La basilique Notre-Dame de Bonne-Espérance () est une ancienne abbatiale prémontrée faisant partie des monuments de l’abbaye de Bonne-Espérance, située dans la commune d’Estinnes, à Vellereille-les-Brayeux, en Belgique, et inscrite sur la liste du patrimoine immobilier exceptionnel de la Wallonie.

Son histoire est marquée par une succession de trois églises : une première abbatiale romane érigée à partir de 1132, suivie d’une vaste église gothique construite entre 1266 et 1274 sur le modèle de la cathédrale de Reims, puis d’une abbatiale néoclassique réalisée au sur les plans de l’architecte Laurent-Benoît Dewez. L’édifice gothique subit de lourds dommages lors du pillage et de l’incendie provoqués par les troupes du prince d’Orange Guillaume au , avant d’être partiellement rebâti au grâce au soutien des archiducs Albert et Isabelle. La troisième abbatiale, de style néoclassique, est construite de 1770 à 1776, tandis que la tour gothique du est conservée. Consacrée tardivement, l’église reçoit en 1957 le titre de basilique mineure du pape Pie XII et fait l’objet de campagnes de restauration importantes à la fin du .

Architecturalement, le complexe associe une tour gothique et une vaste abbatiale néoclassique longue de , comportant une nef centrale, des bas-côtés, un transept et un chœur à faux déambulatoire. L’intérieur se distingue par l’usage raffiné des marbres, par un décor de stucs abondant et par un mobilier relativement homogène de la fin du . L'ancienne abbatiale abrite une riche statuaire en stuc des sculpteurs Joseph Fernande et Augustin Ollivier, où se côtoient vertus cardinales et théologales, évangélistes, saints prémontrés et Pères de l'Église. Le chœur est orné de séries de bas-reliefs illustrant le culte du Nouveau Testament et celui de l’Ancienne Alliance, tandis qu’une statue mariale du , Notre-Dame de Bonne-Espérance, vénérée comme protectrice, trône sur un autel du transept. La basilique conserve deux orgues remarquables, un instrument de Pierre Van Peteghem le Vieux et un orgue de chœur de Pierre Schyven. Enfin, la sacristie, également de style néoclassique, est aménagée depuis 2013 en espace muséal du Centre d’histoire et d’art sacré en Hainaut.

Localisation La basilique fait partie des monuments de l'abbaye de Bonne-Espérance. Surplombant la vallée de la Haine, Bonne-Espérance est située à Vellereille-les-Brayeux, aujourd'hui dans la commune d'Estinnes, en Belgique, dans la province de Hainaut, au sud-ouest de la ville de Binche. L'abbaye est proche de la ligne de crête séparant le bassin de la Meuse de celui de l'Escaut. Non loin de là, on retrouve deux autres monastères importants de la région, aujourd'hui en ruines : l'abbaye Saint-Pierre de Lobbes et l'abbaye d'Aulne.

Histoire Première abbatiale À Bonne-Espérance, la première abbatiale de style roman est érigée à partir de 1132, selon la Chronique d'Englebert Maghe, publiée en 1704 .. On bâtit ensuite une tour en 1212. Hormis ces dates mentionnées dans la Chronique, on ne détient aucune autre information sur ce premier édifice, dont il ne subsiste aucun vestige.

Deuxième abbatiale Sous l’abbatiat de Jean de Moustiers (1253- 1270), abbé de Bonne-Espérance, plusieurs bâtiments abbatiaux sont transformés, voire reconstruits. En 1266, la première église est alors remplacée par une construction de style gothique, dont le plan est proche de celui de la cathédrale Notre-Dame de Reims. Seule la tour initiale est conservée. La deuxième abbatiale est achevée en 1274 sous la prélature d’Adam de Cousolre et consacrée la même année par Enguerrand, évêque de Cambrai.

La tour construite en 1212 s'effondre en 1277, détruisant une partie de la toute nouvelle nef. La reconstruction de cette tour est entamée dès l'année suivante, mais les travaux semblent n'avoir jamais abouti. Plusieurs siècles plus tard, sous l'abbatiat d'Antoine de Merdorp ( 1473-1495), l'église est modifiée. En effet, la nef est réduite de plusieurs travées et une nouvelle tour gothique (c'est-à-dire le clocher actuel) est érigée et surmontée d'une flèche.

