Rostom Khan (né à Ispahan en 1567 et mort à Tiflis le ; en géorgien : როსტომ ხანი), aussi connu sous les noms de Kaïkhosro Bagration (ქაიხოსრო ბაგრატიონი) ou Khosro-Mirza (ხოსრო-მირზა), est un homme politique et militaire persan et géorgien du qui sert comme darugha (préfet) d'Ispahan (1618-1658), qollar-aghassi (commandant) des forces armées séfévides (1629-1632), puis roi de Karthli (1632-1658) et de Kakhétie (1648-1656).

Membre de l'ancienne dynastie géorgienne des Bagrations, il est le fils illégitime du roi et passe la plus grande partie de sa vie en Perse. Après une courte tentative de s'impliquer dans la politique géorgienne en 1605, il regagne rapidement la Perse, où il tombe dans la pauvreté pendant plusieurs années avant d'être sauvé par le général géorgien Georges Saakadzé, qui l'introduit auprès de chah Abbas le Grand et fait de lui le membre plus influent de la grande communauté géorgienne de Perse. Nommé préfet de la capitale séfévide en 1618, une position qu'il garde jusqu'à la fin de sa vie, il amasse une grande fortune et devient l'un des plus proches conseillers du chah, jusqu'à la mort de celui-ci en 1629.

Général talentueux, il participe aux campagnes militaires de la Perse en Géorgie (1625) et en Iraq (1630) et devient commandant-en-chef de l'armée séfévide, une position qui l'aide à porter sur le trône le chah en 1629 et à évincer et à liquider la famille Oundiladzé, l'un des plus puissants clans de la Perse. Devenu Rostom Khan, il est nommé vali du Gourdjistan en 1632 par le gouvernement séfévide et est envoyé avec une grande armée pour envahir la Karthli, chassant le roi rebelle Teïmouraz et le remplaçant comme roi de Karthli.

Durant son règne, Rostom se fait remarquer par une politique de tolérance entre sa propre religion musulmane et la puissante influence de l'Église orthodoxe géorgienne. Parvenu au pouvoir après des décennies de guerres, il organise un vaste programme de reconstruction national, notamment en reconstruisant la capitale Tiflis et Gori et en promouvant la classe marchande du royaume. Il réorganise le gouvernement géorgien conformément aux coutumes séfévides et reçoit un important soutien financier et militaire d'Ispahan. C'est exactement cette politique pro-persane qui mène à de nombreuses tentatives d'assassinat et révoltes nobiliaires, notamment lors du complot de 1642 qui se solde par une victoire du roi et l'exécution du catholicos Eudème. En 1648, il défait une dernière fois le roi Teïmouraz et envahit la Kakhétie, l'annexant à ses domaines.

Sa diplomatie tortueuse, qui l'amène à entretenir des relations secrètes avec la Russie dans les années 1650 et à conclure une alliance militaire avec la Mingrélie vers 1635, lui permet de combiner l'influence islamique et une renaissance chrétienne, et fait de lui l'un des personnages les plus intéressants de l'histoire de la Géorgie. Il meurt à l'âge avancé de en 1658 et a pour successeur son fils adoptif , qui fonde la dynastie des Bagrations de Moukhran.

Biographie Premières années Jeunesse Kaïkhosro Bagration. naît en 1567. à Ispahan., la capitale impériale de la Perse. Il est le fils illégitime du monarque Daoud Khan (), qui gouverne au moins partiellement le royaume de Karthli au nom de la Perse depuis 1562Les relations entre la Perse séfévide et le royaume de Karthli datent de 1516, lorsque le roi signe un pacte militaire avec Ispahan. Dès lors, les chahs persans maintiennent une politique impérialiste envers la Transcaucasie, tentant de soumettre les royaumes géorgiens, tandis que la Géorgie sombre dans un chaos civil et un affrontement entre rois chrétiens opposés à l'influence persane et princes islamisés. Tout au long du la Karthli doit faire face à de nombreuses invasions séfévides et la Paix d'Amasya de 1555 confirme la domination persane sur la Géorgie orientale., et d'une concubine inconnue, une paysanne originaire du village de Chindissi. et travaillant à la cour royale comme servante.. Daoud Khan n'obtient le plein pouvoir qu'en 1569, après avoir vaincu les forces anti-persanes de Géorgie, et il passe une grande partie de son temps avant son ascension auprès de la cour du chah . C'est durant une de ces visites que Kaïkhosro est né. et est élevé dans la foi islamique..

