Rosatom (), de son nom complet Société nationale pour l’énergie atomique Rosatom () est une entreprise publique russe spécialisée dans le secteur de l'énergie nucléaire, qui regroupe plus de 300 entreprises et organisations et emploie personnes.
Rosatom couvre l'ensemble des secteurs de l'énergie nucléaire : l'ingénierie et le design, la construction et le démantèlement de centrales nucléaires, l'ingénierie énergétique, le fonctionnement des centrales nucléaires, toutes les étapes du cycle du combustible nucléaire et la gestion des déchets radioactifs, ainsi que la production d'équipements et de produits isotopes pour les besoins de la médecine nucléaire, la recherche scientifique, la science des matériaux, les superordinateurs et les logiciels. Rosatom exploite une flotte de brise-glaces nucléaires .
Le siège de la société est situé à Moscou et son directeur général est Alexey Likhachev.
Selon de nombreuses sources d'enquête occidentales, la gouvernance de Rosatom est entièrement soumise à Vladimir Poutine qui l'utilise comme une arme géopolitique de pénétration des marchés étrangers et de dépendance à ses services de fournitures de combustibles ou de gestion de centrales.
Histoire Au regard de sa création comme ministère, l'histoire de Rosatom est étroitement liée à celle du nucléaire en Russie.
En 1950, le gouvernement russe prend la décision d'exploiter l'énergie atomique à des fins civiles. Plusieurs projets sont réalisés dans les années suivantes :
La construction de la centrale nucléaire d'Obninsk, la première centrale nucléaire au monde, en 1954; La mise en service du BR-1, le premier réacteur russe à neutrons rapides, en 1955; La construction du premier brise-glace nucléaire civil, le ; La commande du premier réacteur à eau pressurisée, model VVER, avec une capacité de , pour la centrale nucléaire de Novovoronezh-1, en 1964;
En , après la chute de l'Union soviétique, le ministère de l'énergie atomique russe, MINATOM, et l'industrie de l'URSS sont restructurés et transférés dans le ministère domestique de l'électricité.
Le , le ministère devient agence fédérale de l'énergie atomique.
En 2007, le ministère est transformé en entreprise publique, sous le nom de Rosatom : la société a été officiellement créée le . Son statut, ses buts et ses objectifs, ses fonctions et ses pouvoirs sont définis dans la loi fédérale FZ du , sur la société d'État « Rosatom ». En 2021, le chiffre d'affaires de la société s'élève à 1,2 million d'euros. Centrales nucléaires en activité en Russie +Centrales nucléaires en activité en Russie NomLieuNombre de réacteurs actifs (2026)Type de réacteurCapacité électrique (MW)Début de la constructionAkademik LomonosovPevek, Tchoukotka2KLT-40S702006NovovoronejNovovoronej, Oblast de Voronej4VVER-440 VVER-1000 VVER-120026171957LeningradSosnovy Bor, Oblast de Léningrad4RBMK-1000 VVER-12003 9821970KourskKourtchatov, Oblast de Koursk3RBMK-1000 VVER-13002 1751972KalinineOudomila, Oblast de Tver4VVER-10003 8001977BalakovoBalakovo, Oblast de Saratov4VVER-10003 9521980KolaPoliarnye Zori, Oblast de Mourmansk4VVER-4401 7601970BeloïarskZaretchny, Oblast de Sverdlovsk2BN-600 BN-8001 4851964RostovVolgodonsk, Oblast de Rostov4VVER-10003 8681977SmolenskDesnogorsk, Oblast de Smolensk3RBMK-10002 9131975
Projets Nouvelles centrales nucléaires En , la compagnie d'état russe Rosatom affiche un carnet de commandes de 133 milliards de dollars pour 6 contrats de réacteurs décrochés en Russie et 33 contrats à l'étranger, en particulier en Asie : Inde, Pakistan, Bangladesh. Mais le financement de ces projets s'avère difficile; Rosatom est donc amené à renforcer ses coopérations avec des fournisseurs occidentaux, car pour vendre à l'étranger, il a besoin de leurs technologies pour rassurer les clients, convaincre les autorités internationales de sûreté et trouver des financementsNucléaire : Rosatom contraint d'être plus réaliste à l'international, 26 avril 2019.. Dans les faits, la construction officielle (coulage du béton du bâtiment réacteur) a débuté pour six réacteurs en Russie et sept à l’étranger (Biélorussie, Inde, Bangladesh et Turquie)Nucléaire : quelle est la réalité du carnet de commandes de Rosatom ?, 26 avril 2019..