Le , en plein contexte de guerres de Religion, les troupes du prince d'Orange Guillaume envahissent l'abbaye pour la piller, puis mettent le feu aux bâtiments. L'abbatiale gothique est en grande partie détruite : d'après la Chronique d'Englebert Maghe, seules les cinq chapelles rayonnantes et la tour restent relativement intactes. Une campagne de reconstruction est entreprise sous l'abbatiat de Nicolas Chamart (1607- 1642), grâce à la générosité des archiducs Albert et Isabelle. Le mobilier de l'abbatiale est renouvelé ; une flèche, une horloge et un carillon sont ajoutés à la tour.

Au , plusieurs éléments de cette deuxième église sont toujours visibles. Une campagne de fouilles archéologiques, effectuée dans l’entre-deux-guerres et approfondie dans les années 1950, a mis au jour les fondations du déambulatoire et des cinq chapelles rayonnantes du chœur au chevet de l’actuelle basilique. À l'avant subsistent des vestiges de piliers de la nef, du transept et une travée du collatéral nord avec un départ de voute, de même qu'une porte en arc brisé reliant autrefois le cloitre au transept. Enfin, l'ogive d'une fenêtre du collatéral sud est encore visible à la base de la tour actuelle.

400px|centré|vignette|alt=Plan vectorisé en couleur de la basilique néoclassique de Laurent-Benoît Dewez et de l'ancienne abbatiale gothique médiévale, suivant les bâtiments existants et les fouilles archéologiques effectuées dans les années 1930 et 1950. Les vestiges de l'ancienne abbatiale sont indiqués en noir, les éléments de reconstitution de cette ancienne abbatiale, en gris. D'autres vestiges plus visibles sont indiqués en jaune et les bâtiments actuels figurent en bleu.|Plan de la basilique et de l'ancienne abbatiale :

Église actuelle vignette|alt=Illustration en noir et blanc de Pierre-Jacques Goetghebuer, montrant la coupe de l'abbatiale de Laurent-Benoît Dewez en 1827.|Coupe de l'abbatiale de Laurent-Benoît Dewez en 1827 par Pierre-Jacques Goetghebuer. En 1770, des plans sont demandés à un célèbre architecte des Pays-Bas autrichiens, Laurent-Benoît Dewez, pour la construction d'une troisième abbatiale, de style néoclassique. L'église gothique est démolie, sauf la tour du , et la première pierre de l'édifice néoclassique est posée par l'abbé Adrien Houze le de la même année. Des travaux importants sont entrepris jusqu'en 1776, le gros œuvre étant achevé dès 1774, mais des aménagements ultérieurs à l'intérieur de l'abbatiale sont réalisés jusqu'en 1789. La flèche de la tour est frappée par la foudre le et remplacée par un petit dôme octogonal.

Après la bataille de Jemappes (), qui voit s'affronter les troupes révolutionnaires et autrichiennes, les chanoines sont contraints de quitter l'abbaye. Bonne-Espérance est déclarée « bien national » par les autorités françaises le . Après la bataille de Neerwinden (), les Autrichiens reprennent temporairement le contrôle de la région et les chanoines regagnent l'abbaye. À la suite de la seconde invasion française, l'abbaye est tour à tour occupée par les troupes françaises et autrichiennes. Elle n'échappe pas aux impôts, aux réquisitions ainsi qu'au pillage des soldats et des populations avoisinantes. Dans l'abbatiale, les statues coulées par Joseph Fernande sont alors mutilées et l'autel de marbre blanc subit lui aussi des déprédations. Le buffet d'orgue aménagé par en 1784 est vidé par les révolutionnaires. Enfin, comme dans d'autres églises, les cloches de l'abbatiale sont réquisitionnées.

