vignette|upright=1.2|Sainte-Victoire depuis le sud. vignette|upright=1.2|Sainte-Victoire au printemps depuis Beaurecueil.
La montagne Sainte-Victoire, en provençal selon la norme classique ou selon la norme mistralienne, est un massif calcaire du Midi de la France, dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.
Située à l'est d'Aix-en-Provence, elle a connu une notoriété internationale en partie grâce aux 87 œuvres du peintre Paul Cézanne dont elle est le sujet. Elle accueille de nombreux randonneurs, grimpeurs et amoureux de la nature, et elle est un élément majeur du paysage aixois.
Toponymie
La toponymie de la montagne Sainte-Victoire résulte d’une évolution progressive attestée par les sources entre le Moyen Âge et l’époque moderne.
Le culte de sainte Venture ( – ) Les sources médiévales attestent dès le l’existence d’un culte rendu à sainte Venture sur la montagne. Étienne Clouzot indique que, dans le Pouillé des provinces d’Aix, d’Arles et d’Embrun, une chapelle Sancta Aventura verse en 1251 une redevance au diocèse d’AixÉtienne Clouzot (éd.), Pouillé des provinces d’Aix, d’Arles et d’Embrun, 1923, p. 7, .. Joseph-Marie Marsily mentionne également l’existence d’une dévotion ancienne à sainte Venture à Pertuis, attestée notamment par un testament de 1546 évoquant un autel dédié à cette sainteJoseph-Marie Marsily, Le pèlerinage à Sainte-Victoire, Association du Vieil Aix, 1990, testament de Tirany du 21 décembre 1546..
Application du nom « Sainte-Venture » à la montagne () À partir du et jusqu’au milieu du , plusieurs documents désignent explicitement le relief sous le nom de montagne Sainte-Venture. Michel Clerc fait état d’une « ecclesia de valle veronica et de sancta ventura » dans un acte d’Imbert Bovilli daté de 1498Michel Clerc, Sainte-Victoire et Sainte-Venture, Annales de la société d’études provençales, , , 1904, p. 279, .. Maurice Court signale un bail de 1564 mentionnant un « vallon de Sainte-Venture et Dalluebro » à VauvenarguesMaurice Court, Le Mont Sainte-Victoire des origines à nos jours, manuscrit, Bibliothèque Méjanes, 1946, partie 1, chap. 2.. Honoré LambertHonoré Lambert, riche bourgeois aixois, avait fait le vœu de faire édifier une chapelle dédiée à la Vierge Marie s’il guérissait d’une grave maladie. dans un testament du désigne également la montagne sous le nom de « montagne appelée sainte ventury »Archives départementales des Bouches-du-Rhône, notaire Raynaud, 309E1232, f° 515, testament d’Honoré Lambert, 1655..
Le vocable « Sainte Victoire » : un culte attesté dès le Un culte distinct dédié à sainte Victoire est attesté en Provence dès le . Dans la région, plusieurs sources en témoignent : Léon-Honoré Labande mentionne, dans Les Primitifs français, l’existence d’un retable installé en 1539 dans la chapelle Sainte-Victoire de l’église Saint-Sauveur d’AixLéon-Honoré Labande, Les Primitifs français, 1932, retable dans la chapelle Sainte-Victoire, p. 131, 231, sur Gallica.. Joëlle Guidini-Raybaud fait état également, dans Pictor et veyrerius, d'un devis pour un vitrail signé en 1549 avec la confraternité de Sainte Victoire de PertuisJoëlle Guidini-Raybaud, Pictor et veyrerius, 2003, p. 117, 147, 163, 214, 326, sur google books.. Henri Trouillet décrit le contenu de cette chapelleHenri Trouillet, Pertuis : miettes d’histoire locale, éd. J.-M. Marsilly, 2005, p. 120-124.. À Vauvenargues, un oratoire Sainte-Victoire est mentionné dans un acte notarié de 1618Archives départementales des Bouches-du-Rhône, notaire Bouisson, 302E1007, f° 50, bail d’un terrain au quartier de l’oratoire de Saint-Victoire.Marc Leinekugel, Sainte-Victoire qui es-tu ?, 2025, p. 59-63 .. Sur la montagne, le Livre des confrères de Sainte Victoire de Pertuis (1652-1835) indique en 1658 que, « de tous temps », les confrères avaient coutume d’aller en procession à l’ermitage de Sainte VictoireLivre des confrères de sainte victoire de Pertuis (1652-1835), manuscrit, p. 23, ms 5087, Bibliothèque Ceccano, AvignonMarc Leinekugel, La montagne Sainte-Victoire, Vauvenargues et son Prieuré, 2023, p. 35-42 ..
