(en géorgien : , ; né entre 1415 et 1417 et mort en 1476), rarement connu en tant que , est un roi de Géorgie du de la dynastie des Bagrations. Il règne sur le royaume de Géorgie, d'abord comme roi associé à son père (1433-1442) et à ses frères et (1442-1453), puis sur le royaume de Kakhétie en tant que .
Né dans la maison royale des Bagrations qui domine le royaume de Géorgie depuis le , il est le troisième fils du roi qui, en 1433, l'associe au trône avec ses frères, alors qu'il est encore très jeune, afin de consolider son pouvoir face aux puissants nobles. Le futur tombe toutefois sous l'influence de cette noblesse, provoquant l'abdication de son père en 1442, et prend en charge l'administration de la Géorgie orientale sous la direction de son frère aîné . À la mort de ce dernier en 1446, il prend le contrôle du royaume de Géorgie au détriment de son frère dans des circonstances mystérieuses.
reste connu comme étant le dernier monarque à gouverner la totalité du royaume géorgien, même si la division du royaume n'est officielle qu'en 1490. En effet, il perd rapidement le contrôle du Samtskhé dans les lorsque l'atabeg déclare son indépendance, puis de la Géorgie occidentale lors de la guerre du triumvirat géorgien. Il perd son trône après avoir été capturé et emprisonné par l'atabeg de Samtskhé en 1465, créant une vacance de pouvoir qui autorise la grande noblesse à s'approprier de larges territoires semi-indépendants à travers la Géorgie. Libéré en 1466, il s'empare de la Kakhétie et proclame l'indépendance de ce royaume, qu'il gouverne pacifiquement jusqu'à sa mort en 1476, en le dotant de ses premières institutions.
Sur le plan international, assiste à un large bouleversement géopolitique au Proche-Orient engendré par la chute de Constantinople en 1453, suivie de celle de Trébizonde en 1461, deux conflits dans lesquels il n'intervient pas contre les Ottomans en dépit des demandes des Byzantins. Son projet de croisade contre la Turquie, formé avec Rome, échoue car les États européens refusent de s'engager dans le conflit.
Biographie Jeunesse Georges Bagration, né entre 1415 et 1417, est le troisième fils du roi . Sa mère, la reine Thamar, est la seconde épouse du roi et la fille du roi rebelle Alexandre de Géorgie occidentale. Il est éduqué à la cour royale avec ses frères aînés et, en tant que prince royal, est nommé dans les documents royaux depuis 1417. Ainsi, il est nommé au côté de son père dans les chartes royales du , du , du , de 1427 et du . Cependant certaines chartes royales ignorent Georges tout en citant ses frères durant la même période.
Son père connaît de nombreux succès durant son règne, dont la prise de Loré en 1431. Il centralise alors son royaume et tente d'augmenter le contrôle de la Couronne sur l'Église orthodoxe géorgienne, préparant le jeune prince David, cadet de Georges, comme futur catholicos de Géorgie.
Associé au trône Dans les , le roi entame un programme de centralisation du royaume, punissant les grands féodaux qui restent insoumis à Tbilissi. Confisquant les territoires de nombreux nobles, il décide d'associer au trône ses quatre fils : Vakhtang, Démétrius, Georges et Zaal, en 1433. Selon Cyrille Toumanoff, le roi s'inspire du système byzantin pour partager son pouvoir avec ses fils et leur confie la direction quotidienne du royaume, mais cette explication est largement niée par Vakhoucht Bagration, qui questionne l'association au . Alexandre prend en charge l'expansion militaire du royaume, ainsi que la reconstruction des nombreuses villes détruites par des siècles de guerres.
En tant que co-roi, Georges envoie un représentant dans la délégation géorgienne qui participe au concile de Ferrara en 1438, puis au concile de Florence de 1439, deux assemblées œcuméniques du pape . Alexandre autorise ses fils à se faire représenter aux deux conciles pour balancer les représentations de la Mingrélie et du Samtskhé, qui souhaitent alors recevoir le soutien de Rome pour leur indépendance.
