Louis Eugène Cavaignac, connu aussi sous le nom de général Cavaignac, né le () à Paris et mort le dans son château d'Ourne à Flée, est un général et homme d'État français.

Commandant des zouaves (1840-1845), gouverneur d'Algérie (1848) puis président du Conseil des ministres chargé du pouvoir exécutif durant l'année 1848, il est candidat à l'élection présidentielle de 1848 mais battu par Louis-Napoléon Bonaparte.

Famille et descendance Il est le fils de Jean-Baptiste CavaignacJean-Baptiste Cavaignac est parfois confondu avec l'un de ses frères prénommé également Jean-Baptiste, qui fut baron mais ne porta pas la particule., conventionnel régicide, et de Marie-Julie de Corancez, et le frère cadet du républicain Godefroy Cavaignac. Il épouse en 1851 Louise Odier, fille de James Odier, régent de la Banque de France. Il a pour fils le ministre de la République Godefroy Cavaignac, et pour petit-fils l'historien Eugène Cavaignac.

Stanislas Mangin figure également au nombre de ses nombreux descendants.

Enfance et jeunesse Son père ayant été nommé directeur des Domaines, de l'Enregistrement et des Eaux et Forêts du royaume de Naples auprès de Joseph Bonaparte puis de Joachim Murat, il y passe son enfance de 1808 à 1812. À la Restauration, son père doit quitter la France en tant que régicide, et s’exile à Bruxelles où il meurt en 1829. Sa mère reste à Paris avec ses trois enfants, vivant dans une semi-pauvretéJulie Cavaignac, Les Mémoires d'une inconnue, Plon, 1894 .. Il entre au collège Sainte-Barbe où il se distingue, notamment en mathématiques.

Carrière militaire Il est admis à l'École polytechnique en 1820 puis poursuit sa formation de 1822 à 1824 à l’École d’application d’artillerie à Metz.

Il entre dans le génie, et est capitaine en second dans le du génie durant l'expédition de Morée entre 1828 et 1829, qui permit l'évacuation des troupes turco-égyptiennes des principales places-fortes du Péloponnèse lors de la guerre d'indépendance grecqueLettres d'Eugène Cavaignac, Expédition de Morée (1828-1829), Revue des deux Mondes, 141, ..

La révolution de 1830 En 1830, Louis-Eugène Cavaignac, alors à Arras, fut parmi les premiers à se déclarer du côté des insurgés parisiens. Après la révolution de 1830, il manifesta hautement ses tendances républicaines comme son frère aîné Godefroi.

En 1831, il signa à Metz le projet d'association nationale. En conséquence de cette démarche, le gouvernement le mit en non-activité.

L'Algérie Il fut éloigné en Algérie en 1832 dans l'armée d'Afrique où il se signala lors de plusieurs expéditions périlleuses. Après le succès de l'expédition de Mascara, à laquelle le capitaine Cavaignac avait pris part, le maréchal Clauzel, songeant à rentrer à Oran, voulut laisser une garnison française à Tlemcen qu'il occupait à l'extrémité ouest de l'Algérie, à une distance considérable de tous secours, au milieu du territoire tenu par les Kabyles. Cavaignac fut désigné en . On lui adjoignit , avec le titre de chef de bataillon provisoire.

Il résista pendant quinze mois dans le méchouar de Tlemcen à tous les efforts d'Abd el-Kader. Il repoussa les attaques réitérées de nombreuses troupes et il s'approvisionna par des raids chez les tribus voisines. Enfin, il fut relevé en et, le suivant, le grade de chef de bataillon lui fut conféré à la sollicitation du maréchal Bugeaud. Le commandant Cavaignac quitta bientôt l'Afrique et revint en France où l'appelaient de graves intérêts et où il fut retenu quelque temps par des problèmes de santé.

À peine rétabli, il retourna à Alger où il fut de nouveau abandonné avec son bataillon dans Cherchell, ainsi exposé à des dangers plus grands et plus continuels qu'à Tlemcen. Il s'en tira avec grande gloire et une blessure grave (1840). Blessé de nouveau devant Miliana, il fut nommé colonel de zouaves et continua à servir la France par ses faits d'armes. Il inaugura, le , la pratique des enfumades : plusieurs centaines de Sbéhas sont asphyxiés dans les grottes où ils se sont réfugiés.. Il prit part la même année à la bataille d'Isly, où il commanda l'avant-garde. On lui accorda enfin, en 1844, le titre de maréchal de camp.

