L’expansion du christianisme est le développement de la religion chrétienne, en territoires atteints par l'annonce de l'Évangile et en nombre de fidèles.

Après la communauté primitive à Jérusalem, les premières communautés chrétiennes dans la diaspora juive apparurent au , en particulier dans les grandes villes de Rome, Éphèse, Antioche, Alexandrie. Le christianisme se développa dès le dans le reste de l'Empire romain, mais aussi en Perse et en Éthiopie, composé de nombreuses mouvances.

L'annonce de Jésus-Christ et de son Évangile se poursuit du sud vers le nord, du monde romain et grec vers le monde « barbare » à l’Est comme à l’Ouest de l’Europe. Six siècles plus tard, face à l’expansion de l’islam, le christianisme reculera jusqu'au à l’Ouest (Espagne, Francie méridionale), mais résiste à l’Est (Anatolie). À partir du , le mouvement s'inversera.

Dans le monde romain

Le contexte religieux du La révolte de Bar Kokhba (132-135) contribue à la . Alors que les judéo-chrétiens restaient prédominants en Judée, les pagano-chrétiens constituent désormais la majorité au sein de la nouvelle religion qui va se diffuser pour des raisons religieuses et sociales.

L'Évangile introduit le croyant dans une relation personnelle avec Dieu et promeut une doctrine d'amour et d'égalité entre tous les hommes qui séduit le peuple. Jésus-Christ se présente en disant : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14, 6). En choisissant de s'engager sur ce Chemin, les premiers chrétiens sont appelés "disciples de la Voie" (Via en latin). Ils se donnaient comme signe de reconnaissance le poisson (en grec : ichthus) dont chaque lettre renvoie à la profession de foi : Jésus-Christ, Fils de Dieu, le Sauveur.

Le christianisme n’était pas la seule religion à se répandre au . Les historiens contemporains du monde romain soulignent l’intérêt qu'éprouvaient les romains pour les religions à mystère ou les cultes à mystèreJohn Scheid Religion et piété dans la Rome antique, Éditions Albin Michel, Paris, 2001, 192 p. ; cet intérêt commençant au dernier siècle de la République romaine et se développant à l’époque de l’Empire romain. Les auteurs romains eux-mêmes, Tite-Live par exemple, racontent l’importation pendant des périodes de difficultés dans l’Empire romain. Les religions qui auront le plus de succès sont le mithraïsme, très répandu chez les soldats du fait du rapport à la mort qu'il développeJohn Scheid, op.cit. et le manichéisme. Comme les cultes à mystères, le christianisme promet le bonheur après la mort et la résurrection finale. Mais en prenant pour modèle Jésus vainqueur de la mort par sa propre résurrection, ils répondent de manière nouvelle à une attente profonde. Les chrétiens jugeaient les manichéens particulièrement dangereux, sous l'influence d'Augustin d'Hippone. Celui-ci avait été manichéen dans sa jeunesse ; l'énergie qu'il consacre à les combattre montre que cette concurrence était encore vivace à la fin du .

À la suite de l'enseignement des Apôtres, les Pères de l'Église offrent par leurs écrits une aide précieuse pour une juste compréhension des textes de l'Ancien et du Nouveau Testament qui s'éclairent mutuellement.

Le judaïsme se montrait activement prosélyte dans certains casFrançois Blanchetière, Les premiers chrétiens étaient-ils missionnaires ? (30-135), CERF 2002 et recevait aussi des convertis. Dans le Nouveau Testament, les Actes des Apôtres évoquent une catégorie de fidèles appelés les « Craignant-Dieu ». Le plus souvent, il s'agissait de Gentils qui ne s’étaient pas soumis à la circoncision, soit par réticence envers une opération dangereuse pour des adultes dans les conditions d'asepsie de l'époque, soit par hésitation devant une conversion totale Peter J. Thomson, Jésus et les auteurs du Nouveau Testament dans leur relation au judaïsme, CERF. Philon d'Alexandrie mentionne explicitement le devoir des Juifs d’accueillir des convertis. Il n'est pas certain que le judaïsme de la fin du considère les « Nazôréens» comme autre chose qu'une secte, malgré leur envie de s’en démarquerDan Jaffé, Le Judaïsme et l’avènement du christianisme. Orthodoxie et hétérodoxie dans la littérature talmudique du , CERF, 2005 Sous la direction de François Blanchetière et Moshe David Herr, Aux origines juives du christianisme, Louvain..

Intégration dans l'Empire vignette| . Jusqu’au début du , les premiers chrétiens connaissent des alternances de liberté relative, notamment sous le règne de Gallien, et de persécution, en particulier sous le règne de Dioclétien. Ces persécutions marquent tellement l’esprit des chrétiens que le début du règne (284) de cet empereur sera considéré jusqu’au comme marquant le début de l’, bien que celle-ci ait en réalité commencé dès le Ier siècle.

Constantin élimine Maxence le à la bataille du pont Milvius, prend Turin, ce qui lui permet de s'emparer de l'Italie et de régner en maître sur l'Occident. Il promulgue en 313 l'Edit de Milan. Il ne s'agit pas formellement d'une officialisation du culte chrétien, mais plutôt de sa mise sur pied d'égalité avec les autres cultes. Il va cependant plus loin puisqu'il ordonne la (« restitution intégrale ») des biens confisqués aux communautés chrétiennes même lorsqu'ils ont été revendus entretemps : cette mesure constitue un désaveu implicite des persécutions antérieures. Il prend des mesures législatives pour intégrer les chrétiens dans la structure de l’empire (par exemple, l’élévation du dimanche, jour de la Résurrection du Christ, au nombre des jours fériés). Il intervient dans les querelles religieuses, en convoquant des conciles (cf. infra), en interdisant les sacrifices d'animaux Quand le monde est devenu chrétien, compte-rendu croisé des livres de Paul Veyne et de Maurice Sachot dans Sciences humaines.. Resté longtemps catéchumène, il n'est baptisé que sur son lit de mort en 337 par l'évêque arien, Eusèbe de Nicomédie. À cette époque, bien que le christianisme se soit déjà implanté dans les milieux urbains, 90 % des citoyens romains, dont les sénateurs, étaient païens ou adhéraient à d'autres religions, à l'instar des autres sujets de l’Empire. Les comportements charitables des chrétiens durant les épidémies ont pu impressionner les païens, ce qui aurait contribué au développement des conversions. Dans certaines régions très christianisées comme l'Afrique ou l'Orient grec, il est possible que 10 à 20% de la population ait été chrétienne.

