La campagne d'Allemagne et d'Autriche de 1805, aussi appelée campagne d'Autriche de 1805, est l'une des principales campagnes de Napoléon et se déroula pendant la guerre de la Troisième Coalition. Napoléon abandonne ses préparatifs de débarquement en Angleterre au camp de Boulogne pour se tourner contre ses deux grands adversaires continentaux, l'Autriche et la Russie. Il encercle et capture une armée autrichienne lors de la campagne d'Ulm, entre dans Vienne et va au-devant des forces réunies austro-russes qu'il bat à la bataille d'Austerlitz, ce qui lui permet de dicter ses conditions de paix à l'Autriche à la paix de Presbourg.
Contexte thumb|Situation stratégique de l'Europe en 1805. À la suite de l'exécution du duc d'Enghien, de la création de l'Empire, ainsi que la constitution de la première Grande Armée, l'empire d'Autriche et la Russie, sous l'impulsion du Royaume-Uni, forment la Troisième Coalition contre la France de Napoléon.
L'armée de la monarchie de Habsbourg est alors en pleine réorganisation : deux décrets des et redistribuent les unités tandis que deux nouveaux règlements d'exercices, promulgués le et le pour l'infanterie, entrent seulement en vigueur. Elle compte sur un potentiel de fantassins, cavaliers et hommes de l'artillerie, du génie et du train. Au point de vue financier, les deux principales puissances terrestres de la Coalition, Russie et Autriche, ont accumulé un lourd déficit et doivent compter sur les subsides de leur allié britannique : le parlement de Londres leur a voté un financement de 1,25 million de livres sterling pour hommes de troupes régulières mises en campagne, avec un versement de trois mois d'avance ; l'Autriche, qui doit supporter le premier effort de la guerre, a obtenu un versement de cinq mois.
Dans un article publié le , quelques mois avant l'ouverture de la campagne, le géographe danois Conrad Malte-Brun résume la réputation de l' :
Préparatifs français
thumb|Train et artillerie de campagne : mobilité et puissance de feu sont deux des points forts de l'armée française. Dessin d'Hippolyte Bellangé, 1843. Après l'échec des opérations navales de l'amiral Villeneuve qui devait attirer la flotte britannique loin de la Manche et qui retourne s'abriter dans Cadix le , Napoléon doit abandonner ses projets de débarquement en Angleterre. À la mi-, il décide de lever le camp de Boulogne et de retourner la Grande Armée contre les Autrichiens pour les mettre hors de combat avant l'arrivée des renforts russes : Le , Napoléon se met en route vers Strasbourg. Cinq jours plus tard son avant-garde est aux bords du Rhin et sera rejointe par le gros de l'armée un mois après.
Le plan de Napoléon prévoit de franchir le Rhin, l'armée principale traversant les États de l'électeur de Bade et de celui de Wurtemberg, alliés de la France, tandis qu'une armée de couverture ( et ) passe par la Franconie pour tendre la main aux Bavarois. La neutralité du royaume de Prusse permet de ne laisser qu'un minimum de troupes sur le flanc nord. Contrairement à une légende propagée par la suite, Napoléon ne s'attend pas à voir les Autrichiens se concentrer à Ulm : il prend ses dispositions pour faire face à toutes les circonstances possibles.
La Grande Armée bénéficie de plusieurs atouts majeurs, notamment son organisation en corps d'armée, grandes unités fonctionnelles qui rassemblent infanterie, cavalerie et artillerie de campagne en regroupant plusieurs divisions : ils peuvent fonctionner de façon autonome, se diviser ou céder des unités, tenir tête séparément à une armée ennemie et se coordonner pour des opérations plus vastes à l'échelle de la campagne. Les opérations peuvent se développer sur plusieurs centaines de kilomètres pour n'engager la bataille qu'au moment le plus favorable. Typiquement, l'artillerie, regroupée en une grande batterie en un point sensible, ébranle les lignes ennemies qui sont ensuite disloquées par l'assaut de l'infanterie, puis la poursuite de l'ennemi par la cavalerie achève la victoirePatrick Bouhet, « 1. La bataille est le point clé de la guerre » in Guerres et Histoire, 12 idées reçues sur la Grande Armée, n°25, juin 2015, p. 34-37.. Le long séjour au camp de Boulogne a permis aux corps d'armée de parfaire leur entraînement et d'atteindre une cohésion maximale : ils peuvent passer de la colonne au carré d'infanterie en quelques minutesPatrick Bouhet, « 11. Les batailles se gagnent à la baïonnette » in Guerres et Histoire, 12 idées reçues sur la Grande Armée, n°25, juin 2015, p. 50-52..
