Les Kurdes (kurde : Kurd, کورد) sont un groupe ethnique et tribal diversifié faisant partie des peuples iraniens, principalement concentré dans la région du Kurdistan située dans les monts Zagros et l'est des monts Taurus, qui font aujourd'hui partie du nord-ouest de l'Iran, du sud-est de la Turquie et du nord de l'Irak. Ils parlent le kurde et ses variantes, qui appartiennent à la famille des langues indo-européennes.
Depuis un siècle, certains Kurdes luttent pour leur autodétermination, afin d'avoir leur propre patrie, le Kurdistan. Tous les États qui abritent une communauté non négligeable de Kurdes s’opposent activement à la création d’un État kurde et craignent de devoir abandonner une partie de leur territoire national.
Le Kurdistan est divisé entre la Turquie, l'Iran, l'Irak et la Syrie. La partition de l'Empire ottoman après la Première Guerre mondiale a provoqué la division du Kurdistan ottoman entre l'Irak, la Syrie et la Turquie. La création de ces États-nations impliquait l'assimilation culturelle forcée et l'assimilation linguistique des Kurdes dans les cultures et les langues des Arabes, des Turcs ou des Persans. Une émigration récente a entraîné l'apparition d'une diaspora kurde qui est présente dans tous les pays de l'Europe occidentale, aux États-Unis et en Australie.
Sous l'empire safavide, les Kurdes ont été déportés en masse à Khorassan. L'ancienne communauté qui vivait près de Kaboul a quitté le pays pendant la guerre d'Afghanistan à la fin des années 1970. Dans le Caucase, l'Union des républiques socialistes soviétiques déporta de nombreux Kurdes vers l'Asie centrale, et la plupart des Kurdes quittèrent leurs anciennes terres d'Arménie et du Haut-Karabagh lors de la première guerre du Haut-Karabagh.
Les Kurdes parlent des dialectes proches les uns des autres, tous issus du kurde, une langue iranienne. La langue kurde utilise des alphabets différents (arabe et latin) et plusieurs variantes : le sorani au Kurdistan du Sud et de l'est, le kurmandji dans les quatre parties, le zazaki au Kurdistan du Nord. D'autres dialectes sont parlés dans les différentes régions du Kurdistan tels que le lori, le laki, le gorani
Étymologie L'origine exacte du mot « kurde » est incertaine : « Generally, the etymons and primary meanings of tribal names or ethnonyms, as well as place names, are often irrecoverable; Kurd is also an obscurity ».. Le toponyme sous-jacent est attesté en assyrien comme Qardu et à l'âge du bronze moyen (en sumérien) comme Kar-daG. S. Reynolds, « A Reflection on Two Qurʾānic Words (Iblīs and Jūdī), with Attention to the Theories of A. Mingana », Journal of the American Oriental Society, vol. 124, (octobre–décembre 2004), . (voir ).. L'assyrien Qardu se réfère à une région dans le nord du bassin du Tigre, et est probablement reflété sous une forme corrompue dans l'arabe (coranique) Ǧūdī, réadopté en kurde sous la forme CûdîIlya Gershevitch, William Bayne Fisher, The Cambridge History of Iran: The Median and Achamenian Periods, 964 pp., Cambridge University Press, 1985 , (voir note )., le mont Djoudi. Ce nom se rapproche aussi de la Corduène.., mentionnée par Xénophon comme pays des tribus Cardouques opposées à la traversée des Dix-Mille au nord de la Mésopotamie, au Il y a cependant des points de vue divergents, dont ceux qui ne voient l'origine ni dans Qardu ni dans Gordyène, mais dans les (Cyrtæi), une tribu mède de Perse : ..
