Jean IV de Glymes (1528-1567), 2e comte de Walhain (1562), chevalier de la Toison d'or, fut le deuxième et dernier marquis de Berg-op-Zoom.

Il fut favorable au renvoi d'Antoine de Granvelle par Philippe II. Il était présent lors de l'élaboration du Compromis de Bréda. Bien que favorable au Compromis des Nobles, il ne le signa pasBiographie nationale, op. cit., col; 225.. Il était opposé aux peines de mort pour les délits en matière de religion. Cette position lui sera reprochée à la suite de la Journée des Mal Brulés () à Valenciennes.

Envoyé en Espagne par Marguerite de Parme avec Florent de Montmorency, baron de Montigny, frère cadet du comte de Hornes, pour présenter au roi les revendications de la noblesse. Quand la nouvelle du début de la Furie iconoclaste arrive à Madrid, ils sont arrêtés. Sa santé étant mauvaise, Glymes sera libéré, mais mourra en Espagne des suites d'une blessure à la jambe subie peu avant son départ pour l'Espagne. Philippe de Montmorency qui est resté emprisonné est étranglé sur ordre de Philippe II.

Jean IV de Berghes avait épousé Marguerite de Lannoy. Il est mort sans descendance. Le titre de marquis de Berghes fut supprimé à sa mort.

Biographie

Famille et jeunesse Jean IV de Glymes, marquis de Berghes, naît en1528. Il est le fils de Antoine de Berghes (1500-1541), chambellan de Charles Quint, et de Jacqueline de Croÿ. A l’occasion du décès de son grand-père Jean III de Berghes et en reconnaissance de services rendus tant par ce dernier que par Antoine de Berghes, l’empereur Charles Quint érigea Walhain en comté en et Berg-op-Zoom en marquisat en J. Tarlier, A.G. Wauters, Géographie et histoire des communes belges, ed. 1865, v°5, p. 28, col.2.

En 1541, au décès d’Antoine de Berghes, sa veuve demande pour son fils, Jean IV, le gouvernement de Namur et du Luxembourg dont son père, Antoine et son grand-père Jean III avaient été titulaires. Mais les guerres continuelles aux frontières avec la France rendaient ces charges trop lourdes pour un gentilhomme très jeune (13 ans) et très peu expérimentéJ. Tarlier, A.G. Wauters, Géographie et histoire des communes belges, ed. 1865, v°5, p. 29, col.1..

A 21 ans, le , Jean IV participe comme membre de la noblesse à l’assemblée des Etats de Brabant convoquée par Charles Quint. Cette assemblée prépare la Pragmatique Sanction qui unifie le régime successoral des dix-sept provinces des Pays-Bas afin de les maintenir en un bloc indivisibleL. Galesloot, Charles-Quint et les Etats de Brabant en 1549 dans Bulletin de la Commission royale d'Histoire, ed. 1882, t°10, p. 146. et prépare l’abdication de l’empereur. Il représente l’ordre des nobles aux Etats Généraux du lors de cette abdication Th. Juste, Histoire des États Généraux des Pays-Bas (1465-1790), ed. 1864, p. 181.. gauche|vignette|Armorial de la Toison d'or, Bibliothèque municipale de Dijon -Ms3106. Armes de Jean IV de Berghes Le , il participe au tournois et aux fastes organisés à Binche par Marie de Hongrie en présence de Charles Quint à l’occasion de la joyeuse entrée du futur Philippe II (Triomphe de Binche)Th. Lejeune, Histoire de la ville de Binche, ed. 1887, p. 110..Il reçoit probablement la même année le titre de gentilhomme de la chambre du roiJ.Faure, Histoire abregée de la ville de Bergen-op-Zoom, ed. 1761, p. 202. Il deviendra gouveneur de Binche par patente du et le restera jusqu'à son décèsTh. Lejeune, Histoire de la ville de Binche, ed.1887, p°318. .

Il épouse, le , Marie de Lannoy, fille de Jean de Lannoy (1511-1560), seigneur de Molembaix, et de Jeanne de Ligne (1547-1580). Sans enfants, il lèguera le marquisat de Berghes à sa nièce, Marguerite de Merode (1560-1588). Elle en fera relief le 22 févier 1578.

