Bakar Bagration (en ), né le ou à Kharagaouli et mort le à Moscou, est un monarque du royaume géorgien de Karthli, général de la Perse séfévide et diplomate russe du . Membre de la dynastie des Bagration de Moukhran, il dirige la Karthli comme régent pour son père (1716-1719) sous le titre persan de Chah Navaz (en persan : شاه نواز خان), puis comme roi en plein titre pendant près d’un an (1723 – 1724) sous le titre turc d’Ibrahim Pacha (en turc : İbrahim Paşa).
Né en exil dans une dynastie qui gouverne la Karthli depuis 1658, il est le fils du futur roi et est associé aux affaires politiques du royaume dès son jeune âge. Il doit toutefois passer une partie de sa jeunesse de nouveau en exil quand son oncle Jessé règne sous la terreur, de 1714 à 1716. À 16 ans, il est appelé par la Perse séfévide à gouverner la Karthli pendant l’activité politique de son père en Perse jusqu’en 1719, une période durant laquelle il bouleverse la puissante noblesse locale et impose de nombreuses réformes intérieures, avant de devoir laisser le trône à son père à la suite d'une invasion des Lezghiens.
En tant que partisan d’une politique pro-persane pour la Géorgie, le Chah Hossein le nomme commandant de sa garde impériale en 1722, mais son père lui interdit de venir en aide aux Séfévides quand ceux-ci font face à une invasion afghane. Le virement vers la Russie de l’orientation diplomatique de mène à une guerre brutale entre les forces persanes du Caucase et la famille royale, qui culmine avec le renversement de en 1723 malgré les efforts militaires de Bakar. En juin 1723, il revient au pouvoir à la suite de l’invasion d’une coalition ottomane qui l’installe comme roi à Tiflis. Son règne est toutefois éphémère et le contrôle de facto de la politique karthlienne par l’Empire ottoman le pousse à entrer en rébellion contre son propre gouvernement et à mener une guérilla avec son père.
Sans aide internationale et face à un ennemi puissant, Bakar et le reste de la famille royale s’exilent en Russie en juillet 1724 et fondent une importante colonie géorgienne à Moscou. Bakar entre au service militaire et diplomatique de l’Empire russe et mène une grande partie de la politique impériale en Ciscaucasie. De nombreuses tentatives de le faire remonter sur le trône géorgien échouent en raison du refus de la Russie de lui venir en aide et il devient prétendant au trône à la mort de en 1737. À Moscou, il mène une communauté géorgienne qui s’enrichit sous la protection du gouvernement russe et forme avec son frère Vakhoucht un centre culturel qui comprend une grande imprimerie.
Biographie Jeunesse royale Bakar Bagration est né le (ou le selon certaines sources) dans l'ancienne dynastie des Bagrations, qui dirige les États géorgiens depuis le . Il est le premier enfant de Vakhtang Bagration, un petit-fils du roi (r. 1659 – 1676), et de Roussoudan de Circassie, une princesse de Ciscaucasie, mais a un demi-frère aîné, Vakhoucht, fils illégitime de Vakhtang. Bakar est né dans la citadelle de Kharagaouli au royaume d'Iméréthie, où son père est en exil depuis l'expulsion de son oncle du trône de Karthli par .
En 1703, la famille royale retourne à Tiflis, la capitale de Karthli, quand Vakhtang est nommé régent du royaume par la Perse à la place du , alors en campagne en Afghanistan. Bakar et Vakhoucht reçoivent une éducation royale par les diacres orthodoxes Jessé et Georges Garsevanichvili, tandis que Vakhtang interdit tout contact entre ses fils et les nombreux missionnaires catholiques qui opèrent alors en Géorgie sous sa protection.
En 1712, Vakhtang est convoqué à Ispahan auprès de la cour du Chah Hossein afin de recevoir le titre de vali et établit la princesse Roussoudan et leurs enfants à Gori, prévoyant et craignant pour le sort de sa famille dans la capitale : en effet, Vakhtang, qui refuse de se convertir à l'islam, est contraint de rester en Perse jusqu'en 1719.
