La Société philomatique vosgienne est une société savante française, créée en 1875 à Saint-DiéIl s'agit d'une société de recherche, regroupant des chercheurs bénévoles sur des thèmes variés et a priori non contraints. Lire vocabulaire infra. Rayonnant en premier lieu sur l'arrondissement de Saint-Dié, elle a joué un important rôle de promotion et d'illustration de la montagne vosgienne, surtout avant la Grande Guerre.
Historique de la société La création de la Société peut apparaître comme une conséquence directe de la guerre de 1870-71. Une ample restructuration du tissu administratif, religieux et associatif au voisinage de la nouvelle frontière franco-allemande s'impose face à la germanisation affichée de l'Alsace. Les amateurs francophiles de sciences ressentent l'éloignement de la Société philomathique vogéso-rhénane, fondée en 1862 par Frédéric Kirschleger et basée à Strasbourg.
Après l'humiliante occupation prussienne jusqu'en 1873, quelques chercheurs bénévoles de l'arrondissement de Saint-Dié, alors amputé du canton de Schirmeck et du demi-canton de Saâles, s'émancipent de la Société d'émulation des Vosges, première et alors unique société savante du département, fondée à Épinal sous la Restauration. Leur demande d'autonomie pour mettre en valeur leur petit pays s'inspire en réalité de la vive réponse culturelle des villes du département de Meurthe, en premier lieu Lunéville et Nancy, dont les zones d'influences ont été aussi tronquées par l'avancée de la frontière franco-allemande.
vignette|Premier numéro broché non relié du Bulletin de la Société philomatique vosgienne (1875)
L'assemblée générale constitutive se tient à l'hôtel de ville de Saint-Dié le . La nouvelle association, régie par la loi du 11 mai 1868, définit ainsi son propos : Le but est de développer le goût des choses littéraires, scientifiques et artistiques, de conserver tout ce qui se rattache à l'histoire du pays, de former un musée où pourront trouver place toutes les richesses archéologiques et naturelles de la contrée et des montagnes des Vosges.
Le président fondateur de la société philomatique vosgienne est un pharmacien républicain de Saint-Dié, Henry Bardy. Appuyé par un comité de membres élus qui assume une responsabilité collégiale et assure la publication d'un bulletin annuel, nommé in extenso bulletin de la société philomatique vosgienne, ce bénévole, défenseur du patrimoine et promoteur de l'identité montagnarde vosgienne, y exerce la première fonction de représentation quasiment jusqu'à sa mort en 1909.
La recherche entreprise dès 1875 obéit, sous l'autorité de Henry Bardy à différentes sections très souvent informelles - libres et éphémères, appelées à recomposition, par principe - qui correspondent à autant de projets muséographiques ou archivistiquesBardy était opposé à toute autonomie ou émancipation de ces sections sous un responsable quelconque. Restant attaché à ce principe de suprématie du comité, il s'est opposé au fédéralisme sectionnelle souhaitée par le graveur et historien chroniqueur Albert Ohl des Marais, en particulier pour la section art et peinture. En dissidence, celui-ci a fondé le "groupement des artistes vosgiens" ou GAV. Il est vrai que l'existence quasi-officielle d'une grande section muséographique dès 1910 a permis au responsable du musée principal Charles Pecatte de s'émanciper de toute autorité dans le désarroi associatif de la Grande guerre. Nommé conservateur sans émolument en 1924, l'artiste-peintre a pu sélectionné des collections et archives préservées pour créer un musée municipal commémorant Saint-Dié, en rejetant en "périphérie livresque ou historique" et sans véritables ressources muséographiques cohérentes les derniers philomates du comité survivants.. Une section "archéologie et histoire, incluant la cartographie et la numismatique" appelée à un essor croissant se construit autour de véritables chercheurs de terrain et/ou d'archives: Arthur Benoit, Charles Grad, Gaston de Golbéry, Félix Voulot, Frantz Dinago, Alban Fournier, Paul Cabasse, Paul de Boureulle, Louis Jouve, Frédéric Seillère, Emmanuel Dietz...