Il est élevé à la cour royale de son père en Géorgie, mais quand celui-ci trahit la Perse lors de la Guerre ottomano-persane de 1578-1590, Daoud Khan se réfugie à Constantinople, tandis que ses enfants, Kaïkhosro et Bagrat, sont enlevés par les Perses en 1579 pour devenir de jeunes esclaves à la cour de Mohammad Khodabandeh, où Kaïkhosro devient Khosro-Mirza. et passe son enfance auprès de sa mère..

Malgré le fait qu'il ait été éduqué en Perse, Khosro-Mirza est considéré comme un patriote car il parle couramment le géorgien et se passionne pour l'histoire de son pays.. Dès son jeune âge, il rêve de devenir un jour roi de Géorgie. Le début de sa carrière est obscur, mais il maintient certains liens avec sa dynastie des Bagrations. Au début du , il se retrouve aux côtés d' quand celui-ci regagne son trône après s'être réconcilié avec la Perse en 1602. Lors des négociations de ce dernier avec la Russie au sujet d'un protectorat russe sur la Géorgie, Khosro-Mirza est proposé comme potentiel futur époux à la princesse Xenia Borissovna Godounova, fille du tsar Boris Godounov..

Quand en 1605, rompt ses relations avec la Perse, Khosro-Mirza est expulsé et doit retourner en Perse., par un acte réprouvé par le roi et Moscou.. , assassine son père le et prend le pouvoir à sa place ; il sollicite le retour de Khosro-Mirza pour la princesse Xenia, garantissant une alliance entre la Russie et la Perse séfévide, mais l'ambassade russe refuse, décrivant le jeune prince comme « laid ».

Pauvreté et richesse De retour en Perse, Khosro Mirza sombre dans la pauvreté. Selon certaines sources, il devient mendiant à Ispahan et exerce de nombreux petits métiers pour survivre.. Cette condition de pauvreté constitue par la suite une des sources de sa popularité comme roi auprès des classes paysannes du pays.

La vie de Khosro-Mirza change radicalement en 1612, quand Georges Saakadzé, un général important qui mène la lutte des Géorgiens contre les Ottomans, prend refuge en Perse et rencontre la large communauté géorgienne de la capitale persane. Lors d'un banquet donné en son honneur, Saakadzé repère le pauvre Khosro-Mirza parmi les Géorgiens présents et l'invite à s'asseoir près de lui, entamant une proche amitié entre les deux hommes. L'influence de Saakadzé extirpe Khosro-Mirza de sa situation car le général le traite comme un prince royal.

Marie-Félicité Brosset voit dans cet épisode une tentative par Saakadzé d'opposer un rival au roi , faisant de lui un prétendant au trône, mais cela ne change pas le fait que Khosro devient l'héritier légitime au trône géorgien pour de nombreux influents du royaume de Karthli. Le futur roi Rostom aura pour le reste de sa vie un respect profond envers Georges Saakadzé et son patriotisme, bien que les deux deviennent ennemis dans les années 1620.

Le nouveau statut de Khosro-Mirza le mène à impressionner le chah , qui commence alors à prendre intérêt au prince géorgien. Bientôt, Khosro-Mirza part vivre à la cour impériale où il est entraîné dans les coutumes du palais par des eunuques., tout en recevant les honneurs attribués à la famille impériale. En quelque temps, Khosro-Mirza acquiert l'influence la plus puissante sur la grande communauté géorgienne de Perse..

