vignette|Une rue à Locmaria.|alt= Le quartier de Locmaria est un quartier emblématique de Quimper. Lieu d'émergence de la ville primitive, lieu d'implantation de la plus ancienne abbaye quimpéroise, Locmaria est aujourd'hui connu comme le quartier des faïenciers où est fabriquée la faïence de Quimper. Il est situé en bordure de l'Odet en aval du centre-ville, au fond de la ria ou aber du fleuve, et s'est constitué dès l'Antiquité autour d'un port. Son nom en breton (breton moderne Lokmaria donné à une station de bus) signifie « Le lieu de Marie » au sens de lieu consacré à Marie.

Locmaria, aux origines de Quimper Les premières traces d'une cité portuaire remontent au L'actuel site de Locmaria était alors occupé par une petite ville d'une quinzaine d'hectares incluse dans la cité des Osismes, dont on ignore le nom, bien que celui dAquilonia figure dans une charte du début du . Ce nom, quel que soit l'endroit qu'il désigne, est parfois interprété comme signifiant « la cité qui est au Nord », mais sans qu'on puisse savoir au Nord de quoi.

Jusqu'au ., ce fut une bourgade (en latin vicus) commerçante et artisanale, avec également de nombreuses activités liées au port, où étaient déchargés du vin et des poteries.

Cette petite ville disposait à l'époque gallo-romaine de tous les monuments et services urbains apportés par les Romains : un forum et des thermes, ainsi que de trois temples, tous situés en hauteur sur le flanc sud-ouest du mont Frugy en liaison avec une voie romaine Ouest-Est menant à Vannes et parallèle à la crête et suivant plus ou moins l'axe actuel rue du Frugy-avenue Yves-Thépot. On a trouvé également la trace de deux nécropoles en bordure de l'espace bâti et une autre à Lanniron, à deux kilomètres. Un autre site gallo-romain significatif existait au lieu-dit Roz Avel à au nord-ouest, de l'autre côté du fleuve, sur la route antique de Douarnenez.

N'étant pas chef-lieu de cité, cette bourgade l'était peut-être d'un pagus, subdivision locale avec des magistrats de rang inférieur.

Après cette période, la petite ville romaine semble avoir été abandonnée, peut-être à cause d'une fluctuation du niveau des marées hautes liées à une régression marine qui aurait causé une baisse de ses avantages en tant que port. Avant le , à une époque qui n'est pas précisément connue, le cœur urbain se déplace vers le centre-ville actuel de Quimper, à environ en amont et sur l'autre rive de l'Odet. Le site reste occupé, puisqu'un cimetière de l'époque carolingienne a été retrouvé sur la place Bérardier au nord de l'église.

Un faubourg actif autour de son couvent Sous l'Ancien Régime, la paroisse de Locmaria, assez modeste en superficie, avait pour particularité d'avoir comme seigneur la prieure du couvent de femmes et la seigneurie était appelée « Le Grand Locmaria » pour la distinguer d'un autre Locmaria en Plumelec appartenant à la même abbaye de Saint-Sulpice-la-Forêt (Ille-et-Vilaine).

Comme ailleurs, les habitants devaient cuire leur pain dans le four banal du prieuré après avoir moulu leurs farines au moulin à marée banal, s'étant acquittés d'un droit.

La prieure obtint même, en 1174, du roi Henri II Plantagenêt, bailli du duché de Bretagne, le droit de haute et basse justice avec deux fourches patibulaires plantées devant l'église. Elle régentait aussi la paroisse, dont elle avait le pouvoir de nommer le recteur.

Les terres du prieuré, outre celles de Quimper, qui incluaient le manoir de Rosmaria, se trouvaient dans une quinzaine de paroisses du sud-ouest de la Cornouaille, dont le petit prieuré du Quilliou en Plonévez-du-Faou. Les chapelles de Penhors en Pouldreuzic et de Perguet en Bénodet relevaient aussi de LocmariaPondaven et Abgrall, Notices sur les paroisses du diocèse de Quimper et de léon : Locmaria-Quimper, "Bulletin diocésain d'histoire et d'archéologie", 1924, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5729760q/f10.image.r=Gourlizon.

