Les poppers (parfois dénommés « pop », « pops » ou « poppy », « poppy poper ») sont des substances vasodilatatrices (c'est-à-dire qui dilatent les vaisseaux sanguins) lorsqu'elles sont inhalées.

D'abord utilisés pour traiter des maladies cardiaques telles que l'angine de poitrine, ils ont été à partir des années 1970 détournés pour des usages dits récréatifs et psychosexuels ; le médicament avait pour effets secondaires de susciter un léger sentiment d'euphorie ou de relaxation et était réputé pouvoir exacerber ou retrouver ou prolonger le désir sexuel et la sensualité. Selon Lowry (1982), les poppers sont présents dans la culture gay depuis les années 1970Lowry T.P (1982), « Psychosexual aspects of the volatile nitrites », Journal of Psychoactive Drugs, 14(1–2), p. 77–79, . ; mais leur commerce et leur usage comme drogues récréatives à usage sexuel a profité du développement de l'Internet. Cet usage s'est principalement développé chez les homosexuels, et autres. Le popper ayant alors vocation, lors de rapports sexuels, à (26 à 46 % des hommes homosexuels l'utilisent ou l'ont essayé dans ce but selon les chercheurs Brown (2019)Brown, J., Cossar, R., Ryan, T., Peacock, A., Sutherland, R., Lynch, A. M., … et Cairns, R. (2019), Getting over the blues from the rush on poppers, lire en ligne, Department/Unit/Centre: Menzies Centre for Health Policy, Collections Emerging Health Policy Research Conference (Annual), résumé., car pouvant .

Ils sont parfois aussi utilisés récréativement et en groupe (comme le protoxyde d'azote) mais pas en premier choix.

Ce sont des liquides volatils riches en nitrites d'alkyle (dont des nitrites de butyle, le nitrite d'isopropyle ou de pentyle), généralement contenus dans un flacon de ., très inflammable. Ils sont hautement toxiques si avalés, et un contact direct cause des lésions à la peau ou aux muqueuses.

Leur nom vient du fait qu'ils étaient autrefois conservés dans des ampoules qui produisaient à l’ouverture un bruit (pop). On les classe aussi parmi les dépresseurs, à cause des effets de relâchement des muscles lisses qu’ils provoquent.

Leur composition chimique a changé (ex : en 2006 au Royaume-Uni) ; le nitrite d'isobutyle a été remplacé par le nitrite d'isopropyle (541-42-4 (CH3)2CHONO) comme composé actif, car le premier a été classé cancérogène du groupe 2, mais depuis les années 2010 des études laissent penser que son remplaçant pourrait être au moins aussi nocif ou cancérigène que son prédécesseurDavies S., Salina J., Ramsey J. (2010), Analysis of the Volatile Alkyl Nitrites, octobre dans Therapeutic drug monitoring (31, , 633-633). 530 Walnut St, Philadelphia, PA 19106-3621 USA: Lippincotte Williams & Wilkins, lire en ligne., et les médecins constatent un nombre croissant de lésions internes de l'œil (maculopathie, se traduisant par une perte de vision centrale, parfois après la première utilisation, sans que l'on sache si cela est dû à un usage plus fréquent, à une meilleure détection ou à des synergies entre poppers ou avec d'autres produits de notre environnement. En 2017, .

Histoire En 1844, le chimiste français Antoine-Jérôme Balard synthétise le nitrite d'amyle.

En 1867, l’Écossais Thomas Lauder Brunton découvre l’intérêt cardiologique du nitrite d’amyle : levée des spasmes coronariens chez l’angineux. Il sera par la suite remplacé par d’autres dérivés nitrés, dont la trinitrine. Dès les années 1970, les poppers circulent dans les milieux homosexuels masculins pour leurs effets sur la sexualité : augmentation de la durée de l’érection, amplification des contractions orgasmiques, retard de l’éjaculation, détente des muscles lisses involontaires des sphincter dont ceux de la gorge, de l'anus, et du vagin. ce qui facilite momentanément la pénétration anale..

Il est d'abord associé à la culture gay. Selon le , de l'université du Sussex : .. Leur utilisation se répand ensuite dans une population plus jeune, qui recherche davantage les effets euphorisants que les effets sur la sexualité.

