Lallégation antisémite est une accusation délibérément fabriquée, présentée comme vraie, dans le seul but d'inciter à l'antisémitisme. Bien qu'elles aient été largement réfutées, les calomnies antisémites font souvent partie d'une théorie plus vaste de complot juif. Selon l'historien Kenneth Stern :
Accusations contradictoires vignette|Dessin de 1915 d'Abel Pann (1883–1963) dénonçant le populisme des dirigeants désignant « le Juif » comme « bouc émissaire et mouton noir » de l'Europe. Si l'on excepte la misogynie, l'antisémitisme est la « plus longue haine » Richard Webster, « Notre inhumanité commune : antisémitisme et histoire » (un résumé de Antisemitism: The Longest Hatred de Robert S. Wistrich, Thames Methuen, 1991). : il s'agit d'une émotion négative née du rejet de la différence, dont de nombreux chercheurs notent les contradictions et l'irrationalité. Dès 1882, Léon Pinsker note : Ami ou ennemi, chacun a essayé d'expliquer ou de justifier cette haine des Juifs, en donnant toutes sortes de raisons. Les Juifs sont accusés d'avoir crucifié le Christ, de boire du sang de chrétiens, d'avoir empoisonné les puits, d'avoir des profits usuraires, d'exploiter les paysans et ainsi de suite. Ceci, ainsi que les milliers d'autres accusations contre ce peuple dans son ensemble, a été prouvé sans fondement. Ceci montre la faiblesse de ceux qui ont inventé tout cela dans le but de calmer leur conscience maligne d'oppresseurs de Juifs, pour justifier la condamnation d'une nation complète, pour démontrer la nécessité de brûler sur le bûcher le Juif, ou plutôt le fantasme du Juif. Qui essaye de trop prouver, ne prouve rien du tout. Bien que les Juifs puissent être accusés de nombreux travers, ces travers sont, dans tous les cas, pas de si grands vices ni des crimes capitaux qui pourraient justifier la condamnation de l'ensemble du peuple Léon Pinsker (1882): Autoemancipation.
Au sujet des mythes antisémites, Jocelyn Hellig écrit dans son livre de 2003 The Holocaust and Antisemitism : A Short History :
Michael Curtis a montré qu'aucun autre groupe de personnes au monde n'a été accusé simultanément : d'asservissement de la société et de cosmopolitisme ; d'être des exploiteurs capitalistes et des agents de la finance internationale, et aussi des agitateurs révolutionnaires ; d'avoir une mentalité matérialiste et d'être le peuple du Livre ; d'agir en agresseurs militants tout en étant lâches et pacifistes ; d'adhérer à une religion superstitieuse et être des agents du modernisme ; de maintenir une loi rigide tout en étant moralement décadents ; d'être un peuple élu, tout en ayant une nature humaine inférieure ; d'être à la fois arrogants et timides ; d'accentuer l'individualisme tout en encourageant l'adhésion à la communauté: Michael Curtis (1986): Antisemitism in the Contemporary World. Westview Press. , cited in : .
Mensonges antisémites vignette|Crucifixion par un juif portant le judenhut, chapelle Sainte Catherine Landau, Allemagne, XIV° s.
Accusation de déicide
Selon Jeremy Cohen, « Même avant l'apparition des Évangiles, l'apôtre Paul (ou plus probablement un de ses disciples), lui-même Juif, dépeint les Juifs comme les tueurs du Christ« … les Juifs qui tuèrent le Seigneur Jésus et les prophètes. » (Thessaloniciens I 2:14-15)… Mais bien que le Nouveau Testament présente clairement les Juifs comme responsables de la mort du Christ, Paul et les évangélistes ne condamnent néanmoins pas tous les Juifs, en raison de leur judaïsme, comme meurtriers de Dieu et de son Messie. Cette condamnation, cependant arrivera bientôt ».
