thumb|300px|Page de titre d'un recueil de madrigaux du compositeur de la Renaissance Luzzasco Luzzaschi (Rome, Simone Verovio 1601).
Le madrigal est une forme ancienne de musique vocale qui s'est développée au cours de la Renaissance et au début de la période baroque ( - début ).
Caractéristiques C'est essentiellement une forme polyphonique vocale a cappella, non accompagnée par des instruments, toutefois l'usage tolère le remplacement des voix par des instruments. Le nombre de voix peut varier de 2 à 8 (plus fréquemment entre 3 et 5). Contrairement aux musiques strophiques de ce temps, la plupart des madrigaux sont composés sur des poèmes de qualité, sans répétition, ni refrain. Ils s'adaptent au sens du texte et expriment au mieux les sentiments de chaque vers par des procédés de musique descriptive.
Les premiers exemples du genre datent des années 1520. Bien que le centre principal de la production reste l'Italie, des madrigaux sont également composés en Angleterre et en Allemagne vers la fin du et au début du .
Le madrigal est une lente évolution des formes populaires, notamment de la frottole et de ses formes dérivées le strambotto et la barzellette, enrichies par le style du motet où toutes les voix prennent une importance égaleLes de frottoles publiés par Ottaviano Petrucci entre 1504 et 1514 révèlent un changement progressif de l'inspiration poétique - Jean et Brigitte Massin dans Histoire de la musique occidentale.. Elle est favorisée par l'émergence d'une poésie en langue italienne de qualité. Mais le madrigal subit aussi l'influence des chansons françaises et du style polyphonique du motet importé en Italie par les compositeurs franco-flamands installés dans la péninsule.
Le madrigal est, avec le lied allemand et la mélodie française, la plus importante forme de musique profane de la RenaissanceLa musique d'Élisabeth Brisson aux éditions Belin, 1993.. Il atteint son apogée dans la seconde moitié du , puis décline au début du quand d'autres formes, tel le solo vocal, deviennent populaires. Après 1630, il se fond dans la cantate, le duo, et le madrigal solo est remplacé par l'aria sous l'influence de l'opéra naissant The New Grove Dictionary of Music and Musicians, London, Macmillan Publishers Ltd., 1980. .
Enfin le madrigal achève d'établir le système tonalUne histoire de la musique de Lucien Rebatet, éditions Robert Laffont, 1969 et le théoricien Zarlino fixe en 1558 les règles de l'accord parfait majeur et mineur.
Le contexte Au début du , l'humanisme concourt à l'émergence d'une nouvelle forme de musique. Les hommes de la Renaissance s'émancipent de l'Église et les musiciens apportent à l'expression des sentiments profanes la même attention qu'ils réservaient aux sentiments religieuxHistoire de la musique sous la direction de Roland-Manuel dans la Bibliothèque de la Pléiade.
Plusieurs facteurs expliquent cette évolution :
En premier lieu, l'intérêt renouvelé des poésies en langue italienne sous l'influence des théories (vers 1505) de Pietro Bembo, cardinal humaniste, et grâce au mécénat de la marquise de Mantoue, Isabelle d'EsteSciences de la musique de Marc Honegger, éditions Bordas, met au goût du jour les poèmes de Pétrarque et de ses imitateurs. Bembo insiste sur la sonorité et la place des mots dans les vers, sur le raffinement du texte qui doit aborder des sujets plus sérieux et une forme plus libre.
En second lieu, l'Italie accueille de plus en plus les compositeurs franco-flamands attirés par le développement culturel au sein de l'Église catholique, et par l'opportunité d'obtenir des charges dans les cours aristocratiques ou dans les institutions ecclésiastiques. Ces compositeurs sont des maîtres en matière de style polyphonique approprié à la musique sacrée, mais aussi en matière de chansons profanes, très différents des genres italiens plus simples. Pour certains, le madrigal est alors une réaction du sentiment national face aux spéculations de la musique savante "Dictionnaire de la musique" de Marc Vignal, éditions Larousse, 2005.
Enfin, l'invention de l'imprimerie au siècle précédent et l'édition imprimée des premières partitions de musique participent au changement du goût littéraire et musicalThomas More écrit en 1516 dans son Utopie: «(…) toute leur musique qui se chante par orgue ou autres instruments, ou par voix humaines imite et exprime tant bien les passions naturelles, le son est tant proprement accommodé à la matière, la sorte et forme de leur mélodie donne tant bien à entendre la chose de quoi ils chantent qu'elle émeut merveilleusement, pénètre et enflamme les cœurs des auditeurs »., et à sa diffusion dans toute l'Europe et auprès d'autres milieux sociaux.
Historique Débuts Les premiers madrigaux sont l'œuvre de Florentins ou Franco-Flamands au service des Medicis. Vers 1520 paraît un recueil de Bernardo Pisano . C'est le premier recueil imprimé comprenant les seules œuvres d'un même compositeur. Il s'agit de compositions sur des textes de PétrarqueOutre Petrarque, les textes de Dante, de l'Arioste et du Tasse sont largement utilisés dont certaines conservent quelques caractères de la frottole. Mais l'abandon des schémas strophiques et des répétitions symétriques, l'enchaînement mélodique des phrases, la présence d'un contrepoint souple réduisant la prééminence de la voix supérieure sont autant de traits caractéristiques du futur madrigal. Les deux styles vont cohabiter quelque temps.