Si l’on excepte le court intermède de l’empereur Julien (361-363), neveu de Constantin, qui veut revenir au paganisme sans toutefois en faire une obligation, ses successeurs seront tous chrétiens. C’est sous Gratien et (380-395) que le christianisme devient réellement une religion d'État. Ils promulguent d’abord une série d’édits contre les « hérétiques » qui sont en désaccord avec le Symbole de Nicée. Théodose promulgue le 380 l'édit de Thessalonique qui officialise le culte chrétien et en fait l'unique religion licite de l'Empire romain; puis signe des lois qui prohibent le paganisme dans les provinces occidentales (loi du ) et orientales (loi du ) de l'Empire. Enfin, sous l’influence d’Ambroise, évêque de Milan, Théodose publie le 392 l'Édit de Constantinople qui interdit tous les cultes païens (fréquentation des temples et sanctuaires, sacrifices, adoration des statues, lampes votives, etc.) dans tout l'Empire et impose définitivement le christianisme. Celui-ci est désormais passé du statut de secte minoritaire, ne touchant que 5% à 10% de la population au début du , à celui de religion d'État.

Le christianisme en Égypte

Chaque Église s'attribue un apôtre fondateur. C'est ainsi que plusieurs Églises tiennent Saint Thomas pour leur fondateur : l’Église chaldéenne, l’Église assyrienne, et toutes les Églises indiennes. Saint Marc, qui aurait subi le martyre à Alexandrie au , serait aux origines de l’Église copte. Il est probable qu’une communauté chrétienne y existait vers 50 ap. J.-C. Si, à ses débuts, elle devait certainement être composée de Juifs, nombreux en Égypte, au elle est devenue grecque, après l’anéantissement de la communauté juive d’Alexandrie en 115-117. Les chrétiens ont dû y faire face à la concurrence du gnosticisme et du manichéisme. L’orthodoxie est défendue par l'École théologique d'Alexandrie. Influencée par le néoplatonisme, elle compte parmi ses membres Clément d'Alexandrie et Origène (185-253), qui met en évidence les quatre sens de l'Écriture, ce qui donnera naissance à la lectio divina, toujours pratiquée à l'heure actuelle. Comme en Afrique du Nord, l’Église d’Égypte a été déchirée par les conflits qui ont suivi la persécution de Dioclétien au début du . Le schisme est provoqué par l’évêque Mélèce de Lycopolis, qui s’oppose à la réintégration des chrétiens qui ont renié leur foi pendant la persécution.

Après l’avènement de l’empereur Constantin, l’Église d’Égypte prospère. Elle jouera un rôle important dans les controverses christologiques du , grâce à la forte personnalité de certains évêques d’Alexandrie, tels qu’Athanase ou Cyrille.

Le monachisme

Le monachisme naît au en Égypte où se développe essentiellement un érémitisme dans le désert trouvant probablement son origine dans des communautés réfugiées dans le désert au temps de la persécution de Dioclétien. Pierre d'Alexandrie se taille ainsi une réputation de résistanceRichard E. Rubenstein, Op.cit.. Il se développe également en Syrie et en Mésopotamie araméophones où le monachisme communautaire est plus urbain ou villageois. Le monachisme connaît un premier essor au . Certains chrétiens se réfugient dans le pour échapper au monde, mais aussi pour s'opposer au pouvoir des potentats locauxPeter Brown, La société et le sacré dans l'Antiquité tardive, Points-Histoire tel Siméon le Stylite (392-459), qui vécut plusieurs décennies sur une colonne en Syrie. Petit à petit, certains d’entre eux, tels qu’Antoine (251-356?), rassemblent des disciples autour d’eux, et forment des communautés de semi-anachorètes. Pacôme le Grand (286-346) fonde des communautés cénobites (du grec koinos bios, « vie commune »), avec un supérieur à leur tête.

Au , en Orient, les véritables vainqueurs de la crise iconoclaste sont les moines, qui se sont faits les défenseurs des images. Du , ils forment un véritable parti et n’hésitent pas à contester l’autorité de l’État. Comme ils voyagent beaucoup (moines gyrovagues), ils exercent une grande influence sur l’opinion publique. Par leur ascétisme et leur mépris du monde, ils constituent un idéal de vie pour le peuple et sont considérés comme les médiateurs par excellence avec Dieu, et parmi eux, l’ ou a le contact le plus direct avec Dieu. Ils ont contribué à donner un aspect anti-intellectualiste au christianisme byzantin. Les moines sont d’autant plus respectés que le prestige du clergé séculier est bas. À l'heure actuelle encore, dans les Églises orthodoxes, les évêques sont toujours choisis parmi les prêtres ayant fait le choix du célibat consacré.

Au , le monachisme se répand en occident avec la règle de Benoît de Nursie, qui est adoptée par l'Ordre de Cluny et l'Ordre de Citeaux.

Le christianisme en Afrique du Nord