Selon les récits du Nouveau Testament, les autorités juives de Judée ont accusé le Christ de blasphème et ont cherché son exécution. Cependant, les autorités juives n'avaient pas l'autorité pour le condamner à mort selon Jean 18:31. Néanmoins, il est mentionné dans les Actes des Apôtres 6:12 qu'ils ont ordonné la lapidation de saint Étienne ainsi que de Jacques le Juste, d'après les Antiquités judaïques 20.9.1. La traduction de la version érudite du Jésus-Seminar note pour Jean 18:31 : « C'est illégal pour nous ». La véracité de cette réclamation est douteuse. Ils amenèrent le Christ à Ponce Pilate, le gouverneur romain de la province de Judée, qui « consentit » à l'exécution du Christ.
vignette|« Les Juifs ont tué Jésus », « Dieu déteste les Juifs », « Dieu déteste Israël ». Manifestation de l'Église baptiste de Westboro (WBC) devant une institution juive, Washington, 2010.|alt=
Pilate est dépeint dans les récits des Évangiles comme un complice réticent à la mort du Christ. Quelques chercheurs modernes ont mis en doute la véracité historique de ces récits. Ces historiens suggèrent qu'un gouverneur romain tel que Pilate, n'aurait pas hésité à exécuter n'importe quel meneur dont les disciples représentaient une menace à l'ordre romain, à ces époques où la vie humaine n'avait pas grand prix. Pourtant, certains récits des Évangiles indiquent qu'il y aurait eu des hésitations de la part des autorités aussi bien juives que romaines d'agir immédiatement et sans nécessité en face d'une opposition populaire potentielle (Matthieu 26:4-5; Marc 15:12-15 ; Luc 22:1-2). Ces historiens suggèrent aussi que les Évangiles semblent avoir minoré le rôle des Romains dans la mort du Christ, dans une période où la chrétienté se battait pour se faire accepter par le monde romain. Toutefois, les quatre récits des Évangiles désignent le gouverneur romain Pilate comme partiellement responsable de l'exécution du Christ, et ne l'exonèrent pas, et il n'est pas sûr du tout que le fait de blâmer complètement Pilate aurait diminué, plusieurs décennies après son règne, l'acceptation des Chrétiens.
En tant que résultat du IIe concile œcuménique du Vatican, l'Église catholique, sous le pontificat du pape Paul VI, a publié en 1965 le document Nostra Ætate, répudiant la doctrine de la culpabilité juive dans la crucifixion du Christ.
250px|vignette|Vitrail de 1880, scène de profanation d'hostie par des Juifs, relative à une affaire de 1390, cathédrale Saints-Michel-et-Gudule, Bruxelles, Belgique.|alt=
Accusation de profanation d'hosties
Au cours du Moyen Âge, en Europe, les Juifs étaient accusés de voler des hosties consacrées, ou des galettes de communion, et de les profaner pour reproduire la crucifixion du Christ en les cassant ou les brûlant ou en les maltraitant de toute autre façon. Les accusations étaient souvent appuyées par le témoignage de l'accusateur.
La première accusation connue de profanation d'hostie par des Juifs, date de 1243 à Berlitz, près de Berlin, et conduisit alors à la mort immédiate sur le bûcher de tous les Juifs de Berlitz sur la colline appelée depuis lors Judenberg (Mont des Juifs). Jeremy Cohen rapporte que la première accusation de profanation d'hostie à Paris se passa en 1290Jeremy Cohen (2007). et indique : L'histoire exerça son influence même en l'absence de Juifs… Edouard d'Angleterre expulsa les Juifs de son royaume en 1290, et ils ne furent autorisés à revenir qu'à partir de la fin des années 1650. Néanmoins au , apparaissent une prolifération d'histoires de profanation d'hosties en Angleterre : dans les recueils d'histoires miraculeuses, dont la plupart étaient dédiés à la Vierge Marie; dans les manuscrits illuminés utilisés par les Chrétiens pour la prière et la méditation; dans les pièces de théâtre populaires, comme Play of the Sacrament de Croxton, qui évoque l'histoire d'un meurtre rituel supposé commis par les Juifs en Est-Anglie en 1191.
vignette|Juifs à la rouelle profanant une hostie en 1492, Sternberg, 1513.