Dans "Choses vues 1847-1848, Victor Hugo rapporte les propos de Godefroy Cavaignac : "Godefroy Cavaignac disait de son frère : "Ce pauvre Eugène, il a de bons instincts, mais j'ai peur qu'il ne soit jamais bon qu'à traîner un grand sabre."

La révolution de 1848 vignette|gauche|« Gare à qui la touche !! » Caricature de Cavaignac en protecteur de la jeune république. Après la révolution de février 1848, un des premiers actes du gouvernement provisoire fut de l'élever au grade de général de division, en lui confiant le gouvernement de l'Algérie. Il revint cependant en métropole et se fit élire représentant du peuple dans les départements de la Seine et du Lot.

Plusieurs fois, on lui offrit le portefeuille de ministre de la Guerre, mais il s'obstina longtemps à le refuser. Il l'accepta une première fois du au puis, à la suite de l'attentat du 15 mai contre l'Assemblée nationale, une deuxième fois du au , lorsque le gouvernement provisoire eut cédé la place à une commission du pouvoir exécutif, composée de cinq membres.

vignette|Lithographie d'après une œuvre d'Ignace-François Bonhommé représentant le général Cavaignac, sur la passerelle du Canal, Lamartine à cheval au premier plan, levant le bras droit. Œuvre conservée au Musée Carnavalet.

Le commence ce que l'on appelle les journées de Juin, une révolte ou révolution par les partisans de la « République démocratique et sociale » à Paris. Cavaignac se dérobe aux demandes pressantes du gouvernement de faire sortir la troupe de ses casernes. Le , un décret de l'Assemblée nationale lui délègue tous les pouvoirs exécutifs. Il montre d'abord quelque hésitation sur les mesures à prendre, mais il déploie bientôt la plus grande énergie et parvint, après plusieurs jours (24, 25 et ) d'une lutte acharnée qui fit côté gouvernemental et entre du côté de l'insurrection, à prendre le contrôle. Il se forge alors une réputation mauvaise auprès des ouvriers qu'il a durement réprimés lors de ces journées de Juin ; certains lui donnent même le surnom de "prince du sang", ce qui joue sur sa réputation lors des élections présidentielles des 10 et .

vignette|Cavaignac monte la garde devant un bureau de presse verrouillé. Caricature de Cham illustrant l'ouvrage d’Auguste Lireux, Assemblée nationale comique, 1850.

Le , l'Assemblée déclarant qu'il a bien mérité de la patrie lui offre le bâton de maréchal de France, qu'il refuse, et lui confie de nouveau le pouvoir exécutif. avec le titre de président du Conseil des ministres, qu'il conserve jusqu'au .. Investi de ces pouvoirs pour prévenir le retour du désordre, il ordonne la mise en état de siège, la suspension des journaux hostiles, la déportation des insurgés. En même temps, il refuse son concours à la propagande révolutionnaire, offrant un asile au Pape qui a quitté ses États et envoyant des troupes en Italie pour protéger sa retraite.

La popularité beaucoup trop rapide du général Cavaignac, l'engouement de la bourgeoisie pour tous ses actes sans exception, se sont usés bien vite. Après la promulgation de la nouvelle Constitution du instaurant la Deuxième République et l'élection du président de la République au suffrage universel, il se porte candidat à la présidence de la République, mais il ne peut guère réunir que le cinquième des suffrages, malgré le soutien du National et de l'Association démocratique des amis de la Constitution.

Fin de carrière politique vignette|The Judgement of Paris, caricature de Lamartine, Cavaignac et Louis-Napoléon Bonaparte.

Il fut nettement battu par Louis-Napoléon Bonaparte, lors du scrution présidentiel de (Bonaparte obtint , Cavaignac , Ledru-Rollin , Raspail et Lamartine ). Par la suite, il refusa de prêter serment au prince-empereur après le coup d'État du .

vignette|La tombe de la famille Cavaignac au cimetière de Montmartre.

