La deuxième bataille de Falloujah est une bataille urbaine opposant la guérilla irakienne, dans un de ses bastions, aux forces armées des États-Unis, appuyées par l’armée irakienne gouvernementale. Elle est déclenchée dans la nuit du 6 au sous le nom d’opération (al-Fajr pour le gouvernement irakien), et se termine par la reprise de contrôle officielle de la ville par les Américains, qui est achevée le The Vicious Battle to Capture Fallujah in 2004 Was a Close Fought Nightmare, The Daily Beast, 16 juillet 2016Polémique autour d'un jeu sur la bataille de Falloujah, L'Obs, 8 avril 2009.

Cette bataille est considérée comme une des plus importantes de la première décennie du , à la fois par l’enjeu, la réussite tactique de l’assaillant, mais aussi comme concentré de leçons à tirer pour les guerres futures. Sans que ce point soit totalement éclairci, la bataille attire l'attention sur le nombre élevé de cancers et de malformations dans la population, dû aux combats durant la période 1990-2004. Tout aussi grave à moyen et long terme : malgré le déploiement de forces pendant la bataille et de moyens financiers pour la reconstruction, la société fallouji est détruite, sans aucune cohésion. Ce qui explique que la ville de Falloujah tombe aisément aux mains de l'armée de l'État islamique en 2014 (voir bataille d'Al-Anbar).

Situation

Au printemps 2004, les États-Unis et leurs alliés ont conquis l’Irak depuis un an. L’éruption de résistance du deuxième semestre 2003 est maîtrisée lors de la bataille du Ramadan.

Falloujah, deuxième ville de la province d'Al-Anbar, est au cœur du triangle sunnite, au centre de l’Irak. Elle est située à de Bagdad et elle forme une sorte de rectangle de de large sur , soit une surface de comprenant plus de . C’est également une ville abritant de nombreux « contrebandiers ». La ville n'a jamais été acquise aux Baassistes et ses habitants n'opposèrent aucune résistance aux Américains lors de l'invasion de 2003Libération : Fallouja, bastion sunnite qui se rêve en nouveau califat..

Le , un mois après la fin de la conquête américaine, les parachutistes de la 82 répriment une manifestation et tirent sur la foule en faisant 13 morts et 75 blessés.

Combats du printemps 2004 Le , quatre employés américains de la société militaire privée Blackwater Worldwide sont lynchés, et leurs corps incendiés sur un des ponts de Falloujah. Dans la nuit du 5 au , les États-Unis lancent l’opération Vigilant Resolve afin de reprendre le contrôle de la ville.

Les de la et deux bataillons de la nouvelle armée irakienne sont lancés dans un raid de bouclage et font la conquête des deux tiers de la ville dans ce combat urbain. Mais leur avancée se heurte à une forte résistance ; l’US Army tue 600 combattants adverses pour 15 morts américains. La totalité des deux bataillons irakiens qui participaient à cette opération déserte au premier accrochage Centre de doctrine de l'emploi des forces, « Irak, L'adaptation au son du canon », Doctrine, numéro hors-série, mars 2005, , et ils ne participent pas à l'opération. Après 3 semaines de combats, le commandement américain renonce devant les pertes civiles et leur impact médiatique (et moyennant la promesse des chefs des insurgés de se soumettre) et le il retire ses forces de la ville.

Une unité spécifique irakienne, la brigade de Falloujah de , est mise sur pied par le gouvernement irakien et prend le relais de l’armée américaine le ; mais ses hommes désertent tous en à peine trois mois, la plupart passant à la guérilla irakienne qui garde le contrôle de la ville.

Bataille de novembre 2004

vignette|gauche|Une rue de Falloujah après une frappe aérienne.