Une partie de la paroisse, prison et moulin compris, se trouve de l'autre côté de l'estuaire et la nécessité d'un pont se fait sentir pour éviter le passage à gué ou le passage en barque. Le premier ouvrage n'est cependant attesté qu'en 1360. En 1636, Dubuisson-Aubenay, un voyageur, décrit deux moitiés de pont pivotantes qu'il appelle « le pont tremblant ». Le pont ne devait pas empêcher la navigation des bateaux à voile accostant dans la ville de Quimper elle-même.

La guerre de succession de Bretagne et la guerre de Cent Ans sont meurtrières pour la ville de Quimper, qui est régulièrement assiégée. Le prieuré, qui est en dehors des fortifications, sert souvent de lieu de cantonnement des troupes, comme en 1594 lorsque le maréchal d'Aumont assiège et prend la ville pour le compte d'Henri IV. À cette occasion, le pont de Locmaria est détruit. On peut assumer qu'il est alors reconstruit, puisqu'il est à nouveau démoli par une forte crue en 1740. Aucune reconstruction n'est faite avant 1954, la passerelle pivotante devant toujours laisser passer les bateaux de charge du port de Quimper.

L'économie du bourg de Locmaria reposait sur la pêche, la construction de bateaux, la poterie, ainsi que sur le commerce avec les environs, en particulier grâce aux deux foires annuelles due et du troisième mardi de mai. Le prieuré prélève une taxe sur le passage de toutes les embarcations.

Son emplacement sur la route longeant l'Odet jusqu'aux rivages du pays de Fouesnant, alors qu'aucun pont n'existe sur , en fait un lieu de passage animé.

Au début du la prieure fait venir, par l'entremise d'un couvent bénédictin, un faïencier provençal nommé Pierre Bousquet qui devient le fondateur de la première fabrique, devenue ensuite La Hubaudière-Bousquet (HB). Le développement des faïenceries donne à Locmaria un caractère de faubourg industriel de Quimper pour les deux siècles suivants.

En 1759 la paroisse de Locmaria [le nom est écrit Lomaria] devait chaque année fournir 9 hommes pour servir de garde-côtes"Ordonnance... portant imposition pour la dépense annuelle de la garde-côte de Bretagne...", 1759, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k97412315/f6.image.r=Pleuven?rk=107296;4.

La paroisse de Locmaria, qui comprenait alors , élit deux délégués, Eloury et Jean-Baptiste Cariou, pour la représenter à l'assemblée du tiers-état de la sénéchaussée de Quimper au printemps 1789..

L'ancienne paroisse de Locmaria fut divisée en entre les communes de Quimper (partie entre la route de Bénodet et l'Odet et quartier de l'autre côté du pont) et d'Ergué-Armel, jusqu'en 1960, date à laquelle la commune d'Ergué-Armel a été rattachée à Quimper.

Un ou deux monastères celtiques disparus ? Deux toponymes anciens de Locmaria, Maen Tudi et la fontaine de Pabu renvoient à saint Tudy, patron de Loctudy et Port-Tudy qui est généralement accepté comme l'autre nom de saint Tugdual de Tréguier et appelé aussi Pabu, l'un des évêques dits fondateurs de la Bretagne et aurait vécu au .

Le rituel de l'intronisation des évêques de Cornouaille imposait à ceux-ci de passer la nuit dans la chapelle (disparue) du Pénity et de s'asseoir sur la « Pierre de Tudy » (Maen Tudi), l'une et l'autre situées sur les Allées de Locmaria, près du monument à la Résistance.

Un aveu de dénombrement du énonce que : « à l'Oriant de la rivière qui dévale de Quimper à Bénaudet, et Occidant de lad(icte) rue Froide, il y a une ruyne et vestige d'un vieux monastère et d'une chapelle dédiée à Saint Colomban ».

Ces éléments ténus font naître l'hypothèse qu'un monastère dédié à saint Tudy, peut-être de tradition celtique, aurait précédé l'abbaye Sainte-Marie et/ou une communauté de chanoines réguliers attachés au siège épiscopal qui a pu être créé à Locmaria.

La règle de saint Colomban, un Irlandais mort en 615, d'une grande rigueur, aurait donc pu être celle du monastère primitif ou être appliquée à l'occasion d'une réforme.