Les poppers ont aussi fait partie de la culture disco du milieu de la scène disco du milieu des années 1970, puis ont trouvé une nouvelle popularité dans la scène rave des années 1980 et 1990.. C'est l'un des ingrédients du Chemsex, un ensemble de pratiques sexuelles extrêmes. Le Chemsex est pratiqué en soirées ou le week-end durant des heures, voire dizaines d'heures, avec consommation de drogues déshinhibitrices, devenant sources de nouvelles dépendances, prises de risque (dont les relations à risques sans préservatif ou le partage de seringues), infections (MST dont hépatites et Sida), overdoses.

En France, en 2010, parmi les personnes âgées de , 5,2 % déclarent avoir déjà consommé du poppers au cours de leur vie, mais seulement 0,7 % l’a fait au cours de l’année (usage actuel). Les hommes sont plus nombreux à avoir expérimenté les poppers (7 % contre 3,5 % des femmes)..

Parce que ce sont à la fois des nitrites et des vasodilatateurs, ils sont parfois vendus en ampoules munies d'un « diffuseur » en coton .

Depuis des décennies, les poppers sont la source d'un commerce en partie illégal. Dans divers pays, pour se soustraire aux législations sanitaires (certains poppers sont cancérigènes) ou antidrogue, des poppers sont trompeusement étiquetés ou conditionnés comme désodorisants d'intérieur, vernis à cuir ou nettoyants. De faux poppers, éventuellement plus dangereux, peuvent aussi être trouvés sur le marché, dont sous forme de chlorure d'éthyle (parfois qualifié de « Maximum Impact ») vendu en aérosol, alors qu'il n'a pas de lien historique avec les poppers et ne contient pas d'alkylnitrites, au risque de faire croire à des usagers inexpérimentés que des poppers peuvent être inhalés sous forme d'aérosol, ce qui serait hautement dangereux.

Avec le développement de l'Internet, de la publicité en ligne et de l'industrie de la pornographie, le marché des poppers semble s'être récemment étendu à toute l'Asie, alors que dans le monde l'abus de nouvelles substances psychoactives synthétiques a augmenté à un rythme sans précédent. En particulier en Asie où les cannabinoïdes synthétiques (SC), le kratom ou les poppers étaient autrefois rarement utilisés, mais aussi de la Turquie au Japon et à la Corée en passant par la Chine, la Malaisie ou la Thaïlande. Le développement de pratiques de « chemsex »Milhet, M., Néfau, T., Bordeaux, L. et Marseille, P. (2017), Chemsex, slam. Renouvellement des usages de drogues en contextes sexuels parmi les HSH, Saint-Denis, OFDT, ., les surdosages, usages chroniques, associations entre produits ou avec de l'alcool, d'autres drogues ou des médicaments psychoactifs préoccupent le monde médicalBae, K., ji Kwon, N. et Han, E. (2018), A review on the abuse of three NPS (synthetic cannabinoids, kratom, poppers) among youths in Asia, Forensic science international, résumé.Problème de santé public lié à la droque..

Chimie/biochimie vignette|Poppers Les poppers appartiennent à la famille des nitrites d’alkyle aliphatiques ou cycliques.

Ils se présentaient autrefois surtout sous forme de nitrites d’amyle, et ensuite sous forme de nitrites de butyle, et en Europe sous forme de nitrites d'isopropyle, une molécule non-interdite. Les fabricants adaptent leurs utilisations de différents nitrites organiques pour contourner les législations/interdictions nationales ou internationales, en proposant des poppers destinés à la vente sur le territoire et d'autres destinés à l'exportation uniquement, au gré de l'évolution de la législation.

Synthèse: elle se fait par réaction entre l'acide nitreux produit in situ et l'alcool correspondant. Elle est simple mais dangereuse car hautement exothermique, potentiellement explosive et source de gaz nocifs comme le NO. Le nitrite de sodium est dissout dans de l'eau. L'alcool d'intérêt est ensuite ajouté (butanol, isobutanol, isopropanol). Un acide est enfin très lentement incorporé, à (cette phase est potentiellement dangereuse car très exothermique). Le nitrite se forme rapidement dans la phase supérieure du mélange. R-OH + ⟺ R-ONO + . Les produits se décomposent lentement au repos en oxydes d'azote, eau, alcool et produits de polymérisation de l'aldéhyde.

