Nicolas Maximilianovitch de Leuchtenberg (en russe : Николай Лейхтенбергский), duc de Leuchtenberg et prince Romanovsky, est né le dans une datcha du domaine de Serguievka (près de Peterhof, en Russie) et mort le à Paris. Chef de la maison de Beauharnais et petit-fils du tsar Nicolas de Russie, il est un candidat malheureux aux trône de Grèce et de Roumanie. Comme son père, Nicolas de Leuchtenberg est par ailleurs un minéralogiste renommé.

Fils du duc Maximilien de Leuchtenberg et de la grande-duchesse Marie Nikolaïevna de Russie, Nicolas grandit dans le pays de sa mère. Jeune homme cultivé, il suit une carrière militaire mais étudie, en parallèle, la minéralogie, la géologie et la paléontologie. Promis à un avenir brillant, sa candidature est envisagée lors des élections aux trônes de Grèce (1862) et de Roumanie (1866) mais ses liens avec la Russie le desservent finalement. Nommé par le tsar Alexandre II président de la Société impériale de minéralogie et président honoraire de la en 1865, le jeune homme effectue plusieurs missions scientifiques dans l'Empire russe. Cependant, la liaison qu'il noue, à partir de 1863, avec la courtisane conduit le prince à fuir son pays en 1868. Privé de sa fortune et abandonné par sa famille, Nicolas est en partie pardonné par le tsar à partir de 1878. Il passe toutefois le reste de sa vie en exil et meurt d'un cancer de la gorge à l'âge de 47 ans.

Famille Nicolas est le fils aîné du duc Maximilien de Leuchtenberg (1817-1852) et de son épouse la grande-duchesse Marie Nikolaïevna de Russie (1819-1876).

Par son père, il est donc le petit-fils du prince Eugène de Beauharnais (1781-1824) et de la princesse Augusta-Amélie de Bavière (1788-1851) tandis que, par sa mère, il descend du tsar Nicolas de Russie (1796-1855) et de la princesse Charlotte de Prusse (1798-1860).

En 1868, Nicolas de Leuchtenberg épouse secrètement et morganatiquement, au , en Bavière, (1840-1891), fille des aristocrates Sergueï Petrovitch Annenkov (1815-????) et son épouse Catherine Dmitrievna Shidlovskaya (1818-????). Dix ans plus tard, le mariage est confirmé par une seconde cérémonie célébrée publiquement à Genève, en Suisse, le .

De l'union de Nicolas et de Nadège naissent deux enfants : Nicolas de Leuchtenberg (1868-1928), duc de Leuchtenberg, qui épouse la comtesse Maria Nikolaïevna Grabbe (1869-1948). D'où sept enfants ; Georges de Leuchtenberg (1872-1929), duc de Leuchtenberg, qui épouse la princesse Olga Nikolaïevna Repnina-Volkonskaïa (1872-1953). D'où six enfants.

Biographie Enfance et éducation vignette|gauche|La grande-duchesse Marie Nikolaïevna de Russie, avec ses quatre aînés par Christina Robertson (1849). De gauche à droite, on peut voir les princes Nicolas, Eugène, Eugénie et Marie. Premier petit-fils du tsar Nicolas de Russie, le prince Nicolas (dit « Kolya ») voit le jour dans une datcha du domaine de Serguievka, près de Peterhof, le . Sa naissance se déroule difficilement et le prince vient au monde avec une jambe plus courte que l'autre. Ce grave handicap conduit plus tard ses parents à lui faire suivre différents traitement orthopédiques à l'étranger. Enfant, il subit ainsi pas moins de quatre opérations de la jambe en Allemagne et au Royaume-Uni, avant d'être confié aux soins du docteur Nikolaï Pirogov, qui lui prescrit des exercices de gymnastique afin de renforcer sa musculature. Grâce à ce programme, Nicolas grandit ensuite presque normalement et parvient à effacer son problème physique.

