Lamina ou lamiña (prononciation , forme indéterminée lamin, pluriel laminak) est le terme basque désignant un être fantastique de la mythologie basque, un esprit de la nature ou un Irelu ou génie d'apparence humaine. Le pluriel laminak est plus couramment utilisé car ces génies sont souvent représentés en tant que collectif. Le singulier lamina se trouve cependant dans plusieurs récits où un seul individu est mis en scène.

La description, le sexe et l'appellation même des laminak varient selon les légendes et selon les régions. On rencontre ainsi fréquemment le vocable lamia (forme indét. lami, pl. lamiak) au Pays basque espagnol.

Le plus souvent, les laminak sont dépeints soit comme des lutins mâles, des nains (ipotxak ou nanoak), soit comme des femmes de taille normale dont le bas du corps est pourvu de caractéristiques animales (pieds palmés, pattes de poules, sabots de chèvre ou queue de poisson).

Créatures essentiellement nocturnes, les laminak vivent sous terre, dans des grottes ou auprès des sources et des ruisseaux. Les récits et contes sur les laminak forment une partie importante du corpus de légendes basques. De nombreux lieux au Pays basque, autant du côté français qu'espagnol, leur doivent leur nom et la construction de plusieurs ponts, églises ou autres bâtiments leur est attribuée.

Corpus de légendes Les laminak font partie des êtres fantastiques les plus populaires de la mythologie basque. Les légendes les concernant constituent une part importante du corpus de récits collectés (dits, anecdotes, contes dont certains contiennent des passages versifiés, histoires brèves à connotation morale, courts mythes à caractère étiologique expliquant la construction d’un édifice et bien sûr articles et commentaires rédigés ultérieurement par les folkloristes).

Parmi les rapports du , les contes recueillis par Jean-François Cerquand en 1875 dans les provinces de la Soule et de la Basse-Navarre et, à peu près à la même époque, par Wentworth Webster et Julien Vinson dans le Labourd sont tenus pour les plus fiables par l’anthropologue Julio Caro Baroja.

Au , on relèvera entre autres du côté français les Légendes basques publiées par Jean Barbier en 1931 ; en 1934, les légendes labourdines recueillies par Mayi Ariztia ; du côté espagnol, l’ouvrage Euskalerriaren Yakintza (Connaissance du Pays basque) de Resurrección María de Azkue (1942), lequel couvre l’ensemble du Pays basque, ainsi que les nombreux récits mythologiques publiés entre 1921 et 1946 par la revue Eusko-Folklore sous l’impulsion de José Miguel de Barandiarán.

Forme des légendes En ce qui concerne la forme de ces récits, les légendes collectées présentent rarement une formule d’introduction signalant le caractère fictif des événements rapportésArticle Basken de Wilhelm Giese dans , comme il est courant pour les contes merveilleux. Ainsi, non seulement les récits ne se situent pas dans le temps et l’espace virtuels du conte mais encore ils sont souvent localisés de manière précise à l’intérieur d’un contexte géographique réel. Il arrive même que les intervenants humains soient relativement définis (membre de telle famille vivant dans telle ferme).

Appellations Selon Barandiarán, on trouve la plus forte concentration de récits de laminak en Biscaye, au sud du Guipuscoa, dans les régions montagneuses de la Navarre, dans le Labourd, en Basse-Navarre et en Soule. Ils sont moins représentés en Alava, au sud de la Navarre et dans le nord du Guipuscoa.

