Le palais Jacques-Cœur est un hôtel particulier du situé à Bourges, dans la région historique du Berry et le département français du Cher, en région Centre-Val de Loire.

Caractéristique de l'hôtel « à la française » qui existe depuis le Moyen Âge, il est considéré, de par l'élégance de son architecture, la richesse et la variété de sa décoration, comme l'un des plus somptueux édifices civils de style gothique flamboyant.

L'édifice fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1840..

Localisation Le palais Jacques-Cœur est situé au centre de la ville de Bourges entre la ville haute et la ville basse sur un flanc de coteau au 10 bis rue Jacques-Cœur. En contrebas, la rue des Arènes longe l'ancienne enceinte gallo-romaine d'Avaricum, tandis que l'actuelle rue Jacques-Coeur préexistante à la construction en définit la limite supérieure et donne un accès facile au reste de la ville dont le palais royal (aujourd'hui disparu), les marchés et la cathédrale.

Historique Le fief de la Chaussée Fils d'un marchand né à Bourges vers 1400, Jacques Cœur connaît une ascension sociale fulgurante dans les années 1430. Après une période de faux monnayage et différents petits arrangements fiscaux, il est finalement à la tête d'un négoce prospère en Méditerranée qui conduit le roi Charles VII à l'anoblir en 1441. vignette|gauche|redresse|Dans le fief, les sculpteurs multiplient les blasons des familles Cœur (coquilles de sable accompagnées de cœurs de gueules) et Léodepart (d'argent à trois bandes de sable, la première chargée d'une étoile d'or). Désormais Grand Argentier du royaume de France et Maitre des monnaies, il devient l'homme le plus riche du royaume et cherche à asseoir son autorité tout en marquant sa réussite par l'édification d'une « Grand' Maison » dans sa ville natale de Bourges, par ailleurs cité royale.

C'est ainsi qu'en 1443, Jacques Cœur achète pour le fief de la ChausséeLe nom de La Chaussée, terrain accolé au rempart de la ville, était celui de propriétaires antérieurs., terrain de qui appartenait à Jean Belin, chanoine de la Sainte-Chapelle de Bourges, et deux maisons voisines qui dominaient la ville sur une centaine de mètres.

La construction de l'hôtel de la Chaussée a coûté plus de et semble avoir été terminée en 1453.

Disgrâce et confiscation En 1451, Jacques Cœur tombe en disgrâce et finit emprisonné.

Charles VII, jaloux de cette première résidence de plaisance qui préfigure les hôtels particuliers qui fleuriront à la Renaissance, plus raffinée et confortable que son propre palais (aujourd'hui disparu), confisque la bâtisse et tout son mobilier.

Jacques Cœur n'y aurait séjourné que huit nuits au long de sa vie ; il s'évade et meurt dans l'île grecque de Chios en 1456.

Le palais L'Aubespine Ne trouvant pas d'acquéreur, le roi rend finalement la maison aux fils de Jacques Cœur, Henri, Ravan et Geoffroy en 1457.

Geoffroy, dernier des fils, en hérite et le lègue finalement à son propre fils qui par revers de fortune à la suite de la perte de plusieurs bateaux le revend en 1501 à un notable local, Antoine Turpin. Ce dernier qui lui-même le cède en 1552 à Claude de L'Aubespine, secrétaire d'État aux finances..

Palais administratif et judiciaire De mains en mains, la maison est finalement adjugée par décret judiciaire au ministre Jean-Baptiste Colbert le . Il rétrocède l'édifice à la municipalité de Bourges le et celle-ci y installe divers services administratifs et judiciaires dont le palais de justice qui, associé au nom de Jacques Coeur, lui donne son nom actuel.

De la Révolution à Mérimée : la lente destruction évitée vignette|gauche|Plan en perspective cavalière du palais en 1890 : il forme un quadrilatère irrégulier et se compose de quatre corps de logis entourant une cour centrale. La Révolution occasionne la destruction de bas-reliefs divers et notamment celle de en cavalier, qui occupait le dais du porche d'entrée depuis l'origine et qui était le premier exemple connu d'une statue équestre en tant que .

L'installation de la cour d'appel et du tribunal de première instance en 1820 entraînèrent les plus graves destructions architecturales dans le bâtiment : l'intérieur fut remodelé au fur et à mesure des besoins d'espace, sans aucun respect pour les décorations existantes : ouverture de fenêtres, partage des galeries, division de la chapelle, destruction de sculptures et de cheminées, dont la cheminée monumentaleCette cheminée don le manteau représente un château fort a été reconstituée dans ses grandes lignes grâce à des morceaux retrouvés dans les années 1930. lors de la transformation de la salle des Festins en salle d'audience de la cour d'appel

Cependant, dès 1837, Prosper Mérimée signale ces modifications et classe le bâtiment monument historique en 1840.

En 1858, la ville décide de le revendre à l'État et au département. Une campagne de restauration partielle commence alors sous la direction de l'architecte des monuments historiques Auguste Bailly puis Paul Boeswillwald, se poursuivant jusqu'en 1885. Malgré une réfection importante des façades et une reconstitution ambitieuse de l'intérieur, cette restauration ne fut pas exempte d'erreurs, comme la suppression arbitraire de la toiture conique du donjon de la façade ouest par l'architecte Boeswillwald..

