Virginie Despentes, nom de plume de Virginie Daget, née le à NancyNotice d'autorité personne : Virginie Despentes, BnF, consulté le ., est une écrivaine et réalisatrice française, occasionnellement traductrice et parolière.

Elle est révélée par son roman Baise-moi (1994), dont elle coréalise l'adaptation cinématographique (2000). Son plus grand succès littéraire est la trilogie Vernon Subutex publiée entre 2015 et 2017 et adaptée en série télévisée et en bande dessinée. Elle est également connue pour son œuvre féministe.

Elle est membre de l'académie Goncourt du . au , jour de sa démission..

Biographie Enfance (1969-1980) À sa naissance en 1969 à Nancy, ses parents, postiers engagés dans le syndicat CGT, ont vingt et dix-neuf ans. Elle participe avec eux à des manifestations, et à deux ans chante L'Internationale. Sa mère militante féministe est engagée au planning familial où elle s'occupe de la contraception et de l'avortement.. Son vrai nom est Virginie Daget.. Elle prend le pseudonyme de Virginie Despentes à vingt-cinq ans, en référence aux Pentes de la Croix-Rousse, quartier de Lyon où elle s'est installée pour faire ses études.

Sa mère lui achète les Fantômette de la Bibliothèque rose, mais ce sont les subversifs Reiser et Wolinski qu'elle aime lire en cachette. À l'école primaire elle exaspère ses maîtres par des bagarres incessantes avec les garçons, qu'elle dépasse tous en taille. En grandissant, c'est Marilyn Monroe, image de la « fragilité féminine », qu'elle se choisit comme idole. Mais elle la reniera à l'adolescence.

Adolescence (1981-1987) À quinze ans, elle est internée contre son gré en hôpital psychiatrique pendant un peu plus de 2 mois. La psychothérapie, en dépit de la sollicitude bienveillante ressentie par la patiente, se heurte au sentiment d'être confrontée à une certaine violence institutionnelle et reste un échec que suivent une déscolarisation et une errance à travers les préfectures de France, au cours de laquelle l'adolescente est arrêtée de très nombreuses fois par la police.

À dix-sept ans, en faisant de l'auto-stop au retour d'un voyage à Londres ; elle est victime d'un viol, qui fera en 2006 la matière d'un chapitre de son ouvrage King Kong Théorie. Face à ce traumatisme elle s'installe dans le déni. Cet épisode douloureux constituera le ressort du personnage de Manu dans son premier roman, Baise-moi. Vingt ans plus tard, elle déclarera que ce viol .

Tout en travaillant comme femme de ménage à Longwy, elle passe son baccalauréat en candidate libre, et n'a pas encore dix huit ans quand elle s'inscrit à Lyon dans une école de cinéma, qui deviendra deux ans plus tard l'ARFIS.

Les années post-punk (1988-1993) Hébergée dans un foyer de la Croix-Rousse mais seule, elle sombre dans un alcoolisme à la bière tout en s'enivrant de la lecture de Bukowski. Elle multiplie les petits emplois : baby-sitter, superviseuse pour un réseau Minitel, employée chez Auchan, vendeuse chez un disquaire, puis pigiste pour des journaux de rock. Adepte du groupe de rock alternatif Bérurier noir, elle en fréquente le milieu, celui des punks et des autonomes.

En 1992 elle souffre d'un grave eczéma généralisé et se réfugie dans la maison que ses parents lui abandonnent pour les vacances. En un mois elle y écrit le roman Baise-moi. À l'automne la jeune femme rejoint un squat parisien et mène une vie de chef de bande, de manifestations et de violence. Son manuscrit circule sous forme de copies dans le milieu post-punk mais il sera refusé par neuf maisons d'édition et même par ceux des libraires qui proposent des ouvrages en dépôt.

En 1993 elle travaille à Paris comme critique de films pornographiques pour un magazine spécialisé. À l'occasion, pour vivre, elle se prostitue.

Le roman Baise-moi (1994-1995)

En 1994, elle est vendeuse au rayon librairie du Virgin Megastore des Champs-Élysées. Elle a perdu son propre manuscrit de Baise-moi et renoncé à sa carrière littéraire lorsqu'un ami, à son insu, en présente une copie à Florent Massot, un éditeur de rares albums qui témoignent de la contre-culture des banlieues.