Conformément à la promesse faite par son grand-père au moment du mariage de ses parents, Nicolas reçoit le traitement d'altesse impériale et le titre de prince Romanovsky. Intégré à la famille impériale, il n'a cependant droit à aucun apanage. Cela n'empêche pas Nicolas de grandir dans l'aisance matérielle. Ses parents disposent d'une fortune importante et reçoivent, par ailleurs, du tsar une rente confortable. Après la mort de Maximilien de Leuchtenberg en 1852, les biens des Beauharnais situés à l'étranger sont vendus pour offrir à Nicolas et à ses frères et sœurs un revenu une fois devenus adultes.

Orphelin de père à l'âge de 9 ans, Nicolas se montre très attaché à sa mère, avec laquelle il s'exprime en russe quand la plupart des membres de sa classe sociale préfèrent le français. Devenue veuve, la grande-duchesse se remarie secrètement avec le comte Grigori Stroganov et Nicolas entretient des relations cordiales avec son nouveau beau-père. Le prince est également proche de son oncle, le tsar Alexandre II, qui se montre très affectueux avec lui et l'emmène souvent en voyage avec la famille impériale, en Russie ou à l'étranger. Enfin, Nicolas entretient d'excellentes relations avec ses cousins, et surtout avec le tsarévitch, qui a sensiblement le même âge que lui et avec qui il passe beaucoup de temps.

Le prince Nicolas reçoit une éducation de qualité, encadrée par un militaire, le colonel Rebinder. Parmi ses précepteurs, on compte plusieurs artistes, dont Nikolaï Tikhobrazov, qui le forme à la peinture et au dessin. Esprit curieux et doué pour les sciences, le prince suit des cours à l'université de Saint-Pétersbourg à partir de 1860. En parallèle, il se lance dans une carrière militaire qui le mène aux grades d'adjudant (1863), de major général (1865) et enfin de lieutenant général (1878).

Roi de Grèce ? vignette|redresse|Le prince Nicolas (en haut) avec ses cousins Vladimir et Alexandre de Russie (au milieu) et Albert de Saxe-Altenbourg (en bas) au début des années 1860.

Au tournant des années 1850-1860, le royaume de Grèce est confronté à une grave crise de succession. Le roi Othon et la reine Amélie n'ayant pas d'enfant, la constitution prévoit que c'est à l'un des frères du monarque (Luitpold ou Adalbert de Bavière) d'être proclamé héritier du trône. Cependant, ceux-ci sont de confession catholique et ils refusent catégoriquement de se convertir à la religion des Grecs. Othon se rend donc à plusieurs reprises à Munich pour tenter de les persuader d'élever au moins l'un de leurs enfants dans l'orthodoxie, sans succès. Face à ces tergiversations, l’opinion publique hellène s’impatiente et parle de plus en plus ouvertement de changer de dynastie. Ainsi, dès 1858, des placards sont affichés dans la capitale grecque pour exiger la nomination de Nicolas de Leuchtenberg comme héritier d'Othon. Petit-cousin du roi et de confession orthodoxe, le prince est en effet considéré par les partisans de la Russie comme le candidat idéal pour succéder à Othon.

Finalement, une révolution éclate en Grèce le et Othon est renversé. La population n'ayant plus confiance dans sa dynastie, les insurgés convoquent une assemblée destinée à élire un nouveau monarque. Or, en Grèce, deux noms circulent désormais pour succéder à Othon sur le trône. Le parti anglais soutient activement la candidature du prince Alfred du Royaume-Uni, second fils de la reine Victoria, tandis que le parti russe soutient toujours Nicolas. Le premier candidat offre, avant tout, l'espoir d'un rattachement des îles Ioniennes (placées sous protectorat anglais) à la Grèce et la possibilité d'un rapprochement avec le Royaume-Uni, protecteur traditionnel de l'Empire ottoman. Face à lui, le duc de Leuchtenberg n'a que l'avantage de sa religion et de ses liens avec Saint-Pétersbourg.

