est une chanson écrite et interprétée par David Bowie. Elle a paru en single en au Royaume-Uni sur le label Philips Records, puis sur le deuxième album studio du chanteur, David Bowie, au mois de novembre.

Son titre renvoie à celui du film de Stanley Kubrick 2001: A Space Odyssey, sorti l'année précédente. Elle raconte l'histoire d'un astronaute, le major Tom, sous la forme d'un dialogue entre ce dernier et sa tour de contrôle. Le décollage de son vaisseau se déroule à merveille, mais le major finit par disparaître dans les profondeurs de l'espace. Musicalement, elle se compose de plusieurs sections distinctes et se caractérise par l'utilisation de la guitare folk, du stylophone (un synthétiseur miniature) et du mellotron joué par Rick Wakeman.

Apparue dans la retransmission par la BBC des images de l'alunissage d'Apollo 11, constitue le premier succès de Bowie auprès du grand public : elle se classe des ventes au Royaume-Uni en , puis à la faveur d'une réédition en 1975. Elle reste l'une de ses chansons les plus célèbres, fréquemment interprétée sur scène, incluse dans de nombreuses compilations et reprise par divers artistes. Dix ans après sa sortie, en 1980, Bowie lui apporte une suite, , dans laquelle le major Tom est dépeint non comme un astronaute, mais comme un drogué.

Histoire

Origines

vignette|gauche|Le film de Stanley Kubrick 2001, l'Odyssée de l'espace inspire l'écriture de .|alt=Illustration d'un vaisseau spatial passant devant une planète, avec le texte « 2001: A Space Odyssey »

Après l'échec de son premier album, David Bowie (1967), et la fin de son contrat avec Deram Records, David Bowie diversifie sa palette artistique. Il s'essaye au mime et au théâtre auprès de Lindsay Kemp, tente de monter un spectacle de cabaret et décroche des petits rôles au cinéma et à la télévision. Il reste actif musicalement en formant, avec sa petite amie Hermione Farthingale et son ami John Hutchinson (dit « Hutch »), un trio folk, , qui donne quelques concerts à Londres à la fin de l'année 1968. En décembre, l'imprésario de Bowie, Kenneth Pitt, met sur pied un projet de film musical afin de promouvoir les chansons de son protégé. Il lui demande d'écrire à ajouter aux autres. Influencé par le long-métrage de Stanley Kubrick 2001, l'Odyssée de l'espace, sorti au Royaume-Uni en et qu'il aurait vu après avoir consommé du Green Dragon, Bowie écrit . La ballade des Bee Gees , sortie en single en 1967, constitue une autre inspiration de la chanson. Le tournage du film promotionnel, intitulé , débute à la fin du mois de janvier.

La conception de est jalonnée de plusieurs démos. Les deux plus anciennes connues, enregistrées à la fin de l'année 1968 ou au début de l'année 1969, paraissent en 2019 dans le coffret . La première n'existe que sous forme de fragment et commence au moment du décollage, tandis que la deuxième est enregistrée en duo avec Hutch, qui joue le rôle de la tour de contrôle dans le premier couplet. Bowie enregistre trois autres démos de la chanson avec Hutch. La première fait partie des Clareville Grove Demos enregistrées en dans son appartement londonien, tandis que la seconde appartient aux Mercury Demos, réalisées en mars ou en avril pour démarcher la maison de disques Mercury Records. Le coffret Conversation Piece, paru en 2019, inclut ces quatre démos, ainsi qu'une cinquième jusqu'alors inédite.

attire l'attention de Calvin Mark Lee, qui travaille comme publiciste chez Mercury Records. C'est grâce à son aide que Bowie (sans Hutch, qui a choisi de reprendre une carrière plus stable de dessinateur industriel) parvient à intéresser ce label, qui voit d'un bon œil la possibilité de profiter de la publicité autour de l'alunissage de la mission américaine Apollo 11 en sortant un 45 tours parlant de voyage spatial. Le contrat entre Bowie et Mercury pour un album et trois singles est signé le , leur distribution en Europe devant être assurée par Philips, une filiale de Mercury.

