Le Veni Creator Spiritus est une hymne, considérée comme une des compositions les plus distinguées de ce genre. L'œuvre fut composée au et il s'agit d'un fruit de la Renaissance carolingienne. Elle est formellement utilisée auprès des églises catholiques mais aussi dans la plupart des églises occidentales.

Texte Latin françaisVeni, creator Spiritus,Mentes tuorum visita,Imple superna gratiaQuæ tu creasti pectora.

Qui diceris Paraclitus,Altissimi donum Dei,Fons vivus, ignis, caritasEt spiritalis unctio.

Tu septiformis munere,Digitus paternæ dexteræ,Tu rite promissum Patris,Sermone ditans guttura.

Accende lumen sensibus,Infunde amorem cordibus,Infirma nostri corporisVirtute firmans perpeti.

Hostem repellas longiusPacemque dones protinus ;Ductore sic te prævioVitemus omne noxium.

Per te sciamus da Patrem,Noscamus atque Filium ;Te utriusque SpiritumCredamus omni tempore.

Deo Patri sit gloria,Et Filio, qui a mortuisSurrexit, ac ParaclitoIn saeculorum saecula. AmenVatican, Celebrazioni liturgiche presiedute dal Santo Padre Francesco, le 12 janvier 2015, p. 9 - 10 .

(Vatican 2015)1) Viens, Esprit Créateur,Visite l'âme de tes fidèles,Emplis de la grâce d'En-HautLes cœurs que tu as créés.

2) Toi que l'on nomme le Conseiller,Don du Dieu Très-Haut,Source vive, feu, charité,Invisible consécration.

3) Tu es l'Esprit aux sept dons,Le doigt de la main du Père,L'Esprit de vérité promis par le Père,C'est toi qui inspires nos paroles.

4) Allume en nous ta lumière,Emplis d'amour nos cœurs,Affermis toujours de ta forceLa faiblesse de notre corps.

5) Repousse l'ennemi loin de nous,Donne-nous ta paix sans retard,Pour que, sous ta conduite et ton conseil,Nous évitions tout mal et toute erreur.

6) Fais-nous connaître le Père,Révèle-nous le Fils,Et toi, leur commun Esprit,Fais-nous toujours croire en toi.

7) Gloire soit à Dieu le Père,au Fils ressuscité des morts,à l'Esprit Saint consolateur,maintenant et dans tous les siècles. AmenVatican.

(Vatican 2020) Texte très ancien, il existe quelques variantes de versetp. 17 - 18, même dans les dossiers du Vatican, qui furent sortis auparavantVatican, le 31 mars 1998.

Partition

thumb|upright=2|center écouter en ligne avec partition : Schola Sainte-Cécile Scholasticæ et chœur de l'abbaye Sainte-Cécile (Royaume-Uni)