Dans les cercles séfévides thumb|left|Georges Saakadzé.|alt=Portrait dessiné au crayon représentant un homme barbu portant une coiffe. Mouhhibb Ali Bek, l'un des officiels les plus influents de la cour du chah et superviseur des esclaves impériaux, entreprend l'éducation de Khosro-Mirza aux alentours de 1615, quand celui-ci a déjà près de 50 ans. En 1618., il est nommé, sous la protection de Georges Saakadzé, darougha (ou préfet) de la capitale séfévide, Ispahan, une position qu'il garde officiellement jusqu'à sa mort, y compris durant sa tenure en tant que roi de Karthli.. Cette position agrandit non seulement son influence auprès de la cour impériale, notamment en le rapprochant du jeune Sam Mirza, petit-fils du chah., mais aussi son pouvoir sur la politique interne perse.

Khosro-Mirza préserve la position de darougha jusqu'en 1658, mais les affaires de la capitale sont gérées par des vicaires à partir de son accession au trône géorgien dans les années 1630. Aux alentours de 1625, quand il est en campagne pour soumettre les rebelles géorgiens, Mir Qassim Beg est nommé pour le remplacer, solidifiant le pouvoir géorgien au sein de l'Empire séfévide. En 1656, ce vicaire est destitué par le gouvernement impérial à la suite d'intrigues du palais opposant le vizir Mohammed Beg aux Géorgiens. À sa place, Khosro-Mirza nomme son proche conseiller Pharsadan Gorguidjanidzé, qui est non seulement géorgien, mais aussi chrétien avant sa conversion par requête impériale, mais celui-ci est bientôt limogé à son tour. Peu de temps avant sa mort, Khosro-Mirza nomme un certain Badadeh BegL'historienne Marie-Félicité Brosset identifie le nom de Badadeh Beg avec le nom géorgien de Paata., probablement aussi d'origine géorgienne, comme son représentant à Ispahan. En tant que roi de Karthli, Khosro-Mirza continue à administrer les affaires de la capitale via son conseiller Hamza Beg, un cousin du vicaire Mir Qassim Beg, qui travaille depuis le palais royal de Tiflis..

L'administration de Khosro-Mirza marque le transfert du vrai pouvoir sur les affaires d'État de l'armée d'élite qizilbash à la grande classe d'esclaves géorgiens. Il est largement aidé dans cette entreprise par Rostom Khan Saakadzé, un autre homme d'État d'origine géorgienne qui devient commandant en chef des forces armées du chah Abbas en 1623. En quelques années, le système juridique de la Perse tombe entièrement dans les mains des Géorgiens, ce qui est confirmé par la nomination de ce Rostom Khan Saakadzé comme divan-beïgui (ou juge impérial principal).. Toutefois, ce changement radical du pouvoir central est le sujet de nombreuses plaintes de la part de la classe militaire des Qizilbash et des bureaucrates tadjiks, obligeant Khosro-Mirza à devenir un riche mécène et de soutenir la construction de nouveaux ponts, routes, temples religieux et caravansérails à travers la Perse afin d'atténuer les critiques..

Une conversation hostile entre Khosro-Mirza et Madjlissi, un imam d'Ispahan, démontre ainsi les sentiments entre les locaux et la nouvelle administration géorgienne : Madjlissi : Pendant que vous êtes occupé à établir l'ordre au milieu des troupes ou lorsque la trompette et les tambours sonnent pour annoncer le lancement de la bataille, ressentez-vous une telle grandeur et une telle autorité au point de sortir de l'obéissance à Dieu ?Khosro Mirza : Il est étrange pour vous de penser que ce genre de grandes illusions puisse envahir quelqu'un à de tels moments et plutôt que pendant qu’il prie ou récite l'appel à la prière.

Khosro-Mirza opère néanmoins sous la protection du puissant chah Abbas, qui commence à le considérer comme un futur roi de Géorgie. Devenu riche en peu de temps, il lui est offert le contrôle privé de la région du Guilan, qui lui rapporte un salaire annuel de 300 tomans jusqu'à la fin de sa vie.. Des années plus tard, quand Khosro-Mirza est déjà devenu Rostom Khan de Karthli, les nombreuses missions diplomatiques venant de Géorgie vers la Perse administrent régulièrement les territoires du Guilan, dont la ville importante de Lahidjan, au nom du roi..

En campagne contre la Géorgie thumb|Monument commémorant la Bataille de Marabda.|alt=Photographie d'une foule vêtu de costumes traditionnels géorgiens devant un monument.