La (FM), ou , a également été appelée fibrosite, syndrome polyalgique idiopathique diffus (SPID) ou polyenthésopathie. Elle est définie comme , sans lésion ou dysfonctionnement organique identifiable..

Il est possible qu'il s'agisse d'anomalies du système nerveux central (perception, transmission et intégration de la douleur) entraînant notamment des troubles cognitifs, des troubles de l'humeur, des troubles du sommeil, des troubles digestifs. S'y associe toujours une fatigue plus ou moins importante et qui, dans certains cas graves, mène au diagnostic de syndrome de fatigue chronique.

Il s'agit d'une pathologie fréquente dont l'évolution est chronique et dont l'intensité est variable dans le temps et selon les individus, mais qui peut parfois altérer profondément la qualité de vie. Elle touche le plus souvent les femmes d'âge moyen et son étiologie, diverse et multiple, est encore mal comprise.

Le diagnostic est établi d'après l'examen clinique, qui peut être totalement normal en dehors d'une sensibilité à la pression des tissus mous. Les analyses biologiques basiques ne mettent souvent aucune anomalie en évidence, mais permettent d'écarter la présence d'autres pathologies graves.

Épidémiologie Après l'arthrose, la fibromyalgie est la maladie rhumatismale la plus fréquente. Elle représente de 1 à 2 % des motifs de consultations en médecine générale, de 5 à 7 % en rhumatologie, et jusqu'à 10 à 20 % en service spécialisé (centres contre la douleur)Données du service Algologie/Clinique Catherine de Sienne/Nantes.

Selon les critères de diagnostic utilisés, sa prévalence en population générale dans l'ensemble des régions de l'OMS est estimée à 1,78 %. Elle est un peu plus grande en Europe (2,64 %) qu'en Amérique (2,41 %) et dans des parties de l'Asie (1,62 %). Aux États-Unis, la prévalence est estimée de 2 à 8 % ; En France, elle est estimée à 1,6 % et environ 1,5 % au Canada.

La fibromyalgie peut toucher des individus de tout âge et des deux sexesMurphy Ka « Fibromyalgie » Dans : . Sa prévalence augmente avec l'âge, elle peut apparaître chez les enfants et les adolescents, pour être maximum dans la tranche d'âge 55-65 ans et diminue chez les plus âgés.

Classiquement, elle est beaucoup plus fréquente chez les femmes de 20 à 50 ans. Cependant, cette prévalence très élevée chez les femmes (7 à 9 pour 1 homme) pourrait avoir pour origine un sous-diagnostic chez les hommes. Il y aurait un biais socio-culturel où les hommes sont moins enclins à consulter pour des douleurs chroniques. Avec les nouveaux critères de diagnostic de 2011 (les points douloureux ne sont plus recherchés par palpation), le ratio devient 2 femmes pour 1 homme, ce qui est le rapport habituel des états douloureux chroniques ; et avec les critères révisés de 2016, il n'y a pas de différences significatives entre hommes et femmes.

En 2014, selon les auteurs américains (qui s'appuient sur, ou demandent, des études validées), la prévalence est similaire dans les différents pays, cultures et ethnies. Il n'y a pas d'indices d'une prévalence plus forte dans les pays industrialisés.

De même, le niveau d'éducation et le statut socio-économique plus faibles ont pu être retrouvés comme facteurs de risque en Grande-Bretagne et en France.

Signes et symptômes La fibromyalgie se présente sous forme d'un syndrome associant des douleurs diffuses, et des troubles subjectifs tels qu'une fatigue, des troubles du sommeil, des troubles cognitifs mineurs et des troubles de l'humeur fluctuant avec le temps 2012 Canadian Guidelines for the Diagnosis and Management of Fibromyalgia Syndrome, « Diagnosis ». Cependant, la fibromyalgie est une pathologie difficile à diagnostiquer car les patients présentent souvent des tableaux cliniques plus ou moins éloignés..

