Le lindworm, appelé aussi lindorm (surtout en Norvège), Lindwurm (en Allemagne et en Autriche), linnorm (exclusivement en Scandinavie), et dreki (« dragon ») ou ormr (« serpent ») à l'époque viking, est une créature imaginaire issue en majorité du folklore et de la mythologie montagnarde d'Europe centrale et de Scandinavie. Si on le retrouve principalement en Suède, il est également présent dans d'autres cultures (voir à ce propos l'Unktehi lakota) et plusieurs autres cadres (par exemple l'océan et d'autres points d'eau) mais de manière sporadique.

Le pasteur suisse Johannes Stumpf, dans sa Chronique (Zurich, 1548) signale deux espèces de dragons alpins, le Track (Drache) qui vit dans des grottes sous les sommets, et le Lindwurm qui habite les gorges des torrentsMichel Meurger, L'espace et le temps des dragons : le dragon dans l'aire européenne, in Êtres fantastiques, de l'imaginaire alpin à l'imaginaire humain, Musée dauphinois, Grenoble, 2006.

Les légendes racontent que ces créatures sont à mi-chemin entre le dragon et le serpent. Il s'agit donc de reptiles de taille variable, possédant des pattes (le plus souvent seulement deux, mais parfois quatre) et une tête unique (contrairement à l'hydre), mais à l'inverse du dragon, les lindworm sont dépourvus d'ailes.

En général, ces êtres sont censés hanter les cimetières et les églises et se nourrir exclusivement de cadavres humains, ou errer dans les vallées, près des fermes pour consommer impunément le bétailEncyclopédie du merveilleux, tome 2 : Du bestiaire fantastique par Édouard Brasey, ed. Le Pré aux Clercs (2006), Lindorm. Ces reptiles ne sont pas toujours considérés comme aussi dangereux que des dragons, mais les créatures observées sont toujours dites extrêmement répugnantes. Ce mythe, qui a disparu peu à peu depuis le Moyen Âge, a attiré l'attention des cryptozoologues.

Des exemples de Lindworm Les créatures mentionnées ci-dessous ont été assimilées occasionnellement à des lindworm, même si certaines ont également été rapprochées d'autres créatures imaginaires en raison de leurs caractéristiques physiques.

Dans la mythologie d'Europe du Nord

Conte du prince lindworm Un conte scandinave (le Conte du prince lindworm, Conte du roi lindworm ou L'épouse du roi lindworm, mentionné pour la première fois dans une compilation de récits du folklore publiée en 1855, Gamle danske Minder i Folkemunde de Svend GrundtvigFiche de description du livre numérisé sur Google Livres) raconte l'histoire d'une reine qui désespérait de ne pas avoir d'enfants. Elle rencontra une vieille femme qui lui conseilla de manger deux oignons. Elle le fit, mais ne pela pas le premier. Au terme d'une grossesse normale, elle accoucha d'un garçon parfait en tout (le second oignon pelé) et d'un lindworm (issu du premier oignon). Une fois en âge de se marier, le garçon parfait voulut prendre épouse, mais son frère insista pour se marier en premier. Aucune des filles du royaume ne voulut l'épouser, et il les dévora toutes, excepté une fille de berger qui avait parlé avec la vieille femme qui avait conseillé la reine. Elle vint vêtue de toutes les robes qu'elle possédait, enfilées les unes sur les autres. Le prince lui ordonna de les enlever, mais elle n'accepta qu'à la condition qu'il enlève une de ses peaux à chaque fois qu'elle enlevait une robe. Petit à petit, il se changea sous ses yeux en ravissant jeune hommeLa Délivrance dans les Contes de Fées par Marie-Louise von Franz.

Dans ce récit à la symbolique profonde, le lindworm (dragon) représente un état de non-différenciation (l'hermaphrodisme), destructeur pour l'ego, et déclencheur d'un grave complexe qui s'accompagne d'un sens moral déficient. C'est grâce à un processus complexe, engendré par la jeune bergère, que le prince est délivré et peut enfin devenir un humain normal.

