L’Office du Saint-Sacrement est un ensemble de prières de dévotion, ayant pour but de promouvoir le salut du Saint-Sacrement. Il se consacre aux célébrations tant pour la messe que pour les offices, que l'Église catholique intégra dans son rite romain. À la suite de l'institution de la Fête-Dieu au , trois versions de l'office du Saint-Sacrement étaient en usage. Depuis la Contre-Réforme, c'est la troisième version, dont l'origine est attribuée aux textes de saint Thomas d'Aquin, que l'Église catholique utilise.

Répertoire des prières en faveur de l'office du Saint-Sacrement Dans le rite romain, cette hymne était singulièrement utilisée au Moyen Âge tant pour l'élévation que pour l'adoration du Saint-Sacrement. Son origine est indépendante et un peu plus ancienne que d'autres hymnes : Ave verum corpus (hymne)

À la suite de l'institution de la Fête-Dieu au , des œuvres furent écrites tant pour la messe solennelle que pour la liturgie des Heures de cette fête : office du Saint-Sacrement de sainte Julienne de Cornillon (dit Office A ou Animarum cibus selon l'incipit, liturgie locale de Liège); office du Saint-Sacrement réservé aux monastères (dit Office B ou Sapiencia ædificavit sibi); office romain du Saint-Sacrement (dit Office C ou Sacerdos in æternum ; ).

L'origine de ce dernier qui reste en usage est aujourd'hui attribuée à la composition de saint Thomas d'Aquin, notamment Lauda Sion (séquence de la Fête-Dieu) son extrait Ecce panis anglelorum (strophes XXI - XXIV)

D'autres hymnes de Thomas d'Aquin, surtout en extrait, sont plus largement en usage, à partir de la réforme liturgique selon le concile de Trente. Il s'agit des compositions en faveur des offices les plus importants de la liturgie des Heures dans la journée. Dès ces hymnes, des extraits convenables, qui contiennent la doxologie, furent établis : Sacris solemniis (hymne pour l'office des matines); extrait Panis Angelicus (strophes VI et VII) Verbum supernum prodiens (hymne pour l'office des laudes); extrait Ô salutaris Hostia (strophes V et VI) Pange lingua (hymne pour l'office des vêpres). extrait Tantum ergo (strophes V et VI)

Encore d'autres chants sont-ils en usage, en raison de leur lien avec le Saint-Sacrement : Adoro te devote (poésie chrétienne), de nos jours de même attribuée à Thomas d'Aquin; Ubi caritas (hymne destinée au Jeudi Saint qui commémore la CèneAprès le concile Vatican II, l'usage officiel est réservé à la procession de l'offertoire de cette messe.); Anima Christi (poésie chrétienne du ); Laudate Dominum, omnes gentes (Psaume 117 (116)).

Hymne Pange lingua Trouvée dans le dit Office C du Saint-Sacrement, qui fut définitivement fixé dans le rite romain après le concile de Trente, cette hymne de saint Thomas d'Aquin est chantée au Jeudi Saint, à la fin de la célébration, en tant que répons du Saint-Sacrement (p. 57 - 58). De nos jours, les strophes V et VI Tantum ergo sont souvent chantées lors de l'Adoration du Saint-Sacrement, quel que soit le temps liturgique. latin françaisI. Pange lingua gloriosi corporis mysterium,Sanguinísque pretiosi, quem in mundi pretiumFructus ventris generosi, Rex effudit gentium.

II. Nobis datus, nobis natus ex intacta Virgine,Et in mundo conversatus, sparso verbi semine,Sui moras incolatus miro clausit ordine.

III. In supremæ nocte cenæ recumbens cum fratribus,Observata lege plene cibis in legalibus,Cibum turbæ duodenæ se dat suis manibus.

IV. Verbum caro panem verum verbo carnem efficit;Fitque sanguis Christi merum, et, si sensus deficit,Ad firmandum cor sincerum sola fides sufficit.1) Chante, ma langue, le mystère de ce corps très glorieuxet de ce sang si précieux que le Roi des nations,issu d'une noble lignée, versa pour le prix de ce monde.

2) Fils d'une mère toujours vierge, né pour nous,à nous donné, et dans ce monde ayant vécu, Verbe en semence semé,il conclut son temps d'ici-bas par une action in comparable.

3) La nuit de la dernière Cène, à table avec ses amis,ayant pleinement observé la Pâque selon la loi, de ses propres mains, il s'offrit en nourriture aux douze Apôtres.

4) Le Verbe fait chair, par son verbe, fait de sa chair le vrai pain ;le sang du Christ devient boisson ;nos sens étant limités, c'est la foi seule qui suffit pour affermir les cœurs sincères. Ici, le célébrant fait l'encensement du Saint-SacrementBrochure du Jeudi Saint au Vatican, célébration présidée par le pape Benoît XVI, p. 58, 2010 . Pour la bénédiction qui finit la célébration de l'Adoration, on chante fréquemment seules ces strophes V et VI. latin françaisV. Tantum ergo Sacramentum veneremur cernui,Et antiquum documentum novo cedat ritui ;Præstet fides supplementum sensuum defectui.

VI. Genitori, Genitoque laus et iubilatio,Salus, honor, virtus quoque sit et benedictio ;Procedenti ab utroque compar sit laudátio. AmenLiturgie latine, mélodies grégoriennes, p. 110 - 111, Abbaye Saint-Pierre de Solesmes 2005.5) Ce sacrement est admirable ! Vénérons-le humblementet qu'au précepte d'autrefois succède un rite nouveau.Que la foi vienne suppléer à nos sens et à leurs limites.