En Russie 25 réacteurs sont planifiés et proposés officiellement, mais pas encore en construction, et 22 unités sont seulement proposées.
+Unités en construction en RussieNomLieuNombre de réacteursType de réacteurCapacité électrique (MW)Début de la constructionAkademik Lomonosov Pevek, Chukotka Autonomous Okrug1KLT-40S3820072Novovoronezh-2Novovoronezh, Voronezh Oblast2VVER-120011952009Leningrad-2Near Sosnovy Bor, Leningrad Oblast2VVER-120011992010Kursk-2Makarovka, Kursk Oblast1VVER-1300TOI12552018Baltic-1Neman, Kaliningrad Oblast1VVER-120011942012
À l'étranger Rosatom détient 67% du marché de construction des installations nucléaires dans le monde, avec un portefeuille de commandes qui dépasse .
+Unités en construction ou seulement approuvées hors de RussieNomPaysLieuNombre de réacteursStatutType de réacteurDébut de la constructionAkkuyuTurquie Akkuyu, Mersin1En constructionVVER-12002018220193202042021BelarusianBelarusAstravets, Grodno Region1En constructionVVER-1200201322014Bushehr-2IranBushehr2En constructionVVER-1000201932020El DabaaÉgypteEl Dabaa, North Coast1ApprouvéeVVER-1200 -2 -HanhikiviFinlandePyhäjoki, Ostrobotnie du Nord1ApprouvéeVVER-12002019TianwanChineLianyungang, Jiangsu4En constructionVVER-10002013KudankulamIndeKoodankulam, Tamil Nadu3En constructionVVER-1000201742017Paks-2HongriePaks, Tolna County5ApprouvéeVVER-1200202062020RooppurBangladeshRooppur, Ishwardi1En constructionVVER-1200201722018
La technologie Multi-D En 2008, la société d’ingénierie ASE a engagé le développement de la technologie Multi-D pour les projets de construction des centrales, en coopération avec Dassault SystèmesRosatom : un partenaire pour la filière nucléaire française ?, sfen.org, 28 septembre 2021.
Cette technologie simule la construction de la centrale, tout le processus du design et de développement. Cette solution permet de gérer la conception, la construction, l’exploitation et les modifications des installations de grande envergure dans le domaine nucléaire. Le système intègre des logiciels de différents éditeurs au sein d’une même plateforme. Les ingénieurs et les clients ont eux-mêmes la possibilité de modéliser en détail le processus en s’appuyant sur des données issues de sources multiples.
Les bénéfices tirés de la nouvelle technologie numérique sont l’augmentation de la sûreté, l’optimisation du temps, la réduction des coûts et la supervision pendant tout le processus de construction.
Le , ROSATOM et EDF signent un mémorandum pour le développement du système.
Réacteurs à neutrons rapides Les derniers réacteurs à neutrons rapides gérés par ROSATOM sont :
Le BN-600 : depuis 1980 (facteur de capacité : ) Le BN-800 : développé en 1983-1993 et connectés au réseau en 2015
La stratégie de ROSATOM d'ici 2050 est de développer la sureté des centrales nucléaires en utilisant les réacteurs rapides pour fermer le cycle du combustible, en particulier à travers le projet Proryv. Le but du cycle fermé est d’éliminer définitivement la production de déchets radioactifs.
Recherche et développement Les organisations de recherche de Rosatom exercent des activités dans la création des matériaux de construction, le développement des nouvelles technologies et d’équipement nucléaire.
