L'île des Cygnes ou île Maquerelle est une ancienne île de Paris, réunie à la rive gauche de la Seine à la fin du . Elle se trouvait au nord-ouest de l'actuel , dans le quartier du Gros-Caillou, entre la rue de l'Université et la Seine, les Invalides et le Champ-de-Mars, là où se situe à présent le musée du Quai Branly.

Il convient de ne pas la confondre avec l'actuelle île aux Cygnes située en aval, dans le .

Étymologie Le nom de Maquerelle dérive peut-être de « male » (mauvaise) « querelle » rappelant qu'en ce lieu on se battait en duelAlfred Fierro, Histoire et Dictionnaire de Paris, Robert Laffont, , 1996 , .. On a également avancéV. Jaillot, cité par de Saint-Victor dans Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours, 1811, t. III, p. 831. qu'il pouvait s'agir d'une contraction de « ma » et de « querelle ». Il est toutefois plus probable que son nom soit dû à un particulierRevue d'archéologie, année, première partie, p. 214 : .

On a aussi avancé que le nom viendrait d'une maison-close installée à cet endroit sous le règne de Louis XV.

Formation L'île des Cygnes a été constituée par la fusion de plusieurs îlots : l'île de Grenelle, l'île des Treilles, l'île aux Vaches (à ne pas confondre avec l'île homonyme ayant donné l'île Saint-Louis), l'île de Jérusalem et l'île de Longchamp..

Elle s'étendait en largeur entre la rue de l'Université située approximativement sur l'ancien chenal comblé et la Seine (actuels quais d'Orsay et Branly), en longueur de l'actuelle rue Surcouf au boulevard de Grenelle, comprenant la partie du Champ-de-Mars proche du fleuve où est de nos jours érigée la tour Eiffel.

Historique Une pirogue en chêne assemblée avec des chevilles en sapin, qui pourrait être une embarcation normande datant du siège de Paris de 885-887, a été découverte lors de la construction de la culée du pont d'Iéna.. en août 1806.

Au , les paysans de Chaillot ont le droit de faire paître leurs vaches sur l'île Maquerelle en échange d'une redevance en espèces et en nature payée à l'abbaye de Saint-Germain-des-PrésParis à travers les âges, histoire nationale de Paris et des Parisiens depuis la fondation de Lutèce jusqu'à nos jours, paru en 1879.Legrand, Jean-Baptiste-Bonaventure de Roquefort Histoire de la vie privée des François, p. 94.. Le fermage est de 20 livres en 1492, et le bail de l'herbe est porté à 27 livres en 1551Pierre Thomas Nicolas Hurtaut et L. de Magny Dictionnaire historique de la ville de Paris et de ses environs, 1779, p. 368..

En 1554, afin de désencombrer le cimetière de la Trinité, le roi Henri II prescrit à l'Hôtel-Dieu de Paris de cesser d'y inhumer ses morts et de le remplacer par un cimetière à créer sur l'île Maquerelle. En 1572, après le massacre de la Saint-Barthélemy, on y enterre les corps de victimesBulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français, 1861, p. 134.Athanase Coquerel Précis de l'histoire de l'Église réformée de Paris, 1862, p. 126..

Elle est renommée « île des Cygnes » après que des cygnes y ont été placés par ordonnance royale du Edouard Fournier, Énigmes des rues de Paris, p. 278.. Le « garde-cygnes » est chargé de les récupérer pour les mettre à l'abri durant l'hiverDominique Garrigues, Jardins et jardiniers de Versailles au Grand Siècle, 2001, p. 134.. La maison du garde-cygnes est inventoriée dans les bâtiments du roiJules Guiffrey, Comptes des bâtiments du roi sous le règne de Louis XIV, 1901, p. 1130..

Le roi cède l'île à la ville de Paris le Lucien Lazard Inventaire sommaire de la collection Lazare-Montassier, Imprimerie Nouvelle (association ouvrière) 1899, pp.87-88..