Débuts politiques Malgré son jeune âge, Bakar s'implique rapidement dans les affaires diplomatiques de la Karthli. Ainsi, à l'âge de 13 ans, il mène avec le catholicos la politique de Tiflis envers l'Iméréthie voisine, alors en pleine guerre civile, et apporte son soutien aux princes Zourab Abachidzé et dans leur combat contre le roi . En automne, Bakar accueille Abachidzé en Karthli et lui offre une escorte militaire pour l'aider à regagner ses domaines de Ratcha. À l'hiver 1712-1713, il rencontre Mamia de Gourie à Tskhinvali et le conduit vers Gori avec de grands honneurs afin de lui offrir un passage sûr vers sa principauté de la Mer Noire.
Le soutien offert par Bakar est bientôt rejeté par Simon Bagration, son oncle et administrateur du royaume depuis le départ de Vakhtang, qui se retourne contre Mamia de Gourie, offre l'exil à d'Iméréthie quand celui-ci est renversé par Mamia en 1713 et l'aide à reprendre le pouvoir quelques mois plus tard.
En mars 1714, Ispahan nomme roi de Karthli un frère musulman de Vakhtang et général en Perse, Jessé Bagration. À son arrivée en Géorgie en octobre, Roussoudan, Bakar et les autres membres de la famille royale quittent rapidement Gori pour échapper à ce qui se révèle être un règne de terreur anti-chrétien imposé par Jessé, qui néanmoins autorise le catholicos à rester en Karthli et cohabiter avec le nouveau régime. La famille se réfugie en Ratcha auprès de Zourab Abachidzé, tandis que Jessé envoie un émissaire persan à sa recherche. Cet émissaire, obéissant aux ordres de la Perse, feint de ne pas trouver la famille de Vakhtang : malgré le statut pro-persan de Jessé, Ispahan préfère préserver une situation chaotique en Géorgie plutôt que d'accroître le pouvoir du nouveau roi.
Vers la fin de 1714, Bakar, ses frères et leur mère se retrouvent à la cour de d'Iméréthie. À cette nouvelle, Jessé tente de négocier leur capture et offre au roi imère le retour de son épouse Rodam (alors en exil à Tiflis) en échange des fugitifs. , dans une manœuvre diplomatique, assure le retour de Rodam mais continue à protéger la famille exilée.
En Karthli, Jessé devient largement impopulaire et de nombreux nobles s'unissent pour commencer une guerre civile, accusant le roi d'usurpation. Le Chah Hossein l'abandonne de même et, au lieu de lui offrir une aide militaire, il ne cesse de lui envoyer des trésors pour préserver son allégeance. Finalement, après de nombreuses demandes de la noblesse karthlienne, Ispahan s'accorde à renverser Jessé.
Régent du royaume Politique intérieure vignette|alt=Parchemin avec en-tête d'une aigle bicéphale et texte manuscrit encadré|Décret royal signé par et Bakar. Le , Vakhtang, toujours à Ispahan, accepte de se convertir à l'islam et est reconnu comme roi de Karthli sous le nom de . Toutefois, en tant que généralissime des forces armées de la Perse et gouverneur de Tabriz, il est obligé de rester auprès du Chah Hossein, qui renverse néanmoins Jessé de Karthli et décide de faire du jeune Bakar un djanichine (« lieutenant ») du royaume. Tiflis alors ravagé par une épidémie de peste bubonique, Bakar débarque à Mtskheta le . Le , il est officiellement intronisé par la Perse lors d'une cérémonie à Kodjori, en banlieue de Tiflis, durant laquelle il se convertit à l'islam, prend le titre de Chah Navaz , reçoit de l'ambassadeur perse une couronne, un insigne d'or et une robe d'honneur. Il lui est également offert la distinction de commandant-en-chef et gouverneur général d'Azerbaïdjan.
