Le RMS Lancastria est un paquebot transatlantique britannique coulé le par les Allemands lors de la Seconde Guerre mondiale. Le naufrage, qui provoque le décès d'environ , est l'une des plus grandes catastrophes maritimes du .
Paquebot transatlantique et bateau de croisière left|thumb|Le RMS Lancastria à Greenock, pendant la Seconde Guerre mondiale.|alt=Photo noir et blanc d’un bateau à une cheminée, avec la côte proche en arrière-plan. Le paquebot est long de . Sa construction coûte et prend beaucoup de retard à la suite d'une grève des ouvriers du chantier naval William Beardmore de Glasgow.
Il est lancé en 1922 à Glasgow, et baptisé RMS Tyrrhenia. Il appartient à la compagnie britannique Cunard Line. Son voyage inaugural est effectué en entre Glasgow et Québec – Montréal. Ensuite, le RMS Tyrrhenia traverse l'Atlantique deux fois sur la route Liverpool-Boston le et de nouveau le . De novembre à fin , il navigue sur la route Liverpool-New York avant de commencer celle de Hambourg-New York. Après son dernier départ de Hambourg, il arrive à New York le ..
Changement de nom Au début de 1924, Cunard prend la décision de changer le nom du Tyrrhenia : quand le navire quitte Liverpool vers New York le , le paquebot est renommé Lancastria, car son nom originel semble difficile à prononcer pour les passagers américains. De 1926 à 1932, le RMS Lancastria assure la liaison hebdomadaire Londres - New York.
Il transporte vacanciers comme immigrants vers une nouvelle vie, dans l'espoir d'une prospérité meilleure. Plus tard, il est transformé en paquebot de luxe pour croisières en Méditerranée et dans les fjords norvégiens. En 1934, il coûte pour naviguer en première classe de Liverpool aux Antilles. Un an plus tard, Cunard annonce une croisière de à Gibraltar, Tanger, Villefranche et Lisbonne pour la Guinée.
En , le Lancastria met le cap vers Gallipoli et Salonique pour une croisière de pèlerinage de la Première Guerre mondiale.. Au cours de ses voyages en Méditerranée, toute sa coque est repeinte en blanc, conformément à son nouveau rôle de navire de croisière.
Le , sur le chemin du retour vers son port d'attache de Liverpool, le Lancastria s’échoue par mauvais temps au large de Wallasey. Il est remorqué à marée haute.
Sa dernière croisière en temps de paix se dirige vers les Bahamas en . Après ce voyage, il navigue vers New York pour attendre les ordres. Il constitue à lui seul le Convoi HXF 2 reliant Halifax à Liverpool du au .
Réquisition lors de la Seconde Guerre mondiale
Il est réquisitionné en pour le transport de troupes à la déclaration de la Seconde Guerre mondiale. et est requalifié en HMT Lancastria (HMT pour , « transport de troupes de Sa Majesté »). Le , les autorités sont informées que le navire est à leur disposition. À New York, la coque du Lancastria a été repeinte en gris cuirassé et un canon de a été placé sur son pont arrière, à côté de la piscine, pour dissuader les attaques sous-marines et aériennes.
Il participe à l'opération franco-britannique Alphabet, chargée du retrait des troupes alliées de Narvik en Norvège, entre le et le , puis se replie à Scapa Flow.
En , le front militaire allié en France est enfoncé par les troupes de la Wehrmacht. L'avancée des Allemands est fulgurante. Les troupes allemandes se rapprochent de la côte atlantique. À partir du , près de britanniques ont reflué vers le port de Saint-Nazaire pour tenter de s'échapper vers la Grande-Bretagne. Ils sont une partie des et soldats du Corps expéditionnaire britannique, non encore évacués et rapatriés depuis des ports français. L'évacuation du port de Dunkerque a eu lieu deux semaines plus tôt.
Dans la nuit du , le Lancastria quitte le port de Liverpool pour une destination tenue secrète de l'équipage. Il fait escale à Plymouth le lendemain, puis se dirige vers Brest, la baie de Quiberon et enfin l'embouchure de la Loire près de Saint-Nazaire. Le , le Lancastria participe à l’opération d'évacuation Ariel.