La section informelle "minéralogie et géologie" est placée sous la bonne figure du docteur Carrière, qui, malade, ne veut pas adhérer inutilement, mais lègue sa collection minérale et ses ouvrages, inventoriés par son ami Félix Lebrun, architecte à Lunéville et géologue amateur, ce qui constitue en 1876 le premier musée philomate, vouée à la minéralogie et aux pierres. La section "botanique, sciences naturelles incluant art du jardin et horticulture" s'organise autour du jeune René Ferry, et la société inaugure en 1878 un musée botanique exposant des herbiers et curiosités naturelles.
La section informelle "météorologie" donne plus naissance à des archives volumineuses qu'à un musée, sous l'égide posthume du docteur Billot, décédé en 1868 et à quelques rares publications. Henri Bardy, Emmanuel Dietz de Schirmeck... y sont actifs. Une autre section informelle, sur la pharmacie et l'histoire médicale, a aussi existé, animé par Henry Bardy et ses amis médecins ou pharmaciens, comme les docteurs Fournier ou Stutel, les pharmaciens Paul Cabasse ou Dietz
Un musée d'art, de peinture et de dessin, de gravures et de sculpture, est pressenti par l'artiste et historien inclassable Gaston Save dès 1878, mais n'est réalisé après 1880. Elle attire tous les artistes peintres, photographes ou dessinateurs réputés de Saint-Dié, à commencer par la famille de Mirbeck...
Le professeur Auguste Stegmuller décrit en 1895, sans cacher son admiration étonnée, le musée de Saint-Dié, fruit du labeur et de l'attention constante de Philomates, en moins de vingt ans, à l'hôtel de VilleLe musée est ouvert officiellement le second dimanche de chaque mois, de 2 heures à quatre heures de l'après-midi. Une visite inopinée peut être organisée, grâce au concierge. Le capitaine Aubry, trésorier de la SPV qui officie avec Henry Bardy, en véritable conservateur, et l'artiste Gaston Save, donateur de gravures et d'objets de valeur, ont en particulier présenté les ressources des différents musées à Auguste Stegmuller. Auguste Stegmuller, Saint-Dié et ses environs, opus cité, § XXI Le musée p. 55-64.. La galerie est déjà trop étroite, et une partie des collections encombrantes doivent être transférée dans la maison Thurin voisine. Ce qui a marqué ce visiteur curieux est d'abord la magnifique collection conchyliologique de plus de 5000 spécimens donnée à sa ville natale par l'abbé Colin, ancien aumônier du lycée de Saint-Denis, la vaste collection minéralogique et pétrographique du docteur Carrière enrichie par l'apport de M. Lebrun spécialiste de Lunéville, une collection ornithologique importante basée sur la vieille collection Marcellin (300 oiseaux empaillés) plus que doublée par des apports réguliers des frères Simon, un bel herbier toujours enrichi par René Ferry, diverses curiosités d'histoire naturelle, un petit cabinet des médailles et des monnaies, de nombreux artefacts archéologiques, outils et objets quotidiens ou spécifiques des temps anciens, de la préhistoire à l'époque gallo-romaine, du monde mérovingien aux temps modernes ou contemporains, y compris les productions métallurgiques locales d'autrefois, des armes et des textiles, des meubles, tableaux et gravures, sculptures de valeur, parfois des moulages etc. Nous pouvons remarquer que le statut des multiples collections reste variable et parfois indécis, de l'apport ou complément philomate au dons à la ville de Saint-Dié, en passant par un don imprécis au musée gérée par la société et hébergée par la mairie. Le musée reste avant tout un projet commun, au point que la société tend à s'assimiler abusivement à une société spécifique du Vieux Saint-Dié. Avant les roches et minéraux, les premières vitrines zoologiques classées par ordre et classe dévoilent des madrépores