Frances Perkins, surnommée Fanny ou Fannie par ses parents, née Frances Coralie Perkins, le dans le quartier de Beacon Hill à Boston (Massachusetts) et morte le à New York, est une femme politique, professeure, haut fonctionnaire et femme d'État américaine. Membre du Parti démocrate, elle est secrétaire au Travail sous la présidence de Franklin Delano Roosevelt, de 1933 à 1945.

Elle est la première femme de l'histoire des États-Unis à siéger dans un cabinet présidentiel et, avec le secrétaire à l'Intérieur Harold Ickes, la seule membre du cabinet à être présente durant la totalité de la présidence de Roosevelt. Elle siège ensuite brièvement dans l'administration de son successeur Harry S. Truman.

Durant ses fonctions, Frances Perkins mène de grandes réformes sociales dans l'État de New York et aux États-Unis. Importante architecte du New Deal, elle a participé à la création du programme Civilian Conservation Corps et a établi le premier système de sécurité sociale aux États-Unis en ayant dirigé et supervisé le rapport du Committee on Economic Security remis au président Franklin Delano Roosevelt, qui a largement inspiré la rédaction du Social Security Act de 1935. Elle a également contribué à l'amélioration des conditions de travail des ouvriers dans les usines américaines. Si aux États-Unis, Franklin Delano Roosevelt est appelé le « père de la sécurité sociale », Frances Perkins est appelée la « mère de la sécurité sociale ».

Dès 1905, elle s'engage dans le combat pour les droits des femmes, dont elle deviendra une des figures éminentes de l'État de New York.

Biographie vignette|Portrait officiel de Frances Perkins, par Jean MacLane, accroché au département du Travail.

Origines familiales et jeunesse Fannie Coralie Perkins naît le à Boston dans le Massachusetts. Elle est la fille aînée de Susan E. Perkins, née Bean, et Frederick W. Perkins, propriétaires d'une papeterie. Tous deux originaires du Maine, ils ont déménagé à Boston à la suite de la Guerre de Sécession en quête de meilleures opportunités économiques. En 1882, ils déménagent à Worcester où Fannie passe son enfance. En 1884 naît Ethel, sa sœur cadette..

Baptisée Fannie Coralie Perkins, elle change son prénom en « Frances » en 1904, désireuse d’un prénom moins sujet à moqueries. En , elle rejette l’Église congrégationaliste, à laquelle appartenait sa famille, et rejoint l’Église épiscopalienne, recherchant une religion plus structurée avec une cérémonie plus formelle..

Par la branche familiale de sa grand-mère, Cynthia Otis Perkins, qui l’influence fortement lors de sa jeunesse, l’ascendance de Frances Perkins est composée d’ancêtres illustres dans l’histoire américaine, dont James Otis Jr. Celui-ci, avocat et militant politique, a vigoureusement lutté pendant la guerre d'indépendance contre les impôts qu'il trouvait imposés de façon tyrannique en l'absence d'élus, et serait à l’origine du slogan « » (« La taxation sans représentation est une tyrannie »)..

Le cousin de Cynthia Otis Perkins est le Général Oliver Otis Howard, général de l’Union lors de la guerre de Sécession, chef du Freedmen’s Bureau dès la fin de la guerre (de 1865 à 1872) et fondateur de l'Université Howard. L’été de ses , Frances lui sert de secrétaire lors de vacances passées par Oliver Howard chez Cynthia Perkins.

Études et formation Après avoir fréquenté la Worcester's Classical High School, elle intègre le Mount Holyoke College en 1898 et en est diplômée en 1902. Bien que faisant sa major en physique et ses minors en chimie et en biologie, Perkins est particulièrement marquée par le cours d’histoire économique américaine donné par l’historienne Annah May Soule. C’est la constatation, à travers ce cours, des conditions de travail des femmes et des enfants qui lui donne envie de venir en aide à ces personnes.. Lors d’une conférence à Mount Holyoke Perkins rencontre Florence Kelley, secrétaire exécutive de la National Consumers League, qui deviendra par la suite sa mentor.

De 1907 à 1909, Perkins étudie la sociologie et l’économie à la Wharton School de l’université de Pennsylvanie. Elle a notamment comme professeur l’économiste progressiste Simon N. Patten, qui l’aide ensuite à obtenir une bourse pour étudier la science politique à l’université Columbia à New York. Perkins y fait sa thèse sur la malnutrition chez les enfants d’une école publique de la ville, et obtient son master en 1910.

Vie privée En , Frances Perkins épouse Paul Caldwell Wilson (1876-1952) et choisit de garder son nom de jeune fille (allant ainsi contre l'usage de l'époque) afin, dit-elle, de ne pas entacher le nom de son mari par sa politique.. Le couple a une fille, Susanna (1916-2003). Paul est fréquemment interné pour troubles mentaux, notamment maniaco-dépressifs. Leur fille Susanna aurait également souffert de ce genre de troubles.. Cette dernière se mariera et aura un enfant, Tomlin. Frances Perkins regrette d’avoir été trop peu présente pour Susanna, et de ne pas lui avoir assez donné de liberté financièrement..

En 1952, Paul devient fortement malade, touché par l’alcoolisme ainsi que de nombreuses dépressions nerveuses. Il meurt le .. Frances Perkins se retire alors de la vie politique et se consacre à des activités académiques, qu’elle exercera jusqu’à la fin de sa vie.