Indépendamment de ses possibles origines en toponymie ancienne, l'ethnonyme « Kurde » pourrait être dérivé d'un terme kwrt-, utilisé comme nom commun en pehlevi pour signifier « nomades, habitants de tentes » et qui pouvait aussi être appliqué comme qualificatif à n'importe quelle tribu iranienne ayant ce mode de vieKarnamak Ardashir Papakan and the Matadakan i Hazar Dastan. : « Generally, the etymons and primary meanings of tribal names or ethnonyms, as well as place names, are often irrecoverable; Kurd is also an obscurity » ; « It is clear that kurt in all the contexts has a distinct social sense, “nomad, tent-dweller”. It could equally be an attribute for any Iranian ethnic group having similar characteristics. To look for a particular ethnic sense here would be a futile exercise. » ; : « The Pahlavi materials clearly show that kurd in pre-Islamic Iran was a social label, still a long way off from becoming an ethnonym or a term denoting a distinct group of people. ».. Ce terme a acquis un caractère d'ethnonyme après la conquête musulmane de la Perse, ayant été adopté en arabe et progressivement associé à un regroupement de tribus et groupes iraniens et iranisés de la régionTh. Bois ; V. Minorsky ; Th. Bois ; Th. Bois ; D.N. MacKenzie ; Th. Bois, « Kurds, Kurdistan », Encyclopaedia of Islam, P. Bearman, Th. Bianquis, C.E. Bosworth, E. van Donzel et W.P. Heinrichs (dir.), Brill, 2009. Brill Online : « The Kurds, an Iranian people of the Near East, live at the junction of more or less laicised Turkey » ; « We thus find that about the period of the Arab conquest a single ethnic term Kurd (plur. Akrād) was beginning to be applied to an amalgamation of Iranian or iranicised tribes. ».... Au , (Şerefxanê Bedlîsî) affirma qu'il y avait quatre divisions des « Kurdes » : les Kurmandj, Lur, Kalhor et Guran, et que chacune d'entre elles avait son propre dialecte. Paul (2008) note que l'usage du terme « Kurde » au noté par Bidlisi, indépendamment du regroupement linguistique, pourrait quand même refléter le début d'une identité ethnique « kurde » nord-ouest-iranienne réunissant les Kurmandj, Kalhor et GuranLudwig Paul, « History of the Kurdish language », Encyclopædia Iranica (2008) parle du problème de l'obtention d'une définition cohérente de « langue kurde » à l'intérieur du continuum linguistique iranien du Nord-Ouest. Il n'y a pas d'évolution sans ambigüité du kurde à partir du moyen-iranien, car .. Une autre possibilité est que le nom des Kurdes dérive de celui des Hourrites également appelés Khurrites.
Culture
La culture kurde est un mélange des rites et coutumes des divers peuples anciens, ancêtres des Kurdes actuels et de leur société. Comme beaucoup d'autres populations du Moyen-Orient, une grande influence s'est exercée entre les Kurdes et les peuples voisins. En effet, dans la culture kurde, des éléments originaires d'autres cultures sont observés et vice-versa. Cependant, en général, elle est plus proche de celle des peuples indo-iraniens, en particulier de ceux qui sont géographiquement proches du Kurdistan, comme les Perses ou les Lors. Les Kurdes, par exemple, célèbrent aussi Norouz () comme fête du Nouvel An..