Enregistrement

vignette|redresse|alt=Photo de l'entrée d'un immeuble aux murs blancs, fermée par de grandes grilles bleues|L'entrée des anciens studios Trident en 2018.

La première version officielle de est celle prévue pour le film . Elle est enregistrée le aux studios Morgan de Willesden, dans le nord-ouest de Londres. Aux côtés de Bowie, qui joue de la guitare acoustique et interprète le rôle du major Tom, John Hutchinson joue aussi de la guitare et chante les couplets de . Ils sont accompagnés de trois musiciens de studio : Dave Clague à la basse, Tat Meager à la batterie et Colin Wood à l'orgue Hammond, au mellotron et à la flûte traversière. Cette séance d'enregistrement est produite par Jonathan Weston. La scène du film est tournée quatre jours plus tard, le , aux studios Clarence de Greenwich, avec quelques retouches le lendemain. En fin de compte, le projet ne parvient pas à susciter l'intérêt des diffuseurs et il est abandonné au mois de mai. Il ne voit le jour qu'en 1984 en .

La version définitive de est enregistrée aux studios Trident de Londres le . Une deuxième séance prend place quelques jours plus tard pour terminer la chanson. Le chanteur est entouré de jeunes musiciens de studio (le bassiste Herbie Flowers et le claviériste Rick Wakeman), ainsi que de Terry Cox, le batteur du groupe de folk Pentangle, et de Mick Wayne, le guitariste du groupe de rock Junior's Eyes. Pour la production, il souhaite faire appel à son ami Tony Visconti, mais celui-ci refuse, car il n'aime pas la chanson et n'y voit qu'une tentative cynique de profiter de l'intérêt suscité par Apollo 11. Visconti suggère Gus Dudgeon, qui a déjà travaillé avec Bowie comme ingénieur du son sur son premier album. Comme il ne connait pas la notation musicale, Dudgeon griffonne des lignes de couleur pour indiquer les moments où doivent intervenir les instruments de l'orchestre, ce que l'arrangeur Paul Buckmaster traduit de manière plus conventionnelle pour les musiciens. Les séances se déroulent bien : tous les participants sont enthousiastes et persuadés que la chanson sera un succès.

Parution et accueil

vignette|gauche|Peu après sa sortie, accompagne les images de la mission lunaire Apollo 11 sur la BBC.|alt=Photo vue d'en haut du module d'Apollo 11 avec la surface lunaire en contrebas

Le , est diffusée dans la sono avant le concert des Rolling Stones à Hyde Park. Une semaine plus tard, le , Philips Records publie le single au Royaume-Uni. Bien que les chansons parlant de l'espace soient temporairement interdites de diffusion en raison de l'actualité, est utilisée dans l'émission que consacre la BBC à l'alunissage des astronautes américains dans la nuit du 20 au . Cette publicité inattendue ne se traduit pas par un pic de ventes, pas plus que la tentative de Kenneth Pitt d'avoir recours à la payola pour faire entrer la chanson dans le hit-parade du magazine . Guère aidée par le désordre qui règne alors dans les bureaux britanniques de Philips, elle disparaît du top 50 au début du mois de septembre.

semble alors avoir manqué sa chance, mais elle reçoit un coup de pouce inattendu de la part d'Olav Wyper, le nouveau directeur général de Philips. Voyant un trou de trois semaines dans le calendrier des sorties majeures du label, il décide de relancer la promotion du single de Bowie. À la fin du mois de septembre, la chanson refait son entrée dans le classement des meilleures ventes et elle en gravit régulièrement les échelons jusqu'à atteindre la début novembre, notamment grâce au passage de Bowie dans l'émission de télévision le . Le même mois, elle figure en ouverture de son deuxième album studio, David Bowie.

