Fondée en 1941 par les jésuites Jean-d'Auteuil Richard et Jacques Cousineau, Relations est l'une des publications francophones ayant connu la plus grande longévité au Québec.. Elle a été publiée sans interruption jusqu’à sa suspension le . par le conseil d'administration du Centre justice et foi, qui produisait la revue depuis 1983.

Relations a mis fin à ses activités à la suite de la fermeture définitive du Centre justice et foi, en .. Des défis financiers et organisationnels ont été évoqués, mais ces raisons ont été vivement contestées et critiquées, tout comme la suspension et la fermeture de la revue, car accompagnées par la mise à pied abrupte de son personnel pour une durée indéterminée.. Ces décisions ont suscité un conflit entre le conseil d’administration, les Jésuites du Canada et les employés de la revue (et du Centre). Une importante mobilisation en faveur de ces derniers a eu lieu, incluant entre autres une déclaration de soutien. signée par plus de . Plusieurs articles ont traité de l'affaire, notamment dans Le Devoir, Présence Info., les Nouveaux Cahiers du socialisme, À bâbord!.

Histoire Fondation La revue Relations, fondée en ., est une initiative de l'École sociale populaire, soit le centre de documentation, d’information, de recherche et d’action sociale, de la Compagnie de Jésus, qui deviendra le Centre justice et foi en 1983... Ses fondateurs, les jésuites Jean-d’Auteuil Richard et Jacques Cousineau., revenaient d’Europe où ils avaient complété leurs études en sciences sociales. Inspirés par l’action ouvrière et les courants novateurs du catholicisme social en Europe, ils entendaient donner une nouvelle orientation à l’École sociale populaire, fondée en 1911 dans le but de former des prêtres et laïcs à la doctrine sociale de l’Église.

1948: L'affaire silicose En , le numéro de Relations dénonçant les conditions de vie et les conséquences de la maladie pulmonaire dont sont victimes les travailleurs d'une mine appartenant au groupe financier Timmins, à Saint-Rémi-d'Amherst, dans les Laurentides, crée une onde de choc dans son lectorat et dans la société québécoise. Le journaliste d’enquête Burton Ledoux y publie «La silicose–De Saint-Rémi-d’Amherst à l’Ungava», un dossier de 20 pages dans lequel il documente les piètres conditions de travail des mineurs de silice. Jean d’Auteuil-Richard signe l'éditorial «Les victimes de Saint-Rémi sont nos frères»., accompagné de la liste des mineurs emportés par la silicose. Le dossier, repris dans le bulletin paroissial à l’échelle du Québec, aura un grand retentissement. Si bien que le groupe Timmins menace les jésuites d'une poursuite en diffamation. Jean-d'Auteuil Richard, alors directeur de la revue, est démis de son poste et affecté à d'autres fonctions à Sudbury en Ontario, tandis que le père Adélard Dugré, directeur par intérim de la revue, publie une rétractation en . Le Devoir prendra le relais et publiera la suite de l'enquête de Burton Ledoux portant cette fois sur l'amiantose, une autre maladie industrielle. Parue en dans Le Devoir, cette enquête sera l’élément déclencheur de la célèbre Grève de l'amiante, à Thedford Mines, dans les Cantons de l'Est. Une équipe plus conservatrice dirigera Relations de jusqu’à la fin des années 1950. L'ouvrage dirigé par l'historienne Suzanne Clavette, L'affaire silicose, par deux fondateurs de Relations ainsi que le documentaire de Bruno Carrière 1948, l'affaire silicose. traitent de cette affaire..

Les années 1960 et 1970 Deux dynamiques sociales de la société québécoise au cours de la décennie 1960 ont fait l'objet d'analyses dans la revue Relations : la Révolution tranquille et le concile Vatican II. Relations s’inscrit dans les débats de l’époque sur l’encyclique Pacem in terris., la Commission royale d'enquête sur l'enseignement (Commission Parent), la création de la Caisse de dépôt et placement du Québec et la protection de la langue française au Québec, entre autres.