Typologie

Nitrite d'alkyle Numéro CAS Formule Masse molaire (g/mol) État physique Point d'ébullition DensitéC6H11ONO129,16Liquide huileux(nitrite de n-pentyle)CH3(CH2)4ONO117,15Liquide jaune0,872Nitrite d'amyle (nitrite de 3-méthylbutyle)(CH3)2CH(CH2)2ONO117,15Liquide transparent0,872Nitrite de butyleCH3(CH2)3ONO103,12Liquide huileux0,9144 ()(nitrite de 2-méthylpropyle)(CH3)2CHCH2ONO103,12Liquide incolore0,8702 ()Nitrite d'isopropyle (nitrite de 1-méthyléthyle)(CH3)2CHONO89,09Huile claire jaune pâle à

Usage détourné et récréatif thumb|Flacons de poppers.

L'utilisation préconisée et considérée comme sans risque par l'étiquette ou le fabricant est de laisser ouvert le flacon dans une pièce propre, bien aérée et sèche, afin que les vapeurs s'y diffusent et soient inhalées via l’air ambiant. Cependant l’usage récréatif consiste généralement à inhaler directement les vapeurs narine après narine au-dessus de la fiole. L'effet est rapide (quelques secondes) mais ne dure pas longtemps ; au plus long quelques minutes.

Effets recherchés Ils sont brefs et fugaces : euphorie ; sensualité exacerbée ; désinhibition ; bouffée vertigineuse et stimulante ; parfois effet psychédélique suivant le contexte (stimulation des sens) ; détente des muscles lisses.

Risques pour la santé Généralités : pour un usage conforme à l'étiquette, c'est-à-dire inhalation de faibles doses de nitrites d'alkyle émis dans l'air d'une pièce propre à partir d'un flacon ouvert, le Manuel de diagnostic et de traitement de Merck signale un risque insignifiant associé à l'inhalation. Et en 2007, les recommandations du gouvernement britannique sur la nocivité des nitrites d'alkyle les placent, s'il n'y a pas mésusage du produit, parmi les moins nocifs des drogues dites « récréatives ». Cependant le produit est rarement consommé conformément à ces recommandations ;

l’association de poppers, source de nitrite permettant la formation de monoxyde d'azoteLe monoxyde d’azote est un vasodilatateur., et de Viagra, inhibiteur de la phosphodiestérase de , est contre-indiquée. Les deux produits sont hypotenseurs et peuvent entraîner une chute rapide de tension, un collapsus circulatoire, et des risques cardiaques parfois fatals. ;

chez la femme enceinte, le popper franchit la barrière placentaire ; il a été identifié comme facteur de causalité pour certains syndromes du bébé bleu (méthémoglobinémie)Chomchai, S., Phuditshinnapatra, J., Mekavuthikul, P. et Chomchai, C. (février 2019), Effects of unconventional recreational drug use in pregnancy, dans Seminars in Fetal and Neonatal Medicine. WB Saunders. ;

le produit, très volatil, est inflammable et potentiellement explosif (au contact du feu).

On distingue des effets de court et long termes :

Toxicité aiguë, effets indésirables à court terme Avaler des poppers (plutôt que d'inhaler les vapeurs) peut provoquer une cyanose/méthémoglobinémie, une perte de conscience, un coma et des complications entraînant la mort.Emergency Medicine: Principles and Practice, Harper & Collins, , 2008. p. 42–51.. L'aspiration accidentelle de nitrites d'amyle ou de butyle peut provoquer une pneumonie lipoïde (au moins 12 cas de morts dues à l'ingestion de poppers ont été signalées par la littérature médicale entre 1997 et 2017, tous attribuées aux nitrites d'alkyle). D'autres effets adverses possibles sont : vertiges voire malaises ; perte de mémoire à court terme ; maux de tête et nausées ; irritations des muqueuses, dont les muqueuses nasales ; brûlures des muqueuses et de la peau autour des narines et de la bouche en cas de contact direct avec le produit ; hyperthermie ; vasodilatation ; augmentation du rythme cardiaque ; baisse de la pression artérielle ; augmentation de la pression interne de l’œil (glaucome) ;