Cependant, le traité signé par les grandes puissances lors de la Conférence de Londres de 1832 interdit aux princes issus des maisons régnantes d'Angleterre, de Russie et de France de monter un jour sur le trône grec. Le prince Alfred est donc clairement exclu de la succession. Il n'en va pas de même de Nicolas que Saint-Pétersbourg considère comme dynaste parce qu'il n'est pas un Romanov alors que le Royaume-Uni désire fermement l'exclure à cause de ses liens avec le tsar. Pendant plusieurs semaines, les tensions sont donc fortes entre les deux puissances et, tandis que Saint-Pétersbourg refuse d'exclure le duc de Leuchtenberg, Londres menace d'accepter la candidature du prince Alfred. De leur côté, les Grecs se prononcent peu à peu, dans leur majorité, en faveur de la candidature du prince Alfred. Face au risque d'une élection britannique, le gouvernement russe abandonne donc officiellement la candidature de Nicolas le . En contrepartie, la reine Victoria renonce définitivement, le lendemain, à la candidature de son fils et un accord est signé à ce sujet entre les deux pays le . Après plusieurs mois d'incertitude concernant la succession, c'est finalement le prince Guillaume de Danemark, beau-frère du prince de Galles et du tsarévitch de Russie, qui est appelé sur le trône hellène le .

vignette|redresse|Le prince Nicolas en 1867. Prince de Roumanie ?

Début , le nom de Nicolas de Leuchtenberg est évoqué à l'occasion de l'élection au trône de Roumanie, afin de résoudre la « Question d'Orient » en faveur de la Russie. Cependant, ce choix d'un prince étranger, de surcroît intimement lié aux Romanov, s'inscrit en désaccord avec les conférences de Paris de 1858-1859.. Trop proche parent du tsar Alexandre II, le duc de Leuchtenberg apparaîtrait inévitablement comme un « gouverneur russe » aux yeux des hommes politiques roumains et des puissances garantes.. De plus, le tsar affirme qu'il n'accepterait pas qu'un membre de sa famille devînt vassal du sultan.. Dans ces conditions, c'est finalement le prince Charles de Hohenzollern-Sigmaringen qui est élu à la tête de la Roumanie le ..

Fonctions officielles en Russie vignette|gauche|Alexandre II vers 1880. Comme la plupart des hommes russes de son rang, Nicolas est officiellement attaché à l'armée impériale. Il n'y joue cependant qu'un rôle protocolaire, même s'il participe aux combats de la Guerre russo-turque de 1877-1878 en tant que général de cavalerie. Placé sous le commandement du maréchal Iossif Gourko, ses actions lui valent alors d'être décoré de l'ordre de Saint-Georges.

Comme son père, le duc de Leuchtenberg est avant tout un homme de sciences, passionné de géologie, de paléontologie et de minéralogie. Il publie ainsi différents articles sur des minéraux comme la leuchtenbergite, le kotschubeite, la kämmerérite, la pennine, le béryl ou les pyrites magnétiques. En 1865, il est nommé par le tsar président de la Société impériale de minéralogie et c'est sous sa direction qu'est dressée la carte géologique de l'Empire russe. Dans le cadre de ces fonctions, Nicolas effectue, en 1866-1867, une tournée d'inspection des mines de l'Oural et de Russie centrale.

Au fil des années, Nicolas occupe également d'autres fonctions officielles. Le tsar Alexandre II le nomme ainsi membre du directoire de l'Institut du Corps des Ingénieurs miniers (dont son père était le président), membre du conseil académique du ministère de la propriété d’État et président honoraire de la . Mais, en dépit de ces débuts prometteurs, le prince voit sa carrière brisée par ses inclinations sentimentales.

Un mariage morganatique vignette|redresse|Nadège Annenkova, vers 1870. En 1863, le prince Nicolas a tout juste 20 ans lorsqu'il fait, par hasard, la connaissance de Nadège Sergueïevna Akinfova (née ) en l’église de la Nativité de la Vierge, dans le district de Putiki, à Moscou. Séparée de Vladimir Akinfov (1841-1914) est vice-gouverneur de Vladimir (1890-1893) puis gouverneur de Simbirsk (1893-1902). et mère de deux petites filles, la jeune femme possède une réputation sulfureuse. Connue pour sa beauté, elle passe pour avoir fait chavirer les cœurs de nombreux hommes, parmi lesquels le chancelier Alexandre Mikhaïlovitch Gortchakov (son grand-oncle par alliance, chez lequel elle réside), l'un des fils de celui-ci (Constantin Alexandrovitch Gortchakov) et deux grands-ducs. Pourtant, Nicolas ne tarde pas à nouer, lui aussi, une relation avec la courtisane.