La guerre du Kivu est un terme générique permettant de désigner les différents conflits armés qui se succèdent dans l'est de la république démocratique du Congo (RDC) depuis la fin de la deuxième guerre du Congo (1998-2003), et qui voient les Forces armées de la république démocratique du Congo (FARDC) affronter une multitude de groupes armés locaux, principalement dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. La Mission de l'Organisation des Nations unies pour la stabilisation en république démocratique du Congo (MONUSCO), dans le cadre de son mandat, apporte son soutien aux FARDC, alors que les forces régulières de différents pays de la région prennent elles aussi part, épisodiquement, aux conflits, en tant qu'alliés de la RDC, ou en prêtant appui à des factions armées rebelles, de manière plus ou moins affirmée.
Les conflits armés qui sévissent dans la région du Kivu sont le résultat d'un ensemble de facteurs extrêmement complexes et interconnectés : griefs historiques, tensions ethniques, intérêts locaux, nationaux et internationaux et convoitise des ressources naturelles congolaises.. Le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994, et la présence des forces génocidaires parmi les Hutu rwandais qui ont trouvé refuge au Zaïre (nom de la RDC à cette époque) à la suite du renversement du gouvernement Hutu génocidaire par la rébellion tutsi du Front patriotique rwandais (FPR), marquent le début du cycle de conflits qui va plonger dans l'instabilité et la violence l'est du pays. De 1996 à 2003, les première et deuxième guerre du Congo, impliquant différents États africains, se succèdent en RDC, entraînant les premiers déplacements de civils, massacres et violations des droits de l'homme dans la région, documentés par le rapport Mapping, mais jamais jugés. Les conflits qui suivent, à l'inverse des deux guerres du Congo, ne sont pas des affrontements interétatiques, mais opposent le gouvernement de la RDC à des milices armées locales et des rébellions multiformes, dont certaines soutenues par des États, perpétuant l'insécurité dans l'est du pays : déplacements de populations, exactions, crimes, viols et autres violations du droit humains. Certains de ces faits sont qualifiés de crimes de guerre par des ONG, dont Human Rights Watch. et Amnesty International., et les enquêtes de la Cour pénale internationale ont débouché sur des condamnations pour crime de guerre et crime contre l'humanité pour des faits commis en 2002 par Thomas Lubanga, Germain Katanga et Bosco Ntaganda lors du conflit en Ituri..
Depuis 2004, trois phases de déstabilisation de la région du Kivu peuvent être identifiées.
La première phase se déroule de 2004 à 2009, avec comme acteur principal Laurent Nkunda et sa rébellion à majorité Tutsi, le congrès national pour la défense du peuple (CNDP), officialisé en 2006, un groupe politico-militaire soutenu par le Rwanda, dont les objectifs affichés sont la défense des Tutsi congolais, la neutralisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et le retour en RDC des réfugiés congolais tutsis exilés au Rwanda. Le CNDP rentre en confrontation directe avec le gouvernement congolais et les Forces armées de la république démocratique du Congo (FARDC), prend progressivement le contrôle de plusieurs zones du Nord-Kivu, et arrivent jusqu'aux portes de Goma. Fin 2008, les gouvernements rwandais et congolais concluent un accord qui vise à stopper la rébellion du CNDP en échange d'une lutte commune contre les FDLR sur le sol congolais. En , Nkunda est arrêté au Rwanda, tandis que le nouveau leader du CNDP, Bosco Ntaganda, annonce la fin des hostilités, et la mise à disposition des combattants de la rébellion pour intégration dans les FARDC afin de combattre les FDLR. Durant l'année 2009, l'armée congolaise, au sein de laquelle les combattants du CNDP ont été intégrés, et les Forces rwandaises de défense (FRD) traquent les FDLR dans le Nord-Kivu, ces affrontements donneront lieu à de nombreuses victimes civiles..
La seconde phase prend place en 2012 et 2013, avec comme acteur principal le Mouvement du 23 Mars (M23). Elle advient à la suite de la rébellion d'anciens combattants du CNDP, intégrés à l'armée régulière, qui accusent Kinshasa de ne pas avoir respecté l'accord du , conclu à la suite de l'abandon de la lutte du CNPD. Cette rébellion donne lieu à la création du M23, qui va s'emparer de pans du Nord-Kivu, et de la ville de Goma, avant d'être défait par les troupes gouvernementales et les soldats de la MONUSCO, et de se réfugier au Rwanda et en Ouganda, tous deux accusés de soutenir les rebelles. Un accord entre Kinshasa et le M23 visant à démobiliser et amnistier les anciens combattants du M23 est signé fin 2013, mais est très mal accueilli par une population congolaise largement hostile aux rebelles.
La phase actuelle de ce conflit se caractérise par les exactions commises par les Forces démocratiques alliées (ADF) dans le Nord-Kivu et l'Ituri ainsi que la reprise des armes par le M23 fin 2021, qui accuse Kinshasa de ne pas respecter les accords de Nairobi. Le M23, soutenu par les Forces rwandaises de défense (FRD), procède à des offensives dans les territoires de Nyiragongo, de Rutshuru, de Masisi et de Lubero, permettant aux insurgés de prendre le contrôle de larges pans de la région du Nord-Kivu. En le M23 contrôlait environ la moitié de la province du Nord-Kivu, selon Richard Moncrieff, directeur de la région des Grands Lacs pour l'International Crisis Group..