Au cours des siècles suivants, des accusations similaires ont circulé au travers de l'Europe, suivies généralement de tortures et de massacres sur des régions entières. L'accusation de profanation d'hosties va s'estomper progressivement après la Réforme, quand Martin Luther en 1523 puis Sigismond II de Pologne en 1558 ont été les premiers à répudier cette accusation ; la façon réformée de comprendre la Sainte-Cène a eu pour résultat de modérer la piété populaire chrétienne. Cependant, sporadiquement des accusations ont continué à se produire aux , alimentées par les légendes, les pièces de théâtre ou les poèmes qui perduraient et par le Vatican, sous les papes Pie IX et Léon XIII, qui soutenait encore ces stéréotypes antijuifs au . En 1761 à Nancy, plusieurs Juifs d'Alsace sont exécutés, accusés de profanation d'hosties. La dernière accusation connue date de 1836 à Bisladen en Roumanie..
On crut cependant toujours aux meurtres rituels et à la vérité des anciennes profanations d'hosties rapportées par des légendes :
Ces légendes se sont perpétuées jusqu'au , faisant l'objet de commémorations et de pèlerinages. Ce n'est qu'après le concile Vatican II en 1965 que les autorités religieuses catholiques ont admis le caractère tendancieux et légendaires de ces accusationsDéclaration : Cathédrale Saint-Michel et Gudule - Bruxelles: Déclaration sur le Miracle du saint Sacrement : Haine des Juifs au Moyen Âge et d'autres ont demandé pardonVoir la page (de) Deggendorfer Gnad..
Accusation de meurtre rituel
vignette|Tableau avec inscription : « Fils d'un apothicaire de Sandomierz, tué par les Juifs infidèles », cathédrale de Sandomierz, Pologne, « L'accusation de crime rituel, une autre calomnie antisémite fameuse est aussi une création du » John Kelly (2005): The Great Mortality: An Intimate History of the Black Death, the Most Devastating Plague of All Time .
Les descriptions de torture et de sacrifice humain dans les accusations antisémites de meurtre rituel, sont contraires à de nombreux enseignements du judaïsme. Les Dix commandements interdisent le meurtre. L'utilisation du sang (humain ou autre) dans la nourriture est interdite par les lois de la cacheroute, et le sang et les autres parties du corps humain sont considérés comme rituellement impurs (Lévitique 15|31). Le Tanakh (Ancien Testament) et l'enseignement juif dépeignent les sacrifices humains comme un des crimes qui séparent les païens de Canaan des Hébreux (Deutéronome 12:31|31), ( Rois 16:3|31). Les Juifs ont l'interdiction de pratiquer de tels rituels et étaient punis en cas de violation de cette interdiction.(Exode 34:15|31), (Lévitique 20:2|31), (Deutéronome 18:12|31), (Jérémie 7:31|31). La propreté rituelle des prêtres interdit même d'être dans une même pièce qu'un corps humain.(Lévitique 21:11|31).
Quand « les dirigeants des États et de l'Église ont dénoncé fermement ces diffamations, etc. le peuple a refusé d'abandonner ce mythe… Les papes, les rois et les empereurs ont déclaré que les Juifs, ne serait-ce qu'à cause de leurs lois diététiques très strictes, interdisant même la plus petite goutte de sang dans leur viande ou volaille, étaient incapables de ce crime. La populace chrétienne n'a pas été convaincue.
vignette|Libellé : « Les Juifs recueillent pour leurs opérations magiques le sang des enfants chrétiens », Mœurs, usages… au Moyen âge et à… la Renaissance, Paul Lacroix, 1871
En Europe Premières occurrences La première accusation connue de meurtre rituel contre les Juifs, est celle de Guillaume de Norwich en Angleterre, en 1144, rapportée par le moine Thomas de Monmouth et sera suivi de pogroms. Ce rapport est tiré de: Robert Chazan (1980): Church, State and Jew in the Middle Ages. Behrman House, . Des accusations semblables se reproduiront à la période de Pâque à Gloucester en 1168, à Bury St. Edmunds en 1181, et à Winchester en 1192 au Royaume-Uni(en) Art. « Blood accusation », Jewish Encyclopedia, 1911. Lire en ligne..
Aux En Allemagne en 1235, les juifs de Fulda avouent sous la torture avoir tué cinq enfants pour se servir de leur sang à des fins de guérison.