Le site archéologique de Carthage est un site dispersé dans la ville actuelle de Carthage (Tunisie) et classé au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1979.
Il est dominé par la colline de Byrsa qui était le centre de la cité punique. De nos jours, il se distingue par la silhouette massive de la cathédrale Saint-Louis édifiée, à la fin du , à l'emplacement présumé de la sépulture du roi (saint Louis) qui y mourut au cours de la huitième croisade. À proximité de la cathédrale, en face de cette tombe vide dont les restes ont été rapatriés en France, se trouvent les vestiges du plus important quartier de la ville. Il n'en subsiste que quelques fondations et quelques fragments de colonnes, mais on peut y mesurer la puissance qui émanait alors de la cité : dimensions immenses, grands espaces, vues panoramiques et organisation des rues.
Le développement rapide de la ville moderne risquant de détruire à jamais les vestiges, de grands archéologues tunisiens ont alerté l'opinion et l'Unesco a lancé une vaste campagne internationale entre 1972 et 1992 afin de sauver Carthage. Ce tournant est parachevé avec le classement au patrimoine mondial.
Il ne sera question ici que de l'état actuel du site archéologique, un grand nombre d'éléments ayant été perdus anciennement ou plus récemment. La difficulté pour le visiteur réside désormais dans l'extrême dispersion des vestiges même si certains pôles peuvent être distingués. Pour la ville et le pays, la problématique est plus complexe : protéger les témoignages du passé tout en gênant le moins possible la vie quotidienne de la population.
Géographie Localisation
gauche|vignette|Localisation de Carthage au centre du bassin méditerranéen.
selon Serge Lancel. Force est de constater que la géographie compta pour beaucoup dans le rôle de Carthage, la grande cité étant comparée à un par Strabon. La localisation des villes chez les Phéniciens répondait à la double exigence d'ouverture sur la mer et de protection vis-à-vis de l'intérieur des terres. Les fondations de Tyr, Sidon et Gadès s'inscrivaient dans ce cadre.
Davantage que la colonie plus ancienne d'Utique, Carthage paraît favorisée par la géographie. Elle se situe à la frontière des deux bassins de la mer Méditerranée, donc sur un emplacement très propice aux échanges. Au fond du golfe de Tunis, face au djebel Boukornine, l'antique Carthage se présente tel un éperon barré de collines dont la principale est Byrsa, territoire facile à défendre et qui plus est bordé par la mer sur trois de ses côtés. Polybe en parle comme d'une .
Protégée du côté de la mer, la cité apparaît préservée également par les collines et par le lac de Tunis, la présence des deux sebkhas renforçant cette particularité.
+ Localisation des éléments du site Composants Coordonnées Composants Coordonnées Amphithéâtre Basilique de Damous El Karita Basilique de Dermech Basilique de Saint-Cyprien Basilique Majorum Citernes de La Malga Édifice à colonnes Îlot de l'amirauté Monument circulaire Nécropoles puniques Odéon Port marchand Port militaire Quartier Magon Quartier punique de Byrsa Rotonde de Damous El Karita Théâtre Thermes d'Antonin Tophet de Salammbô Villas romaines
Caractéristiques des sols Bien que le site reste assez pauvre en édifices complets, le terrain est jonché de fragments des marbres les plus précieux.. Parmi ces fragments figurent deux ou trois variétés de marbre blanc statuaire — provenant probablement des carrières de Páros et de Luni — et une variété de marbre du Pentélique, plusieurs variétés de marbre cipolin, de nombreux fragments de marbre jaune de Sienne, du marbre connu en Italie sous le nom de Pavonazzo, du porphyre feldspathique en grande quantité — parfois en blocs de plusieurs pieds cubes — et du porphyre rose d'Égypte.
vignette|Emplacement de Carthage : site stratégique au fond du golfe de Tunis.