De 1971 à 1975, dans la foulée de la théologie de la libération qui prend son essor en Amérique latine et connaît des échos jusqu’au Québec, un examen critique des pratiques et des enseignements de l'Église catholique, notamment celle de Montréal, donnera lieu à des remises en question tant sur les plans dogmatique, éthique et politique. Source de tensions avec la hiérarchie jésuite, ce tournant plus critique de la revue finira par entraîner, en 1976, la dissolution de son comité de rédaction et la nomination d’un nouveau comité placé sous la tutelle d’un conseil de direction chargé d’approuver les nouveaux membres. Selon le théologien Gregory Baum, ce changement de cap abrupt est en partie lié aux «prises de position de Relations en faveur de courants marxistes et révolutionnaires et d’un changement radical dans l’Église [qui] déplaisaient grandement à certains jésuites, ici et à Rome, ainsi qu’à des évêques québécois.». vignette Les années 1980-1990 Au lendemain de la défaite référendaire de au Québec, «[la] revue cherchait à réconcilier l’intérêt du Québec, l’accueil des immigrants et la justice sociale, traquant les inégalités et les discriminations sur tous les fronts. En proposant de passer du nationalisme ethnique au nationalisme «territorial», Relations franchissait un point de non-retour au bénéfice d’une meilleure santé démocratique qui fait place à chaque citoyenne et citoyen, quelle que soit son origine.», écrit Gisèle Turcot dans les Chroniques du anniversaire de la revue.

Cette période marque aussi la participation croissante des femmes. En 1979, une première femme – Ginette Boyer – intègre le comité de rédaction de Relations jusqu’alors dominé par des jésuites.. Par la suite, la place des femmes dans la revue ne cessera de se développer, tant dans ses équipes que dans ses textes et dossiers portant notamment sur la place des femmes en Église, le féminisme, l'écoféminisme, les violences sexuelles, etc. Gisèle Turcot est la première femme rédactrice en chef puis directrice de Relations de 1986 à 1993. Carolyn Sharp dirige la revue de 1992 à 1999. Élisabeth Garant, en tant que directrice du Centre justice et foi, en assume la direction de 2007 à 2022., période où Catherine Caron sera rédactrice en chef adjointe (2009-2019, quittant en 2023). Au moment de la suspension de Relations en 2024 et jusqu'à sa fermeture, la direction était assumée par Isabelle Lemelin et un trio d’éditrices/rédactrices, composé de Myriam Cloutier, Isabelle Kirouac Massicotte et Julie Perreault, assurait sa production éditoriale.

Le tournant des années 2000 En , Relations, sous l’impulsion de son rédacteur en chef Jean Pichette (1999-2002) et de la directrice artistique Mathilde Hébert, prend un nouveau départ.. Publiant alors 8 numéros par an, elle renouvelle en profondeur sa maquette et lie ses dossiers thématiques aux œuvres d’artistes invités parmi lesquels figurent Marc Séguin, Lino, Stéphanie Béliveau, Armand Vaillancourt, René Derouin, Virginia Pésémapéo Bordeleau, Jacques Goldstyn, Eruoma Awashish, Christian Tiffet et Dominique Blain; elle est désormais vendue en kiosques. L’attention qu’elle portait depuis plusieurs années aux enjeux de la mondialisation néolibérale, de la croissance des inégalités et de la crise climatique et écologique se poursuit par les réflexions d’auteurs et d'autrices associés entre autres au courant altermondialiste – cela sous le règne de Jean-Claude Ravet qui y entre en 2000 à titre de secrétaire de rédaction, pour en devenir le rédacteur en chef de 2005 à 2019.