Celui-ci prend le risque de publier pour la première fois le roman, à mille, puis deux mille exemplaires. La diffusion ne dépasse pas dans un premier temps le réseau underground du rock alternatif, des fanzines, des squats.

Elle ne se décourage pas. et, désormais attachée à sa condition de salariée, reste résolue à changer de vie .. Pour effacer son passé compromettant, elle choisit un nom de plume : Virginie Despentes. Celui-ci fait , où elle a vécu sa vie de prostituée occasionnelle. Elle adresse son livre à dix personnes choisies.

Au cours d'une intimité de trois jours dans une chambre d'hôtel de Belleville, elle le présente à une de ses idoles, Patrick Eudeline. La chronique qu'en tire le rocker, incrédule, choqué et fasciné, parvient à Thierry Ardisson, qui en fait la promotion dans sa nouvelle émission Paris Dernière diffusée sur la chaîne du câble Paris Première.

En 1995 elle rencontre Ann Scott, autre aspirante écrivaine qui n'est pas encore publiée et qui emménage chez elle. Les deux jeunes femmes se soutiennent mutuellement dans leurs ambitions littéraires. Elles fréquentent la discothèque Le Pulp et son milieu lesbien et transgenre.

Les ventes montent à . Le journaliste Laurent Chalumeau fait la promo du livre dans l'émission Nulle part ailleurs de Canal+, première chaîne de télévision française à diffuser régulièrement des films pornographiques. Baise-moi devient un . Les ventes passeront à plusieurs centaines de milliers d'exemplaires.

Notoriété (1996-1999) Au succès et à une critique gênée, qui tantôt fait d'elle F. Massot, cité in ., tantôt jette un voile pudique sur son passéV. Despentes, cité in ., Virginie Despentes, provocatrice, répond sans fard, , qu'elle a été pute.

En 1996, Florent Massot publie son deuxième roman. Les Chiennes savantes est, sous la forme d'un roman policier, un portrait noir d'une certaine condition féminine de la France postmoderne, antithèse des « femmes savantes ». Quand la faillite de Florent Massot engloutit la fortune accumulée par Baise-moi, elle est approchée par les éditions Grasset.

Elle y publie en 1998 son troisième roman. Les Jolies Choses, « remake grunge des Illusions perdues » Citation approximative de la présentation de Grasset., écrit , reçoit le prix de Flore 1998 et le prix littéraire Saint-Valentin 1999. Son adaptation cinématographique réalisée par Gilles Paquet-Brenner, Marion Cotillard et Stomy Bugsy jouant les rôles principaux, recevra en 2001 le prix Michel-d'Ornano lors du festival de Deauville.

En 1999, Librio publie Mordre au travers, un recueil de nouvelles subversives, pour la plupart inédites. La quatrième de couverture avertit que l'V. Despentes, Mordre au travers, quatrième de couverture, Librio, 1999.. En 1997, Despentes avait déjà publié une nouvelle, C'est dehors, c'est la nuit, dans un recueil collectif intitulé Dix, édité sous la direction du magazine Les Inrockuptibles.

À l'âge de 30 ans, elle arrête de boire.

Le film Baise-moi (2000)

Virginie Despentes porte depuis des années le projet d'adapter son roman Baise-moi à l'écran. Elle envisage initialement de réaliser un film sans scènes de sexe, mais en confiant les rôles principaux à des hardeuses.

Son projet, jugé très édulcoré, ne convainc initialement pas les producteurs mais elle finit par obtenir l'accord de Philippe Godeau, fondateur de la société Pan-Européenne formé chez Gaumont, en lui proposant un film tourné caméra à l'épaule, comme dans les films pornographiques, où les scènes de sexe du roman ne seront pas autocensurées ni simulées. Pour l'aider dans la réalisation, l'ancienne élève de l'école cinématographique de Lyon fait appel à Coralie Trinh Thi, actrice pornographique de vingt-cinq ans qui a reçu le Hot d'or 1996 et a la singularité d'. Les rôles principaux sont confiés à Karen Lancaume et Raffaëla Anderson.

