Ammien Marcellin (en latin, ), né vers à Antioche-sur-l'Oronte et mort vers (au plus tard en ) probablement à Rome, est l'un des plus importants historiens de l'Antiquité tardive avec Procope de Césarée. Quoique d'origine grecque, il a écrit en latin et a été le dernier grand historien de l'Antiquité à utiliser cette langue. C'est aussi l'un des derniers auteurs païens d'importance.

Son œuvre principale, Res gestae, couvre la période de à Seule la partie correspondant aux années à a été conservée ; elle traite de la période où commencent les grandes invasions, qu'il vit comme militaire sous les empereurs et Julien. Partie la plus détaillée de l'œuvre, elle comprend dix-sept des trente et un livres des Res gestae originelles. Il s'efforce d'être objectif, bien que certaines de ses positions soient clairement exprimées. Il juge sévèrement le règne de , mais manifeste une grande admiration pour Julien. Son œuvre demeure une source essentielle pour comprendre le .

L'Empire romain au temps d'Ammien Marcellin

À la naissance d'Ammien, Constantin règne depuis de nombreuses années déjà sur l'Empire romain réunifié. Le contrôle des frontières est, de façon globale, assuré et, dans les derniers mois de sa vie, Constantin prépare une campagne contre l'Empire perse des Sassanides, le grand rival de Rome au Proche-Orient ; sa mort, le , l'empêche de réaliser ce projet..

L'Empire romain passe au cours du règne de Constantin par une période de profonde mutation sur le plan religieux. Le christianisme, réprimé jusqu'alors, s'affirme de plus en plus et devient religion d'État sous en 380.. Le paganisme, terme recouvrant des croyances religieuses diverses allant du culte romain traditionnel aux différents courants du néoplatonisme, n'est plus pratiqué que par une minorité de gens de plus en plus réduite. L'Empire romain s'affirme de plus en plus comme chrétien, où l'empereur est considéré comme le vicaire de Dieu sur la terre. Le rapport du politique au religieux prend une signification nouvelle Consulter le très bon survol du milieu païen à la fin du dans . Un autre très bon survol, quoiqu'un peu vieilli, est la collection d'essais de Momigliano : . C'est à comparer avec ..

vignette|gauche|alt=les empires sassanide et gupta au temps d'Ammien Marcellin|Les Empires sassanide et gupta au temps d'Ammien Marcellin.

Des problèmes d'un genre nouveau surgissent avec la christianisation progressive de l'État et de la société. La doctrine chrétienne n'étant pas encore totalement fixée, de nombreux schismes et hérésies éclatent, ces dernières portant surtout sur la nature du Christ, comme l'hérésie arienne. Au début du , à Alexandrie, le prêtre Arius professe que le Fils n'est pas l'égal du Père. L'arianisme, constitué de différents courants, se répand rapidement dans l'Est de l'empire alors qu'il est sévèrement condamné à l'Ouest. Différentes questions se rattachant à cette nature, notamment celle « de la » ou « des » énergie(s) enflamment les théologiens et les différentes couches de la société. , seul empereur à partir de 353, doit tout au cours de son règne non seulement lutter contre le paganisme mais tenter de maintenir l'unité d'une Église confrontée au schisme donatien et à l'hérésie arienne...

À la même époque, les pressions s'accentuent aux frontières. L'Est de l'empire est en état de guerre pratiquement permanent à partir de 337/338. Les Perses sassanides déferlent sans arrêt sur les provinces orientales de l'empire. À l'Ouest, des tribus germaniques envahissent le territoire. Le pouvoir impérial est déstabilisé par différents usurpateurs comme Magnence. L'empire survit, mais avec difficulté. Marcellin assiste à une bonne partie de ces événements, qu'il va inclure dans son œuvre, laissant ainsi à la postérité l'image d'un monde en mutation qui annonce la fin de l'Antiquité.