Douleurs De début insidieux, les douleurs sont présentes sur le long terme (au moins 3 mois jusqu'à des années). Ce syndrome douloureux est diffus (« mal partout »). Il s'agit de douleurs spontanées à prédominance axiale (autour de la colonne vertébrale), mais aussi localisées à d'autres zones (épaules, bras, bas du dos, fesses, cuisse, genoux…).

Elles sont décrites comme permanentes et fluctuantes, variables d'un jour à l'autre, en localisation et en intensité. Elles sont influencées par l'exercice ou le repos (trop prolongés), les conditions météorologiques, et le stress.

L'examen clinique retrouve des points douloureux spécifiques à la pression (palpation digitale).

Aux États-Unis, sur la base d'un sondage internet de fibromyalgiques, ces douleurs chroniques ne seraient pas le symptôme le plus invalidant parmi les autres troubles présentés, tels que la raideur matinale, la fatigue chronique ou le sommeil non réparateur. Par ailleurs, la Société française de rhumatologie indique, sur son site grand public, que , mais ..

Hypersensibilité Les patients souffrant de fibromyalgie manifestent une hypersensibilité à d'autres stimuli, tels que les lumières vives, les bruits forts, les parfums et le froid. Une synthèse d'articles a révélé qu'ils présentent un seuil de douleur au froid plus bas. Des recherches supplémentaires ont également souligné une hypersensibilité acoustique.

Autres troubles subjectifs Les troubles du sommeil existent chez 60 à 90 % des fibromyalgiques : difficultés d'endormissement, réveils nocturnes, fatigue musculaire au réveil, sensation matinale de sommeil non récupérateur. Dans la journée, une fatigue chronique est présente, elle est aussi fluctuante, mais d'intensité jugée plus sévère que les douleurs.

Les troubles cognitifs sont les difficultés de concentration, d'attention, et de troubles de mémoire (mémoire de travail et à court terme).

Des troubles anxiodépressifs peuvent être présents, le plus souvent réactionnels (à la suite d'un événement stressant). On ne retrouve pas de syndrome dépressif proprement dit (dévalorisation de soi, auto-accusation, absence de désir ou de motivation…), ni de tendance suicidaireHAS 2010, op. cit., p. 18..

Il apparaît que la fatigue et les troubles anxiodépressifs dans la fibromyalgie pourraient être la conséquence des douleurs chroniques prolongées et de l'errance des patients dans le système de soin.

Pathologies associées Les fibromyalgiques ont souvent une histoire présente ou passée d'autres syndromes douloureux ou maladies fonctionnelles chroniques, telles que : le syndrome de l'intestin irritable, la migraine, un syndrome prémenstruel, une endométriose, un syndrome algodysfonctionnel de l'appareil manducateur, cystite interstitielle, cholécystite chronique Wolfe F, Smythe HA, Yunus MB, Bennett RM, Bombardier C, Goldenberg DL 1990;33:160-72. …

Formes cliniques Il existe diverses formes de sévérités à la fibromyalgie, pouvant éventuellement correspondre à diverses causes, ou à différentes variantes de la maladie. La problématique étant de trouver une échelle (un marqueur) de sévérité fiable, inexistant du fait qu'aucun marqueur n'a encore été mis au jour. Chaque fibromyalgique a ses cycles, ses symptômes, d'intensités et de durées variables. Les variantes d'atteintes de fibromyalgies sont très larges, d'une fibromyalgie peu sévère permettant de garder une vie presque « normale » à la fibromyalgie sévère handicapante il y a un panache de variantes très difficilement classifiables.

La subjectivité, l'interprétation de ses symptômes, l'interprétation du médecin, la tolérance à la douleur, les aléas des symptômes, les rémissions, les intensités, les amplitudes, la gestion psychologique, la chronicité, les échecs thérapeutiques, les échecs de dialogue, de compréhension, ainsi de suite, amènent une pathologie très complexe pour le patient, et encore plus complexe à transmettre.