Ragnar Lodbrok Les légendes de Ragnar Lodbrok (écrites par Saxo Grammaticus, d'après la vie d'un roi semi-légendaire du Danemark, dans la Gesta Danorum, livre 9) racontent que le roi du Götaland, , offrit à sa fille, Þora, un mignon petit lindwom qui, à force de grandir, encercla le pavillon de la fille en avalant sa queue. Ragnar Lodbrok tua finalement le serpent, et épousa Þora.

Dans le folklore d’Europe centrale Dragons allemands

Aux alentours du , mais aussi au Moyen Âge, le mot lindwurm est parfois traduit par dragon (Drache en allemand), mais aussi plus rarement par « vouivre » (voivre). Ce terme provient de deux racines germaniques, lind (« attraper ») et worm (« ver »). Ainsi, Fafnir, le dragon/géant du Nibelungenlied de Richard Wagner, est clairement décrit comme un lindwurm dans la Völsunga saga, dont le compositeur s'inspire. Dans ce récit, il est à l'origine un nain cupide et cruel qui s'attaque à son père pour s'emparer du trésor maudit que celui-ci refuse de lui céder puis se change en dragon pour mieux veiller sur son tas d'or. Son apparence proche des dragons scandinaves et le terme employé pour le désigner lui valent d'être souvent assimilé au lindwormvoir par exemple ici et là.

Dragon de Klagenfurt

Dans une légende du , on raconte qu'un lindworm vivait près de la ville de Klagenfurt, en Autriche. Quand des inondations menacèrent les voyageurs qui cheminaient le long du fleuve, la créature fut montrée du doigt. De jeunes hommes lui amenèrent un taureau attaché à une chaîne. Quand il l'eut avalé, le lindworm fut pris au piège, comme un poisson accroché à un hameçon. On le traîna jusqu'à la ville. En 1335, des villageois découvrirent un crâne de rhinocéros dans une grotte avoisinante et crurent qu'il s'agissait du crâne du dragonPage d'un site sur le lindwurm de Klagenfurt.

Encore aujourd'hui, le lindworm est présent sur le blason de Klagenfurt, et une célèbre fontaine de pierre, au centre de la place de Neuer Platz à Klagenfurt, représente Hercule combattant le lindwormvoir Page d'un site touristique consacrée à Klagenfurt et Page d'un site personnel consacré à Klagenfurt. Cette légende et celle du dragon de Ljubljana sont parfois comparéesvoir par exemple Dragon de Ljubljana et .

Le Tatzelwurm Saint Georges, le fameux saint tueur de dragon, a été associé à de nombreuses légendes d'Allemagne et de Pologne, où il combattait des lindworm : Une légende raconte que, dans la région de Mecklenburg, aux environs de la route principale entre Neubrandenbourg et Stavenhagen, sur la colline du Lindberg, des lindworm terrorisaient les habitants. Un beau jour, à la suite d'un incident, le plus jeune fut tué et le plus vieux, furieux, fut traîné jusqu'à la porte de Neubrandenbourg que nul n'osa plus franchir. C'est à cet endroit que se trouve aujourd'hui la chapelle de Saint-Georges, nommée d'après le prince étranger qui décida d'affronter le lindworm, et qui, après lui avoir coupé la queue, l'endroit de son corps où résidait sa force, put le tuer sans difficultéSite rassemblant des légendes sur Saint-Georges et les lindworm en Allemagne et en Pologne. Un conte, dont l'action se situe à Mansfeld, en Saxe-Anhalt, raconte l'histoire d'un chevalier du nom de Georges qui vivait dans le château des comtes de Manfelfd, bien avant leur époque. Au même moment, un lindorm habitait sur une colline en dehors de la ville (dans la direction d'Eisleben). Aujourd'hui encore, cette colline est appelée Lindberg. Pour sauver leur vie, les habitants devaient donner chaque jour une jeune fille en sacrifice au lindworm. Bientôt il n'y eut plus aucune jeune fille dans la petite ville, et le lindorm exigea la fille du chevalier. Le lendemain matin, le chevalier attaqua et tua le dragon, puis libéra la ville, qui fut appelée Saint-Georges. Une statue de ce chevalier en train de tuer le dragon a été sculptée dans la pierre au-dessus de l'entrée de l'église de Mansfeld, et on peut voir ce monument encore aujourd'hui. Selon une autre ancienne légende, il y a très, très longtemps, d'horribles lindorm et des dragons vivaient dans les marais et les lacs de la Basse-Lusace. Ils étaient décrits comme semblables à des serpents, mais en beaucoup plus grands, et on racontait qu'ils expiraient de la fumée et des flammes. Ils pillaient les terres environnantes et dévoraient de nombreuses personnes. Près du village de Zilmsdorf (ou Cielmow), l'un des plus anciens lieux de Lusace, il existe un terrain appelé Feu du Dragon. On prétend que le grand dragon tué par Saint-Georges vécut là-bas, mangeant une trentaine de personnes tous les jours et jetant les cadavres très loin, près des déchets agricoles. Il était également en mesure de prendre forme humaine pour provoquer des ennuis à de nombreux autochtones. Il leur volait leur argent, puis les enterrait profondément dans le bois derrière le Forstner Heath. La bataille qui vit la mort du monstre eut lieu à côté de l'ancienne route du sel qui mène à Sorau (ou Zary), à l'endroit ou se trouve un tas de pierres. C'est en ce lieu qu'un monument en pierre fut érigé : il montre Saint-Georges monté sur son cheval, la lance à la main et le dragon à ses pieds. Limburg an der Lahn, une ville du land de Hesse, semble entretenir une légende semblable, reliée également à un saurochtone nommé Georges (qui serait à l'origine du monastère de Saint-Georges construit aux alentours de la ville). C'est de ce lindworm que proviendrait le nom de la ville (mentionnée tout d'abord sous le nom de Lintpurc).