Les corps français, avant le début de la campagne, sont disposés comme suit : (maréchal Bernadotte), venu de l'électorat de Hanovre, à Göttingen (général Marmont), comprenant une division hollandaise, à Utrecht (maréchal Davout) à Ambleteuse (maréchal Soult) au camp de Boulogne (maréchal Lannes) à Étaples (maréchal Ney) à Montreuil-sur-Mer Réserve générale de cavalerie (maréchal Murat) Garde impériale à Paris, chargée d'accompagner Napoléon et de soutenir ses actions principales (maréchal Bessières) Corps du général Augereau Trois corps d'armée de réserve sont en formation et doivent être complétés par la conscription : l'un entre la Somme et l'Escaut (maréchal Brune), le deuxième autour de Mayence (maréchal Lefebvre), le troisième autour de Strasbourg (maréchal Kellermann) Avec les alliés bavarois, badois et wurtembergeois, l'armée d'Allemagne doit rassembler un total de hommes.
Les ordres de marche sont envoyés le et toutes les dispositions sont prises pour que les corps soient rassemblés sur le Rhin le : Marmont à Mayence, Davout à Mannheim, Soult à Spire, Ney à Pforzheim, Murat et Lannes à Strasbourg.
Les soldats chantent un refrain composé pour la circonstance, sur l'air du Curé de Pomponne :
Préparatifs des Coalisés Armées autrichiennes en Allemagne du sud et en Italie
L'armée autrichienne du général Mack se rassemble au camp de Wels en Haute-Autriche. Le gouvernement de Vienne souhaiterait attendre l'arrivée de l'armée russe de Koutouzov mais Mack préfère occuper le sud de la Bavière pour attendre les Français au débouché de la Forêt-Noire. Il espère entraîner dans la Coalition l'électeur Maximilien de Bavière : il ignore que celui-ci, le , a signé un traité secret d'alliance avec la France. Le , Napoléon écrit à Maximilien : . La même lettre contient la recommandation précise de . L'Autriche envoie le général Schwartzenberg pour sommer l'électeur de joindre l'armée bavaroise aux forces autrichiennes : celui-ci s'enfuit de sa capitale dans la nuit du 8 au pour se réfugier avec ses troupes à Würzburg. La Bavière est traitée en pays occupé.
Dans le même temps, les Autrichiens rassemblent une armée à la frontière de la Vénétie, sous le commandement de l'archiduc Charles, avec l'intention de reconquérir les territoires italiens perdus au traité de Lunéville en 1801. Elle fait face à une armée française inférieure en nombre, commandée par le maréchal André Masséna. La campagne d'Italie de 1805 se déroule parallèlement à celle d'Allemagne. Les deux camps restent à peu près sur leurs positions jusqu'au milieu d'octobre.
Le plan de guerre initial des coalisés prévoyait que la principale offensive autrichienne serait celle menée par l'archiduc Charles en Italie ; Mack, avec l'armée d'Allemagne, devait avancer jusqu'au Lech pour s'assurer de la Bavière, puis attendre les renforts russes sur le Danube, le débarquement russo-suédois en Allemagne du Nord et l'éventuelle entrée en guerre de la Prusse ; c'est de sa propre initiative qu'il avance jusqu'à Ulm et à la Forêt-Noire alors que la Prusse reste neutre et que le ralliement de la Bavière, du Bade et du Wurtemberg à Napoléon augmente ses forces de hommes.