Préparation

Pour éviter les pertes civiles, le commandement américain annonça longtemps à l’avance cette offensive ce qui permit à une partie importante de la population de quitter la ville (environ à Pierre Pascallon, Les armées françaises à l'aube du : Tome 5, Les armées françaises à l'heure de l'interarmisation et de la multinationalisation , février 2007, , des quittèrent la ville avant le début de la bataille). Des largages de tracts par avions ont été utilisés.

Les opérations aériennes commencent le . Il s'agit de reconnaissance par drones (Predator et Pioneer) couplés à des ballons captifs, ce qui permet à l'état-major américain d'avoir une surveillance permanente et détaillée. Les bombardements commencent en août, pour tenter de tuer les chefs de la guérilla, dont al-Zarqaoui ; ces frappes, présentées comme chirurgicales, font beaucoup de dégâts.

Afin de tromper la guérilla sur les lieux et la direction de l'attaque et de compléter le renseignement, des raids sont menés essentiellement sur le côté sud de la ville.

Le , la ville est entièrement bouclée. L'importante préparation logistique comprend l'accumulation de stocks énormes de munitions pour 15 jours de combat ( de munitions), de pièces de rechange, afin d’éviter de dépendre d’une longue chaîne logistique, toujours vulnérable aux attaques et minages. La préparation logistique comprend aussi la réalisation de réparations et de l'entretien sur des milliers de matériels. D'importants effectifs destinés à surclasser l'opposition de la guérilla irakienne sont progressivement massés tout autour de la ville. La relève, le , d'un bataillon de Marines à l'ouest de Bagdad par un bataillon de l'armée britannique en fait partie.

Toutes ces opérations sont très visibles et il est donc évident pour tous qu'une nouvelle bataille va avoir lieu.

Du côté de la guérilla, on se prépare en tirant des conclusions du siège d'avril afin de résister victorieusement à cette nouvelle attaque. Constituée d'une fédération de groupes combattants, eux-mêmes d'inspirations diverses (baasistes d'un côté, islamistes radicaux de l'autre), ils sont divisés sur les actions à mener, entre résistance ferme et actions plus limitées mais convenant mieux à l'asymétrie des forces.

La guérilla compte utiliser la configuration du terrain favorable à la défense en renforçant les obstacles à la progression et en multipliant les voies de communication cachées : les pâtés de maisons sont traditionnellement entourés d'un mur d'enceinte ; des points d'appui, des tranchées, des bunkers sont construits pour ralentir la progression américaine ; des galeries sont creusées dans les maisons pour permettre des déplacements rapides et cachés ; des dépôts d'armes et des casernements bétonnés sont construits.

Les insurgés anticipant une attaque du sud, la plupart des meurtrières sont ouvertes vers le sud.

Des pièges à l'explosif sont aussi préparés, en partie dans des véhicules : ceux-ci sont détruits par bombardement aérien.

Effectifs engagés

Unités alignées par les États-Unis : des forces de sécurité irakiennes ; brigade de l’armée irakienne (, , , et ) ; le bataillon de commandos irakien (entièrement composé de Kurdes, recrues jugées plus fiables) ; l'unité d'intervention de la police ; du corps américain répartis en 6 bataillons, dont : le corps expéditionnaire de Marines (dont la expéditionnaire de Marines) ; la Cavalry Division ; la Infantry Division ; en soutien, les et Marines expeditionary units et le 1 groupement de soutien logistique de la force (Force Service Support Group, FSSG).

vignette|gauche|Militaire irakien le 11 novembre à Falloujah. Au total, participent lors du siège aux opérations de conquête de la ville et de bouclage. Le matériel utilisé comprend une centaine d'avions, hélicoptères et drones, et 300 blindés.

Avant la bataille, les estimations sur les effectifs de la guérilla varient entre et , essentiellement des Irakiens, renforcés par quelques centaines de djihadistes étrangers. Parmi ces djihadistes, se trouvent des Français venus via la filière des Buttes-Chaumont, suspectée dix ans plus tard dans l'attentat contre Charlie HebdoJean-Pierre Filiu, « Charlie Hebdo : à Paris et à Tunis, les mêmes assassins de la liberté », Rue89, 8 janvier 2015.. Le déclenchement des combats permet finalement de réviser à la baisse cet effectif, à environ 3 000 ou .