Néanmoins les fouilles n'ont jusqu'à présent révélé aucune trace d'une occupation significative entre le et l'époque carolingienne.

L'abbaye Notre-Dame, puis le prieuré Notre-Dame de Locmaria

Locmaria est l'un des rares monastères pour lesquels une pancarte originale a été retrouvée (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine). Elle semble datée du milieu du et répondre à des tentatives de mettre en doute les donations effectuées par les comtes de Cornouaille qui pouvaient avoir remis des biens publics ou religieux et non personnels.

L'acte résume une donation du comte-évêque Benoît au profit de « l'église de Sainte-Marie dans la cité Aquilonia » en présence de l'abbé de Landévennec, Élisuc (ici, Ilisoch) et de « G(o)urki , régisseur du lieu». Joëlle Quaghebeur y voit l'indice d'une communauté religieuse qui pourrait être celle constituée par des chanoines restés sur place après le transfert du siège du diocèse de Locmaria à la ville close de Quimper et sa nouvelle cathédraleJ. Quaghebeur, La Cornouaille du au ..., ouvrage cité, p... Il est probable que, dès cette époque, la règle de saint Benoît était en vigueur, ayant été imposée à la Bretagne en 818 par Louis le Pieux, d'autant que le nom de l'évêque peut indiquer qu'il était, lui-même, membre de l'Ordre.

Le déplacement du siège du diocèse pouvait avoir été due au fait que l'évêque était devenu comte et devait donc résider au château comtal.

Cette situation bizarre et réprouvée par le Pape, amènera le partage des dignités entre ses deux fils, Alain Canhiart devenant comte de Cornouaille et Orscand, évêque de Cornouaille.

Un deuxième acte de l'évêque-comte concerne Locmaria et décrit un ensemble de terres contiguës pour définir le périmètre de ce qui semble être l'enclos sacré de l'abbaye refondée, ce qui est appelé en breton le minihy. Ses bornes sont définies entre autres par la « Maen Tudy » et « la fontaine de Pabi » (= Pabu), la chapelle Saint-Colomban, la carrefour des Quatre-Chemins où se trouvait la croix du Minihi et par le Cozmaner (Vieux Manoir), ainsi que par Poulguinan jusqu'à l'église. Comme à Gouesnou, ce périmètre fut gardé en mémoire grâce à une procession rituelle annuelle, appelée troménie (du breton tro minihi = tour du minihi) qui est encore attestée à Locmaria en 1652 et donnée au jour de la Fête-Dieu. Un rue toute proche, entre la rue de Bénodet et la rue du Frugy porte de nos jours le nom rue de la Troménie..

De manière significative, dans cet acte refondateur, G(o)urki est dit être « abbé accompagnés de ses clercs »Arthur de la Borderie, Chartes inédites de Locmaria, ce qui semble supposer une communauté masculine de moines, sans qu'on sache si une communauté féminine existe déjà sous ses ordres. Dans ce cas, il s'agirait, comme à Fontevrault, d'une communauté monastique double, la partie masculine étant ensuite placée sous une abbesse, lors du relèvement du monastère. Locmaria est une des quatre abbayes féminines en Bretagne au Moyen-Age..

Un manuscrit du , un commentaire de l'Évangile de Bède, qui aurait appartenu aux religieuses de Notre-Dame-de-Locmaria, qui a été acheté en à son propriétaire norvégien grâce à la participation financière d'institutions et collectivités bretonnes pour environ euros montre le haut degré d'érudition des religieuses à cette époque..

Dans le cartulaire de l'église de Quimper, un acte du milieu du qualifie le sanctuaire de Locmaria de « don royal » et fait immédiatement référence aux « anciens ducs des Bretons, Alain Canhiart, Hoël, Alain IV de Bretagne ». Un demi-siècle plus tard, un acte du même cartulaire certifie, avec la duchesse de Bretagne, Constance, comme témoin, que Locmaria a appartenu autrefois au diocèse de QuimperCartulaire de l'Église de Quimper. In Bulletin diocésain, d'histoire et d'archéologie du diocèse de Quimper et Léon, 1909. Réédition plus fidèle par Valérie-Roudaut-Adam, mémoire de maîtrise de l'Université de Brest, 1996..