La langue basque se déclinant en plusieurs dialectes, différents termes existent pour désigner ce peuple de génies. Le mot le plus couramment utilisé est laminak, parfois orthographié lamiñak (voire lamignacAu , Cerquand et Vinson, qui ont rapporté les légendes du côté français des Pyrénées, écrivent lamigna et au pluriel lamignas ou lamignac ; Webster qui a recueilli des contes dans le Labourd écrit lamiñak. dans les ouvrages du ) pour retranscrire le n mouillé. Au Pays basque espagnol, les auteurs (ainsi Barandiarán ou Caro Baroja) font généralement appel au terme lamiak utilisé sur les zones côtièresPour Satrustegui, la lamia terrestre reçoit le nom de lamiña à l'intérieur des terres. C'est une femme dotée de pieds d'oiseau aquatique. La lamia des régions côtières est une sirène. « En ambos casos es genio femenino. » (Dans les deux cas, c'est un génie féminin.) .Barandiarán relève plusieurs autres appellations comme amilamia. Amilamia : du basque eme (« femelle ») ou ama (« mère ») et lamia. Les amilamias sont représentées, comme les femmes laminak, peignant leurs cheveux avec un peigne d'or. La tradition dit qu'elles vivent dans la grotte de Lezao au pied de la sierra de Enzia. Blondes, timides et affables, elles ont la capacité de tirer de la farine d'un tamis vide et elles viennent en aide aux bergers. près d'Agurain (province d'Alava) ou eilalamia en Aezkoa (province de Navarre).

D’autres termes peuvent être utilisés en fonction de leurs attributs : par exemple, latsari les caractérise dans leur activité de lavandières allant laver nocturnement leur linge dans les ruisseaux.

Enfin, le pluriel (laminak) est rencontré plus fréquemment dans les récits car ces génies sont généralement évoqués comme un groupe. Le singulier (lamin, lamina) se trouve toutefois dans quelques histoires où n'apparaît qu'un seul de ces géniesDans l’article Lamin..

Attributs thumb|Une lamina, costume de femme d'Ascain au , coiffe « phallique » caractéristique de l'époque (dessin de Jean-Claude Pertuzé) thumb|Un lamina, sous la forme d'un nain velu ou Ipotxa. Malgré le volume de textes écrits sur eux, les laminak restent assez méconnus. Dans la plupart des légendes, les traits de ces personnages ne sont jamais complètement précisés ou bien ces traits apparaissent succinctement au cours du texte en fonction d’une caractéristique que le conteur souhaite mettre en valeur. S’ils apparaissent, leurs attributs varient de manière importante selon la région, la localité où le conte a été collecté, voire l’époque ou encore l’informateurPar exemple, dans deux versions différentes, le même pont peut être dit avoir été construit par des laminak mâles ou femelles..

Certaines légendes font même de la méconnaissance des laminak un critère ontologiqueUn conte rapporté par Jean Barbier se termine sur la phrase : « Voilà pourquoi, de nos jours encore, nous ne savons pas au juste des Laminak, ni ce qu'ils sont, ni de quoi ils se nourrissent, ni dans quelles habitations ils vivent. » , ce qui paraît pour le moins ressortir du caractère contradictoire des études successives qui ont été menées sur eux.

Sexe Le sexe des laminak varie selon les légendes.

En 1876, lorsque Cerquand recueille une première série de légendes, seuls des laminak mâles y figuraient. Puis Cerquand découvrit d'autres récits qui montraient les laminak vivant en famille comme maris et femmes avec leurs enfants. Il note toutefois que le rôle des laminak mâles est de beaucoup le plus considérable et que celui de leurs épouses est plus effacé.. En 1990, le dictionnaire basque-anglais de Gorka Aulestia et Linda White définit les lamiak ou laminak comme des « elfes, gnomes, lutins ou trolls« lamia : elf, gnome, brownie, troll. Mythological character in Basque folklore which incorporates the characteristics of these creatures. lamiña cf. lamia. » (« lamia : elfe, gnome, lutin, troll. Personnage mythologique du folklore basque qui incorpore les caractéristiques de ces créatures. lamiña cf. lamia. ») ».

