thumb|Portrait de George II.
L’époque georgienne est une période de l'histoire britannique normalement définie par les règnes des rois George , George II, George III et George IV, c'est-à-dire un laps de temps allant de 1714 à 1830, entrecoupé par la période intermédiaire de la régence du futur George IV, alors prince de Galles, pendant la maladie de son père George III, de début 1811 à 1820.
Il arrive que le règne de Guillaume IV, de 1830 à 1837, soit également inclus dans cette période.
Le qualificatif de « georgien » s'applique normalement dans le contexte de l'architecture (« architecture georgienne ») ou de l'histoire sociale.
L'époque georgienne prépare l'ère victorienne qui suivra, par les bouleversements qui se dessinent alors successivement : perte des colonies américaines, Révolution française et débat d'idées correspondant en Angleterre, première apparition des idées féministes, victoire sur la France napoléonienne, mouvement anti-esclavagiste et abolition de l'esclavage en 1833, naissance de la société industrielle et troubles sociaux, naissance de l'Empire britannique…
Sur le plan artistique et littéraire, c'est une période féconde, avec Thomas Gainsborough, Sir Joshua Reynolds, William Turner, Henry Fielding, Mary Shelley, Jane Austen, ainsi que Georg Friedrich Haendel dans le domaine de la musique et Coleridge et Wordsworth pour la poésie. William Kent et Robert Adam confèrent leurs lettres de noblesse à l'architecture georgienne.
Bouleversements de la société anglaise La période georgienne est une époque d'immenses changements sociaux en Grande-Bretagne, avec la naissance de l'Empire britannique.
Les réformes sociales entreprises par des hommes politiques tels que Robert Peel, et des avocats de ces réformes comme William Wilberforce, Thomas Clarkson et des membres de la secte de Clapham commencent à apporter des changements radicaux dans des domaines tels que l'abolition de l'esclavage, la réforme des prisons et la justice sociale. Un renouveau du christianisme a lieu dans l'Église d'Angleterre avec des hommes comme John Wesley (qui fondera plus tard l'église méthodiste) et John Newton, et également avec la montée des anticonformistes tels que George Whitefield et divers groupes de « Dissidents » (Dissenters).
Des philanthropes et des écrivains, tels qu'Hannah More, Thomas Coram, Robert Raikes et Beilby Porteus, évêque de Londres, commencent à mettre en cause les maux sociaux de l'époque, ce qui conduit à la création d'hôpitaux, d'écoles du dimanche et d'orphelinats.
La perte des colonies américaines et la Révolution américaine sont considérés comme des désastres nationaux. En Europe, à la suite des guerres révolutionnaires, les guerres napoléoniennes durent pendant près d'un quart de siècle, offrant à la ferveur populaire des hommes d'État et des héros tels que Wellington et l'amiral Nelson.
L'expansion de l'empire apporte la gloire à des hommes d'État et des explorateurs tels que Robert Clive, le capitaine Cook, et jette les bases du développement de l'Empire britannique partout dans le monde que l'on verra ensuite pendant l'ère victorienne et la période edwardienne.
Contexte historique Perte des colonies américaines
La guerre d'indépendance des États-Unis d'Amérique oppose les colons britanniques d'Amérique du Nord, à leur métropole, la Grande-Bretagne, de 1775 à 1783.
Les Britanniques nomment les colons américains révoltés « insurgents » ou encore « Patriots ». La guerre d'indépendance américaine est considérée comme l'un des aspects de la révolution américaine qui permet aux États-Unis d'accéder à l'autonomie et de construire des institutions républicaines. Événement fondateur de l'histoire du pays ainsi que, par ricochet, du Canada anglais par l'expulsion de loyalistes dans une population de francophones du Québec, la guerre entraîne à partir de 1777 d'autres puissances européennes, parmi lesquelles la France, qui y tient un rôle important.
La France s'engage dans la guerre d'indépendance américaine, d'abord par la fourniture de matériel et d'aides en faveur des insurgés, puis officiellement en 1778. L'aide française navale et terrestre et le soutien de ses alliés contribuent à la victoire américaine, notamment à la bataille de Yorktown, et se conclut par le traité de Paris de 1783.
Lutte contre la France
Les guerres napoléoniennes, qui opposent entre 1803 et 1815 l'Empire français à diverses européennes au périmètre variable, s’inscrivent dans le prolongement des guerres nées de la Révolution française. Ces guerres révolutionnent les armées européennes et se déroulent à une échelle sans précédent par le recours à la levée en masse de soldats. L'armée britannique passe ainsi de en 1793 à en 1813, dont près d'un cinquième () composé de soldats étrangers.
La puissance militaire française se manifeste rapidement, pour conquérir l'essentiel de l'Europe, mais s'effondre après la désastreuse campagne de Russie de 1812. L'Empire napoléonien subit finalement une défaite militaire totale, qui se traduit par la restauration des Bourbon sur le trône de France.
Il n'y a pas de consensus pour définir précisément quand se terminent les guerres de la Révolution française et quand commencent les guerres napoléoniennes : ce peut être le , lorsque Bonaparte s'empare du pouvoir en France lors du coup d'État du 18 Brumaire ; ce peut être aussi le , lorsqu'une nouvelle déclaration de guerre entre la France et l'Angleterre met fin à la seule période de paix que connait l'Europe entre 1792 et 1814 ; ce peut être enfin le , lorsque Bonaparte se couronne lui-même empereur.
Les guerres napoléoniennes se terminent après la défaite finale de Napoléon à Waterloo, le , et le Traité de Paris signé la même année.