Le , les autorités françaises chassent les derniers chanoines de Bonne-Espérance. En 1798, les bâtiments sont rachetés en secret par les religieux via le fermier de la basse-cour de l'abbaye. À partir de 1805, les chanoines veulent rétablir l'abbaye, mais ils manquent de ressources pour concrétiser leur projet. Finalement, trois religieux représentant la communauté se résolvent à signer, le , l'acte de donation de leur abbaye au séminaire épiscopal du diocèse de Tournai.

Après des travaux de restauration des bâtiments abbatiaux en , l'évêché de Tournai ouvre à Bonne-Espérance, le de la même année, un « petit séminaire », c'est-à-dire un établissement d'enseignement destiné en premier lieu à la formation de prêtres. Consacrée seulement le , année du huitième centenaire de l'abbaye, l'ancienne abbatiale Notre-Dame de Bonne-Espérance, devenue l'église du petit séminaire, reçoit, le , le titre de basilique mineure du pape Pie XII.

Le site abbatial faisant partie du patrimoine classé reconnu comme tel par les pouvoirs publics depuis l'arrêté royal du , plusieurs campagnes de restauration sont entreprises. Durant les années 1990, la basilique bénéficie de subsides destinés à la restauration extérieure de cette ancienne abbatiale et de sa tour, dont les travaux s'achèvent en 2000.

Architecture La tour gothique Construite à la fin du , la tour gothique de la basilique est construite en grès de Bray. Des vestiges de la travée du sont visibles au sud, notamment l'ogive d'une grande fenêtre murée. À l'ouest du clocher, un portail de style Louis XVI a été ajouté en 1776. Il comporte une porte en plein cintre entre deux colonnes toscanes surmontées d'un fronton courbe, sous lequel figure le chronogramme en latin « regI saeCVLorVM eXtrVCta aeDes »« Le temple (fut) construit pour le Roi des siècles ». (1776).

Des analyses dendrochronologiques des bois de la toiture de la tour ont été effectuées lors de la campagne de restauration dans les années 1990. Les échantillons indiquent que cette charpente provient d'arbres du Hainaut abattus entre 1705 et 1715. Les bois du beffroi de cloche proviennent quant à eux d'arbres abattus entre 1646 et 1656. Ces dernières données concordent avec d’autres analyses effectuées sur la toiture de l'aile sud de la cour d'honneur et renvoient probablement aux campagnes de reconstruction menées sous l'abbatiat d'Augustin de Felleries (1642-1671).

L'abbatiale néoclassique Structure vignette|alt=Illustration en noir et blanc de Pierre-Jacques Goetghebuer, montrant le plan de l'abbatiale en 1827.|Plan de l'abbatiale en 1827 par Pierre-Jacques Goetghebuer. Terminée en 1776, l'abbatiale de style néoclassique mesure de long et de large pour les nefs. Elle comporte une nef de sept travées, des bas-côtés, un transept, un chœur et un faux déambulatoire sous appentis. Les baies de la nef centrale présentent des linteaux bombés, tandis que celles des bas-côtés, du transept et du chœur forment des arcs en demi-lune.

La nef est délimitée par deux rangées de colonnes corinthiennes, qui mesurent de haut et auxquelles correspondent les pilastres dans les bas-côtés. Ces derniers comportent chacun une petite porte d'entrée côté ouest. Les bas-côtés, de même que le transept sont délimités par des arcs en plein cintre.

La nef et le chœur sont couverts par une voute en berceau ornée de motifs végétaux. Cette ornementation est évolutive et la voute se termine en cul-de-four couverte de caissons losangés. L'entablement de la nef et du chœur se resserre progressivement à partir de la croisée du transept, ce qui renforce aussi l'effet de perspective.

vignette|alt=Photographie en couleur offrant une vue générale de la charpente principale de la basilique.|Vue générale de la charpente principale de la basilique. Au-dessus de cette voute, on retrouve une charpente en chêne dite à fermes et pannes, sur laquelle sont gravés l'année 1775 et le monogramme « C.I.B. ». Les analyses dendrochronologiques montrent toutefois que les bois qui ont servi à construire la charpente avaient été abattus entre 1606 et 1611 et sont donc des pièces de récupération. Il s'agit probablement de réemplois d'une ancienne toiture démontée, sur lesquels on peut remarquer des traces d'assemblage qui ont été bouchées.