Selon l’historien Strada (1572-1679), Jean de Berghes jouit d'une grande faveur auprès de l'empereur Charles-Quint et il a aussi, dans un premier temps, la sympathie de son fils, le futur Philippe IIF. Strada, Histoire de la guerre de Flandre, de Famianus Strada, traduite par P. Du Ryer, ed. 1665, v°1, p.421.. Le , à l’âge de 26 ans, il s’embarque à La Corogne en Galice avec les grands d’Espagne et de Flandre dans la suite de Philippe. Il débarque à Southampton en Angleterre et assiste le en la cathédrale de Winchester au mariage de ce prince avec la reine Marie 1er d’AngleterreM.M. Gachard et Piot, Collection des voyages des souverains des Pays-Bas, ed. 1882, t°4, intoduct. II. . A son retour, il est honoré de la charge de grand veneur de Brabant et de FlandreBaron Guillaume, Histoire des bandes d'ordonnance des Pays-Bas, ed. 1873, p. 190. . Le , il est intronisé à Anvers membre de l’Ordre de la Toison d’Or à l’occasion de son chapitreChancellerie de l'Ordre, Liste nominale des chevaliers de l'ordre illustre de la toison d'or depuis son institution jusqu' a nos jours, ed. 1904, p. 13 - F.de Reiffenberg, Histoire de l'ordre de la Toison d'or depuis son institution jusqu'à la cessation des chapitres généraux, ed. 1830, p.450, note 4..

Par patente du , il est nommé membre du Conseil d’Etat, présidé alors par le nouveau gouverneur des Pays-Bas, Emmanuel Philibert de Savoie (1528-1580)L-P Gachard, Correspondance de Philippe II sur les affaires des Pays-Bas, ed. 1851, Partie 1,v° 2, p.17. – M. Van Durme, Les Granvelle au service des Habsbourg dans Les Granvelle et les anciens Pays-Bas, ed. 2000, p. 25..

Le , il combat vaillamment à la bataille de S' Quentin et le Ch. Gomart, Siège et bataille de Saint-Quentin en 1557, ed. 1850, p. 30 - F. Strada, Histoire de la guerre de Flandre, de Famianus Strada, traduite par P. Du Ryer, ed. 1665, v°1, p.401, à la bataille de GravelinesE.Van Meteren,(1535-1612), Recueil des guerres et choses mémorables advenues tant es dits pays qu'es pays voysins depuis l'an 1315 jusques à l'an 1612, ed. 1618. dont la défaite française ouvre la voie au traité de Cateau-Cambrésis.

Le , il assiste à Bruxelles, en l’église Sainte Gudule, aux pompes funèbres de Charles Quint avec l’Ordre de la Toison d’Or. vignette|Collections numérisées de la bibliothèque de l'INHA : « La magnifique et sumtueuse pompe funèbre faite en la ville de Bruxelles, le XXIX. jour du mois de décembre, MDLVIII. aux obsèques de l'empereur Charles V. » En 1559, avant de quitter définitivement les Pays-Bas, Philippe Il confie à sa demi-sœur la duchesse de Parme, la gouvernance des Pays-Bas. Il lui adjoint comme ministre Granvelle, une forte personnalité qui en impose aux grands féodaux. Dès sa nomination, ceux-ci lui imputent tous les maux qui frappent les Pays-Bas. Le marquis est le plus actif dans cette opposition au point que Granvelle écrira au roi le que le marquis est le « coq des opposants »L-P Gachard, Correspondance de Philippe II sur les affaires des Pays-Bas, ed. 1848, Partie 1, v° 1, p.219..   

L’affaire des nouveaux évêchés. Le , Philippe II obtient du pape Paul IV, adepte de l’inquisition, l'autorisation de créer quatorze nouveaux évêchés dans les Pays-Bas. Cette innovation est faite notamment pour des raisons religieuses : améliorer l'encadrement ecclésiastique de la population à un moment où le protestantisme se répand aux Pays-Bas, mais fait craindre l’introduction de l’inquisition. La nouvelle organisation se fait en violation des coutumes du pays, elle met les abbayes sous la tutelle des évêques et a pour conséquences de diminuer leur autonomie. Désormais la nomination des abbés et des évêques est subordonnée à l’obtention d’un diplôme de docteur en théologie ou d’une licence en droit canon. Cette décision se fait au préjudice des moines qui ont d’ordinaire voix à l’élection de leur abbé et des aristocrates qui craignent de ne plus pouvoir nommer aux postes importants du clergé leurs cadets de familles, rarement diplômés.