Naufrage left|thumb|Le naufrage du Lancastria au large de Saint Nazaire. Près de de commerce sont réquisitionnés et attendent en rade de Saint-Nazaire.
Le , vers du matin, le Lancastria jette l'ancre à de la côte. En mouillant à bonne distance du port de Saint-Nazaire, il réduit les risques d'être pris pour cible par des attaques aériennes ou des U-boot.
Les troupes allemandes sont alors à du port de Saint-Nazaire.
La capacité normale du paquebot est de , et les bateaux et gilets de sauvetage sont prévus pour seulement . Deux officiers de la Marine Royale montent à bord du Lancastria et donnent l'ordre au capitaine Sharp de charger autant de passagers que possible . Dans la précipitation de la débâcle, ce sont environ qui montent à bord d'après les notes des officiers britanniques. Les premiers bateaux arrivent au Lancastria dès à du matin. En fin d'opération, les soldats du Corps expéditionnaire britannique et autres réfugiés sont tassés au point de ne plus pouvoir se déplacer sur les ponts du navire.
Comme il est le plus gros navire de la flotte de repli du port, le Lancastria représente une cible idéale pour la Luftwaffe.
Alors qu'il s'apprête à quitter l'estuaire de la Loire, il est attaqué par une flotte de bombardiers allemands Junkers Ju 88 du groupe / escadre de combat (Gruppe / Kampfgeschwader 30), en provenance de la base aérienne de Chièvres, en Belgique, peu avant . L'un des avions fond au ras de l'eau et se dirige vers la poupe du Lancastria. Il largue quatre bombes de , qui toutes percutent ou endommagent les flancs du navire. : la première bombe éclate dans la cale au milieu de , la deuxième transperce la cale en libérant de fioul qui se répandent autour du navire, la troisième bombe tombe dans l'unique cheminée du paquebot et explose dans la salle des machines, la dernière bombe éventre la cale Panneau historique du Chemin de la Mémoire 39-45 en pays de Retz, pointe Saint-Gildas, Préfailles, inauguré le 18 juin 2016..
Les pilotes allemands sont néanmoins dans l'incertitude quant au sort du paquebot, aussi une nouvelle vague de bombardiers Heinkel He 111 procède-t-elle à une seconde attaque avec des bombes incendiaires pour enflammer le fioul. Le Lancastria en contient au moment du naufrage. Peu de bombes s'amorcent, du fait de la faible altitude de survol et de la mauvaise synchronisation des explosions des bombes pour cette approche basse.
Mais le Lancastria s'incline brusquement à bâbord. Les bateaux de survie et les gilets de sauvetage sont pris d'assaut et le navire coule en .
Le naufrage du Lancastria fait probablement plus de (l'estimation basse est de , jusqu'à plus de ), en grande majorité des soldats britanniques Liste d'environ victimes.. C'est quasiment autant que le total de victimes des naufrages du Titanic (1912, environ ), du (1915, environ ) et du (1942, environ ) réunis. Ce naufrage est le plus grand désastre maritime de l'histoire britannique.
Le navire pilote La Lambarde et le destroyer ainsi que des chalutiers, des remorqueurs du port de Saint-Nazaire, une vedette de sauvetage en mer (la SNSM est créée en 1967, il s'agit donc soit de la Société Centrale des Naufragés, soit des Sauveteurs Hospitaliers Bretons) et des destroyers britanniques se portent au secours des naufragés du Lancastria. De nombreux blessés couverts de brûlures et de fioul sont repêchés parmi les cadavres flottants. Les rescapés sont débarqués à Saint-Nazaire, puis acheminés vers l’hôpital ou des écoles afin d’être soignés et nettoyés de leurs gangues noires. 230px
De nombreux habitants de la ville s’associent au travail des sauveteurs et des infirmiers débordés jusqu’à très tard dans la nuit.