Aux États-Unis, malgré un deuxième lancement au mois de novembre, est un échec complet. D'après Kenneth Pitt, le ton pessimiste des paroles a pu lui donner une image de chanson anti-américaine. En Europe, où le single est édité sous différentes pochettes et en stéréo dans certains pays, Bowie assure sa promotion par des apparitions télévisées en Allemagne, aux Pays-Bas et en Suisse. Tous ces passages télévisés (y compris celui de ) ont été effacés depuis, à l'exception de celui dans l'émission suisse Hits à gogo du . C'est avec le marché européen en tête qu'une version en italien de , intitulée , est enregistrée le aux studios Morgan. Les paroles, écrites par Mogol, ne sont pas une traduction des originales, mais décrivent une simple histoire d'amour. Cette version est éditée en single en Italie au début de l'année 1970, sans rencontrer le succès.

Rééditions et suites

Après , les singles suivants de Bowie sont des échecs et il semble promis à la malédiction du succès sans lendemain. Ce n'est que trois ans plus tard, avec , qu'il renoue avec le succès. Sous les traits de Ziggy Stardust, vedette glam rock venue de l'espace, il devient une véritable célébrité et le public commence à s'intéresser à ses précédents disques. Afin de répondre à cette demande, son nouveau label, RCA Records, décide de rééditer en son album de 1969, rebaptisé pour l'occasion . Le single est lui aussi réédité aux États-Unis en , accompagné d'un clip réalisé par Mick Rock. Il atteint cette fois-ci la du classement établi par le magazine . En , RCA réédite au Royaume-Uni. Elle devient à cette occasion le premier de Bowie dans son pays natal en détrônant d'Art Garfunkel. Bowie étant indisponible, c'est la troupe de danse Pan's People qui se produit à cette occasion dans l'émission .

En , Bowie interprète dans l'émission de télévision britannique , présentée par Kenny Everett. Les arrangements de cette version sont réduits à leur plus simple expression : Bowie s'accompagne à la guitare acoustique, avec des interventions discrètes de basse (Zaine Griff), batterie (Andy Duncan) et piano (Andy Clark). La montée orchestrale du décollage est remplacée par 12 secondes de silence total, tandis que la coda en spirale laisse place à une caisse claire qui se dissipe lentement. Coproduite par Bowie avec Tony Visconti, cette version dépouillée est éditée en face B du single en . La même année sort , premier single extrait de l'album , dans lequel le major Tom et refont leur apparition. Cette « suite » de adopte un point de vue très différent en dépeignant le major Tom comme un drogué, en écho aux addictions qui troublent Bowie tout au long des années 1970. Cette nouvelle chanson rencontre un franc succès et devient le second britannique de Bowie.

vignette|Le remix de par les Pet Shop Boys (ici en 1997) rattache cette chanson à .|alt=Photo de deux hommes en combinaison bleue sur une scène, l'un jouant de la guitare et l'autre d'un synthétiseur

Le major Tom réapparaît dans un troisième single de Bowie en : le remix de par les Pet Shop Boys. Alors que la chanson originale, parue sur l'album l'année précédente, n'est pas liée à , Neil Tennant ajoute dans le remix des paroles tirées de la chanson de 1969, dans le désordre. Bowie est réticent, mais le public réagit favorablement et le single se classe des ventes au Royaume-Uni. Une ultime allusion au major Tom apparaît peut-être dans le clip de , chanson-titre du vingt-cinquième et dernier album studio de Bowie, avec la présence d'un astronaute réduit à l'état de squelette dans sa combinaison spatiale..

Postérité

est le premier grand succès de Bowie et sa présence au début de nombreuses compilations du chanteur témoigne de son importance dans sa carrière. Elle est reprise sur les (1976), (1980), (1990), (1993), (1997), (2002), (2014) et (2016). Marc Spitz souligne qu'elle fait partie des quelques chansons de Bowie qui restent régulièrement diffusées sur les stations de radio américaines dédiées au classic rock, plusieurs décennies après sa sortie.