Historique Origine du texte Comme d'autres hymnes très anciennes, l'origine du Veni creator spiritus demeure encore floue, faute de manuscrit sûrÀ l'inverse, on remarquera que quelques hymnes de saint Ambroise de Milan furent bien identifiées en fraçon critique, grâce à des documents sûrs, notamment ceux de saint Augustin d'Hippone.. Reprenant les candidats que d'autres chercheurs avaient présentés : saint Ambroise de Milan (397), saint Grégoire le Grand (604), Charlemagne (814) et Raban Maur (856), John Julian, qui publia en 1892 A Dictionary of Hymnology, conclut que le véritable auteur restait inconnu. Un sujet auquel s'intéressa également en 1924 Dom Henri-Marie-André Wilmart, spécialiste des œuvres médiévales. L'origine de l'attribution à saint Ambroise vient de publications des œuvres de ce saint de Milan au (ainsi qu'au siècle suivant) dans lesquelles on incluait en effet le Veni creator. En admettant que l'auteur du Veni creator ait pu être inspiré par l'hymne ambrosienne, authentique celle-ci, Veni Redemptor gentium, l'absence d'indice en faveur d'Ambroise permet d'abandonner définitivement cette attribution . En ce qui concerne saint Grégoire le Grand, l'idée était que ce pape, en raison de ses grandes connaissances, aurait pu composer une telle œuvre. Or, il n'existe aucun document ancien qui permette de confirmer cette hypothèse tandis que le texte ne peut pas être antérieur à la Renaissance carolingienne, en raison surtout des manuscrits les plus anciens. Mais l'avis de quelques chercheurs était et est que l'hymne, notamment la strophe V, fait écho à la question du Filioque, à la suite du troisième synode d'Aix-la-Chapelle (809) au cours duquel on discuta principalement de ce sujetp. 15, note ; appendice de l'éditeur, selon l'encyclopédie Catholicisme, 1999, tome XV fascicule 72. De ce point de vue, on pouvait retenir l'hypothèse d'un Charlemagne auteur de cette hymne. Ainsi, en 1889, Auguste Lerosey avait écrit : Charlemagne (), ou mieux auteur incertainAuguste Lerosey, Manuel liturgique : à l'usage du séminaire de Saint-Sulpice, tome III, p. 528, 1889 . À dire vrai , cette attribution était en faveur au , l'un des moines de l'abbaye de Saint-Gall ayant présenté dans leur manuscrit 556, p. 342, cette identification p. 1207 ; dans ce manuscrit, à la page 342, magnoa... Karolo (Charlemagne) et veni creator. Il s'agit d'un manuscrit composé à plusieurs mains, du au . John Julian avait conclu, en raison de l'attribution tardive ( par Ekkehard V) sans indice concret, que ni Charlemagne (Karolo) ni Charles II le Chauve n'était l'auteur. De même, aussi bien Dom Wilmart que Pierre Batiffol écartèrent cette hypothèse en 1924p. 3, note et 4. Ainsi, parmi les quatre personnages, Raban Maur restait seul candidat possible. L'attribution fut faite en 1617 par Christoph Brouwer, mais également sans justification qu'on puisse tenir pour sûre . Cette publicationRabanus Maurus (attribué par Christoph Brouwer), Poemata de Diversis nunc primum vulgata et scholiis illustrata, studio R. P. C. Broweri, 1617 de Brouwer était celle d'un manuscrit du issu de l'abbaye de Fulda où Raban Maur avait été élu abbé en 822Data Bnf. Comme une grande partie de ce manuscrit est aujourd'hui perduep. 3, note , on ne peut pas le vérifier de façon critique. Aussi John Julian avait-il accusé tant le manque de qualité de rédaction que la plupart des attributions douteuses. De son côté, Dom Wilmart considérait, après avoir examiné ces œuvres, que les compositions sont certainement étrangères à l'abbé de Fulda. De nos jours, donc, ne fut découvert aucun manuscrit précisant le nom de l'auteur. Et, si les chercheurs mentionnaient l'existence de manuscrit daté du , on ne trouve actuellement, dans les archives, que les manuscrits à partir de l'an 1000 environ, selon la datation précisep. 1206 ; le seul manuscrit du que John Julian mentionnât, manuscrit viz. 111 de la bibliothèque de Zurich, folio 172b, n'est pas retrouvable.p. 1208 ; un document daté vers 898, par des chercheurs français en 1680 (titre de l'hymne trouvé dans la translation de saint Marcoul à Peronne), par exemple Mémoire de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon, 1893 ), fut finalement identifié à 1102.. Il existerait donc plus de 150 ans d'absence de manuscrit, après la composition.

Ce qui demeure certain est qu'il s'agit d'un véritable chef-d'œuvre de la liturgie du Moyen Âge. En 2019, lors de la publication de son étude consacrée au Veni creator, Jessica Ammer partageait l'avis de l'historien britannique Frederic James Edward Raby (1953) : « If, however, it cannot be proved that this splendid hymn is the work of Raban, it is certain that it belongs to the ninth century and is a fruit of the Carolingian Renaissancep. 19 et 36 ; Frederic James Edward, A History of Christian-Latin Poetry from the Beginning to the Close of the Middle Ages, tome II, Oxford 1953. » (Or, même si l'on ne peut pas confirmer que cette magnifique hymne soit l'œuvre de Raban, il est certain qu'elle est attribuée au et un fruit de la Renaissance carolingienne.) Telle est la conclusion des spécialistes.

En admettant qu'il y ait toujours l'affirmation pour Raban Maur, comme Benoît Patar (2006)« Il [Maur] est l'auteur de l'hymne sublime, chantée durant tout le Moyen Âge, et parfois de nos jours, le Veni Creator. » (Dictionnaire des philosophes médiévaux, p. 753, 2006 ), encore faut-il découvrir un manuscrit plus ancien et plus sûr. Une encyclopédie, révisée en 2017, classait cette hymne parmi les œuvres anonymesWilliam Kibler (éd.), Medieval France : An Encyclopedia, p. 1541, 2017 . La bibliothèque nationale de France aussi reste prudente. Celle-ci donne son avis, sans employer le mot auteur, à l’Adoro te devote dont l'attribution de l'auteur était également discutée : Attribué à Thomas d'Aquin. Au contraire, en ce qui concerne ce sujet, la bibliothèque nationale ne donne aucun avis à la Veni creator ni à Raban MaurData Bnf.