Après le naufrage, ce sont de la catastrophe longtemps occultée qui regagnent la Grande-Bretagne après avoir échappé à la mort..
Le capitaine Sharp, commandant du Lancastria, survit au naufrage. Il meurt à bord d'un autre navire, le , torpillé par un U-boot allemand le . Les témoins relatent que lorsque Sharp se rend compte que son bateau est en train de sombrer, il s'enferme dans sa cabine et coule avec les victimes du RMS Laconia.
Tragédie confidentielle Le nombre exact de ceux qui se sont trouvés à bord du Lancastria est inconnu. Les documents de bord sont sous secret militaire pour un siècle, c'est-à-dire jusqu'en 2040. À l'annonce du naufrage, Winston Churchill en fait l'objet d'une Defence Advisory Notice, afin qu'il ne soit pas divulgué par la presse, dans le but de ne pas démoraliser davantage les citoyens britanniques. Le même jour, l'armée française est anéantie par l'armée allemande et l'annonce officielle de l'armistice signé entre la France et l'Allemagne d'Hitler est diffusée au même moment. L'information du naufrage n'est connue que cinq semaines plus tard, quand elle est publiée par le New York Times et par The Scotsman du . Churchill ne décrit ce naufrage que dans ses mémoires, en avançant un chiffre de .
C'est l'une des plus grandes catastrophes maritimes du mais elle est surpassée par le naufrage du paquebot allemand Wilhelm Gustloff en 1945, qui fit plus de , ou encore par les naufrages du Cap Arcona, du Goya, du Jun'yō Maru, du Toyama Maru et de l'Ukishima Maru.
avancent que le fait d'avoir demandé à la presse britannique de ne pas divulguer le naufrage du Lancastria pourrait résulter pour l'exécutif britannique d'une reconnaissance implicite d'une part de responsabilité dans le nombre très élevé de victimes : le risque d'attaque élevé, auquel le navire était alors exposé, aurait dû conduire à l'inverse au strict respect des règles de chargement comme des capacités de sauvetage.
Bien que les associations créées par les victimes du naufrage et leurs familles souhaitent que, par le biais de la loi de 1986 sur la protection des souvenirs militaires (), le gouvernement britannique qualifie le site du naufrage de cimetière militaire britannique., celui-ci explique ne pas pouvoir le faire étant donné que le site se trouve dans les eaux territoriales françaises.. D'autre part, seul le gouvernement écossais a commémoré la catastrophe par la frappe d'une médaille, malgré les demandes pressantes auprès du gouvernement britannique..
Postérité Désormais, une bouée au large de l’estuaire de la Loire signale l’emplacement de l’épave. Depuis 2006, celle-ci est considérée comme un cimetière marin et fait l'objet d'une zone de protection et d'exclusion de . L'épave se trouve à du port de Saint-Nazaire, à une profondeur de et elle culmine à sous la surface. Elle se trouve dans une zone soumise à de forts courants. Une grande partie de l'épave est encore intacte.
Le de chaque année, à l'initiative de l'association écossaise The HMT Lancastria Association., une délégation de survivants et de membres des familles de victimes vient s’y recueillir à bord de navires en déposant sur l’eau des gerbes de fleurs.
Le , la mairie de Préfailles inaugure à la pointe Saint-Gildas un mémorial avec une stèle dédiée au navire.
En , à l'initiative du service départemental de l'Office national des anciens combattants (ONACVG) en Vendée, un parcours mémoriel est créé, reliant les vingt communes abritant des sépultures de naufragés du Lancastria, préalablement à l'inauguration d'une plaque commémorative sur l'île de Noirmoutier le .
En France, cinquante-trois cimetières entre Brest et Soulac, dont seize cimetières en Loire-Atlantique et vingt en Vendée, abritent les sépultures des victimes. Des mémoriaux commémoratifs ont été érigés à Saint-Nazaire., aux Moutiers-en-Retz, à la pointe Saint-Gildas à Préfailles et à la pointe de l'Herbaudière sur l'île de Noirmoutier.