De son côté, Barandiarán affirme à l’inverse que « la plus grande partie des légendes qui les mettent en scène précisent qu'ils sont de sexe féminin ». Bien qu'il signale qu’au Pays basque français les deux sexes sont présents, certains auteurs ultérieurs n’hésitent pas à soutenir que « quand un sexe leur est assigné, les laminak sont invariablement femelles » ou que les lamiak sont des esprits exclusivement féminins« The lamia (lamiak in the plural form) is a woman with webbed or cleft feet, usually like a water bird’s as they tend to live in streams and rivers. » (« La lamia - lamiak au pluriel - est une femme avec des pieds palmés ou fourchus, généralement comme un oiseau aquatique puisqu'elles ont tendance à vivre dans les cours d'eau et les rivières. ») (). Margaret Bullen est socio-anthropologue à l'Université du Pays basque de Saint-Sébastien. On peut se demander jusqu’à quelle mesure l’indifférenciation du genre masculin ou féminin dans la langue basque peut jouer. D’autre part, dans son étude sur les hadas, fées pyrénéennes du secteur linguistique gascon comparables aux laminak, Gratacos rapporte un débat similaire entre deux informateurs du même village : l’un décrit les hadas comme des « gens petits mais comme nous », l’autre comme des fées pourvues de pattes d’oie. Gratacos remarque en passant que le féminin est employé au singulier, le masculin est employé au pluriel ()..

Enfin, le Britannique Wentworth Webster« The Lamiñak are true fairies [...]. They were described to us by one who evidently believed in, and dreaded them, as little people who lived underground. Another informant stated that they were little people who came down by the chimney. » (« Les Lamiñak sont le vrai peuple de féerie. [...] Ils nous furent décrits par quelqu’un, qui y croyait de façon évidente et les craignait, comme de petites gens vivant sous terre. Un autre informateur affirma que c’étaient de petites personnes qui descendaient par la cheminée. ») dans . Voir aussi la note du traducteur Nicolas Burguete dans la version française de . les englobe sous le terme générique de fairies, moins restrictif que celui de fées en français car il s'applique au petit peuple de féerie (fées, elfes, lutins, etc.) et peut ainsi désigner un être indifféremment masculin ou féminin.

Apparence De même, l'apparence des laminak varie selon les régions ou localités d’où provient le rapport ou selon le rôle qui leur est prêté dans l’histoire. Parfois, leur aspect ne présentant pas d’intérêt dans la narration, il n'est pas décrit. On peut dégager toutefois deux grandes tendances concurrentes.

Soit les laminak sont représentées comme des jeunes femmes. Ressemblant à une mortelle, souvent d'une grande beauté, la lamina n’est cependant jamais complètement humaine. Elle se distingue par la forme de ses pieds (pattes d’oie, de poule, de chèvre) ou encore par la couleur cuivrée de sa peauRapporté par Julio Caro Baroja dans la région de Bera, dans article Lamin.. On s’entend à lui prêter une longue chevelure qui descend librement jusqu’à la taille. Dans les régions côtières, elle est représentée comme une sirène.

Soit les laminak revêtent l’aspect de tout petits bonshommes. Certaines descriptions les font extrêmement velus, ayant même parfois des poils sur le visage« Le narrateur [...] finit par me dire que c'étaient de tout petits êtres couverts de longs poils, barbus à la façon des singes et, comme les singes, se tassant sur eux-mêmes avec une extraordinaire facilité. » (Ref-Barbier-Légendes). Plusieurs légendes qui mettent en avant leur talent de bâtisseur disent qu'ils s’appellent tous Guillen (Guillaume)« Une particularité assurément est que tous les Lamiñak basques sont parfois dits s’appeler Guïllen, ce qui semble correspondre à Guillaume en français ou à notre William. » (). Voir aussi Cerquand..

On trouve des variantes intermédiaires, petits bonshommes aux pieds palmés, petites femmes comparables aux fées du domaine européen, ou bien encore des caractéristiques plus singulières leur sont parfois attribuées : selon Azkue, à Igorre les laminak éclairent par la boucheVoir article Lamin.. À Zeanuri et Elantxobe en Biscaye, ce seraient des femmes de petite taille avec un seul œil au milieu du frontSelon . (comme le Tartaro). À Berriz, on pense qu’ils n’ont pas de poil sauf un rond sur la nuque.

Thèmes des légendes de laminak Les légendes portant sur les laminak tournent autour de grands thèmes récurrents :

L'habitat souterrain