Le Vieux Fusil est un drame ouest-germano-français coécrit et réalisé par Robert Enrico, sorti en 1975.

L'action se déroule peu après le débarquement en Normandie, le : un chirurgien débonnaire de Montauban (Philippe Noiret), devant l'assassinat dans des conditions épouvantables de son épouse (Romy Schneider) et de sa fille par des soldats SS de la division Das Reich, sombre dans une fureur exterminatrice et élimine un à un les soldats cantonnés dans son château. Le film est marqué par des scènes d'une violence implacable, entremêlées avec des séquences de flashbacks, remémorant une histoire d'amour brisée tragiquement.

Inspiré du massacre d'Oradour-sur-Glane, le , et tourné en Tarn-et-Garonne, Le Vieux Fusil a initialement divisé les critiques de cinéma lors de sa sortie. Il rencontre un important succès commercial, devenant le cinquième plus grand succès au box-office français en 1975. vignette|Photo des châteaux de Bruniquel (Tarn-et-Garonne), ayant servi comme lieu de tournage du film. En 1976, le film, nommé dans neuf catégories lors de la première cérémonie des César, triomphe en remportant trois prix (meilleur film, meilleur acteur pour Philippe Noiret, meilleure musique pour François de Roubaix). Il obtient le César des Césars en 1985, signe de son caractère particulièrement remarquable.

Synopsis L'histoire se déroule pendant la Seconde Guerre mondiale et débute à Montauban. Le Débarquement de Normandie s'est alors produit le jour même.

Julien Dandieu est un chirurgien pétri d'idéaux pacifistes et humanistes. Il mène une vie bourgeoise, indolente, tranquille et paisible. Deux personnes partagent sa vie : sa fille adolescente Florence, née d'une précédente union, et Clara qui est sa seconde épouse. Cette dernière est solaire, pétillante et d'une magnifique joie de vivre. Florence est contemplative, paisible et studieuse, en somme le caractère de son père.

Participant à la Résistance française, en soignant des Maquisards dans son hôpital, Julien se trouve être régulièrement menacé par la milice (même s'il peut aussi soigner des Miliciens). Ce jour-là ne fait pas exception.

Le Débarquement du six juin rebat cependant les cartes de l'activité des troupes occupantes et des Miliciens. Ainsi les nombreuses troupes allemandes stationnées dans toute la France reçoivent l'ordre de se rendre directement en Normandie, et sans traîner, pour mener le combat contre les Alliés. Les Miliciens sont quant à eux particulièrement fébriles. Le médecin avoue sa peur à François, son collègue et ami de longue date.

Julien a conscience du danger qui guette les femmes dans cette période instable. Craignant donc pour sa compagne et pour sa fille, il décide de les mettre à l'abri. Il estime qu'un lieu loin de l'agitation de la ville leur sera bénéfique jusqu'à la fin de la contre-attaque. Il envoie Clara et Florence au hameau de la Barberie, loin dans la campagne, où se trouve son château familial multi-séculaire situé à proximité d'un petit bourg. François accepte de les déposer là-bas en auto puis il retourne à Montauban.

Julien décide de retrouver Florence et Clara le week-end qui suit leur départ. Il fait le voyage seul en voiture.

Le médecin découvre à son arrivée dans le bourg que les maisons sont vides d'habitants et qu'une vache vagabonde seule dans la rue principale. En rentrant dans un logement d'où il entend des voix, Julien observe qu'un repas est servi sur la table et qu'il n'a pas été terminé. Il n'y a personne dans la maison. Ce que le médecin a entendu comme voix provient de la radio allumée.

Le voyageur remarque en continuant son trajet qu'une femme ventre à terre est immobile au sol. En s'approchant pour lui porter secours, il comprend que cette personne est décédée de manière soudaine et violente. Une rafale de balles l'a atteinte dans le dos depuis l'entrée de la petite église (ou chapelle) troglodytique toute proche. Pris d'un doute, Julien s'engouffre dans le lieu de culte. Devant lui se trouve le résultat d'un massacre généralisé : les habitants du bourg y ont été regroupés puis fusillés, les hommes, les femmes comme les enfants. Il y a au moins dix victimes et aucun survivant. Le chirurgien est ébahi devant le carnage.