Cette mesure, soutenue par le cardinal de Granvelle, archevêque de Malines, suscite de vives oppositions, particulièrement dans le Brabant. Les Etats de Brabant sont mécontents de n’avoir pas été consultés. De grands seigneurs dont le marquis de Berghes, le prince d’Orange et des religieux de l’abbaye de Tongerloo sont vivement opposés à ces innovations. Etonné de cette opposition, Philippe II fait part à Granvelle de l’hypocrisie du marquis qui avait été informé, sous le sceau du secret, de ce projet bien avant Granvelle lui-même, lorsqu’il accompagna le roi en Angleterre à l’occasion de son mariage. Du fait de sa pourpre cardinaliste et de son office d’archevêque de Malines, Granvelle a acquis une préséance au sein du Conseil d’Etat. Il peut, de plus, traiter des affaires des évêchés sans consulter. Les grands féodaux voient leurs prérogatives nobiliaires et leur pouvoir affaiblis. Ils se dressent contre le cardinal. Le marquis de Berghes, le prince d’Orange et quelques autres mandatent l’illustre jurisconsulte français, Charles Du Moulin (1500-1566), auprès du pape Paul IV. Il est chargé de lui faire part de leur mécontentement et démontrer l’illégalité de ce projet. La duchesse de Parme, gouvernante des Pays-Bas, avertie de la manœuvre, en avise aussitôt son ambassadeur au Vatican. La démarche de Du Moulin auprès du pape arrive trop tard. Ce stratagème indispose Philippe II qui demande à la duchesse de lui fournir les noms des auteurs afin de les châtier lorsque l’occasion se présenteraitTh. Juste, Les Pays-Bas sous Philippe II, 1555-1567, ed. 1855, v°1, p.286. - Publié par Duchesne (París), Histoire du Cardinal de Granvelle ministre de l’Empereur Charles-Quint et de Philippe Second, Roi d'Espagne, ed.1761, p. 377. . gauche|vignette|Charles Dumoulin (1500-1566), jurisconsulte Selon Strada, Du Moulin, aux idées quelque peu hérétiques, aurait été le précepteur du marquis qui aurait été en conséquence le principal artisan de ce stratagèmeF. Strada, Histoire de la guerre de Flandre, de Famianus Strada, traduite par P. Du Ryer, ed. 1665, v°1, p.130. . Plus sûrement, Jean IV de Berghes partageait avec sa femme Marie de Lannoy (1534-1580) et Robert de Berghes (1520-1565), son frère, prince évêque de Liège, de la sympathie pour les jésuites. Marie de Lannoy a entretenu une correspondance régulière avec Ignace de Loyola (1491-1556)P. (O), L’établissement de la compagnie de Jésus aux Pays-Bas, dans Revue missionnaire des jésuites belges, ed.1887, v°37, p. 506 et 507, note 1. . Tous les trois s’inscrivant dans l’esprit de la contre-réforme, œuvrèrent pour l’installation d’un collège de jésuites à LiègeL. Halkin, Les Origines du Collège des Jésuites et du Séminaire de Liège, ed. 1927. . En 1560, le marquis força les Etats de Brabant d’accorder à cet ordre l’autorisation d’ouvrir une maison à LouvainJ. F. Goubeauld, Histoire abrégée des Jésuites, et des missionnaires Pères de la foi, ed. 1820, v°1, p.77.. La Compagnie de Jésus rencontrait alors quelques difficultés pour s’installer aux Pays-Bas. L’attachement du marquis à la foi catholique ne l’empêchera pas de soutenir tout au long de sa carrière que « le chastoy des hérétiques ne servoit à rien pour soutenir la religion »Th. Juste, Le compromis des nobles, ed.1884, p. 25. -  Ch.Weiss,  Papiers d'État du cardinal de Granvelle : d'après les manuscrits de la Bibliothèque de Besançon. Ed. 1849, t°7, p. 118  et il ajoutait « A celui qui se convertit, il ne faut imposer aucune peine ; l’obstiné, moi je ne le tuerais pas, car il peut se convertir »L-P Gachard, Correspondance de Philippe II sur les affaires des Pays-Bas, ed. 1851, Partie 1, v° 2, p. xxvi. .