Origine de la mélodie La notation musicale la plus ancienne de Veni creator spiritus se trouve dans un manuscrit, qui fut copié vers 1000, dit Kemptener Hymnenbuch, issu de l'abbaye de Reichenau. Ce manuscrit Rh83, à l'origine en usage à Kempten (Allgäu), se conserve actuellement à la bibliothèque centrale de Zurich. Il s'agit de l'un des témoignages les plus anciens. La mélodie de celui-ci ressemble à celle de l'hymne de Pâques Hic est verus. La similitude se trouve aussi dans la tradition du rite ambrosien : hymne ambrosienne Hic est dies verus DeiUniversité Humboldt de Berlin :

Diffusion par l'ordre de Cluny et le concile de Reims Dom Prosper Guéranger soulignait, dans L'année Liturgique tome III, l'importance de la pratique de l'hymne Veni creator spiritus à l'office de tierce toute l'année, mais surtout en faveur de celui qui précède la messe solennelle de la Pentecôte. Il affecta l'origine de cette pratique au et à saint Hugues de ClunyProsper Guéranger, L'année Liturgique, tome III, p. 304 . L'étude concernant la réforme clunisienne, qui avait été lancée vers 1030, permet d'affirmer cette attribution à l'ordre de ClunyDenyse Riche, L'ordre de Cluny à la fin du moyen âge, p. 222 - 223, note Université de Saint-Étienne 2000 . Cependant, réforme destinée aux monastères de l'ordre, cette recommandation eut son influence, assez progressivement. Le concile de Reims, tenu en 1049 en présence de Léon IX, était détaillé par un moine de l'abbaye Saint-Remi de Reims, Anselme, qui écrivait que, la journée de la clôture, l'hymne Veni creator spiritus avait été chanté, pour remplacer l'antienne Exaudi nos Domine : « sed ad ejus adventum clerus decentissime cecinit hymnum, Veni creator Spiritus, note . » Écrite entre 1067 et 1071Compte-rendu d'A. Erlande-Brandenburt, Saint-Rémi de Reims, au , 1977 , il s'agit de la citation la plus ancienne parmi les documents sursJoseph Darras, Histoire générale de l'Église depuis la Création jusqu'à nos jours, p. 149, 1875 Université d'Oxford (Grove) .

Manuscrits du Avant le , les manuscrits copiés n'étaient pas nombreux. Il existe toutefois plusieurs manuscrits du qui contiennent l'hymne Veni creator spiritus, ceux qui nous renseignent quelques caractéristiques importantes de cette hymnep. 1206 ; manuscrit Palatine latin 30 est aujourd'hui attribué au . Ils se trouvent en Allemagne, en Angleterre, en Espagne, en France, en Italie et en Suisse : manuscrit 391 de Corpus Christi College (Cambridge) (entre 1060 et 1069) : strophes I - VI- rubrique <small>HYMNUS AD NOCTURNUM</small> manuscrit B.III.32 de la bibliothèque de la cathédrale de Durham (au milieu du ) : folio 27 strophes I - VI et deux strophes supplémentaires- rubrique YMNUS AD PENTECOSTEN AD VESPERAM. manuscrit Cotton Vespasian D XII du British Museum (au milieu du ) : folio 79r strophes I - VI et Deo patri sit gloria- rubrique IN SANCTO PENTECOSTEN • YMNUS manuscrit 387 de la bibliothèque de l'abbaye de Saint-Gall : folio 215 strophes I - VI et Amen- rubrique YMNUS manuscrit latin 103 de la bibliothèque nationale de France : folio 154v strophes I - VI et Amen- rubrique ITEM ALIUS (encore un autre) = AD LAUDES (folio 154r) manuscrit palatina latin 30 de la bibliothèque apostolique vaticane : folio 142v strophes I - VI et Gloria patri- aucune rubrique manuscrit additional 30848 du British Museum, bréviaire mozarabe issu de l'abbaye Saint-Dominique de Silos : folio 159- office des laudes Au regard du manuscrit noté le plus ancien, le texte n'est pas disponible en ligne : manuscrit Rh83 de la bibliothèque centrale de Zurich, issu de l'abbaye de Reichenau (vers 1000)- rubrique IN PENTECOSTENWolfgang Herbst, Wer ist wer im Gesangbuch ?, p. 175, 2001