Son inquiétude pour ses proches s'accentue légitimement. Son château tout proche jouxte directement l'église du bourg. Entendant des voix d'hommes parlant en Allemand, le médecin entre discrètement par le pont-levis. Une division d'une dizaine de soldats se trouve présente dans la cour avec des véhicules et de nombreuses armes. La troupe se comporte dans les lieux comme en terrain conquis tout en parlant très bruyamment. On peut remarquer, aux insignes sur leurs vêtements, que ce sont des SS. Julien observe les environs de son château en se cachant près d'un muret.

Sans tout comprendre au premier abord, il remarque une paire d'escarpin de femme au sol, puis plus loin que sa fille Florence est immobile par terre, silencieuse, avec son chemisier en partie taché de sang. Enfin, il voit le corps carbonisé et encore fumant d'une silhouette accroupie qui a les bras repliés. Il n'y a pas de vêtements sur cette personne, brûlés ou enlevés. Ce n'est qu'au bout de quelques secondes qu'il se rend compte de ce qu'il voit.

Le médecin réalise que sa jeune fille est morte tuée par balles et que la personne brûlée vive au lance-flammes est très probablement sa chère épouse. Florence et Clara ont donc été attaquées et assassinées dans le lieu que Julien considérait être le plus sécuritaire pour elles. C'est un effroi et un déchirement. Par une sorte de prescience, ou de lucidité implacable, ou de cauchemar éveillé, Julien visualise aussi que Clara a subi un viol collectif par plusieurs des Allemands présents dans les lieux. Ces hommes sont membres d'une section de la SS Panzer Division Das Reich. Celle-ci stationnant dans Montauban a reçu l'ordre de se rendre en vitesse en Normandie à la suite du Débarquement. On ne peut pas dire que la division fasse preuve de zèle dans sa rapidité d'acheminement vers la Normandie. Au contraire. Ces Nazis ont massacré sauvagement les habitants de la bourgade regroupés dans l'église sans qu'on ne sache pourquoi et le château leur sert à présent de halte.

Julien retourne en larmes dans la petite église. Il y hurle sa peine profonde. Il va saisir une chaise et briser une statue peinte, en plâtre, du Christ puis une autre de Marie.

Un souvenir lui revient de son enfance du fusil de chasse à canon long qui appartenait à son aïeul chasseur. Il l'a caché dans une sorte de renfoncement en haut de l'église. Six cartouches de chevrotine en calibre 12 se trouvent présentes avec l'arme. Pour avoir vu faire son aïeul, Julien sait que ce sont des munitions suffisamment puissantes pour tuer un sanglier à bout portant.

Profondément heurté dans sa lucidité et son rapport au monde, ivre de douleur, de peine et de haine, Julien est alors totalement dévasté. L'humanité bienveillante du chirurgien est annihilée. Il va être assailli à l'église, dans une place du village et dans diverses pièces du château par de nombreux souvenirs des jours insouciants, tous profondément touchants, où l'on comprend et l'on partage l'amour intense, irradiant et tragiquement écourté qui liait les trois membres de la famille.

Reprenant pied dans la réalité (par intermittence), le médecin va petit à petit occulter sa peine et devenir froid et méthodique, chirurgical. N'ayant plus ni bienveillance ni restriction morale d'aucune sorte, Julien va agir avec méthode pour venger les deux femmes de sa vie.