6) Au Père, au Fils, notre louange, l'allégresse de nos chants :salut, et puissance, et honneur et toute benediction.À l'Esprit du Père et du Fils, égale acclamation de gloire. Amen. Partition et exécution en ligne : Pange lingua gloriosi corporis mysterium (texte : Thomas d'Aquin) : Pange lingua gloriosi proelium certaminus (texte : Venance Fortunat selon la traditionFrançois Chamard, L'auteur de l'hymne Pange lingua, 1882 ) :

Cette deuxième et ancienne version, proelium certaminus, qui est affectée à Venance Fortunat, était en usage dans le missel romain jusqu'à la Contre-Réforme. Ainsi elle se trouve dans le Missale romanum peroptime (1507), pour le Vendredi Saint Feria VI Parasceve (folio LXXVIII Page suivante à gauche.). Concile de Trente tenu, mais encore le Missale romanum nunc quidem (1558) employait cette ancienne version Folio 82r, voir la page suivante à droite., en attendant que le pape Pie V ne fasse sortir son missel romain tridentin en 1570.

Il est à remarquer que la Fête-Dieu est un jeudi, depuis son institution à Liège. En effet, la vision que vit l'institutrice sainte Julienne de Cornillon au était l'absence d'une fête liturgique, symbolisée par une lune avec une opaque. Cette fête doit compléter le Jeudi Saint, qui est modestement célébré au milieu de la Semaine Sainte, de sorte que les fidèles puissent s'accroître davantage leur foi devant le Corpus Domini, Saint-Sacrement. C'est la raison pour laquelle l'hymne Pange lingua, qui se trouve, à l'origine, dans l'office du Saint-Sacrement, est chantée au Jeudi Saint aussi, en mémoire de la Cène (voir la strophe III).

Histoire Origine Adoration et élévation En admettant que la Fête-Dieu ait tardivement été instituée dans le calendrier liturgique au , l'origine de l'adoration se trouve dans la tradition du catholicisme ancien. Ainsi, la Laus perennis était une adoration perpétuelle pratiquée aux monastères, par exemple au monastère royal de Saint-Denis sous le règne de Dagobert († 639), si le sujet n'était pas le Saint-SacrementAuprès de cette abbaye royale, les moines étaient chargés de prier sans interruption en faveur de la dynastie perpétuelle. Protégé par le roi, ses religieux devinrent assez nombreux pour que cette adoration soit assurée 24h sur 24.. Puis dans la tradition du christianisme, l'adoration de la sainte Croix fut établie, ce qui reste tout à fait dans la liturgie du Vendredi SaintRobert Le Gall, Dictionnaire de liturgie , avec le chant tel l’Adoro te domine Iesu Christe in cruce ascendentum, qui comptait de nombreuses variantes de texteMichael Lapidge (éd.), Anglo-Saxon England, tome 26, p. 123, Cambridge University Press 1998 . L'origine de ce chant remonte au dans le royaume carolingien.

En ce qui concerne l'adoration du Saint-Sacrement, il fallait attendre un avancement de la théologie pour l'hostie. Si la liturgie locale de Liège, première Fête-Dieu instituée en 1246, devint très rapidement fête universelle de l'Église romaine, c'était grâce à cette évolution du . Notamment, le quatrième concile du Latran, tenu en 1215 sous le pontificat d'Innocent III, favorisait la pratique de l'adoration du Saint-Sacrement. Ce concile avait en effet déclaré : I. un seul Dieu dans la Trinité ; II. une seule Église universelle à laquelle la présence de Jésus-Christ est perpétuelle en tant que prêtre et victime, et en forme du corps et du sang à l'autel, sous les espèces (apparences sensibles) du pain et du vin ; pour cela, le terme transsubstantiationIl est probable que- l'évêque d'Autun († 1140) employait déjà ce mot (I. Vie de Messire Antoine Arnauld, docteur de la maison de société de Sorbone, p. 271, 1783 ) ; II. Jacques Collin de Plancy, Grande vie des saints, p. 289, 1872 ; III. Jean-Robert Armogathe, Theologia Cartesiana, p. 8, 2012 - ou par l'évêque de Tours Hildebert de Lavardin († 1133) (I. Antoine de baron Ponnat, Histoire des variations et contradiction de l'Église romaine, tome II, p. 315, 1882 ; II. Martin Jugie, Le mot transsubstantiation chez les Grecs avant 1629, Revue des études byzantines, tome 62, p. 5, 1907 ) ;- texte original à retrouver pour ces deux évêques ;- selon Dom Robert Le Gall, l'idée est très ancienne et se trouve dans l'œuvre de Tertullien († vers 220) ; voir aussi Dictionnaire encyclopédique de la théologie catholique, tome XXIV, p. 59, 1865 ;- quoi qu'il en soit, cette idée théologique ne devint le dogme de l'Église qu'en 1215. était pour la première fois formellement adopté ; XX. le saint chrême et l'eucharistie enfermés sous la clef, dans toutes les églisesAdolphe Charles Peltier, Dictionnaire universel et complet des conciles, p. 1057 - 1058 (concile p. 1057 - 1079), 1843 .

Une amélioration de la liturgie précédait ce concile. L'évêque de Paris Odon de Sully († 1208) était connu en raison de sa règle élevant l'hostie lors de la consécrationHelmut Hoping, My Body Given for You, p. 209, 2019 . À la suite du concile, d'une part dans la messe, était habituelle l'élévation de l'hostie, qui devint totalement le corps du Christ au moment de la consécration. D'autre part, l'hostie se conserve dorénavant dans la Tabernacle. Telles étaient les évolutions avant que la Fête-Dieu ne soit officialisée.

Chant