Sa vie

La vie de Marcellin est mal connue, bien que certains détails puissent se déduire à partir de son œuvre fait un survol systématique des problèmes les plus importants au niveau de la recherche (état de la recherche en 1979). Parmi les œuvres récentes, citons (The Roman Empire of Ammianus), de même que (Ammianus Marcellinus and the Representation of Historical Reality), (The Late Roman World and Its Historian) et (Ammianus Marcellinus). Pour un survol général concis, consulter (Geschichte der römischen Literatur). Voir également l'introduction dans la traduction en allemand des textes d'Ammien Marcellin rédigée par Veh et Wirth () et l'introduction dans la traduction en allemand des textes d'Ammien Marcellin rédigée par Seyfarth ()., surtout sur la dernière partie appelant à un projet historiographiqueVoir Res Gestae, XXXI, 16, 9, traduit par Guy Sabbah : . Les historiens pensent qu'il naît vers 330 en Syrie, vraisemblablement à Antioche sur l'Oronte, une des villes les plus peuplées et les plus importantes de l'empireCertains auteurs ne partagent pas cet avis. Ainsi, , pense que si Marcellin admirait cette ville où il a longtemps vécu, ce n'est pas là qu'il serait né.. Il est vraisemblablement issu d'une famille grecque fortunée et a manifestement reçu une excellente instruction, ne croit pas que cette famille appartenait au Sénat romain, mais plaide plutôt pour des racines militaires ou administratives.. Il semble avoir une excellente connaissance des littératures grecque et latine, soutient qu'Ammien parlait également le syriaque.. Encore jeune, Ammien devient officier dans l'armée et sert comme Unité d'élite qui servait de garde du corps à l'empereur et aux hauts gradés de l'armée.. À ce titre, il accompagne et protège son supérieur, chef de l'armée ()Pour les titres et fonctions, consulter « Glossaire des titres et fonctions dans l'Empire byzantin »., Ursicinus, lequel aurait été son protecteur et mécène...

vignette|alt=portrait du César Constantius Gallus|Portrait du césar Constantius Gallus, tiré du Chronographe de 354 .

En 354, Ammien accompagne Ursicinus à Antioche où règnent le césar Constantius Gallus et sa femme Constantina. L'année suivante il participe à la mission devant mettre un terme à l'usurpation de Sylvain à Cologne. Jusqu'en 357, il suit Ursicinus en Gaule où Julien, un cousin de , porte le titre de César. Ammien en fait un héros de son Histoire, incorporée par la suite aux Res Gestae. Il part ensuite avec Ursicinus pour l'Orient où il combat contre le roi perse . C'est pendant cette série de batailles que se situe pour Ammien un événement décisif : en 359, au cours de la deuxième série d'invasions perses contre Rome, Amida est prise, les Romains massacrés et Ammien ne s'échappe que de justesse. Il va tracer une description exhaustive du siège et de la prise d'AmidaAmmien, livre , 1, 9., description qui ne le cède en rien à celles des meilleurs historiens antiques et qui appartient aux portraits classiques de l'historiographie romaine.. En 360, Ursicinus est renvoyé, mais Ammien demeure dans l'armée et prend part en 363 à la campagne de Julien en Perse qui se termine par une catastropheJulien a été proclamé empereur par ses troupes en 360, vraisemblablement suivant un scénario soigneusement préparé, et devient seul empereur après la mort de Constance II en 361. Consulter et Julien (empereur romain)..

En 363, après la mort de l'empereur Julien, Ammien quitte l'armée et voyage à travers la Grèce, la Thrace et l'Égypte. Il retourne à Rome en 380 qu'il doit quitter lors de l'expulsion des étrangers qui suit la famine de 383Article « Ammienus Marcelinus » dans . ; il est de retour en 393 et jouit de la renommée que lui procure son œuvre, connue postérieurement sous le nom de Res Gestae, publiée l'année précédente. Les chercheurs savent, grâce à une lettre du rhéteur LibaniosLibanios, Lettre 1063, dans l'édition Foresters. avec qui Ammien est peut-être en contact, que cette œuvre jouit d'un immense succès. Les historiens, pendant un temps, croient qu'Ammien est le correspondant de Libanios comme le font penser certains détails, soutient qu'Ammien est le destinataire de cette lettre, ce que conteste toutefois . Consulter , un bon résumé de ce que les chercheurs connaissent de la vie d'Ammien.. Les rumeurs qu'il ait été nommé au Sénat ne peuvent être confirmées. La date exacte de sa mort est incertaine. L'année 400 a été mentionnée comme l'hypothèse la plus tardive ; l'année 395 est assez probable.