Le premier livre de madrigaux se référant explicitement à ce terme est publié en 1530 à Rome sous le titre . Il s'agit de pièces composées à Florence une dizaine d'années auparavant par le compositeur français Philippe Verdelot. Il y inclut également des œuvres de Sebastiano et Costanzo Festa. Il s'agit encore d'œuvres de transition. En 1533 et 1534, Verdelot publie deux livres de madrigaux à quatre voix à Venise. Ils seront largement diffusés pendant tout ce premier demi-siècle. Adrien Willaert en fera des arrangements pour une voix et luth en 1536. Verdelot publiera des madrigaux pour 5 et en 1541.
Jacques Arcadelt publie son premier livre de madrigaux à Venise en 1539. Très populaire, il sera constamment réimprimé à travers toute l'Europe. Sa musique, comme celle de Verdelot, est plus proche de la chanson française que de la frottole italienne, ce qui n'est pas étonnant compte tenu de l'origine des deux compositeurs. Cependant ils intègrent les conseils de Bembo sur l'attention portée au sens du texte. Leur musique est descriptive.
Période classique Le madrigal est né à Florence et Rome. Les événements politiques vont réduire l'influence de ces deux villes. Rome est pillée par les mercenaires de Charles Quint. Florence subit des troubles et un siège en 1529-1530 au cours duquel Verdelot aurait pu être tuéPhilippe Vendrix renvoie vers 1565 la mort de Verdelot - Vocabulaire de la musique de la Renaissance, éditions Minerve, 1994. Le centre des activités musicales se déplace vers d'autres cités, notamment à Venise qui devient le centre européen d'édition musicale. Les fastes de la Basilique Saint-Marc de Venise attirent des musiciens de toute l'Europe.
Adrien Willaert est l'auteur d'un recueil de 4 à Musica nova (1559) qui peut être considéré comme une sorte de manifeste du madrigalHistoire de la musique occidentale de Jean et Brigitte Massin, éditions Fayard, 1985. Willaert et ses assesseurs de Saint-Marc sont les compositeurs de madrigaux les plus marquants au milieu du siècle. Willaert utilise une texture plus complexe que ses prédécesseurs. Ses madrigaux sont souvent proches du langage polyphonique du motet, mais Willaert intercale des passages homophoniques, variant ainsi ses effets pour souligner les traits marquants du texte. Nombre de ses madrigaux sont composés sur des sonnets de Pétrarque qu'il préfère à ses imitateurs.
Après Willaert, son disciple, Cyprien de Rore, est le madrigaliste le plus influent de la période. Mais tandis que Willaert réprime les émotions en restreignant les contrastes aigus au profit de la régularité et de la finesse de la partition, Rore est un expérimentateur. Il utilise des procédés rhétoriques insolites et intègre dans la musique descriptive des rapports chromatiques inhabituels, courant encouragé par le théoricien et compositeur Nicola Vicentino The New Harvard Dictionary of Music, ed. Don Randel, Cambridge, Massachusetts, Harvard University Press, 1986. Vicentino écrit en 1555 : « La musique faite sur un texte n'a pas d'autre propos que d'en exprimer le sens, les passions et affections au moyen de l'harmonie... Quand un compositeur veut écrire une musique triste, il utilisera un mouvement lent et des consonances mineures. S'il veut faire une musique gaie, ce sera avec un mouvement rapide et des consonances majeures. », autre élève de Willaert. C'est à partir du langage musical de Rore que le madrigal devient un genre véritablement distinctCe que Monteverdi désignera comme le passage de la « prima prattica » à la « seconda prattica », un nouveau rapport entre la musique et la poésie qui s'attribue la primauté, et qu'un standard à cinq voix s'impose dans de nombreuses compositions. Le style de Rore eut une grande influence sur les différentes variétés de madrigaux qui émergèrent vers la fin du siècle.
Outre Rore, on trouve parmi les madrigalistes les plus célèbres : Palestrina qui écrivit de la musique profane au début de sa carrière, mais qui restera réservé dans ses moyens d'expression ; Roland de Lassus auteur du très expérimental Prophetiae Sibyllarum, et qui le premier exporta le madrigal hors d’Italie lors de son retour à Munich ; Philippe de Monte le plus prolifique des compositeurs de madrigaux dont la première publication date de 1556.
En termes de style, les madrigaux de l’époque vont du style élégant et conservateur de Palestrina et de ses émules romains aux œuvres plus chromatiques et expressives de Lassus, Rore et leurs collègues de l’Italie du Nord. L’étude exhaustive du répertoire des milliers de madrigaux italiens produits autour de la décennie 1550 reste à faire. C'est à cette même époque que les italiens surpassent en production les compositeurs franco-flamands.
Le madrigalisme fait également appel à des moyens techniques ou des figures symboliques à caractère visuel : la nuit ou la mort sont représentées par des notes noires, les yeux ou les pleurs par des notes rondes.
Diversification Différents styles se développent de manière indépendante. À Venise Andrea Gabrieli, célèbre pour ses motets, continue d'écrire des madrigaux dans un style classique. À la cour de Ferrare, la présence de chanteuses professionnelles, les Concerti delle donne attire des compositeurs qui écrivent pour elles des madrigaux plus ornementés, avec un accompagnement instrumental. C'est le cas de Luzzasco Luzzaschi, de Jacques de Wert ou de Lodovico Agostini.
À Florence, les Medicis créent leur propre chorale, à l’exemple de Ferrare, et Alessandro Striggio y produit des madrigaux dans le style de Luzzaschi. À Rome où l’église catholique prône un style ostensiblement conservateur, Luca Marenzio, un des plus célèbres madrigalistes, se révèle en unifiant les différents courants existants de la légèreté du madrigal arioso au chromatisme expressif sans se départir d'un souci d'équilibre et de distinction. Il essaye de capter chaque nuance d’émotion du poème en utilisant tous les moyens musicaux de l’époque, mais en évitant toute hardiesse gratuite. Marenzio écrivit au cours de sa brève vie.