Ces attestations montrent que le culte de sainte Victoire est implanté dans la région avant l’application du nom à la montagne.
Application du nom « Sainte-Victoire » à la montagne ()
Les sources actuellement connues n’associent pas explicitement le vocable Sainte-Victoire à la montagne avant le milieu du . Un tournant documentaire intervient à l’occasion de la construction, en 1657, d’une chapelle dédiée à Notre-Dame de la Victoire sur la crête de la montagneArchives départementales des Bouches-du-Rhône, notaire André, 302E1123, f° 804, « prix-fait de construction de la chapelle », 1657.Marc Leinekugel, Et si la montagne Sainte-Victoire était née en 1657, 2020, p. 23-27 .. C’est autour de cette chapelle qu’est construit le Prieuré Sainte-Victoire dans les années qui suivent.
Cette attestation est généralement considérée comme la première mention explicite du nom associé à la montagne. Selon André Bouyala d'Arnaud, « le nouvel état civil de la montagne », de Sainte-Venture en Sainte-Victoire, apparaît au milieu du , à l’occasion de la construction de cette chapelle (1657-1661)André Bouyala d’Arnaud, « Toponymie et histoire de la montagne Sainte-Victoire », Bulletin philologique et historique du Comité des travaux historiques et scientifiques, 1959, p. 37..
Vers 1690, Jean Monier écrit dans son manuscrit Histoire de la ville de Pertuis que la montagne est appelée Sainte-Victoire à cause d’une chapelle qu’on bâtit à son sommet sous le nom de cette sainteJean Monier, Histoire de la ville de Pertuis, vers 1690, manuscrit, Bibliothèque Méjanes (Aix-en-Provence).. En 1664, Honoré Bouche publie, dans La chorographie et l’histoire de la Provence, une carte faisant apparaître « Ste Victoire » pour désigner la montagneHonoré Bouche, La chorographie et l’histoire de la Provence, carte de la Provence, 1664, .. Il précise également qu’elle est « nommée par quelques-uns Sainte-Venture et par quelques autres Sainte-Victoire »Honoré Bouche, La chorographie et l’histoire de la Provence, 1664, p.16 ..
Dans les décennies suivantes, les documents mentionnent encore la montagne sous les deux vocables. L’appellation « Sainte-Venture », attestée auparavant, tend ensuite à disparaître des sources.
Traditions historiographiques Jules-Raymond de Soliers, en 1575, évoque une appellation latine rupes victoriae (« rocher de la victoire »), en relation avec la victoire de Caius Marius sur les Teutons et les Cimbres en 102 Jules Raymond De Soliers, Rerum antiquarium et mobiliorum provinciae, libris II, 1575, p. 125.. Cette tradition sera reprise par plusieurs auteurs provençaux pendant près de quatre siècles.
À la fin du , des historiens comme Camille Jullian et Michel Clerc soulignent toutefois l’absence de sources antiques établissant un lien direct entre la montagne et une victoire romaineCamille Jullian, « Notes gallo-romaines – Sainte-Victoire », Revue des études anciennes, 1899, p. 50-54, sur Persée.Michel Clerc, Sainte-Victoire et Sainte-Venture, Annales de la société d’études provençales, , , 1904, p. 279, .. En 1965, Bruno Durand propose un rapprochement avec la bataille de Lépante (1571). Il écrit : « J’inclinerais plutôt à croire que c’est à Notre-Dame de la Victoire que la montagne fut consacrée vers la fin du . Il conviendrait de voir dans cette dénomination un acte de reconnaissance envers la Vierge Marie, à l’intercession de laquelle fut universellement attribuée la victoire de Lépante »Bruno Durand, Sainte-Victoire dans l’histoire et dans la légende, 1965, p. 16..
Géographie Topographie vignette|upright=1.2|Carte topographique de la montagne Sainte-Victoire.
