Vladimir Galaktionovitch Korolenko (en en ), né à Jitomir (gouvernement de Volhynie, dans l'Empire russe) le et mort à Poltava (Ukraine) le , est un écrivain ukrainien (de langue russe) engagé d'inspiration populiste, auteur de nouvelles, journaliste et défenseur des droits de l'homme. Son exil en Sibérie, comme opposant au tsarisme, lui inspira de fortes descriptions de la nature. Après la révolution d'Octobre, il se montra critique envers le régime soviétique.

Biographie Korolenko naquit à Jitomir, dans le gouvernement de Volhynie (dans l'Empire russe), en 1853, dans une famille de notables. Cousin du premier président de l'Académie des sciences ukrainienne, Vladimir Vernadsky, il étudia à l'Institut de technologie de Saint-Pétersbourg, puis au Collège d'agriculture et de sylviculture de Moscou. Il fut exclu de ces deux écoles en raison de ses sympathies pour le mouvement populiste. En 1876, il fut brièvement exilé à Kronstadt.

Ses premières nouvelles furent publiées en 1879. Mais la carrière littéraire de Korolenko fut interrompue cette même année en raison de sa condamnation à cinq ans d'exil en Sibérie pour activités révolutionnaires. Ayant refusé, en 1881, de prêter serment au nouvel empereur, Alexandre III, il fut exilé encore plus loin, en Iakoutie. De retour de Sibérie, il publia d'autres nouvelles et connut un certain succès littéraire à partir de 1885. Il s'établit à Nijni Novgorod. Ses œuvres furent traduites en anglais.

Dans ses nouvelles, Korolenko évoque le petit peuple des campagnes. Dans l'une d'elles, il imagine un paysan affamé rêvant du paradis (le Songe de Makar, 1885). Dans le roman (Les Muets, 1895), qui lui a été inspirée par un voyage à Chicago en 1893, il raconte l'histoire du paysan ukrainien Matveï Lozinski fraîchement immigré aux États-Unis et qui éprouve le plus grand mal à communiquer. Le Musicien aveugle, Histoire de mon contemporain, ou encore la Forêt murmure, sont quelques-unes de ses œuvres les plus connues.

Écrivain respecté, il inspira les jeunes littérateurs russes des années 1900. En 1902, il démissionna de l'Académie des sciences de Russie pour protester contre l'expulsion de Maxime Gorki, limogé de l'Académie pour ses opinions politiques.

Korolenko mena une activité journalistique pendant de longues années, éditant le périodique Russkoe bogatstvo à partir de 1895. Il dénonçait dans ses articles les injustices du régime tsariste tout en poursuivant un travail de critique littéraire, notamment des pièces d'Anton Tchekhov. Dans les années 1890, il défendit sept paysans ourdmouts accusés à tort de sacrifices humains en l'honneur de leurs dieux (la procédure judiciaire dura près de quatre années et est connue sous le nom d'affaire Multan, nom du village de résidence des accusés). En 1913, il fut de ceux qui dénoncèrent la mascarade antisémite du procès Beilis. Son hostilité au tsarisme lui valait le respect de nombreux opposants et socialistes. Rosa Luxemburg, par exemple, traduisit son autobiographie en allemand alors qu'elle était en prison pendant la Première Guerre mondialePaul Frölich, Rosa Luxemburg, , p. 235..

Après la révolution d'Octobre, il se fit l'avocat de l'humanité, dénonçant les violences de la guerre civile, qu'elles viennent des Rouges ou des Blancs, alors que, en 1917, il avait publié une brochure intitulée La guerre, la patrie et l'humanité, dans laquelle il défendait la participation de la Russie à la Première Guerre mondiale. Son attitude inspira à Lénine cette réaction : « Pour ces messieurs 10 millions de tués dans la guerre impérialiste c'est une cause qui mérite d'être soutenue dans les faits malgré des phrases doucereuses « contre » la guerre, mais la mort de centaines de milliers de personnes dans une guerre civile juste suscite des oh, des ah, des soupirs, des crises de nerfsCité dans Jean-Jacques Marie, Lénine, Balland, , p. 317.... »

En 1900, Korolenko avait fait la connaissance du socialiste roumain Christian Rakovsky. Lorsque celui-ci lança en 1905 un manifeste en faveur des marins mutinés du cuirassé Potemkine, Korolenko et d'autres intellectuels s'y associèrent. Quand en 1917 les partisans de la guerre accusèrent Rakovsky d'être un « espion allemand », Korolenko prit sa défense. Lorsque Rakovsky devint président du Conseil des commissaires du peuple d'Ukraine, il continua à correspondre avec Korolenko, s'efforçant de le convaincre que les violences de la Tchéka ne seraient que passagères et finiraient avec la guerre civile, mais sans succèsPierre Broué, Rakovsky ou la Révolution dans tous les pays, , p. 145.. En , Korolenko étant gravement malade, Rakovsky lui proposa d'aller se faire soigner à l'étranger. Le vieil écrivain refusa, déclarant qu'il n'accepterait jamais rien d'aucun gouvernementPierre Broué, Rakovsky ou la Révolution dans tous les pays, , p. 169..

Durant les dernières années de sa vie, Korolenko travailla à une œuvre autobiographique majeure, Histoire de mon contemporain, qui devait résumer son expérience et systématiser sa pensée philosophique. L’ouvrage demeura inachevé : alors qu’il travaillait à son quatrième volume, l’écrivain mourut d’ une pneumonie.

Il fut inhumé à Poltava, au vieux cimetière. Après la fermeture de cette nécropole le 29 août 1936, sa tombe fut transférée au jardin municipal de Poltava, et en 1940, son épouse fut enterrée à proximité. En 1962, une stèle funéraire conçue par la sculptrice soviétique Nadejda Krandievskaïa fut érigée. Dans l'Ukraine actuelle, le monument se trouve dans le Parc de la Victoire, classé monument d'art paysager d'importance nationale. La tombe de l'écrivain et de son épouse fait partie du complexe muséal littéraire et mémorial.

Ouvrages traduits en français Le Rêve de Makar, trad. Léon Golschmann , Paul Ollendorff, 1894 La Forêt murmure, contes d'Ukraine et de Sibérie, traduction par R. Candiani, Armand Colin, Paris, 1895 La Gelée. En mauvaise société. Le Rêve de Makar, avec une notice biographique par Lidiâ A. Kovarskaâ, J. Povolozky, Paris, 1922 Les Cochers de Sa Majesté, six nouvelles, suivies de Six lettres à Lounatcharski, traduction, notes et commentaires par Édouard Beaux, préface d'Hélène Carrère d'Encausse, Albin Michel, Paris, 1990 Le Musicien aveugle, roman, traduction du russe par Léon Golschmann et Ernest Jaubert, Circé, Paris, 1992 Les Muets, traduction du russe par Chantal Le Brun Kéris, postface d'Olga Dounaevskaia, L'Esprit des péninsules, Paris, 1999 Le Songe de Makar, gravures de Paul Kichilov, Éditions Alternatives, Paris, 2002

Notes et références

Liens externes

Vladimir Korolenko par Victor Serge (1922) Textes en ligne sur la Bibliothèque russe et slave : Une jeune fille étrange, traduction française de E. Garnault (1898) Le Rêve de Makar, traduction de L. Golschmann (1894) Le Musicien aveugle, traduction de L. Golschmann (1895)

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