Conquête de la ville vignette|Préparation d’artillerie, côté américain.

La bataille débute par des bombardements aériens et d’artillerie après un bouclage de la ville par la coalition. La première offensive terrestre est la prise de l’hôpital de Falloujah, et l’occupation des ponts orientaux, sur l'Euphrate, dans la nuit du 7 au , complétées par la destruction de l'hôpital du centre-ville, tout juste construit. Après la prise de ces points symboliques, une préparation par bombardement aérien et d'artillerie a lieu, doublée d'un brouillage électronique.

La progression des troupes irako-américaines se fait du nord au sud, à partir du quartier de Chahuda, gênée par les ruines. Le commandement cherche également à éviter les pertes au maximum.

Dans la nuit du 8 au , l'offensive générale est lancée. Dès le premier jour, la gare (nord de la ville) est prise et transformée en prison et sert aux interrogatoires préliminaires. La progression est assez rapide ( par heure), malgré les combats et les câbles électriques tombés au sol, et se fait à la fois en suivant des corridors et par lignes successives.

La contre-attaque de la guérilla se fait sur plusieurs axes : politique d'abord, avec l'appel au boycott des élections du et le retrait du Parti islamique irakien du gouvernement ; du combat, mais à l'extérieur de Falloujah, avec de nombreux attentats et attaques militaires dans tout l'Irak (Samarra, Ramadi, Baaqouba, Tikrit, Mossoul) ; trois membres de la famille du Premier ministre Iyad Allaoui sont enlevés.

Cependant, l'effet sur le bouclage de Falloujah et l'offensive américaine est quasi nul, puisque seul un bataillon est distrait du siège. Dans ces conditions, l'essentiel de l'affrontement repose sur la guérilla dans Falloujah, qui combat essentiellement en petites équipes mobiles, parfois équipées de mortiers montés sur pick-ups.

Le , le quartier de Jolan est pris, et la ligne FRAN au centre de la ville est atteinte : la moitié de Falloujah est reconquise. La mairie est prise le même jour. Des caches d’armes, des bunkers avec salle de torture, des ateliers de fabrication d'explosif et des réseaux de tunnels sont découverts.

vignette|Irakiens tués lors de l’offensive de Falloujah. En fin de journée du , un important groupe rebelle qui défendait une mosquée est le premier à se rendre.

Au , il reste quelques centaines de rebelles combattants bien équipés, mais les troupes US ont atteint le sud de la ville : celle-ci est considérée comme conquise.

vignette|Des hommes de la de cavalerie avant d'entrer prudemment dans une bâtisse. L'unité américaine qui a eu le moins de pertes est le GTIA 3-5, qui ne progresse qu'après préparation d'artillerie, stoppe tous les soirs à 16 h 00, ne fait pas de patrouilles, et pratique un debriefing quotidien suivi d'une planification détaillée de l'attaque du lendemain. Ces dispositions, coûteuses en temps, permettent également de limiter la fatigue, les infiltrations sur les arrières et les flancs, et donc les combats de retardement à front renversé. Finalement, elle avance aussi vite que les autres.

Contrairement à la bataille du printemps 2004, les unités irakiennes sont en deuxième échelon, elles aident à s'emparer de points critiques comme les mosquées et, surtout, à occuper les territoires conquis. Malgré ce retrait, le comportement des soldats irakiens ne se serait amélioré que très lentement, et les jugements portés par les Marines sur leurs alliés à Falloujah en novembre restent très sévères. Cette séparation des tâches permet d'éviter tout litige sur d’éventuelles dégradations ou des accusations d’« utilisation excessive de la force ».

Contre-offensive insurgée