morts blancs comme du lait, des éponges souples au toucher comme de la soie, en forme d'étoiles à cinq ou six branches, ou de feuilles sans revêtement de tissus. Les oursins sphéroïdales ressemblent à des nids de pierre et les limas arborent une livrée brune, cendrée, jaune ou rouge éclatante digne de la pourpre impériale. Les moules fluviatiles à l'intérieur nacré et poli, les tridacnes ou bénitiers, les umbrellas comme enduites d'un couche de vernis dévoilent leurs formes caractéristiques, ainsi que des olivas à la tête bronzée, des patelles en forme de boucliers et autres cassis réinventant les multiples casques de moult couleurs rouges, bruns ou verdâtres. Les trochus sont de toutes les couleurs, les strombus ont des nuances tendres et infiniment variées, les tigrées segmentent la lumière, à l'exception d'une espèce brillante et dorée. Cette mise en éveil des sens a fasciné les visiteurs enfants et adultes. L'ensemble des grès des Vosges est ensuite exposé, avec de menues variétés, avec les roches ignée du socle sur lequel elles reposent fréquemment. Les minéraux proviennent en premier lieu des gisements cuprifères carbonatées d'Anozel, argentifères, voire plombifères de Sainte-Marie-aux-Mines et La Croix-aux-Mines, Wisembach et Lusse.
Ainsi la société, par son labeur méticuleux, est à l'origine des différents musées de Saint-Dié à la Belle Époque et d'une part importante des collections de la bibliothèque municipale, après accord de rétrocession systématique des fonds philomates, signé par le secrétaire René Ferry au début du . Après la disparition de Henry Bardy soucieux d'une ligne directrice unique et collégiale, les commissions aux activités impressionnantes et aux rayonnements indéniables tendent à s'émanciper du comité, la réalité administrative du pouvoir tombe dans l'escarcelle du secrétariat, alors que le comité se transforme lentement un champ d'antagonismes sournois entre commissions ou de rivalités exacerbées de personnalités, y compris issues des mêmes commissions. L'explosion initiée après guerre par l'émancipation définitive de la commission d'art et de peinture, assujettissant la plupart des autres commissions minoritaires, sous la houlette de Charles Pecatte est à l'origine de la création du musée municipale au premier étage de la mairie et de l'évacuation concomitante en 1925, suivant la bibliothèque municipale de ce qui reste de la société, commission lecture en tête, dans les locaux d'archives rénovés d'Hellieule. Le pouvoir présidentiel a été réimposé par Auguste Pierrot à la fin des années trente, avec le soutien de la mairie et une forte ritualisation du comité ou conseil d'administration, qui n'a lentement disparu qu'à la fin du siècle.
Rappelons brièvement le nom des présidents : Mathieu-Henri Bardy alias Henry Bardy jusqu'en 1907, G. de la CombleLa préservation de la société pendant la guerre est mieux assurée par son secrétaire René Ferry, le président de la Comble malade, absent est décédé vers 1916., le publiciste René Jacquet, Georges Baumont, Marc FrançoisLe successeur Marc François est le successeur de René Ferry. Le retrait imprévu de son candidat, Georges Baumont, en 1933 le force malgré une mauvaise santé à postuler pour une présidence éphémère., Auguste PierrotLe vieux bibliothécaire Auguste Pierrot, grabataire, est nommé président d'honneur en 1949, il ne laisse la place qu'à deux-vice présidents (rivaux) du comité, Charles Pecatte et Paul Evrat., Paul Evrat de 1951 à 1956, Henri Eugène Grandblaise de 1956 à 1962, Marie-Rose Blech de 1962 au , Georges Trimouille du au , Albert Ronsin, Damien Parmentier de 1995 à 1998, Pierre Colin de 1998 à fin 2000, Jean-Claude Fombaron à partir de l'an 2001.
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