Pacho pense que, comme à Cyrène, le territoire de Carthage n'offre pas de matériaux précieux, mais abrite plutôt des matériaux, comme le marbre, le porphyre et le granite, étrangers à la cité et importés de loin. De Buch, savant géologue de Berlin et Mesnard de La Groye, ancien enseignant de géologie au Collège de France, ayant étudié ces fragments, pensent qu'ils proviennent de carrières d'Italie et de Grèce.
Des notes sur la Cyrénaïque de Frederick William Beechey rapportent aux alentours de Carthage la présence d'un conglomérat de grès et d'un calcaire sans fossiles et donc peu solide..
Histoire et redécouverte du site La grande cité africaine connaît une expansion rapide en tant que civilisation du creuset méditerranéen propre à la culture phénicienneCe terme de « creuset » est particulièrement validé par les témoignages archéologiques passant d'une forte influence égyptienne au (voir à ce propos l'ouvrage de ) à une influence hellénique au ., puis cet essor est brutalement brisé, mais la ville parvient à renaître par la volonté des vainqueurs romains et grâce à sa localisation exceptionnelle. Néanmoins, dans les tourments des scissions du monde méditerranéen, Carthage passe au second plan : d'abord pillée puis oubliée, elle fait dire à Gustave Flaubert dans une lettre écrite à Ernest Feydeau en qu'..
Il faudra toute l'opiniâtreté de quelques passionnés pour mettre fin à cet état de choses, et un risque de destruction finale pour qu'une campagne internationale permette d'éviter que la rivale de Rome ne tombe définitivement dans l'oubli, dans .
Histoire antique du site
Sur les premiers occupants, le substrat de population libyco-numide, on ne dispose que de peu d'informations. L'archéologie est muette à ce propos, les seules mentions disponibles étant les textes antiques d'Appien (Libyca, 1, 2) et Justin (Abrégé des histoires philippiques, XVIII, 5, 8).
Pendant plus d'un millénaire, la cité de Carthage se place au premier plan de l'histoire en tant que carrefour de civilisations, du fait de sa situation géographique.
Carthage phénicienne et punique
gauche|vignette|Vestiges du siège de 149- dans une vitrine du musée national de Carthage.
La cité est, selon la tradition, fondée par Didon (également dénommée Élyssa) en 814 av. J.-C., soit une soixantaine d'années avant sa rivale, Rome, qui finira par la surpasser. La cité essaime rapidement, créant diverses colonies et affrontant les colonies grecques, notamment en Sicile. Celles-ci, particulièrement Syracuse et Agrigente, porteront la guerre sur les terres puniques au début du puis à la fin du C'est lors des aléas de cet antagonisme que l'on place la destruction de la cité punique de Kerkouane.
Les premières relations avec Rome sont pacifiques, comme l'attestent les traités conclus en 509 av. J.-C.Polybe, Histoires (Polybe), III, V. puis en et , qui garantissent à Carthage l'exclusivité du commerce depuis l'Afrique et l'absence de pillage contre les alliés de Rome en Italie. Les épisodes dénommés guerres puniques voient l'antagonisme s'étendre sur plus d'un siècle, de à Une issue favorable pour la cité punique a pu sembler possible, ainsi qu'en témoigne l'aventure du général Hannibal Barca. Le premier conflit se déroule de à , aboutissant pour Carthage à la perte de la Sicile et au paiement d'un lourd tribut.
vignette|Trihémistatère, tridrachme en électrum (vers 264-).
Cette première défaite engendre de graves conséquences sociales avec l'épisode de la guerre des Mercenaires, de à , la ville étant sauvée par Hamilcar Barca. Carthage oriente ensuite son impérialisme vers la péninsule Ibérique et se heurte aux alliés de Rome, rendant le second conflit inéluctable (-). Après , la guerre ne se déroulera plus que sur le sol africain, l'année marquant la victoire finale de Scipion l'Africain à Zama. Les cinquante années qui suivent voient Carthage rembourser de façon régulière le lourd tribut, mais aussi se doter d'équipements coûteux comme les ports puniques dans leur dernier état de développement. Pourtant, face au relèvement de la cité et à la fin du paiement du tribut, Rome impose aux Carthaginois d'abandonner la ville et de se retirer dans l'arrière-pays.. À ce propos, Velleius Paterculus a écrit que .. Le refus logique qui suit cette intransigeance entraîne le troisième conflit, ce dernier et le siège de Carthage devant durer trois années.