Après une période d'accalmie qui fait suite à la signature d'un cessez-le-feu négocié dans le cadre du processus de Luanda en , les affrontements entre le M23 et les forces loyalistes reprennent en octobre et s'intensifient à la suite de l'annulation du sommet de Luanda prévu pour le . Le M23 poursuit son expansion dans la région, et début 2025, la rébellion parvient à prendre le contrôle de plusieurs localités clés, dont Masisi, , Goma et Bukavu, respectivement capitales provinciales du Nord-Kivu, et du Sud-Kivu.
En , des négociations débutent à Doha entre l’Alliance fleuve Congo (AFC), le M23 et le gouvernement de la république démocratique du Congo, sous médiation qatarie, visant à résoudre le conflit. Malgré des déclarations d’intention pour une trêve et une « déclaration de principes » signée par les ministres des Affaires étrangères de la RDC et du Rwanda à Washington, des affrontements persistent dans certaines zones du Nord et du Sud-Kivu. Le , sous l'égide des États-Unis, un accord de paix est signé à Washington, entre la république démocratique du Congo et le Rwanda, et le , une déclaration de principes est signée entre l'AFC/M23 et le gouvernement congolais, sous la médiation qatarie, établissant un cadre pour parvenir à un accord de cessez-le-feu.
Depuis 2021, Le Mouvement du 23 mars (M23), les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), les Forces démocratiques alliées (ADF) et la coopérative pour le développement du Congo (CODECO) comptent parmi les milices les plus actives des 120 groupes armées identifiés. dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, et de l'Ituri. En , en réponse à la recrudescence des conflits dans l'est du pays, l'Ituri et le Nord-Kivu sont placés en état de siège..
Le Rwanda est accusé par plusieurs rapports de l'ONU et par la RDC de soutenir le M23, tandis que l'Ouganda joue de son côté un rôle ambigu, engagé par un accord bilatéral avec le gouvernement congolais pour combattre les Forces démocratiques alliées (ADF), mais également accusé en dans le rapport annuel du groupe d'experts mandaté par l'ONU de prêter appui au M23, ce que dément Kampala. En , un rapport d'experts mandatés par l'ONU accuse le Rwanda de violer la souveraineté de la RDC notamment par l'envoi de troupes rwandaises dans le Nord-Kivu en soutien à la rébellion du M23. Le rapport pointe aussi les relations que l'Ouganda entretient avec cette rébellion, et accuse la RDC d'utiliser comme supplétifs des groupes armés, regroupés sous la bannière wazalendo., et qui se livrent dans la région à de nombreuses exactions : recrutement d'enfants soldats., violences contre la population civile., alors que les Forces démocratiques alliées (ADF), avec plus d'un millier de victimes en 2023, sont présentés comme le groupe armé le plus meurtrier envers la population civile dans l'est de la RDC.
Depuis 2022, des initiatives diplomatiques sont initiées afin de désescalader les tensions dans l'est de la RDC :
Le processus de Luanda, mené sous l'égide de l'Angola, qui se concentre sur le dialogue régional et les questions de sécurité transfrontalière, notamment entre la RDC et le Rwanda ; Le processus de Nairobi, soutenu par le Kenya, qui vise à faciliter le dialogue entre le gouvernement congolais et les groupes armés.; Le processus de Doha, médié par le Qatar et débuté en , à la suite de l'expansion dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu du M23 et les échecs du processus de Luanda et de Nairobi. Ces pourparlers entre l'AFC/M23 et la RDC visent à résoudre pacifiquement le conflit qui les oppose depuis . Il aboutit en a une déclaration de principes, établissant un cadre pour un cessez-le-feu.
Contexte gauche|vignette|Localisation des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. En 1994, après le génocide des Tutsis au Rwanda, des centaines de milliers de Hutus fuient vers l'est du Zaïre, craignant des représailles du Front patriotique rwandais (FPR), la rébellion Tutsi dirigé par Paul Kagame qui vient de prendre le contrôle de Kigali. Parmi les réfugiés se trouve aussi les principaux acteurs du génocide : le gouvernement, les anciennes Forces armées rwandaises (ex-FAR) et les milices interahamwe. Cet afflux de personnes déstabilise la région, déjà marquée par des tensions politico-ethniques... Les Hutus deviennent majoritaires dans le Nord-Kivu, entraînant des conflits entre groupes ethniques. Fin 1995, des affrontements violents éclatent, ciblant notamment les Tutsis congolais, ce qui provoque l'exode de milliers d'entre eux vers le Rwanda.
En 1996, face aux menaces des forces génocidaires qui utilisent les camps de réfugiés au Zaïre comme bases arrières pour organiser des attaques au Rwanda, et à l'incapacité du gouvernement zaïrois et de la communauté internationale à régler la question de leur présence dans les camps, Paul Kagame lance des incursions militaires au Zaïre. Cela marque le début de la première guerre du Congo, où l'Armée patriotique rwandaise (APR) et l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), une rébellion banyamulenge avec à sa tête Laurent-Désiré Kabila, mais en réalité orchestrée et dirigée par le Rwanda, vont détruire les camps de réfugiés, et massacrer indistinctement des milliers de Hutus. Cette coalition, soutenue par l'Ouganda, le Burundi et l'Angola, renverse en quelques mois le président du Zaïre, Mobutu Sese Seko, tandis que Kabila se proclame président et renomme le pays république démocratique du Congo (RDC).