Élu député de Paris en , réélu en , il refusa de prêter serment à l'Empire et prit sa retraite, retiré dans la Sarthe. Il mourut subitement, en , dans son château d'Ourne (Flée)Cavaignac (1802-1857), sous la direction de Jules Bonnet, lepoint.fr, 2013.. Il est inhumé dans le caveau familial au cimetière de Montmartre.

Décorations Légion d'honneur : Chevalier : 1833 Officier : 1841 : 1843 Ordre Royal du Sauveur (Grèce) 50px Croix d'or

Hommage Un buste de Cavaignac est installé salle des conférences du palais Bourbon (Paris).

Œuvres Lettres d'Eugène Cavaignac, Expédition de Morée (1828-1829), (capitaine en second dans le du génie), Revue des deux Mondes, 141, . De la régence d'Alger, note sur l'occupation, Paris : Victor Magen, 1839.

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie vignette|Le général Cavaignac en 1848.

Bibliographie ancienne Hippolyte Castille, Biographie de Cavaignac. Eugène de Mirecourt, Les contemporains – Eugène Cavaignac, Paris, Mirecourt, 1857. Alfred de La Guéronnière, Portrait de Cavaignac (dans ses Études et portraits politiques). Auguste Deschamps, Eugène Cavaignac, Paris, Librairie Internationale, 1870.

Bibliographie contemporaine Général Pierre Ibos, Le Général Cavaignac : Un dictateur républicain, Paris, Hachette, 1930 (). . Yvert Benoît (dir.), Premiers ministres et présidents du Conseil. Histoire et dictionnaire raisonné des chefs du gouvernement en France (1815-2007), Paris, Perrin, 2007, 916 p. Pierre Givaudon, Chronique des Cavaignac, Vendôme, Éditions du Cherche-Lune, 2010.

Liens externes

Sources partielles Godefroy Cavaignac (1853-1905) - maire de Flée, conseiller général de La Chartre-sur-le-Loir, président du Conseil général de la Sarthe, député de Saint-Calais, ministre de la Marine et de la Guerre, par Pierre Givaudon, dans : Revue Historique et Archéologique du Maine, Le Mans (17 rue de la reine Bérengère), 2005, t. CLVI + illustrations [lettre de Gabriel Monod à Godefroy Cavaignac, ; portrait du général Eugène Cavaignac par Horace Vernet ; portrait de Godefroi Cavaignac (1800-1845) par David d'Angers ; portrait de Godefroy Cavaignac, photo 1875 ; portrait de Blanche Mojon, sa femme, photo 1895 ; portrait en pied de Godefroy Cavaignac, photo 1895 ; « M. Cavaignac et l'affaire Dreyfus », caricature, juillet, 1898]. . .

Œuvre ayant un rapport avec Cavaignac François-Désiré Froment-Meurice : coffret à épaulettes du général Cavaignac, argent, musée de la vie romantique, hôtel Scheffer-Renan, Paris.

Catégorie:Naissance à Paris au XIXe siècle Catégorie:Naissance dans l'ancien 11e arrondissement de Paris Catégorie:Général français du XIXe siècle Catégorie:Militaire français de la guerre d'indépendance grecque Catégorie:Militaire français de la conquête de l'Algérie Catégorie:Militaire français de la conquête du Maroc par la France Catégorie:Membre de l'Assemblée constituante de 1848 Catégorie:Député de la Deuxième République française Catégorie:Député du Lot Catégorie:Ministre de la Deuxième République Catégorie:Ministre français de la Guerre Catégorie:Ministre de la Marine et des Colonies Catégorie:Président du Conseil Catégorie:Candidat à une élection présidentielle en France (Deuxième République) Catégorie:Personnalité de la colonisation française Catégorie:Gouverneur de l'Algérie Catégorie:Républicain français du XIXe siècle Catégorie:Opposant au Second Empire Catégorie:Armée d'Afrique (France) Catégorie:Famille Cavaignac Catégorie:Croix d'or de l'ordre du Sauveur Catégorie:Élève de l'École polytechnique Catégorie:Élève du collège Sainte-Barbe Catégorie:Naissance en octobre 1802 Catégorie:Décès en octobre 1857 Catégorie:Décès dans la Sarthe Catégorie:Décès à 55 ans Catégorie:Personnalité inhumée au cimetière de Montmartre (division 31)