Les restaurations En 1920, le département revend à son tour à l'État la partie qui lui appartenait, la cour d'appel et les tribunaux quittant le bâtiment. L'hôtel Jacques-Cœur continue à porter l'appellation de palais en référence à cette ancienne utilisation.

L'État se porte acquéreur de l'ensemble du bâtiment en 1923 et une restauration reposant sur des bases historiques sérieuses fut menée de 1927 à 1937 sous la direction des architectes Henri Huignard et Robert Gauchery. L'état actuel des bâtiments en est le résultat direct.

Le Palais est géré, animé et ouvert à la visite par le Centre des monuments nationaux.

En 1999 une campagne de nettoyage des façades précède la reprise de toutes les parties extérieures qui sont restaurées aux alentours des années 2010Bourges, palais Jacques-Cœur..

Description

Le palais comprend des espaces privés (chambre des Galées, salle du Trésor) et des espaces publics parmi lesquels des pièces à fonction sociale (salle des Festins) et des pièces utilitaires (office avec passe-plats, salle de chauffe et cuisine, étuves, vestiaire), un donjon, trois cours, une chapelle, huit escaliers à vis hors œuvre, un pigeonnier sous les combles et une cour intérieure encadrée sur trois côtés par des galeries ouvertes à arcades en anse de panier..

Les bâtiments, serrés entre une rue dont l'alignement ne peut être modifié et l'enceinte gallo-romaine que Jacques Cœur se voit contraint de conserver, se déploient autour d'une cour intérieure. Ils s'élèvent, du moins pour le corps principal, sur trois étages, le premier séparé du rez-de-chaussée par un cordon en larmier, le dernier pris dans la toiture et éclairé par d'imposantes lucarnes. L'élévation obéit déjà à un quadrillage régulier, fondé sur un jeu marqué de verticales (baies superposées et sommées, sur les travées, par une arcade richement ornée) et d'horizontales..

La façade avant à l'est, qui donne sur la rue, est de style gothique flamboyant. Son premier étage se termine par une corniche, formée de choux frisés, et par une balustrade, où réapparaît l'ordinaire motif emprunté au nom même de Jacques Cœur, les cœurs et les coquilles de ses armes doublement parlantes. Cette façade externe comporte une double porte centrale (porte piétonne étroiteCette porte est surmontée d'un tympan dominé par l'ange qui déploie ses ailes, tient un phylactère de sa main droite, un vase de sa main gauche duquel sort une tige feuillue couronnée de trois fleurs de lys, et effleure du pied un écu posé à terre et portant les armoiries de Jacques Cœur. Cet archange est placé entre deux orangers chargés de fruits inspirés des voyages de Jacques Cœur au Moyent-Orient où il a bâti sa fortune, le négociant parvenant développer à développer une flotte commerciale méditerranéenne en s'affranchissant des intermédiaires italiens dans les relations avec l'Orient. Cf et porte charretière à deux battantsLes vantaux restaurés portent, dans leur partie supérieure, des trèfles sculptés, et dans leur partie inférieure, de fausses fenêtres étroites semées de cœurs. Le vantail de droite comporte un guichet.) percée sous un pavillon rectangulaire et surmontée d'une statue équestre de sous un dais, martelée à la Révolution en 1792. Cette statue est encadrée par deux fausses fenêtres dans lesquelles s'inscrivent deux personnages à mi-corps, accoudés comme pour regarder tous les mouvements de la rue. Tournés à l'origine vers Charles VII, ils représentent probablement Jacques Cœur et sa femme, Macée de Léodepart (une hypothèse minoritaire y voit une servante et d'un servant de Jacques Cœur)La façade du Palais Jacques Cœur est-elle authentique ?, sur jacques-coeur-bourges.com. La façade extérieure donne sur une place où trône la statue en marbre de Jacques Cœur, commande d'État réalisée par Auguste Préault et donnée à la ville de Bourges en 1874 (manifestation de l'historicisme régional), le maire Eugène Brisson l'inaugurant le ..

La façade arrière interne est bâtie sur le rempart gallo-romain de l'oppidum de Bourges, dont elle incorpore trois tours, avec leurs courtines, sur une centaine de mètres, suivant ainsi le tracé courbe de l'enceinte.. gauche|vignette|Plafond de la chapelle du Palais Jacques-Cœur. La chapelle se trouve au-dessus de l’entrée ; le tympan de la fenêtre de cette chapelle est orné d'une grande fleur de lys accostée de deux cœurs, un des signes d'hommage au roi.. vignette|La galerie haute du sud arbore une voûte de charpente lambrissée sur files d'arcs en accolade évoquant une coque de bateau renverséeCette charpente en chêne est divisée en compartiments par des nervures qui retombent sur des culots ornés de bustes pittoresques.. vignette|Les combles du logis présentent également une charpente en carène renverséeCette voûte boisée serait l'œuvre du maître charpentier Jean de Blois. L'ensemble, à l'origine latté et lambrissé et doté de cheminées, voulant que Jacques Cœur y entretenait ses oiseaux afin de rester constamment en relation avec ses comptoirs commerciaux. Cf .