Place des femmes Les femmes et les hommes kurdes participent à des danses mixtes pendant les fêtes, les mariages et d'autres événements festifs. Le major Soane, officier de l'Empire colonial britannique pendant la Première Guerre mondiale, notait que ceci était inhabituel en comparaison des autres peuples musulmans de la région et montra que, au regard de ce respect homme-femme, les Kurdes étaient plus proches des occidentaux de l'époque que des autres peuples de la régionW. Juwaideh, The Kurdish national movement: its origins and development, 419 pp., Syracuse University Press, 2006 (voir ).. vignette|Jeune femme kurde à Gotni (1901) Dans l'histoire kurde, les femmes tiennent traditionnellement le même rang que les hommes dans l'accomplissement des travaux agricoles sous le climat rude et aride des montagnes du Kurdistan. Toutes les tâches étant laborieuses, notamment trouver et puiser de l'eau, le temps manquait, tant aux hommes qu'aux femmes. Il fallait en outre cultiver les champs ou garder le bétail dans de vastes espaces. Avec le temps, chacun a trouvé son utilité, homme comme femme. En effet, il n'était pas possible qu'une personne seulement sur deux de la communauté fût active dans la tenue du foyer et l'éducation des enfants. Une telle situation aurait favorisé les famines. De cette façon, toutes les tâches, à l'exception de la maternité, incombaient aux deux sexes. La contribution de tous au travail explique l'entraide des Kurdes, leur solidarité, et leurs idées progressistes. L'une des conséquences de ces mœurs a donc limité le nombre de famines. En effet, lorsqu'un groupe manquait de blé à cause d'une sécheresse, un autre lui en fournissait. Cependant, la même quantité de blé devrait être retournée l'année suivante. Tribal au départ, ce système a évolué vers un caractère communautaire et sociétal.vignette|Femme kurmanji trayant une brebis que l'homme tient, Khorassan du Nord
Bien que les rôles des hommes et femmes soient interchangeables chez les Kurdes, un étranger accueilli dans un village doit se tenir à l'écart des femmes lorsque les hommes font paître leurs troupeauxNova de mars 1983, reportage « Les Kurdes », page 60.. L'accueil des étrangers varie d'un hameau à l'autre ; certains sont plus conservateurs, d'autres plus libéraux. Ces tendances s'observent également à l'échelle régionale. Elles sont très remarquables entre les villages kurdes de Turquie et d'Iran.
Dans la lutte contre Daech, l'État islamique, les femmes combattent en nombre dans les forces armées kurdes. En 2004, la branche féminine du YPG est fondée. Nommée Unités de protection de la femme, elle rassemble aujourd'hui entre .
Musique et chant Comme les autres musiques populaires du Proche-Orient, la musique populaire du Kurdistan est monodique (instrument et voix y sont à l'unisson). Écrite comme une œuvre purement vocale, les instruments ont un simple rôle d'accompagnement et servent à sa diffusion par les dengbêj (auteurs-compositeurs-interprètes) lors des déplacements de village en village. Les deux grandes cultures ont chacune leurs particularités : les montagnards (d'origine nomade) utilisent principalement des instruments à vent telle la dûdûk, alors que les sédentaires de la plaine jouent d'instruments à cordes comme le tenbûr luth kurde à six cordes..
Folklore et mythologie vignette|Famille kurde, fin du XIX s. Les Kurdes possèdent un folklore très riche qui, jusqu'à des temps récents, s'est surtout transmis par les chants, les contes ou les récits oraux, d'une génération à une autre. Même si quelques histoires de grands auteurs kurdes furent célèbres à travers tout le Kurdistan, la plupart des histoires récitées et chantées furent seulement écrites au . Beaucoup de celles-ci sont cependant, selon la tradition, vieilles de plusieurs siècles.
Très varié, le folklore kurde dénote une grande diversité d'histoires sur la nature, les animaux anthropomorphiques, les chimères, l'amour, les héros et les méchants, les créatures mythologiques et la vie de tous les jours. Une partie de ces figures mythologiques peut être retrouvée dans d'autres cultures, comme le simurgh, le kaveh de la mythologie iranienne, et les histoires de Shahmeran de l'Anatolie. De plus, certaines histoires peuvent avoir pour seule visée un enseignement éducatif ou religieuxD. Edgecomb, A Fire in My Heart: Kurdish Tales, Westport: Libraries Unlimited, 2007, ..
L'élément le plus récurrent du folklore kurde est le renard qui, par sa ruse et sa perspicacité, triomphe des espèces moins intelligentes, même s'il lui arrive de perdre à son propre jeu. Un autre thème récurrent est l'origine d'une tribu.
Les conteurs officiaient en face de leur public, qui rassemblait parfois un village entier. Des gens venaient de loin pour les écouter, et les conteurs eux-mêmes visitaient plusieurs villages pour partager leurs histoires. Ils étaient particulièrement appréciés pendant l'hiver, ou les divertissements étaient rares car les jours courts.