est le vingt-deuxième album studio du chanteur britannique David Bowie, paru en 1999.

Cet album est le fruit d'une collaboration étroite avec le guitariste Reeves Gabrels, qui accompagne Bowie depuis la fin des années 1980 mais apparaît pour la première fois comme coproducteur et coauteur de l'intégralité des chansons. Son enregistrement est étroitement lié à celui de la bande originale du jeu vidéo , qui en reprend la majorité de morceaux. Musicalement, Bowie abandonne les expérimentations avec la musique industrielle et la musique électronique de ses précédents disques, et , au profit de sonorités plus acoustiques rappelant par moments son album de 1971 . Les morceaux qu'il compose avec Gabrels abordent des thèmes intimes et mélancoliques comme la nostalgie ou le regret, même s'il se défend de toute interprétation autobiographique des paroles.

est commercialisé en téléchargement sur le site de Bowie deux semaines avant sa sortie en magasins. C'est la première fois qu'un artiste aussi célèbre propose sa musique directement sur Internet. Les critiques sont partagés, certains appréciant sa richesse émotionnelle et d'autres estimant qu'il manque d'énergie. Le disque se classe dans le Top 5 des meilleures ventes au Royaume-Uni, mais ne dépasse pas le bas du Top 50 aux États-Unis. Les singles qui en sont tirés réalisent eux aussi des performances médiocres dans les hit-parades. La tournée ne se compose que d'une poignée de concerts, la promotion de l'album s'effectuant principalement à la télévision.

Dernier album de Bowie sorti au , est également le dernier qu'il enregistre avec Reeves Gabrels et que publie Virgin Records. Ce label rejette l'année suivante son projet , ce qui l'incite à fonder sa propre maison de disques, ISO, distribuée par Columbia Records.

Histoire

Contexte

vignette|redresse|gauche|David Bowie sur scène en 1997, pendant le .|alt=Photo d'un homme debout sur une scène en train de chanter dans un micro qui porte un pantalon blanc et un t-shirt rouge

La tournée de promotion de l'album s'achève le à Buenos Aires. Au cours de l'année suivante, placée , David Bowie se consacre à diverses activités non musicales. Il continue à s'intéresser à l'art moderne, tourne dans trois films (Il mio West, Everybody Loves Sunshine et Mr. Rice's Secret) et lance son propre fournisseur d'accès à Internet, BowieNet. Ce dernier est conçu comme un moyen de rapprocher l'artiste et ses fans : les adhérents ont accès à des téléchargements exclusifs et peuvent parfois converser directement avec le chanteur via son salon de discussion.

Bowie trouve cependant le temps de travailler sur de nouvelles compositions avec Reeves Gabrels, le guitariste qui l'accompagne sur disque et sur scène depuis la fin des années 1980. Grâce à Pro Tools, les deux hommes peuvent travailler aussi bien depuis leurs domiciles respectifs (Gabrels vit à New York et Bowie vient de faire l'acquisition de Seaview, une luxueuse résidence aux Bermudes) que dans les chambres d'hôtel où le chanteur est amené à résider. En novembre, le chanteur estime qu'ils ont ainsi élaboré une trentaine de morceaux intéressants.

Vers la fin de l'année, Bowie est contacté par Eidos Interactive, un éditeur de jeux vidéo, qui lui propose d'élaborer la musique de , en cours d'élaboration par le développeur français Quantic Dream. Peut-être séduit par les accents bouddhistes du jeu, dans lequel la réincarnation occupe une place importante, le chanteur accepte. Plusieurs des morceaux qu'il écrit avec Gabrels sont ainsi destinés à , tandis que d'autres sont envisagés pour leurs prochains disques. Le guitariste compte en effet lui aussi sortir un album, sur lequel doivent figurer les chansons , et , finalement réservées par Bowie pour son propre disque.