Le massif de la Sainte-Victoire s'étend sur de long et sur de largeSainte-Victoire sur www.aix-en-provence.com, suivant une stricte orientation ouest-est. Il se situe principalement dans le département des Bouches-du-Rhône et en partie dans celui du Var, et, avec ses abords, sur les communes de Puyloubier, Saint-Antonin-sur-Bayon, Rousset, Châteauneuf-le-Rouge, Beaurecueil, Le Tholonet, Vauvenargues, Saint-Marc-Jaumegarde, Pourrières, Artigues et Rians.
Les D 10 et D 17 (Route Cézanne)Sur le site Association Patrimoine : « Par décret du 17 juillet 1959 une zone de protection est établie aux abords du chemin départemental n°17 dit Route Cézanne, classé parmi les sites pittoresques du département des Bouches-du-Rhône par arrêté du 30 mai 1959, sur une longueur de 4km690, entre les PK 75, 567 et 80, 257. » Ce classement a été fait à l'initiative d'André Malraux et empêche toute construction. sont les principales routes qui permettent de longer le massif. Sur le versant septentrional, la D10 franchit le col de Claps () et le col des Portes (). Sur le versant méridional, la D 17 chemine sur le plateau du Cengle et franchit le collet Blanc du Subéroque ().
vignette|upright=1.2|Le pic des Mouches vu depuis la face sud.
Le massif culmine au pic des Mouches ( pour l'IGN)Le pic des Mouches culmine à ou à d'altitude selon les sources., près de l'extrémité est de la chaîne, et non pas à la Croix de Provence ( pour l'IGN) proche de l'extrémité ouest et visible d'Aix. Le pic des Mouches est l'un des plus hauts sommets du département des Bouches-du-Rhône, après le pic de Bertagne qui atteint l'altitude de Les sources pour l'altitude du pic de Bertagne donne une variation de hauteur entre 1041 et 1042 mètres. et qui se situe sur le massif de la Sainte-Baume.
du massif de la Sainte-Victoire sont classés depuis 1983.
Hydrographie Au nord-ouest et au pied du massif, le lac de Bimont, le lac de Zola et leur barrageles barrages de Bimont et de Zola.
Ruisseaux de la Cause, de l'Infernet et du Bayon.
Géologie La Sainte-Victoire, tout comme le massif de la Sainte-Baume, peut être considérée comme un cas particulier parmi les massifs alpins car les différentes étapes de la formation de son relief rattachent son histoire géologique aussi bien à celle de l'ancienne chaîne pyrénéo-provençale qu'à celle des Alpes occidentales lui ayant succédé.
En effet, de l'ancienne montagne Sainte-Victoire, contemporaine des dinosaures du Crétacé, il ne reste aujourd'hui que le pli de Bimont, dit chaînon des Costes Chaudes, dernier vestige résultant des mouvements tectoniques et des empilements caractéristiques de la phase pyrénéo-provençale durant l'Éocène.
Plus tardive durant l'Oligocène, la rupture du pli anticlinal de Sainte-Victoire, lequel résultait de la première surrection des grands reliefs alpins, est à l'origine d'un déferlement contribuant à expliquer la forme actuelle de la montagne, qui apparut d'années avant notre ère.
La Sainte-Victoire, dont les sédiments calcaires remontent au Jurassique, se compose donc à la fois d'un vestige pyrénéo-provençal et d'une géologie alpine. Cette singularité et cette ambivalence permettent de comprendre pourquoi, bien qu'étant un massif des Alpes occidentales, la problématique de ce rattachement reste complexeLa montagne Sainte-Victoire dans l'Histoire de la TerreUne vague de pierre calcaire aux portes d'Aix-en-Provence.
Selon une étude récente, la Sainte-Victoire serait toujours en train de grandir. La société ME2i a en effet réalisé une étude par satellite entre 1993 et 2003 apportant une preuve que, durant cette période, l'extrémité occidentale de la montagne Sainte-Victoire a été en surrection de par anSainte-Victoire, la montagne qui grandit encore, article sur la Provence.
Paléontologie Le massif héberge plusieurs gisements d'œufs de dinosaures mondialement connus dont celui de Roques-Hautes / Les Grands-Creux situé sur la commune de Beaurecueil.
Sismicité , fort tremblement de terre en ProvenceCarte de la région principalement affectée Le Petit Parisien, Paris, 13 juin 1909, quotidien
, 21:14:37 UTC : tremblement de terre de 4,3 avec épicentre au sud de la montagne
Climat vignette|gauche|Sainte-Victoire après l'épisode neigeux de décembre 2017.