Outre la restauration des Bourbon en France, elles entraînent par ailleurs la disparition du Saint-Empire romain germanique. Dans le même temps, l'Empire colonial espagnol commence à se disloquer, après l'occupation de l'Espagne par les troupes françaises, qui fragilisent la mainmise de l'Espagne sur ses colonies ; les colonies espagnoles, galvanisées par Simón Bolívar, s'inspirent de la Révolution française pour contester la souveraineté espagnole et lancer des révolutions nationalistes en Amérique latine. En conséquence directe des guerres napoléoniennes, l'Empire britannique devient alors la première puissance mondiale pour le siècle qui s'ouvre.
Naissance de l'Empire britannique
Après la perte des treize colonies américaines, puis après la victoire sur la France qui lui laisse le champ libre, le Royaume-Uni développe son « second empire colonial », qui, entre 1815 et 1914 — appelé le « siècle impérial » par quelques historiens — s'accroît de territoires représentant , peuplés d'environ 400 millions de sujets.
La société georgienne à l'aube du
Échelle des revenus dans la société georgienne thumb|Intérieur paysan en 1801. Par William Ward, d'après James Ward.
Vers 1805, la répartition de la population et des revenus de l'Angleterre et du Pays de Galles réunis, pour trois classes sociales importantes, est la suivanteJane Austen, Emma, « Historical context », Headline Review, 2006, , : Nobles titrés et gentlemen : 1,2 % du nombre total de famillesSoit sur un total de 2,27 millions environ., bénéficiaires de 13,9 % du revenu total du pays ; Militaires et marins : 11,1 % du nombre total de familles, bénéficiaires de 5,2 % du revenu total ; Villageois (cottagers) et pauvres : 11,9 % du nombre total de familles, bénéficiaires de 1,3 % du revenu total.
L'éventail des revenus annuels moyens selon la profession est en 1805 : Travailleur agricole : 40 livres par an ; Maître d'école : 45 livres ; Policier : 50 livres ; Haut fonctionnaire : 150 livres ; Clergyman : 260 livres ; Avocat ou avoué : 350 livres.
Les idées révolutionnaires
La Révolution française et ses idées entraîne en Angleterre un grand débat d'idées. La controverse révolutionnaire (Revolution Controversy) est le nom donné à ce débat, mené en Grande-Bretagne au sujet de la Révolution française, et qui dura de 1789 à 1795Butler, "Introduction", 1..
Les écrivains Thomas Paine, William Godwin et Mary Wollstonecraft prennent parti pour les idées de la Révolution, et publient un certain nombre d'écrits sur la défense des droits de l'Homme, auxquels Mary Wollstonecraft ajoute son Défense des droits de la femme, un des tout premiers textes développant des thèses féministes.
Bouleversements économiques et sociaux Situation économique et révolution industrielle
C'est l'Angleterre georgienne qui donne naissance à la « Révolution industrielle » : En Europe, au , l’Angleterre est une exception à plus d’un titre. Elle fait exception sur le plan culturel. Depuis le traité de Westphalie de 1648, qui stabilise la situation en Europe, en consolidant la France, l’Europe du Nord est stable sur le plan religieux, l’anglicanisme s’impose et se rapproche du protestantisme. Cette partie du monde se détache. Le parlementarisme anglais émerge. Les conceptions économiques des britanniques prennent une évolution radicale avec le libéralisme d’Adam Smith, qui reconnaît la valeur économique de l’individu, avec des droits. Le système des corporations disparaît avec l’apparition des brevets. Mais l’Angleterre étant une île, elle s'impose une politique maritime ambitieuse. Au , le Royaume-Uni possède une grande flotte maritime, un grand capital technique et économique. L’affrontement franco-anglais est à son paroxysme. Les Anglais dominent la mer, malgré les grands efforts français. L'avance anglaise est technique (chronomètre de marine) et la richesse française se dilue alors dans sa puissance démographique (un Européen sur cinq est alors français).
C’est dans ce contexte que naît la révolution industrielle. Sa précocité en Angleterre pose la question de ses origines. Plusieurs facteurs sont avancés : l'empire colonial, la spécialisation industrielle précoce et la puissance financière.
Situation sociale et révolte Avec la fin des guerres napoléoniennes avec la France, le Royaume-Uni entra dans une période de dépression économique accrue et d'incertitude politique, caractérisée par le mécontentement et l'agitation sociale. Le parti politique des Radicaux publia un prospectus intitulé Le Registre politique (The Political Register), que ses rivaux connaissaient sous le nom de « The Two Penny Trash » (« La feuille de choux à deux sous »). La marche de protestation que l'on a appelée March of the Blanketeers (« le défilé des porteurs de couvertures », ainsi appelés du fait des couvertures que portait chaque manifestant) vit 400 fileurs et tisseurs défiler de Manchester à Londres en , dans le but de remettre une pétition au gouvernement.
De leur côté, en 1811 et 1812, les Luddites endommagèrent et détruisirent des machines dans le nord-ouest industriel de l'Angleterre. Le massacre de Peterloo de 1819 commença comme une manifestation de protestation qui vit se rassembler pour protester contre leurs conditions de vie, avant d'être étouffée par l'armée, entraînant la mort de 11 personnes et en laissant quelque 400 autres blessées. La conspiration de Cato Street de 1820 chercha à faire sauter le Cabinet, avant de poursuivre sa route pour prendre d'assaut la Tour de Londres et renverser le gouvernement. Mais cette révolte fut également contrée, et les conspirateurs exécutés ou déportés en Australie.
Condition féminine Éducation
À l'orée du , les pensionnats pour jeunes filles existent déjà, même si, dans l'aristocratie, c'est le recours à une gouvernante qui est la solution normale pour former les filles de la famille.