Enregistrement

vignette|redresse|Reeves Gabrels (ici en 2008) coécrit et coproduit l'intégralité de .|alt=Photo d'un homme barbu aux cheveux longs portant des lunettes

La première mouture des chansons de est enregistrée à l'automne 1998 aux studios du label Mute Records, à Londres. Bowie et Gabrels jouent de tous les instruments, à l'exception de la batterie, pour laquelle ils ont recours aux services de Jason Cooper, le batteur de The Cure. Ce sont ces versions, mixées au début de 1999, qui sont utilisées dans le jeu .

Si Gabrels est satisfait du résultat, ce n'est pas le cas de Bowie, qui est à la recherche d'un son plus lisse, avec de la basse fretless. Une deuxième phase de travail prend ainsi place au printemps 1999 aux studios Looking Glass, à New York. Des musiciens ayant déjà collaboré avec Bowie sont invités à participer : Mark Plati, qui a joué sur , à la basse, et Sterling Campbell, qui a joué sur , à la batterie. C'est cependant un autre batteur, Mike Levesque, qui apparaît sur la majorité des morceaux.

Pour la chanson , Bowie veut s'accompagner d'une voix féminine. Il envisage de faire appel au groupe de R&B américain TLC, mais Gabrels oppose son veto à cette idée. Il lui propose de contacter Holly Palmer, une chanteuse américaine dont il a fait la connaissance à Boston. Leur collaboration se déroule si bien que Bowie offre une place à Palmer dans son groupe pour la tournée .

Le , les parties vocales du morceau sont enregistrées aux studios Looking Glass. La séance est diffusée en direct sur BowieNet et voit la participation de deux invités, Alex Grant et Larry Tressler, aux chœurs. Grant est le vainqueur du concours organisé par Bowie sur son site pour écrire les paroles de cette chanson. Ce concours a recueilli plus de , dont le chanteur affirme avoir lu la majorité et choisi le vainqueur parce que son texte « était impertinent, sonnait bien et était facile à chanter ».

Les dernières retouches et le mixage prennent place dans un autre studio new-yorkais, Chung King, vers mai-. L'album reçoit son titre définitif après que Bowie a abandonné son idée originale, , dont Gabrels estime qu'il rappelle de manière inappropriée le groupe de pop humoristique des années 1960 Freddie and the Dreamers. Les crédits témoignent du rôle important joué par le guitariste à toutes les étapes de la conception de : outre son rôle de musicien et coproducteur, il figure également comme coauteur de toutes les chansons du disque, cas unique dans la discographie de Bowie.

Parution et accueil

Des extraits de sont présentés à partir du mois d' aux membres de BowieNet, qui ont également la possibilité de découvrir progressivement sa pochette. L'album entier est proposé en téléchargement le , deux semaines avant sa sortie physique le . C'est la première fois qu'un artiste établi comme Bowie commercialise ainsi son nouveau disque en ligne. La première édition CD, en édition limitée, utilise l'imagerie lenticulaire pour donner un effet de mouvement à l'image de la pochette.

Le jeu est également publié en . Outre sa participation à la bande originale, Bowie y incarne deux personnages : Boz, un être virtuel qui dirige la faction des « Éveillés », et le chanteur du groupe « The Dreamers », qui donne des concerts clandestins auxquels le personnage du joueur peut assister. Les autres membres des Dreamers sont calqués sur Gabrels et sur Gail Ann Dorsey, bassiste attitrée de Bowie depuis la tournée . La femme du chanteur, Iman Abdulmajid, prête également ses traits à un personnage jouable. Au-delà de , plusieurs films sortis entre 1999 et 2000 utilisent des chansons tirées de dans leur bande originale : sert de générique de fin à Memento et apparaît dans American Psycho, tandis que est utilisée dans Stigmata.

reçoit des critiques variées, la presse musicale spécialisée se montrant dans l'ensemble plus clémente que les grands journaux généralistes. le juge « vaseux et monotone. » et l'estime « dépourvu de l'étincelle d'imagination qui alimentait les disques les plus récents de Bowie, sans parler de ses meilleurs. ». À l'inverse, le décrit comme « un ensemble de chansons aux textures riches et aux émotions intenses » et considère qu'il s'agit d'un disque « qui s'améliore à chaque nouvelle écoute ».

