », Le Dauphiné libéré du 17 juin 2008..
Dans le chapitre intitulé « Mobilité et réussite sociales » de son Voyage en Ritalie, Pierre Milza cite les nombreux . Il ouvre son chapitre sur la définition donnée par le Who's Who in France pour définir ces personnalités : ce sont celles qui du fait de leur , et il évoque au fil des pages la présence notable de ces personnalités qui dans les domaines des arts, des lettres, du spectacle, des sports, de la politique, ou de l'industrie, et revendiquent leur « italianité », leurs origines italiennes ou franco-italiennes, en même temps que leur attachement à la culture française.
Émigrations transatlantiques Au milieu des années 1880, plus de 50 % des départs se font vers le continent américain, dont les destinations sont essentiellement les États-Unis, mais aussi le Brésil et l’Argentine. Les habitants du Mezzogiorno sont les principaux migrants à tenter l’aventure outre-Atlantique, avec près de 70 % des départs vers les Amériques entre 1900 et 1914.
+ Émigrés italiens – moyennes annuellesdateTotalDestinations transocéaniquesPourcentage 1886-1890 59 1891-1895 57 % 1896-1900 52 % 1901-1904Données des destinations transocéaniques, non fournies par l'auteur pour ces années-là. Source : Istituti di Statistica, Somario di statistiche italienne 1861-1955, Roma ...... 1905-1907 62 % 1908 47 % 1909-1913 60 % 1914 51 %
États-Unis