Son œuvre

Ammien est surtout connu pour son grand ouvrage, lacunaire aujourd'hui, les Res Gestae. Le titre, qui signifie « Les choses accomplies », n'est pas authentique, il fut appliqué par Priscien de CésaréeGrammaire Latine , 487.. Le Codex Vaticanus donne le titre Rerum gestarum libri, même si une hypothèse indiquerait que le titre probable serait Rerum gestarum libri ab excessu Neruae..

Les Res gestae

Res Gestae est une œuvre lacunaire, dont sont conservés uniquement les livres qui couvrent les années 353 à 378. Ils constituent la source la plus fiable et la plus importante concernant cette période.

L'ouvrage, connu sous le titre latin de (distinct de Res Gestae Divi Augusti), a été écrit après que l'historien s'est installé à Rome au début des années 380 et diffusé par le biais de lectures publiques au cours de la décennie suivante. Une partie des 31 livres qui forment l'œuvre est publiée en 391, les autres (à partir du livre ) suivent, peut-être en 394. Dans son ouvrage, Ammien examine les événements de l'histoire de l'Empire romain depuis la mort de l'empereur Nerva en 98 jusqu'à la bataille d'Andrinople en 378. Dans l'intention de l'auteur, les Res Gestae devaient constituer la continuation des Histoires de Tacite, écrites environ trois siècles plus tôt.

Dans l'ensemble, l'ouvrage est considéré comme une œuvre d'une valeur historique et documentaire importante et comme un compte rendu libre et complet des événements, écrit par un protagoniste doté d'une honnêteté intellectuelle, d'une préparation militaire, d'un jugement indépendant et d'une lecture approfondie.

Ammien, interprète attentif de son époque, a concentré son travail autour de la figure de l'empereur et des hauts dignitaires qui l'entourent : les fonctionnaires, les généraux, l'aristocratie.  Les Res gestae sont donc un mélange de biographies impérialesLe , groupe social se réclamant d'un ancêtre commun, a acquis depuis Suétone une grande influence dans la rédaction des biographies dont Ammien ne parvient pas tout à fait à se débarrasser. Les intrigues de la cour sont ainsi souvent au centre du récit. et d'histoire de l'empire. Le récit chronologique de chaque règne suit une présentation concise de chaque empereur, à quoi s'ajoutent de nombreuses « digressions » qui interrompent le récit pour donner au lecteur la toile de fond d’un sujet donné et où Ammien traite, entre autres sujets, de géographie (pas toujours sans erreurSur ces erreurs, voir , par exemple .), d'ethnographie, d'histoire naturelle et de choses militaires. Les simples individus restent à l'arrière-plan et sont regardés avec distance. L'autorité des puissants est célébrée avec vénération lorsqu'ils s'abstiennent de s'opposer aux privilèges de l'aristocratie : elle reflète ici une société qui se dirige vers la disparition des classes moyennes et avec un peuple réduit au servage (structure qui sera caractéristique du haut Moyen Âge). La société représentée a des coutumes féodales barbares, où dominent la férocité, la violence, la mauvaise foi, les trahisons, la torture, les dénonciations, les conjurations de cour, les flatteries des puissants courtisans, les dénonciations des agentes in rebus ("agents en mission", le service d'espionnage). Chez Ammien, les hommes sont soumis à des pulsions irrationnelles et changeantes et tous les événements du monde sont sous la domination de l'irrationnel, du magique, du démoniaque, de la magie, de l'astrologie. Il accueille également dans son travail des doctrines allant du fatalisme au néoplatonisme.