Armées russes sur le Danube et en Allemagne du nord
Le militaire et diplomate britannique Robert Thomas Wilson, qui a accompagné l'armée russe pendant la campagne de Prusse et de Pologne en 1807, émet un jugement très favorable sur le soldat russe mais beaucoup moins sur son commandement : thumb|Alexandre Souvorov (1730-1800), le meilleur général russe du et le maître de Koutouzov, lors du passage des Alpes suisses en 1799. Toile de (1867-1945).
L'armée russe de Koutouzov, forte de hommes, est rassemblée à Radyvyliv en Volhynie et se dirige vers la frontière de la Galicie autrichienne qu'elle franchit le pour se diriger vers le Danube. Cependant, l'empereur Alexandre redoute une attaque de l'Empire ottoman sur ses frontières méridionales et retire à Koutouzov une partie de son effectif qui ne le rejoindra qu'avec plusieurs semaines de retard.
En outre, une « armée du Nord » de hommes doit être rassemblée par les Russes à la frontière de la Prusse : sa présence doit inciter la Prusse à se joindre à la Coalition, ce qui entraînerait les autres principautés allemandes, Saxe, Hesse, Brunswick. Une « seconde armée du Nord », formée de Russes, Suédois, Danois et Mecklembourgeois, doit s'embarquer pour Stralsund en Poméranie suédoise afin d'envahir la Hollande, alliée de la France.
Cette « seconde armée du Nord » commandée par Alexandre Ostermann-Tolstoï, avec un effectif porté à hommes, s'embarque le à Kronstadt et Reval sur une flotte de 12 vaisseaux de ligne, 8 frégates et 140 bateaux marchands commandée par l'amiral Threedecks, George Tate (1745-1821). La flotte fait relâche à Stralsund mais l'armée suédoise n'est absolument pas prête et les négociations avec la Prusse traînent en longueur : les Russes décident de rembarquer pour le Hanovre et débarquent à l'embouchure du Weser, comptant opérer en Allemagne du Nord avec un soutien britannique
thumb|centre|redresse=1.4|Carte de la campagne de 1805.
Campagne d'Ulm
Déroulement général thumb|Bulletin de la Grande Armée, n°1, daté du 15 vendémiaire an 14 (7 octobre 1805), annonçant le passage du Rhin par l'armée française. L'armée autrichienne de Souabe est sous le commandement nominal de l'archiduc Ferdinand et effectif de son chef d'état-major Karl Mack. Celui-ci aligne au total mais il se montre : il se laisse abuser par les faux renseignements transmis par l'espion Schulmeister et par les mouvements de diversion du corps français de Joachim Murat. Il se place en position défensive devant Ulm, au débouché de la Forêt-Noire, pour attendre les renforts russes amenés par Mikhaïl Koutouzov, mais ses différents corps se font battre en détail par des Français beaucoup plus manœuvriers et déterminés. Après plusieurs contre-marches, il se laisse encercler et doit capituler dans Ulm le Patrick Bouhet, « Mouvement tournant contre Ulm » in Guerres et Histoire, Les 45 batailles de Napoléon, Hors-série n°4, juillet 2018, p. 42-43..
Déploiement de la Grande Armée entre Rhin et Danube
Le , Napoléon est à Ettlingen en Bade d'où il écrit à son frère Joseph : .
L'armée française est déployée sur un front de 240 kilomètres qui doit se resserrer progressivement à une centaine de kilomètres à mesure que les différents corps se rapprocheront de l'ennemi. Le corps de Bernadotte, à l'extrême gauche, va faire sa jonction avec les Bavarois vers Bamberg et Würzburg en violant la neutralité de la principauté d'Ansbach : il est destiné à faire face aux renforts austro-russes arrivant de l'est tandis que l'aile droite s'active dans la Forêt-Noire pour s'assurer de l'électeur de Wurtemberg, encore hésitant, et faire croire à Mack que l'offensive principale va déboucher de ce côté. Napoléon dort à Ludwigsburg le et ordonne à ses forces centrales de converger vers Nördlingen afin de prendre l'armée de Mack à revers : l'ensemble de ces forces atteint hommes.
Franchissement du Danube et enveloppement de l'armée autrichienne
vignette|redresse=1.4|Ville et pont d'Ingolstadt sur le Danube, gravure de Matthäus Merian, 1665. thumb|Position des armées au 9 octobre 1805.