En 1439, le roi Alexandre tombe gravement malade et ses fils prennent en charge l'administration du royaume. Toutefois, malgré le manque d'espoir chez ses médecins, il recouvre la santé en 1440, mais découvre une cour royale hors de son contrôle. L'influente noblesse pousse à la division au sein de la famille royale et Georges et ses frères deviennent de plus en plus indépendants, refusant d'obéir aux ordres de leur père. Cette division se révèle particulièrement sévère quand le conseil royal ne parvient pas à s'accorder sur une stratégie pour se défendre contre l'invasion du souverain turkmène Jihan Shah, qui finit par massacrer près de .
En 1442, Alexandre, qui ne peut plus contrôler son royaume face aux ambitions de ses fils, abdique après un règne de et se retire dans un monastère sous le nom d'Athanase. Avant de se retirer, il organise le mariage de Georges à la princesse Nestan-Daredjan Bagration, fille de son oncle Bagrat. Le trône de Tbilissi est laissé à l'aîné de ses fils, , tandis que ses autres fils se partagent le royaume. Le jeune Zaza Bagration, quant à lui, disparaît de l'histoire. Alexandre meurt en 1446.
Succession à À la suite de l'abdication d', lui succède comme « roi des rois », une titulature qui lui donne précédence sur ses cadets. Démétrius et Georges restent néanmoins administrateurs de certaines régions du royaume, mais les sources restent incertaines sur leur titre (Cyrille Toumanoff et Donald Rayfield leur préservent la nomination de roi, mais les Chroniques géorgiennes ne font d'eux que des « princes » ou , mtavari). De plus, selon l'historien du Vakhoucht Bagration, ce n'est qu'en 1445 que Georges est associé au trône par son frère. Dans son sur l'histoire, le catholicos mentionne Georges comme gouvernant une large partie du royaume sous le règne de : La Kakhétie, l'Hérétie, où se trouvent les petits pays de Tchari et de Kaki, le Chaki, possedé actuellement par Adji-Tchalabi, le Chirvan, dont la ville capitale est Şamaxı, et il [] ne lui conféra pas le titre de roi mais celui de mtavari
David Bagration, qui écrit au , lui rajoute les territoires du nord-est du Caucase, dont Derbent sur la Mer Caspienne. Vakhoucht Bagration, quant à lui, cite différemment les frontières des domaines de Georges : la Ciscaucasie au nord, l'Aragvi à l'ouest jusqu'au mont Lilo (le Plateau de Iori), le Mtkvari au sud et la Mer Caspienne à l'est. Démétrius et Vakhtang se partagent la Géorgie occidentale et la Karthli. Le règne de se révèle court et il meurt en 1446 sans héritier. Dans des circonstances mystérieuses et peut-être selon la volonté de Vakhtang, Georges prend possession de la couronne, déshéritant son frère aîné, le faible Démétrius, qui se retrouve refoulé en Géorgie occidentale. La chronologie officielle des monarques géorgiens, rédigée au , reconnaît toutefois comme roi légitime jusqu'en 1452. Plusieurs chartes royales indiquent que le règne de commence le .
L'armée géorgienne reste puissante depuis les réformes d', comme le démontre son succès face aux Turkmènes en 1444. Dans ses missions diplomatiques, estime pouvoir assembler , une grande différence comparée à deux décennies plus tard quand une armée turkmène de ravage le pays. Cette force devient stratégique dans un monde orthodoxe de plus en plus assiégé par les Ottomans. C'est ainsi qu'en 1451, Georges Sphrantzès, grand diplomate byzantin, arrive auprès de afin de trouver une épouse pour l'empereur .