Le public britannique réserve un bon accueil à , qui fait mieux que ses deux prédécesseurs en se classant du . En revanche, il ne dépasse pas la position dans le classement américain Billboard 200, la pire performance d'un album de Bowie depuis plus d'un quart de siècle. Le premier single qui en est tiré, , n'est pas le meilleur choix possible selon le biographe de Bowie Nicholas Pegg ; il se classe seulement au Royaume-Uni et n'entre même pas dans le Top 100 américain. Les trois autres singles extraits de , (uniquement édité en Australie et au Japon), et , ne font pas mieux.

vignette|Le batteur Sterling Campbell (ici en 2009) apparaît sur trois des dix chansons de l'album et participe à la tournée .|alt=Photo d'un homme au crâne rasé avec des lunettes noires assis derrière une batterie

Pour promouvoir , Bowie se produit dans plusieurs émissions de télévision en Amérique du Nord et en Europe. En France, il interprète ainsi dans Les années tubes sur TF1 le et passe dans Nulle part ailleurs sur Canal+ le 20 pour une série de huit chansons. Il ne donne qu'une poignée de concerts entre 1999 et 2000, réunis sous l'appellation de . Son groupe se compose de musiciens ayant participé à l'album (Mark Plati à la guitare, Sterling Campbell à la batterie) ou ayant déjà joué avec lui (Mike Garson aux claviers, Gail Ann Dorsey à la basse), à l'exception du guitariste principal, Reeves Gabrels ayant décidé de mettre un terme à leur collaboration. Il est remplacé par Page Hamilton, du groupe de metal alternatif américain Helmet.

Postérité

marque la fin de la collaboration entre Bowie et Reeves Gabrels. Le guitariste se produit pour la dernière fois à ses côtés le pour un épisode de l'émission télévisée américaine Storytellers diffusé le sur VH1. Gabrels donne plusieurs raisons à son départ : un certain agacement vis-à-vis de l'entourage du chanteur, l'impression d'avoir fait le tour de ce qu'il pouvait lui apporter et l'envie de passer à autre chose. De manière significative, lorsque sort l'album solo sur lequel il travaillait en même temps que , il choisit de l'intituler , se comparant implicitement à la figure d'Ulysse cherchant à regagner son foyer après des années d'errance.

Le départ de Gabrels coïncide avec une période où Bowie s'intéresse davantage à son passé : il évoque divers projets autour du personnage de Ziggy Stardust et reprend contact avec Tony Visconti. Pendant certains concerts du , il s'amuse à reprendre une de ses chansons de jeunesse, le single de 1965 . Durant l'été 2000, il enregistre , série de compositions datant d'avant sa percée avec , mais Virgin refuse de publier ce disque en 2001, ce qui encourage Bowie à mettre sur pied son propre label, ISO, distribué par Columbia Records. constitue ainsi son seul album paru sous l'étiquette Virgin Records.

Nicholas Pegg note que n'a jamais été aussi bien considéré que ou . D'après lui, c'est un disque qui se disperse trop et qui manque d'énergie, mais il estime qu'il constitue une étape importante dans la carrière de Bowie, dont l'écriture commence à acquérir une nouvelle maturité. Marc Spitz le trouve tout aussi bon que ses trois prédécesseurs et le décrit comme « un bon disque à écouter le matin quand on a fait quelque chose de regrettable la veille ». En revanche, Paul Trynka juge l'album , et pour Matthieu Thibault, c'est une conclusion médiocre aux années 1990 de Bowie et son pire disque de la décennie.

Caractéristiques artistiques

Paroles et musique