La première tâche de Bakar est de capturer Jessé, qui se réfugie d'abord dans les forêts de Géorgie orientale, avant de bénéficier de la protection de quand il est poursuivi par une mission militaire persane. Bakar utilise ses relations avec Ispahan pour le capturer : il informe de la situation et celui-ci demande l'intervention de Chah Hossein, qui envoie une ambassade auprès de , l'obligeant à s'accorder avec Tiflis. Bakar fait alors arrêter son oncle et lui assigne pour prison un palais dans la capitale. Peu de temps plus tard, il fait également arrêter le général Louarsab, bras droit de Jessé pendant son règne de terreur, et l'offre comme prisonnier à sa mère, la reine Roussoudan.
Bakar se montre un allié fidèle de la Perse, incitant l'Empire séfévide à ne pas hâter le retour de Vakhtang. Toutefois, père et fils sont en communication constante et Bakar reçoit ses ordres de son père à de nombreuses reprises. Ainsi, il fait campagne contre certains grands nobles considérés comme déloyaux. Héraclius de Moukhran est arrêté et aveuglé, tandis que sa principauté est léguée à son neveu Léon. Papouna Diasamidzé est étranglé dans son sommeil. De nombreux nobles sont exécutés ou envoyés en exil. En 1717, Bakar limoge le duc Datouna de Ksani, qui sert alors comme ministre du Palais, et le remplace par Edichère Tsitsichvili. Datouna se révolte alors dans ses domaines et le djanichine envoie son frère Vakhoucht envahir le Ksani. Datouna meurt durant le conflit et son fils Chanché se réfugie en Perse, où convainc Chah Hossein de le capturer et de le renvoyer à Bakar, qui l'emprisonne à Tiflis.
Bakar poursuit la politique culturelle de son père, interrompue par Jessé, et devient mécène de la maison d'imprimerie de Mikheïl Stephanechvili. Sous sa protection, la courte renaissance géorgienne voit la publication de nombreux textes religieux, dont les Psaumes de David, un Livre de prières, et une seconde édition du Livre d'heures en géorgien. Une certaine indépendance et une stabilité économique autorisent Bakar à faire frapper la première monnaie géorgienne depuis le .
Problèmes extérieurs Malgré la main-forte de Bakar et de ses alliés persans, le prince voit de nombreux problèmes se former aux portes de la Karthli, partiellement encouragés par les partisans de Jessé. Notamment en Kakhétie, le roi accuse son vizir Qiassa d'espionnage pour Tiflis et le fait emprisonner à Pankissi, avant qu'une mission karthlienne le libère. L'établissement de Qiassa à Tiflis et l'offrande par Bakar d'un palais au ministre déchu ne font qu'envenimer les relations entre les deux royaumes géorgiens, une tension qui rend inquiets les ambassadeurs persans. Seul le retour de sur son trône parvient à restaurer le calme entre Tiflis et Telavi.
Àl'été 1717, une armée de de Djaro-Belokani traverse la Kakhétie et ravage la ville de Bolnissi et les villages de la vallée de Ktsia. Bakar envoie son oncle Simon avec 300 cavaliers à sa poursuite, mais ceux-ci, malgré leur plus grande valeur militaire, sont vaincus lors de la bataille de Nazara et sont poursuivis jusqu'à Marneouli. Les incursions lezghiennes deviennent routine et ne s'atténuent que pendant la chaleur de l'été. Quand les Lezghiens commencent à sortir de la Karthli et à s'en prendre aux territoires iraniens, Ispahan décide de renvoyer en Géorgie pour les vaincre.
En août 1719, retourne en Karthli. Bakar l'accueille avec une procession militaire, noble et religieuse, accompagné du catholicos , à la ville frontalière de Loré. L'historien Sekhnia Tchkheïdzé, témoin des événements, raconte l'embrassade chaleureuse entre père et fils et leur retour à Tiflis, ainsi que le couronnement de à Mtskheta.
Sous
vignette|gauche|alt=Manuscrit avec trois images en en-tête dont celle du milieu représente un souverain coiffé d'une mitre et un jeune homme également couronné| et un jeune Bakar.