Connaissant parfaitement bien les passages secrets, couloirs multiples et autres cachettes de son château, il emprunte un passage souterrain qui mène vers l'extérieur et commence par abîmer fortement la boiserie qui maintient en place le rebord du pont-levis. Il agit de nuit alors que toute la troupe allemande s'enivre consciencieusement des bonnes bouteilles trouvées dans sa cave. À force de persévérance, Julien parvient à ôter les poutres de bois de leurs supports sans que cela soit remarqué des Allemands. En retournant dans le château et les regardant depuis une glace sans tain, le médecin observe avec dégoût et rancœur l'état d'ébriété avancée des Nazis sous son toit. Ceux-ci ont trouvé un projecteur de cinéma et regardent les vacances à la mer de la famille. La même nuit, Julien vide la citerne.

Vite en colère par le manque d'eau courante le lendemain matin qui l'empêche de terminer correctement sa toilette, le capitaine SS ordonne que sa troupe prépare sans délai le départ. Les soldats SS sont envoyés faire du pillage dans la cuisine et la cave pour se servir en provisions. Vu la quantité d'alcool ingurgitée la veille, plusieurs militaires ont du mal à tenir droit ou à être rapides dans leurs mouvements. L'un des soldats va remplir des gourdes au puits central qui est dans la cour du château. Julien attendait ce moment. Depuis un chemin souterrain caché et inconnu des Allemands, il se trouve dans un renfoncement profond à l'intérieur même du puits, à plusieurs mètres sous la surface. Cette ouverture est une cachette idéale pour attaquer quiconque se penche vers la margelle.

C'est ainsi que le châtelain tue pour la première fois. L'action est si brutale et surprenante pour les Allemands qu'une sorte de panique se produit. En voulant s'enfuir des lieux, le sous-officier et son chauffeur (qui sont dans une kübelwagen) basculent du pont-levis trafiqué. Leur véhicule s'écrase en contrebas et prend feu. Entre-temps, Julien est remonté dans la pièce de réception en vitesse. Il tire sur un soldat qui se trouvait dans la cour. Après cela, le châtelain se calfeutre et se cache.

Les Nazis survivants pensent à une attaque coordonnée de Partisans - les Résistants locaux - venus s'occuper d'eux, probablement pour venger les victimes du massacre du village. Le capitaine ordonne de ne pas tirer, il souhaite les attraper vivants pour les faire parler.

Julien n'en a pas conscience mais cet ordre lui sauve la vie. En effet, un SS l'a repéré dans le dédale du passage souterrain du château qui mène vers le bourg. Suivant les ordres à la lettre, le soldat le suit avec discrétion afin de le capturer vivant comme requis. Les deux hommes se confrontent violemment dans une habitation. Arme à la main, l'Allemand lui ordonne de le suivre. Pour toute réponse, le médecin se débat et parvient à empoigner la tête de son ennemi. Il lui fracasse le crâne contre de la vaisselle et un évier de faïence. Le SS devient inerte, mort.

Un groupe de FTP fait alors irruption dans le village et découvre l'effroyable massacre. Le médecin sort à leur rencontre. Il leur explique être arrivé là lorsque le massacre s'était déjà produit. Julien, bien connu des Maquisards, est profondément respecté du chef résistant qui s'enquiert auprès de lui de la santé des siens. Il leur ment, pour parfaire seul sa vengeance, en déclarant qu'elles sont en ville et il ne leur précise pas non plus que les SS incriminés sont barricadés dans son château (il fait croire qu'ils sont partis au loin, quelque part ailleurs). Les Résistants partent chercher du renfort dans les bourgades voisines.

Les Nazis cherchent un moyen de fuir. Comme ils n'ont pas d'échelle pour franchir le pont-levis détruit, ils décident de tenter de descendre en rappel le mur d'enceinte avec une corde. Utilisant ses dernières munitions, Julien tire sur le soldat qui ouvre la voie. L'Allemand meurt en basculant dans le vide. Dans la manœuvre de représailles, Julien est blessé au bras par un éclat de grenade. Ses lunettes se brisent et sont inutilisables. Il lui faut retourner dans sa chambre reprendre sa paire de secours, le souffle court, en tâtonnant contre les murs des passages secrets. Il a de la chance de ne rencontrer personne.