vignette|Vitrail représentant le Saint-Esprit. Basilique Saint-Pierre, Vatican, Rome. Filioque ( /fi.ljɔ.kwe/, latin ecclésiatique) est un terme latin signifiant « et du Fils », dont l'addition au symbole de foi de Nicée-Constantinople prend place dans l'Espagne wisigothe au . Son usage dans ce symbole se répand petit à petit dans tout l'Occident et devient sujet de controverses entre le christianisme occidental et le christianisme oriental. Par le terme de Filioque est désignée la procession hypostatique du Saint-Esprit par le Père, mais aussi par le Fils, et cela éternellement. En d'autres termes, ..

Cette doctrine relève de la pneumatologie chrétienne. Elle est considérée comme un dogme dans le christianisme occidental, qui forme la base de l'Église catholique (ou Église de Rome), d'où sont issues les Églises protestantes. En revanche, pour le christianisme oriental, qui forme la base de l'Église orthodoxe (ou Église des sept conciles), le Filioque est un blasphème.

Différend théologique Le différend théologique qui oppose l'Occident et l'Orient chrétiens dans leur conception de la Trinité, connu sous le nom de querelle du Filioque, naît à la fin du ..

Il est encore aujourd'hui considéré par la première comme la cause première du Grand Schisme de 1054. Cependant, l'enjeu a glissé du domaine théologique vers un plan plus « politique », comme le note Paul Gavrilyuk : ..

Symbole de Nicée-Constantinople Le Symbole de Nicée-ConstantinopleL'article lié aborde le développement du dogme, ses controverses, ainsi que ses critiques., qui est le Credo issu du premier concile œcuménique de Constantinople (381), contient un passage entier concernant le Saint-Esprit : +Original grecRetranscription latineTraduction françaiseKαὶ εἰς τὸ πνεῦμα τὸ ἅγιον, τὸ Κύριον, τὸ ζωοποιόν,Et in Spiritum Sanctum, Dominum et vivificantem,Et en l'Esprit Saint, Seigneur et qui donne la vie, τὸ ἐκ τοῦ πατρὸς ἐκπορευόμενον,qui ex Patre procedit,qui procède du Père, τὸ σὺν πατρὶ καὶ υἱῷ συμπροσκυνούμενον καὶ συνδοξαζόμενον,qui cum Patre, et Filio simul adoratur, et cum glorificatur,qui avec le Père, et le Fils, Il reçoit même adoration et même gloire,τὸ λαλῆσαν διὰ τῶν προφητῶν·qui locutus est per prophetas.il a parlé par les prophètes. Au sein du christianisme occidental, le Filioque sera progressivement rajouté, dans le but d'affirmer son aspect dogmatique selon celui-ci, dans le Credo, à la ligne suivante : +Modification latineRetranscription grecqueTraduction françaisequi ex Patre Filioque procedit,τὸ ἐκ τοῦ Πατρὸς καὶ τοῦ Υἱοῦ ἐκπορευόμενον,qui procède du Père et du Fils,

Cette addition provoqua de nombreuses controverses entre l'Occident et l'Orient, mises sous le nom de querelle du Filioque.

Dogme En pneumatologie, le dogme catholique du Filioque se positionne sur la procession hypostatique éternelle du Saint-Esprit. C'est-à-dire sur la manière dont la personne du Saint-Esprit est mise en existence depuis l'éternité, au sein de la Trinité.

gauche|vignette|Représentation du Filioque, Retable de Boulbon (), musée du Louvre, Paris. Selon celui-ci, le Saint-Esprit procède ad intra (à l'intérieur de la Trinité, en ce que Dieu est réellement) ab utroque (de par les deux, à la fois) du Père et du Fils. Ainsi, d'après cette doctrine, non seulement Dieu le Père, mais aussi Dieu le Fils sont à la fois principe et cause de la subsistance du Saint-Esprit, non pas comme deux causes distinctes, mais .

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Le Filioque est ardemment défendu par Charlemagne qui exhorte l’Église d'Occident à l'adopter. Le Pape Léon III n'accepte cependant pas son introduction dans le Credo et il fera même apposer sur les portes de la Basilique Saint Pierre, les textes latin et grec du Credo original, gravés sur des boucliers en argent..

Malgré l'opposition de Rome, le filioque continue à être utilisé sporadiquement dans différentes régions, notamment dans l’Église franque, durant plusieurs siècles.. Ce n'est qu'en 1014 que, sous la pression de l'Empereur Henri II., il est officiellement inséré dans le credo par le pape , qui l'étend par cet acte à l'ensemble de l’Église d'Occident... Il n'est vraiment officialisé comme un dogme qu'en 1215, par le quatrième concile du Latran : - .. Sa validité dogmatique selon l'Église catholique est de nouveau affirmée au deuxième concile de Lyon ainsi qu'au concile de Bâle-Ferrare-Florence-Rome.

