Le château de Châteaubriant est un château fort fortement remanié à la Renaissance, situé à Châteaubriant dans le département de la Loire-Atlantique (Pays de la Loire).
Ce château construit au dans les marches de Bretagne était, avec ceux de Vitré, Fougères, Ancenis et Clisson, chargé de défendre le duché de Bretagne face aux fiefs limitrophes, notamment le comté d'Anjou. Il est d'ailleurs le pendant breton du château angevin de Pouancé.
Au départ simple donjon, le château est agrandi et fortifié à plusieurs reprises au cours du Moyen Âge, tandis que la ville de Châteaubriant se développe à côté de lui, s'entourant elle-même de remparts. La seigneurie de Châteaubriant, élevée en baronnie au , passe aux familles de Dinan et de Montfort-Laval. En 1488, le château est assiégé par le roi de France Charles VIII, dans le cadre de la Guerre folle, qui s'achève par la défaite du duc François II. Le mariage du roi avec la duchesse Anne de Bretagne en 1491 réduit l'importance stratégique du château. Le donjon et les logis, endommagés, sont reconstruits et modernisés dans une optique de confort, puis, de 1500 aux années 1540, un « Château-Neuf » est construit dans la basse-cour, selon les règles de l'architecture de la Renaissance.
La baronnie de Châteaubriant revient à la maison de Montmorency au milieu du , puis à la maison de Condé au début du . Objet de plusieurs sièges pendant les guerres de Religion (1562-1598), le château est ensuite délaissé par ses propriétaires qui y viennent très rarement. Après la Révolution française, le château est vendu à plusieurs reprises et est finalement transformé en cité administrative par le département de Loire-Inférieure qui l'acquiert en 1853.
Depuis la fermeture du tribunal d'instance en 2009 et le départ des services de la sous-préfecture en 2012, le château est entièrement consacré au tourisme.
Situation thumb|alt=Photographie du château au-dessus de l'étang de la Torche.|Le château vu de l'étang de la Torche.
Le château est situé dans le centre-ville de Châteaubriant, commune du nord de la Loire-Atlantique située à proximité de l'Ille-et-Vilaine et du Maine-et-Loire. Il est construit à l'est de l'ancienne ville close dont il formait l'un des côtés. À l'ouest, il est séparé du centre ancien par la rue du Château, et il s'ouvre au sud sur la place Charles-de-Gaulle (anciennement place des Terrasses). Au nord, le château est bordé par la rue du Duc d'Aumale et par l'étang de la Torche. À l'est, il est longé par un espace vert, la promenade des Terrasses, qui le sépare de la ligne de train qui va de Châteaubriant à Rennes. Le château occupe un faible escarpement rocheux, qui culmine au niveau de la haute-cour, et qui domine le cours de la Chère et de son affluent le Rollard. La Chère coule au nord du château, d'est en ouest, et elle alimente l'étang de retenue de la Torche, créé au Moyen Âge. Le Rollard coule du sud au nord et son cours est en partie recouvert. Il passe légèrement à l'ouest de la rue Rigale et traverse la Grande rue.. Le sous-sol castelbriantais est formé de roches sédimentaires appartenant au massif armoricain, comme du schiste et du grès, et forme des plissements et des affleurements..
Le château est formé d'un ensemble de constructions qui s'étendent sur environ de large pour de long. Le terrain s'avance vers son point culminant au nord-ouest et il descend en pente douce du nord au sud. Au Moyen Âge, des douves protégeaient l'édifice au sud et à l'est, complétant ainsi le dispositif de l'étang de la Torche. En revanche, côté ville à l'ouest, la déclivité du terrain suffisait à elle seule à la défense du château. Le petit plateau sur lequel le château est construit présente un étranglement au nord-ouest, caractéristique qui a déterminé la position de la haute-cour. Cet étranglement a en effet été mis à profit pour creuser les douves qui séparent la haute et la basse-cour.
thumb|upright=2|center|alt=Plan cadastral de Châteaubriant en 1832, représentant la ville avant la démolition des remparts.|Plan de Châteaubriant en 1832, montrant le château dans son contexte urbain historique.