Carrière Travail social à Chicago et Philadelphie (1904-1909) Après deux années où elle travaille comme professeure dans diverses écoles secondaires (High School) et durant lesquelles elle fait du bénévolat avec sa sœur à la Union Gospel Mission, une settlement house de Worcester, Frances Perkins se rend à Chicago en 1904 pour devenir professeure de sciences à la Ferry Hall School, une école préparatoire pour filles située à Lake Forest, en banlieue cossue de Chicago. Simultanément, elle s’investit à Hull House, la plus grande settlement house du pays, créée par Jane Addams. Perkins en devient par la suite une résidente. Elle fait de nombreuses rencontres à Hull House, parmi lesquelles le futur premier ministre canadien William Lyon Mackenzie King, l’architecte Frank Lloyd Wright et le journaliste et écrivain socialiste Upton Sinclair..

En 1907, elle déménage à Philadelphie pour étudier à l’Université de Pennsylvanie, et devient également secrétaire générale de la Philadelphia Research and Protective Association fondée par Frances Kellor, elle aussi ancienne membre de Hull House. Perkins y est chargée de repérer et tenter de mettre hors service les proxénètes et trafiquants de drogues exploitant des immigrantes. Aucune formation pour le travail social n’existant à l’époque, elle doit apprendre sur le terrain et trouver des moyens innovants pour endiguer l’exploitation sexuelle. Elle observe et diagnostique très vite une liste de moyens pour remédier à cette problématique, dont un meilleur accès au logement et aux emplois, ainsi que de meilleurs moyens de transports. Elle transmet ces conclusions dans des rapports remis aux dignitaires politiques de Philadelphie..

New York, incendie de l'usine Triangle Shirtwaist et fonctions dans le gouvernement étatique (1909-1933) Alors qu’elle étudie à l’université Columbia à New York, Frances Perkins prend en la tête des bureaux new-yorkais de la ligue nationale des consommateurs (National Consumers League), où elle travaille avec Florence Kelley. Elle milite vigoureusement pour une amélioration des conditions de travail. Elle se fait de nombreuses et influentes relations, notamment parmi les familles Astor, Vanderbilt, Cutting et Livingston, mais aussi l’urbaniste Robert Moses et l’écrivain Sinclair Lewis.

Le , elle est témoin du tragique incendie de l'usine « Triangle Shirtwaist », qui fait . Un comité pour la sécurité industrielle de la ville de New York (Committee on the Safety of the City of New York) est mis en place et, sur recommandation de Théodore Roosevelt, Perkins est choisie comme Secrétaire exécutive. Les deux se sont connus lorsqu’en Frances Perkins a invité Théodore Roosevelt à un meeting de la National Consumers League. L’ancien président ne peut s’y rendre mais envoie une lettre à Perkins l'assurant son soutien envers la ligue. Le comité contribue à la création de la Commission d’enquête sur les usines (Factory Investigating Commission), un panel législatif chargé d'enquêter sur les conditions de travail problématiques dans l'ensemble de l'État et de recommander des mesures législatives pour y remédier. La commission ne se limite pas à étudier la sécurité incendie des usines, mais elle s’intéresse à tous les risques pour la santé et le bien-être des travailleurs industriels et à l’impact de ces risques sur les familles. Le travail de la commission conduit à l’adoption d’un des premiers ensembles de lois sur la santé et la sécurité au travail des États-Unis..

Avant de partir travailler pour Washington D.C., elle occupe différents postes dans le gouvernement de l'État de New York. En 1919, elle accepte sur offre du gouverneur Al Smith de rentrer dans la Commission industrielle de l'État de New York (New York State Industrial Commission), devenant ainsi son premier membre féminin. En 1921 elle devient secrétaire exécutive du Conseil de l’Éducation des Immigrés (). En 1922 elle est nommée par Al Smith commissaire au Conseil Industriel de l’État de New York (New York State Industrial Board) dont elle devient présidente en 1926..

En 1929, le gouverneur de New York nouvellement élu, Franklin D. Roosevelt, nomme Frances Perkins Commissaire industriel public (New York State Industrial Commissioner). À la suite du krach boursier d’octobre 1929, les États-Unis entrent dans la Grande Dépression. Frances désire redresser la situation à son niveau. Faisant coopérer habilement les oppositions politiques sur le plan du droit du travail, elle développe au sein de l’État de New York les enquêtes d'usine, réduit la semaine de travail pour les femmes à , crée un salaire minimum et des lois d'assurance chômage, ainsi que de la coopération interétatique sur ce sujet.

En , elle réagit à un communiqué du président Herbert Hoover se basant sur une augmentation du taux d’emploi pour déclarer que la dépression arrive à sa fin. Perkins déclare lors d’une conférence de presse que cette hausse n’est que momentanée à cause des fêtes de fin d’année mais que l’économie est toujours aussi bancale. Ces déclarations sont largement relayées par les médias de l’époque..

Secrétaire fédérale au Travail (1933-1945) vignette|gauche|Le président Roosevelt, Frances Perkins et d'autres membres de l'administration sur un navire militaire.

En 1933, le président des États-Unis Franklin D. Roosevelt, formant son gouvernement, sollicite Frances Perkins pour devenir Secrétaire fédérale au Travail. Cette dernière accepte la fonction, mais seulement à condition que le président l’appuie pour l’intégralité des mesures sociales qu’elle compte implémenter, ce que Franklin D. Roosevelt accepte.. Le , Frances Perkins prête serment en tant que Secrétaire fédérale au Travail, poste qu’elle occupera plus de douze ans. Elle est jusqu'à ce jour la personnalité politique ayant gardé cette fonction le plus longtemps. Elle est également la première femme à siéger au gouvernement des États-Unis et, par là-même, la première femme à entrer dans la ligne de succession présidentielle.