Arguments théologiques

En 1102, Anselme de Cantorbéry, vu comme précurseur voire créateur de la scolastique et à l'origine de l'argument ontologique, écrit De Processione Spiritus Sancti Contra Graecos (Sur la Procession de l'Esprit Saint Contre les Grecs). Il y regroupe des arguments qu'il aurait énumérés au concile de Bari, contre les évêques italiens d'anciens territoires byzantins récemment conquis par les Normands. Il avance que le seul fait que le Père engendre le Fils et procède le Saint-Esprit suffit à les distinguer l'Un de l'Autre, et donc à concevoir trois personnes car leur seule relation qu'Ils ont avec le Père, l'un par engendrement, l'autre par procession, suffit à les différencier. Il prend alors pour axiome que, lorsqu'il énumère la consubstantialité du Père avec le Fils, ou du Père avec le Saint-Esprit; . Avançant ce point comme une nécessité absolue, il en conclut qu'.

Au , Thomas d'Aquin, considéré comme l'un des principaux maîtres de la philosophie scolastique et de la théologie catholique, argumente en faveur du Filioque dans la Somme théologique. Il y développe l'idée qu'. Selon cette idée, il serait aberrant de considérer que le Saint Esprit procède du Père seul. Thomas argumente cela en le fait que si le Père, le Fils, et le Saint-Esprit sont véritablement un Dieu, ils ont forcément une essence, divine, unique. Donc, tout attribut, c'est-à-dire toute propriété de l'essence, est commune au Père, au Fils, et au Saint-Esprit, car . Cet argument possède comme axiome que la procession hypostatique est l'unique relation distinguant le Fils et le Saint-Esprit.

Au , Georg Wilhelm Friedrich Hegel élabore dans ses (Berlin, 1821–1831) une lecture philosophique de la vie trinitaire qui a été interprétée par plusieurs théologiens comme une appropriation structurelle implicite de la doctrine du Filioque. Dans sa dialectique de l'Esprit absolu, Hegel articule la vie trinitaire selon un mouvement en trois moments : le Père est l'être-en-soi (An-sich-sein), le Fils est l'être-pour-soi (Für-sich-sein), Dieu se déterminant comme autre que lui-même dans la figure du Fils, et l'Esprit Saint est l'être-en-et-pour-soi (An-und-für-sich-sein), retour à l'unité médiatisé par et à travers la relation Père-Fils.. Dans cette structure, l'Esprit ne procède pas de la seule monarchie du Père, mais résulte de et à travers la relation entre le Père et le Fils, ce qui correspond formellement à la procession ex Patre Filioque de la doctrine latine.

Le philosophe américain Dale M. Schlitt a analysé cette convergence dans son étude Hegel's Trinitarian Claim (1984), montrant que la dialectique hégélienne exige structurellement une procession bilatérale de l'Esprit : une procession du seul Père laisserait le Fils et l'Esprit dans un rapport de simple parallélisme, sans que leur relation mutuelle soit constitutive de l'Esprit, ce qui empêcherait toute sublimation (Aufhebung) du mouvement trinitaire.. De même, souligne dans The Heterodox Hegel (1994) que la spéculation trinitaire hégélienne constitue une « appropriation hétérodoxe » de la grammaire théologique latine, dont le Filioque constitue un élément architectonique.. En France, Claude Bruaire avait déjà relevé dans Logique et religion chrétienne dans la philosophie de Hegel (1964) la manière dont le système hégélien présuppose une logique trinitaire structurellement analogue à la procession bilatérale de l'Esprit..

À partir du le théologien catholique Karl Rahner, dans Dieu Trinité, développe ce qui sera appelé plus tard Grundaxiom, également appelé axiome rahnérien tant il est important dans sa théologie. Celui-ci stipule que la Trinité économique, c'est-à-dire la Trinité ad extra (en dehors d'elle-même: dans son action dans le monde, par le prisme de la Révélation mais aussi des grâces) reflète et est identique à la Trinité ad intra, qu'il appelle Trinité immanente. Cet axiome est développé dans le but de concilier la révélation de la Trinité et son caractère salutaire. Il arrive qu'il soit également utilisé pour concilier la procession économique, ainsi que la procession énergétique, longtemps oubliées en Occident, et utilisées comme critiques du dogme (voir Querelle du Filioque) afin de justifier le Filioque.

Notes et références

Bibliographie Textes d'origine ecclésiastique Catéchisme de l'Église catholique, § 243 à 248. Clarification du Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens, « Les traditions grecque et latine concernant la procession du Saint-Esprit » document en ligne. Déclaration commune de la Commission théologique orthodoxe-catholique d'Amérique du Nord, Saint Paul's College, Washington, DC, 2003 article en ligne.

Essais de théologie

Boris Bobrinskoy, Le Mystère de la Trinité, éditions du Cerf, 1996, . Avery Dulles, s.j., « The Filioque : What Is at Stake? », dans Concordia Theological Quarterly, vol. 59, , 1995. Jean-Miguel Garrigues, o.p., Le Saint-Esprit sceau de la Trinité, Cerf, coll. Cogitatio Fidei, Paris, 2011. Jean-Miguel Garrigues, o.p., L'Esprit qui dit « Père ! » et le problème du filioque, Téqui, coll. Croire et Savoir, Paris, 1982.

Venance Grumel, "Photius et l'addition du Filioque au symbole de Nicée-Constantinople", Revue des études byzantines, 1947.

Jean-Yves Lacoste (dir.), Dictionnaire critique de théologie, Puf/Quadrige, 2022 , s.v. Filioque .

Articles connexes Saint-Esprit Trinité (christianisme) Séparation des Églises d'Orient et d'Occident Querelle du Filioque

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