Le film sort dans soixante salles françaises en . La critique cinématographique est scandalisée par l'outrance du propos, lequel paraissait acceptable tant qu'il n'était pas mis en images. Les associations féministes, les milieux catholiques conservateurs, les militants d'extrême droite, relayés par une tribune du Nouvel Obs intitulée « Sexe, violence, le droit d’interdire », obtiennent après trois jours d'exploitation l'interdiction immédiate.

Par une interprétation ad hoc, qui reconnaît aux auteurs du film leur intention de dénoncer la violence subie par les femmes mais constate la lecture pornographique qui en est faite par le spectateur , le Conseil d’État annule le visa d'exploitationSection du contentieux, « , 222195 - Association Promouvoir, M. et M. et autres. », Rapport de la , Conseil d’État, 30 juin 2000.. Cette « jurisprudence Baise-moi » rétablit la censure pour les « moins de dix-huit ans », restée inutilisée depuis 1981, quand les films pornographiques n'ont plus été interdits qu'aux moins de seize ans, soit un an de plus que l'âge de la majorité sexuelle. L'arrêt soulève une ample polémique. mais restera en vigueur et sera utilisé quinze fois.

Coming out Après avoir vécu avec le journaliste Philippe Manœuvre, rédacteur en chef de Rock & Folk, Virginie Despentes est, comme elle le déclarera en forme de coming out, .

Elle devient la compagne de Paul B. Preciado (avant sa transition), philosophe queer étudiant le genre . Leur relation dure dix ans, jusqu'en 2014.

Notoriété et influences (depuis 2006)

En 2006 paraît King Kong Théorie, livre par lequel elle aborde le genre proprement autobiographique, mais sous la forme d'un essai. L'œuvre est présentée comme un « manifeste pour un nouveau féminisme »V. Despentes, King Kong Théorie, quatrième de couverture, , collect° Essai, Éditions Grasset, Paris, 2006., qui influence de nombreuses féministes (blogueuses, podcasteuses, militantes) des générations suivantes.

Après un silence relatif de trois années passées à Barcelone auprès de Preciado, Virginie Despentes prend un appartement en lisière du parc des Buttes-Chaumont et revient au premier plan de la scène littéraire française en produisant une suite d'œuvres qui, à travers la peinture d'un , ne cessent de dérangerC. Milleret, « Virginie Despentes aux Assises Internationales du Roman », in Hétéroclite, Lyon, .François Busnel, « Virginie Despentes au sommet », L'Express, .Etc..

En 2009 elle réalise son premier documentaire, Mutantes (Féminisme Porno Punk), diffusé sur Pink TV. et édité l'année suivante en DVD chez Blaq OutVoir sur blaqout.com... Elle écrit également une nouvelle sur l'érotisme féminin pour le magazine Psychologies..

2010 marque son retour au roman : elle publie Apocalypse Bébé, toujours chez Grasset. Le roman reçoit le prix Trop Virilo le et le prix Renaudot le . Le Diable Vauvert édite aussi une nouvelle traduction établie par Virginie Despentes : Déséquilibres synthétiques, de l'anglais Will Work for Drugs de Lydia Lunch. La même année Cécile Backès et Salima Boutebal proposent une adaptation théâtrale de King Kong Théorie durant le « Off » du Festival d'Avignon..

Elle réalise l'adaptation cinématographique de Bye Bye Blondie avec Béatrice Dalle et Emmanuelle Béart., qui sort en . Le roman est aussi adapté pour la radio en 2021.

En 2015, Virginie Despentes entame la publication de la série Vernon Subutex, composée de trois volumes qui paraissent en (Vernon Subutex, 1), (Vernon Subutex, 2) et (Vernon Subutex, 3). L’œuvre .

Elle écrit dans Les Inrockuptibles le , dix jours après le massacre à Charlie Hebdo... .

Le , elle devient membre du jury du prix Femina. et, le , est élue à l'académie Goncourt.

Le elle est parmi les signataires de l'Appel des 58 : ...

Le elle reçoit le prix de la BnF pour l'ensemble de son œuvre « Prix BnF 2019 », communiqué de presse de la Bibliothèque nationale de France, 3 avril 2019. .

Le elle démissionne de l'académie Goncourt afin de pouvoir davantage se consacrer à l'écriture.