Un projet de construction, sur l'« jsle des cignes », d'un hospice (« hôtel-dieu ») et de son église, complétés par une boucherie en sous-sol et au besoin d'un embarcadère (« gare »), est alors « jugé convenable », mais l'île présente « l'inconvénient d'être au dehors de la ville »Inscription en langue française, manuscrite, ajoutée au stylo par un ancien collaborateur dessinateur (non identifié) de l'architecte français Pierre-Alexis Delamair (1676-1745) sur un dessin d'architecture sans titre ni date. L'auteur affirme avoir, environ 50 ans auparavant, « mis au net » différents projets de ce type pour Le Livre des Embellissements (1731) de Delamair. Cf. « Architectural drawing for a chapel and hospital », dessin non daté conservé au Metropolitan Museum of Art, New York City. et l'hospice ne sera pas réalisé.

Vers 1730, l'île des Cygnes est rendue accessible à partir de la rive gauche par le « pont des Cignes »Pierre Thomas Nicolas Hurtaut et L. de Magny, Dictionnaire historique de la ville de Paris et de ses environs, 1779, p. 99. ou « pont rouge », situé à son extrémité orientale. Elle est alors « destinée à mettre des chantiers de bois »Voir un extrait du plan de « Paris, ses fauxbourgs et ses environs », de Roussel.. Ces chantiers, dans lesquels le bois de chauffage est transformé en bûches et entreposé, ainsi que le bois de charpente, récupèrent aussi le bois des bateaux mis hors-serviceDéchireurs et Hotteurs.Archives parlementaires de 1787 à 1860, p. 683..

Jean-Jacques Rousseau, après son retour en France en 1767, s'y promène« Neuvième promenade », Rêveries du promeneur solitaire in Œuvres complètes, tome 6, p. 522, Ch. Lahure, 1857..

Des lettres patentes, autorisant la ville de Paris à faire combler le canal qui sépare l'île des Cygnes du quartier du Gros-Caillou, sont signées le et un comblement partiel du canal est signalé en 1780Mémoires de la Société nationale des antiquaires de France 1864, p. 106..

Dans un souci d'hygiène, la triperie qui fabrique de l'huile de tripes destinée à alimenter les réverbèresTableau de Paris par Louis-Sébastien Mercier, paru en 1782. y est transférée en 1774, et le lieu devient nauséabond.. Le , une ordonnance de police dispose que « tous les abattis de bœufs, vaches et moutons, continueront d'être portés à l'île des Cygnes pour y être préparés et cuits comme à l'accoutumée […] d'après la manière prescrite par la délibération des bouchers du »De France, Jourdan, Decrusy, Recueil général des anciennes lois françaises, depuis l'an 420 jusqu'à la Révolution française, p. 165, Belin-Le Prieur 1827..

En 1789, les frères Auguste-Charles et Jacques-Constantin Périer sont chargés par la ville de Paris d'y installer des moulins à vapeur pour répondre à la pénurie hivernale de farine, lorsque les eaux de la Seine sont trop basses pour alimenter les moulins à eau. L'installation, formée de deux machines à vapeur nommées la Constantine et l'Augustine, entraînant douze meules de de diamètre, est inaugurée le en présence du maireJean Paul Favreau, « Les moulins de l'île aux Cygnes », 14 novembre 2006..

En 1802-1803, l'inventeur Robert Fulton y mène ses expériences sur la navigation à vapeurLouis Figuier, Exposition et histoire des principales découvertes scientifiques modernes, 1862, pp. 284-285..

Le reste du canal est comblé en 1812Léon de Lanzac de Laborie, Paris sous Napoléon, tome 2, Plon, 1905, p. 119., en même temps que l'on construit le pont d'Iéna.

À la même époque, la construction des bâtiments des archives et de l'Université est projetée sur un emplacement compris entre les actuels quai Branly, avenue Rapp, rue de l'Université et avenue Bosquet, à proximité du palais du roi de Rome sur l'autre rive. Ces projets sont abandonnés à la chute de l'Empire.

C'est sur ce lieu que se trouvait le dépôt des marbres..

La pompe à feu du Gros-Caillou s'établit en 1788 à l'emplacement de la partie est de l'île puis la manufacture des tabacs en 1829.

Notes et références

Voir aussi

Articles connexes Liste des îles de Paris Île aux Cygnes (Paris) Les Trois N dans l'île aux Cygnes, roman pour la jeunesse (1978)

Liens externes , dans l'Atlas de Trudaine pour la généralité de Paris, 1745, 1780 Gros-Caillou et île des cygnes, dans le plan de Turgot, planche 20

Ile des Cygnes Cygnes