Phénomènes liés aux serpents de mer en Nouvelle-Angleterre Au , de nombreux habitants des côtes du Maine et du Massachusetts prétendirent apercevoir un serpent de mer. Celui-ci fut assimilé à un lindormListe de créatures imaginaires sur un site norvégien consacré au surnaturel . Ses apparitions atteignirent presque la fréquence d'une par jour pendant le mois d' et il fut rapidement assimilé à un autre serpent marin, aperçu dans la même région en 1639Page d'un site personnel consacré au Grand serpent de Mer de Nouvelle Angleterre.

On recueillit en grand nombre des témoignages de personnes prétendant l'avoir aperçu et il déclencha de nombreuses controverses. Le , par exemple, pendant une réunion de la jeune Société linnéenne de Nouvelle-Angleterre, on exposa des théories qui mettaient en relation la formation de la Terre et le serpent (baptisé Scoliophis atlanticus par les membres). Ces théories, jugées fantaisistes, furent reprises par les détracteurs de la thèse de son existence pour la discréditer alors que la seule conclusion logique était que la société linnéenne avait commis une erreur embarrassante.

Dans l'art et la fiction Bram Stoker Dans son court roman Le Repaire du ver blanc (Lair of the White Worm), Bram Stoker, l'auteur de Dracula, exploite le thème du Lindworm et raconte la destruction d'un gigantesque spécimen aux yeux verts incandescents. Le romancier s'est vraisemblablement inspiré de la légende de Siegfried en écrivant cette nouvelle (la créature réapparaît après sa mort tout comme dans l'histoire de Sigurd)Biographie de Ken Russell, qui remporta un vif succès lors de sa parution en 1911. Ce récit a été adapté sur grand écran en 1988, avec Hugh Grant dans le rôle principalFilmographie de Hugh Grant sur l'Internet Movie Database.

Marco Polo L'explorateur Marco Polo déclara avoir vu des lindwormMarco Polo déclara effectivement qu'il s'agissait de serpents à deux pattes, comme un auteur rapportant son témoignage le précise ici : dans les steppes d'Asie centrale : « La tête est très grosse, et les yeux sont plus gros qu'une grande miche de pain. La bouche est assez grande pour avaler un homme entier, et est garnie de dents grandes [et pointues]. Et en somme ils sont tellement acharnés et prospectifs et sont atrocement laids, que tout homme et toute bête doivent se tenir dans la crainte et trembler devant eux »Le Livre de Marco Polo, chap. XLIX, par Marco Polo (1298). Certains experts pensent aujourd'hui que les animaux aperçus par Marco Polo étaient en fait des crocodiles.

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