Si les jésuites s'y font moins présents, Relations continue, jusqu'à sa suspension, à solliciter leur collaboration et à refléter leur action dans le monde (rubriques Horizons et Sur les pas d'Ignace. entre autres), à proposer plusieurs articles sur des questions religieuses et spirituelles ainsi que des dossiers thématiques tels que «En quoi croyons-nous» (), «La spiritualité pour changer le monde» (), «Les rites au cœur du lien social» (), «Une Église appauvrie, une chance?» () et «La théologie de la libération d'hier à aujourd'hui» (), entre autres..

De 2011 à 2021: les , et anniversaires Relations célèbre son anniversaire en 2011-2012 en publiant le dossier «La force de l’indignation» () qui lui vaudra un Prix d’excellence de la SODEP.. Le , au Gesù à Montréal, un événement rassemble près de , dont une vingtaine de collaborateurs, artisans de la revue et artistes.. La revue publie aussi les Chroniques du anniversaire. et lance un nouveau site Web. Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) numérise tous les numéros de Relations parus entre 1941 et 2012. Depuis, tous ses numéros sont disponibles dans son catalogue numérique...

En 2016, à l’occasion de son anniversaire, l’exposition «Relations, une revue engagée dans son époque» est présentée à l’hôtel de ville de Montréal, au Salon du livre de Montréal, à l’Université Laval et à l’Université du Québec à Montréal.. Des lancements, causeries et conférences se tiennent autour des thèmes de la trilogie de numéros anniversaire publiée: «L’amour du monde – socle de toute résistance» (no. 782, janvier-), «La résistance, impératif de notre temps» (no. 783, ) et «La puissance de la création» (no. 784, mai-). Une conférence de Jean Bédard se tient le . et la conférence-débat «Des revues en résistance» a lieu le , à Montréal.. Un spectacle de poésie et de musique fait salle comble au Gesù le .. Y ont participé José Acquelin (animateur et coordonnateur artistique), Marie-Célie Agnant, Jocelyn Bérubé, Paul Chamberland, Jean-Marc Desgent, Hélène Dorion, Bernard Émond, Ivy, Suzanne Jacob, Natasha Kanapé Fontaine, Élise Turcotte, Normand Guilbeault, Pierre Saint-Jak et Jean Vanasse, en plus de l’équipe de la revue.. Sous la direction de Jean-Claude Ravet, Lux Éditeur publie l’anthologie Relations, plus de d’analyse sociale et engagée..

En 2021, pour son anniversaire, Relations propose le dossier «En quoi croyons-nous?» et réalise une refonte majeure., en dynamisant ses publications sur son site Web, incluant des balados. et webinaires.. Un lancement webdiffusé (en raison de la pandémie de Covid-19) a lieu le au Centre St-Pierre, à Montréal.. France Leduc et Anne Vaugeois remportent nominations et prix d'excellence pour le graphisme (voir Prix et honneurs). Si la revue continue de renouveler ses rubriques, elle maintient toujours sa ligne éditoriale.

Trois ans plus tard, lorsque le conseil d’administration du Centre justice et foi procédera à sa suspension controversée, le , le numéro qui deviendra son dernier – proposant le dossier «Guerre-paix: perspective en clair obscur» () – venait tout juste d’être lancé.

Rôle et ligne éditoriale Tout au cours de son histoire, Relations publie des textes d’analyse sociale et de réflexion critique concernant les enjeux sociaux, religieux, politiques, environnementaux et culturels de son époque, dans une perspective progressiste. À partir des années 2000, elle propose aussi davantage de réflexions spirituelles et littéraires (les rubriques Questions de sens, Carnet, chronique littéraire, etc.) ainsi que les œuvres d’un grand nombre d’artistes visuels du Québec.. Si elle s'adresse à un lectorat majoritairement québécois, elle rejoint aussi un lectorat ailleurs au Canada et dans la francophonie. Portant un projet de société juste et sans exclusion, elle s’est toujours montrée ouverte sur le monde, réservant une place importante aux réalités vécues par les populations exclues et les mouvements sociaux d’autres pays, bénéficiant en cela de la contribution du réseau international des jésuites..