À son terme, même si le sel n'a pas été répandu sur le sol ainsi que la légende le relate, la destruction de la ville est totale et une malédiction jetée sur son site. Singulièrement, cette cité au sol déclaré , c'est-à-dire maudit, a pu renaître et devenir un foyer essentiel de diffusion de nouveautés culturelles, artistiques et spirituelles même si elle n'en était pas le berceau originel.
Carthage romaine Caius Gracchus, tribun de la plèbe en , s'efforce en d'établir une colonie d'anciens vétérans, tentative sans lendemain — le souvenir de la vieille rivale était vivace moins d'un quart de siècle après sa destruction —, mais dont il demeure des traces archéologiques dans la campagne carthaginoise, particulièrement les centuriations. La volonté d'installer des vétérans refait surface avec Jules César, mais ce projet reste à nouveau sans suite, du fait de l'assassinat de César aux Ides de mars en La renaissance de la cité sera l'œuvre d'Auguste, qui la refonde en et la renomme : au nom ancien sont apposées sa propre famille — les Julii — et la concorde tant désirée après les affres des guerres civiles qui ont agité Rome dans le dernier siècle
vignette|Plan de la Carthage romaine.
Les premières constructions de la cité sont publiques ; elles répondent au dessein d'en faire un exemple de la romanité et de lancer le processus de romanisation dans cette région au passé à la fois libyco-numide et punique.. Les installations privées ne viennent que tardivement, avec l'enrichissement grandissant que procurent les nombreuses exportations vers Rome : blé essentiellement, mais aussi huile d'olive destinés particulièrement au système de l'annone. De cité administrative — siège du procurateur — elle devient une ville importante et prospère à la population estimée à lors de la conquête vandale. La première ville romaine est pourtant mal connue, à cause des catastrophes successives qui l'ont frappée : tremblements de terre, incendie sous le règne d'Antonin le Pieux.
L'accession au pouvoir impérial de la dynastie des Sévères traduit l'enrichissement de la terre d'Afrique à la fin du et au début du . Cependant, les crises qui ébranlent l'Empire romain au engendrent de graves conséquences pour Carthage, notamment au moment de l'usurpation de et de la répression qui suit sa chute en 238 : la ville est pillée, y compris ses templesHérodien, Histoire des empereurs romains de Marc Aurèle à Gordien III , VII, XXIV.. De même, de 308 à 311, la cité devient la capitale de l'usurpateur Domitius Alexander et se voit, à l'occasion de sa chute, à nouveau livrée au pillage. Avec ce siècle, Carthage retrouve néanmoins une croissance économique qui s'exprime par la vitalité des constructions tant privées, avec de multiples villas démontrant l'opulence de leurs propriétaires, que publiques avec en particulier les installations destinées au nouveau culte dominant.
Carthage chrétienne
gauche|vignette|Mosaïque des quatre évangélistes du musée national de Carthage trouvée dans une villa du vicus castrorum.
Dans un espace ouvert sur l'extérieur comme l'est alors Carthage — le port est notamment relié aux grandes cités d'Alexandrie et d'Antioche qui constituent deux grands centres d'évangélisation. —, le christianisme s'est développé précocement dans le sillage des importantes communautés juives implantées dans la cité. À la fin du , colons, commerçants et soldats comptent aussi parmi les agents de propagation du christianisme et la nouvelle religion progresse rapidement dans la province, en dépit des persécutions sporadiques dont elle fait l'objet, les premiers martyrs étant attestés dès le .