Un tiers des fibromyalgiques déclenchent une dépression, voire un état , pour certains du type réactionnel (charge psychologique, atteinte neurologique sévère). La prévalence de la dépression est plus importante chez les patients souffrant de fibromyalgie que dans la population générale, mais elle reste comparable à celle qu’on observe dans d’autres contextes de douleurs chroniques Thieme K, Turk DC, Flor H. « Comorbid depression and anxiety in fibromyalgia syndrome: relationship to somatic and psychosocial variables » Psychosom Med. 2004;66:837–44..

Ce syndrome restant mal perçu et peu reconnu, tant par l'entourage que par les administrations et certains médecins, il peut pousser les personnes malades à l'isolement, voire à la dépression ou à la culpabilité de souffrir et de devenir handicapé par cet état douloureux et épuisant.

Physiopathologie La sensibilité à la douleur dans une population se répartit selon un large continuum selon une courbe de Gauss, en forme de cloche où la majorité de la population est proche du sommet (moyenne habituelle). La prédisposition génétique et les facteurs environnementaux déterminent la place de chaque individu dans cette courbe, les personnes peu sensibles ou très sensibles à la douleur se trouvant aux deux extrémités de la courbe.

Les causes et les mécanismes de la fibromyalgie sont mal connus. Elle est considérée comme une perturbation de la régulation de la douleur touchant les systèmes de perception, de transmission et de modulation, aboutissant à une hypersensibilité à la douleur ou allodynie généralisée (des stimuli normalement ressentis comme indolores sont perçus comme douloureux).

Elle est souvent classée comme un syndrome de sensibilité centrale (CSS), où le cerveau n'est plus capable de gérer la douleur.

Possible origine auto-immune Une étude de 2021 permet d'envisager la piste d’une maladie auto-immune (causée par des auto-anticorps). Les chercheurs ont injecté à des souris des anticorps (IgG) provenant de personnes vivant avec la fibromyalgie et ont observé que les souris ont rapidement développé une sensibilité accrue à la pression et au froid, ainsi qu'une réduction de leur force. En revanche, les souris auxquelles on a injecté des anticorps provenant de personnes en bonne santé n'ont pas été affectées, ce qui prouve que les anticorps du patient sont à l'origine de la maladie, ou du moins y contribuent de manière significative..

Les résultats du professeur Anderson montrent que ces IgG produisent des hypersensibilités sensorielles douloureuses en sollicitant les neurones nociceptifs dans le ganglion spinal... D'ailleurs, les souris auxquelles on avait injecté des anticorps provenant de patients atteints de la fibromyalgie se sont rétablies après quelques semaines, lorsque les anticorps avaient disparu de leur corps. Ce résultat suggère fortement que les thérapies qui réduisent les niveaux d'anticorps chez les patients sont susceptibles d'être des traitements efficaces.

Données neurophysiologiques Il existe chez les fibromyalgiques des anomalies du seuil de perception douloureuse au chaud et au froid, et autres stimuli avec une perte de contrôle inhibiteur (normalement une douleur perçue à un endroit du corps inhibe la perception d'une autre douleur à un autre endroit).

vignette|upright=1.9|Changements supposés des structures cérébrales au cours de la fibromyalgie, reproduits sur une IRM

Ces phénomènes seraient surtout amplifiés au niveau central, par altération du système limbique (gestion et intégration de la douleur, mais aussi régulation du sommeil, de l'humeur et de la fatigue). Des anomalies ont été mises en évidence par l'imagerie cérébrale fonctionnelle : circulation sanguine diminuée dans le thalamus, des ganglions de la base et de certaines zones médianes du cerveau. Comparativement à des personnes saines, ces zones sont moins actives (hypoactivité) à douleur égale, et ont une activation différée, dans la réaction à la douleur.