Le premier établissement russe, construit en 1943, a été l’institut de recherche Kurchatov, situé à Moscou. Plusieurs instituts ont été créés par la suite :
L’institut de physique nucléaire de Petersburg L’institut de recherche pour les réacteurs atomiques L’institut de physique et génie électrique L’institut pour la R&D pour le génie électrique
En 2011, Rosatom a créé « Sciences et innovations », société de gestion dont la mission est de gérer les activités scientifiques et de recherche des instituts du groupe, tel le « Russian Scientific Centre ».
En 2017, Rosatom a annoncé augmenter ses investissements de R&D à de son chiffre d'affaires d’ici à 2020. vignette|L'intérieur du Tokamak
Réacteurs de recherche La Russie possède 29 réacteurs de recherche en activité.
Le groupe ASE et la société Afrikantov OKBM sont les deux entreprises de Rosatom qui s’occupent de la conception des réacteurs de recherche.
, le MBIR, un réacteur à neutrons rapides polyvalent à haut flux, refroidi au sodium, est en construction à Dimitrovgrad, au sein du plus grand centre de recherche de la filiale Science et innovation de Rosatom, le NIIAR (institut de recherche sur les réacteurs atomiques). Avec une puissance thermique de , il est conçu pour fonctionner cinquante ans. Son exploitation doit démarrer en 2020 : elle permettra des expérimentations dans la sécurité et l’efficacité de la production d’énergie en cycle fermé, ainsi que dans la médecine nucléaire. Rosatom participe au projet international ITER, qui regroupe 35 pays pour la recherche collaborative sur la fusion nucléaire. Le but est de construire le plus grand TOKAMAK (acronyme russe pour « chambre toroïdale avec un champ magnétique ») au monde, un dispositif conçu par les physiciens soviétiques dans les années 1950. Rosatom travaille étroitement avec le CEA, notamment dans le cadre d’un contrat signé en 2017 portant sur la réalisation d’expériences à l’aide du réacteur de recherche à neutrons rapides BOR-60 situé à l’Institut de réacteurs nucléaires (NIIAR) de Dimitrovgrad.
Nouveaux réacteurs Rosatom est de développer des nouveaux modèles de réacteur comme le VVER-1300TOI et le BN-1200 :
Le VVER-1300TOI représente une élaboration ultérieure des VVER, en particulier du VVER-1200 : réacteurs développés par le groupe ASE. Le BN-1200 fait partie du Projet Proryv. Il s’agit de la version plus élaborée du BN-800. Le modèle sera alimenté au MOX, un mélange d’oxyde d’uranium appauvri et d’oxyde de plutonium, obtenu grâce au recyclage. Le projet Proryv a pour objectif le développement d’une génération future des réacteurs à neutrons rapides et du cycle du combustible fermé associé.
Apprentissage et développement Le Groupe Rosatom coopère avec un consortium d’universités spécialisées dans le nucléaire. Le consortium comprend 16 universités, parmi lesquelles le NRNU MEPHI et les institutions Rosatom Academy and Rosatom Tech.
Rosatom a développé un outil intégré pour organiser la planification des programmes nucléaires nationaux d’éducation et formation, l’Octopus Human Resources Planning Information System. Le programme intègre chaque aspect du développement des ressources humaines, telles que la configuration du site et la composition du personnel, le programme de construction, un plan d’action, les dates entre lesquelles on doit compléter les projets et beaucoup d’autres.
Rosatom durant la guerre russo-ukrainienne
Accusation de crime de guerre et de crime contre l'humanité Le , les forces armées russes occupent la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia dans le cadre de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie. La centrale sous contrôle russe devient un centre de torture mis en place par les services de sécurité russes, le FSB et Rosgvardia avec la complicité de Rosatom qui a pris le contrôle de la centrale. L'ONG ukrainienne Truth Hounds évoque dans un rapport de 2023 des cas de « passage à tabac, coups et blessures graves, sévices cruels, étranglements et suffocations, tortures électriques, menaces de viol sur les détenus et leurs proches. Les agents russes « détiennent des dizaines de personnes, sans eau ni air frais. Les prisonniers sont autorisés à manger la nourriture que leur apportent leurs proches, mais ceux qui n'ont pas de famille mendient nourriture et eau auprès des autres détenus ».