Le roi consent à accorder sa fille en mariage à l'empereur mais se heurte dans les détails financiers : tandis que Constantinople réclame une dot, la tradition géorgienne demande un prix de la fiancée et réclame dans les négociations une série de villages byzantins. Finalement, le roi accepte de payer , des bijoux, des beaux meubles, des vêtements de cérémonie et une rente annuelle de . Cette somme risquait de ruiner la Géorgie mais le projet mariage ne se concrétise pas, car Constantinople tombe aux mains des Ottomans en 1453. Du fait cet accord entre Byzance et Tbilissi, les Ottomans, aux portes de Constantinople et souhaitant éloigner les alliés potentiels de l'empire avant d'entreprendre leur siège, organisent en 1451 une incursion rapide mais dévastatrice sur les côtes de l'Abkhazie contre laquelle les forces géorgiennes ne parviennent pas à riposter.
Premiers problèmes Dès son avènement, doit faire face aux ambitions séparatistes des grandes principautés géorgiennes, telles que la Mingrélie, la Gourie et le Samtskhé, qui exercent déjà leur propre politique militaire et diplomatique. Bien que Georges règne officiellement comme souverain sur toute la Géorgie, son contrôle se limite de facto au Karthli. En 1447, une guerre civile éclate en Samtskhé quand Agbougha Jakéli, l'atabeg soutenu par Tbilissi, est renversé par . Aghbougha se réfugie auprès de la cour royale et continue de se faire reconnaître comme souverain de sa province par jusqu'à sa mort en 1451. Quand celui-ci meurt, le roi, convaincu par les vizirs du rebelle, offre le titre d'atabeg et sa reconnaissance à , mais cela ne change pas les relations tendues entre le royaume et son vassal.
, qui règne ensuite comme un dirigeant autocratique, entreprnd une politique de séparation totale d'avec la couronne géorgienne. Il confisque Vardzia et des domaines royaux et proclame l'autocéphalie de l'Église orthodoxe de Samtskhé avec l'aide d'un métropolitain grec qui fait venir un clergé de Jérusalem et d'Antioche. Bientôt, les noms de et le catholicos géorgien sont omis dans les prières régionales et Qvarqvaré élève l'évêque d'Atsqouri au statut de patriarche. En réponse, fait excommunier tous les prêtres reconnaissant cette autocéphalie et organise un boycott des églises locales par les Géorgiens de Samtskhé. L'Église de Samtskhé craignant une crise financière, l'évêque d'Atsqouri abandonne le projet d'autocéphalie et se fait ordonner à nouveau à Mtskheta, signe d'une défaite stratégique de Qvarqvaré.
En 1452, ou 1453, meurt dans un accident de chasse. devient ainsi le seul souverain de Géorgie. Le jeune prince Constantin Bagration, fils de Démétrius, est placé sous la protection du roi, qui l'éduque dans les arts militaires.
Seul monarque Une harmonie fragile
À la mort de Démétrius, Georges est couronné comme seul roi de Géorgie portant la titulature traditionnelle des monarques géorgiens : « Roi des rois des Abkhazes, des Kartveliens, des Raniens, des Kakhétiens et des Arméniens, Chirvanchah et Chahanchah et Maître de tout l'Est et de l'Ouest ». Son couronnement, dans la capitale religieuse de Mtskheta, est célébré par le catholicos et tous les évêques géorgiens assistent à la cérémonie. Il tente alors de s'allier à la noblesse de Géorgie occidentale et nomme en 1455 l'ambitieux Bagrat Bagration comme duc de Samokalako, contrôlant l'Iméréthie.
Arrivé sur le trône, il doit faire face à une révolte en Chirvan, une province musulmane de la Mer Caspienne et vassale de la Géorgie. Le chah local, , tente de former un État indépendant et cesse de payer tribut. envahit alors la région et, après un court siège de Qabala, il force le Chirvan à retourner dans la sphère d'influence géorgienne et les Chirvanais se remettent à payer tribut à Tbilissi.
En 1456, Ouzoun Hassan, chahanchah des Aq Qoyunlu, envahit une première fois la Géorgie, dévastant l'Arménie et assiégeant la citadelle d'Orbeti. Celle-ci est sauvée des Turkmènes quand le gouverneur local offre sa soumission et aide Ouzoun Hassan à envahir le reste du royaume. Ce dernier ravage par la suite la Karthli et occupe la ville de Moukhran, avant de retourner en Perse.
Vers une nouvelle croisade