Histoire Fondation thumb|alt=Carte de la Bretagne montrant les forteresses des Marches, du côté breton et du côté français.|Les Marches de Bretagne. Châteaubriant () fait face à Pouancé. La ville de Châteaubriant se trouve au centre d'une région qui est restée longtemps isolée et peu peuplée, le pays de la Mée, qui fait partie des Marches de Bretagne. Ce pays est localisé entre la vallée de l'Erdre au sud et celle du Semnon au nord, dans une zone autrefois couverte de landes et de forêts.. Bien que cette situation soit peu favorable économiquement, Châteaubriant se trouve sur les voies qui relient le Vannetais au reste de la France par la basse Vilaine., et elle est aussi à mi-chemin entre les deux plus grandes villes bretonnes, Nantes et Rennes, ainsi que sur la route qui relie Angers et Rennes. Avant le , la ville de Châteaubriant n'existe pas : seul existe le petit village de Béré, situé à un kilomètre au nord-ouest du château. Au début du siècle, Brient fonde le château, et donne ainsi naissance à la ville, à laquelle il donne son nom. Brient, premier seigneur connu de Châteaubriant, a également fondé le prieuré de Béré. Les origines de Brient sont obscures, et aucune information n'est disponible sur son père, en dehors de son nom : Teuharius.. En revanche, l'extraction élevée de sa mère, Innoguent, est attestée puisqu'elle est la fille du seigneur d'Aleth.. La fondation du château par Brient a lieu a une époque de fixation de la féodalité dans les Marches. À la même époque apparaissent les seigneuries de Vitré, Fougères, Pouancé ou bien Craon, toutes aux mains de familles tenant leur pouvoir d'une charge carolingienne. Brient tient peut-être lui aussi son pouvoir d'une charge ancestrale, et il aurait profité du double recul du pouvoir de l'évêque de Nantes et du duc de Bretagne Alain III pour s'imposer en tant que seigneur de la région. L'émergence de Châteaubriant s'inscrit aussi dans une période d'affrontement entre les comtes de Nantes et de Rennes.. Ainsi, le territoire relève du diocèse de Nantes mais Brient devient vassal du comte de Rennes, qui gagne par conséquent un allié contre les comtes de Nantes et d'Anjou..
Un est mentionné en 1028, mais son emplacement demeure inconnu. Il aurait pu s'élever à l'emplacement du château actuel, mais également à quelques kilomètres à l'ouest, au lieu-dit du Bois-Briant, où se trouvent les restes d'une motte dominant un ancien bras de la Chère. Néanmoins, l'hypothèse du château actuel est plus probable, car le site offre le double avantage d'être situé sur un promontoire naturel qui domine le territoire, et de faire face au bourg primitif de Béré.. La construction d'un château à Châteaubriant aurait eu pour but à la fois de contrôler la région, et de surveiller la frontière angevine déjà tenue par le château de Pouancé. Aucun élément du n'est plus visible sur le château, en dehors des vestiges de motte castrale situés sous le donjon. Cette motte devait faire quarante mètres de diamètre, mais elle a été dénaturée par de nombreux réaménagements et seul le front nord pourrait effectivement dater du .
Élément des Marches bretonnes thumb|alt=Photographie du sceau de Geoffroy IV.|Sceau de Geoffroy IV de Châteaubriant. Brient meurt en 1060, et son fils aîné Geoffroy lui succède. Geoffroy s'illustre à la Première croisade, lors de laquelle il accompagne le duc Alain IV de Bretagne. Il est remplacé à sa mort par Brient II, qui lui-même est suivi par Geoffroy II en 1116.. La puissance familiale s'explique notamment par la continuité de la descendance, illustrée par la longue lignée des Geoffroy, qui dure ensuite jusqu'en 1347.. Autour de 1064-1066, la famille de Châteaubriant semble s'être rapprochée politiquement du duc de Bretagne, et Conan II utilise d'ailleurs le château comme base en 1066 pour tenter de reconquérir le Craonnais. C'est lors de cette expédition que Geoffroy aurait trouvé la mort. Les seigneurs de Châteaubriant conservent par la suite leur proximité avec les ducs, et la famille acquiert un rang privilégié en Bretagne. À partir du début du , les barons de Châteaubriant sont ainsi les troisièmes parmi les neuf pairs de Bretagne à pouvoir présider les États du duché.
Au , les Capétiens prennent le contrôle de l'Anjou et du Maine, et les grands seigneurs des Marches bretonnes perdent une part de leur pouvoir car ils ne peuvent plus s'appuyer sur des alliances avec les Plantagenêts, ennemis des Capétiens. Le duc de Bretagne de l'époque, Pierre Mauclerc, est lui-même un Capétien.. Néanmoins, deux attaques remettent en avant l'importance militaire et stratégique du château pour la défense de la Bretagne.. En 1223, lorsque des seigneurs du Léon se rebellent contre Pierre Mauclerc, Amaury de Craon profite du conflit pour mettre à sac la baronnie de Châteaubriant, avec le concours de la noblesse angevine, mancelle et normande. Le duc apporte son soutien au baron Geoffroy IV, et l'épisode se conclut par la bataille de Béré, remportée par les forces bretonnes.. Ensuite, en 1234, le roi de France Louis IX prend Châteaubriant et son château lors d'une expédition contre Pierre Mauclerc, qui se soumet ensuite à l'autorité royale. Les dégâts occasionnés sur le château à cette occasion ne sont pas connus. Le successeur de Geoffroy IV, Geoffroy V, participe à la septième croisade, et la légende familiale raconte que Louis IX aurait permis à la famille de Châteaubriant d'utiliser de nouvelles armes, portant des fleurs de lys. Il semble plutôt que les barons de Châteaubriant ont commencé à utiliser les fleurs de lys plusieurs années avant, tout comme la maison de Thouars, l'autorisation royale pour utiliser ce symbole n'étant pas obligatoire au Moyen Âge.. La devise familiale, « notre sang teint les bannières de France », pourrait aussi dater de cette époque. Elle remplace une devise plus ancienne : « je sème l'or.. »