Bernardon de Serres (la Bastide de Serres-Los, 1359-) est un officier militaire français. Il est successivement capitaine pontifical, capitaine général de Florence (1396-1398), vice-roi de Naples pour Louis II d'Anjou (1398), gouverneur d’Asti pour le duc Louis d'Orléans (1404), et seigneur de Malaucène, Mollans et Noves.

Biographie

Fils naturel de Bernardon de la Salle, il naquit à la Bastide de Serres-Los, près d’Hagetmau, dans le diocèse d’Aire-sur-Adour.

Au service de Raymond VIII, vicomte de Turenne

À la fin décembre 1379, Bernardon de la Salle, qui venait de rendre hommage à Clément VII pour ses fiefs d’Oppède, de Mornas et de Caderousse, acheta à Raymond de Turenne, son compagnon d'armes, la Tour-Canillac et le Mas-Blanc, près de Saint-Rémy-de-Provence. Ce fut en cette occasion qu’il lui présenta son fils Bernardon. Celui-ci passa à son service et le suivit dans sa vicomtéLe vicomte, le 23 janvier 1380, était à Turenne pour négocier avec les Routiers qui campaient dans ses fiefs. Parmi eux, se trouvaient les Ornhac, Pierre de la Brande et Noli Barbe « grands amys des Anglois » qui occupaient la forteresse de Beynat, ainsi que Peyrot le Béarnais installé au château de Saint-Chamant, près d’Argentat en bas Limousin. Sur cette période Cf. P. Flandin-Bléty, Trahison ou pacification ? À propos d’une rémission de 1389, La « France anglaise » au Moyen Âge, Actes du national des Sociétés Savantes de France à Poitiers, Paris, 1988..

Au cours des mois d’avril et mai 1381, Raymond de Turenne fit faire ses premières armes au jeune Bernardon. Le vicomte avait décidé d’assiéger le château de Saint-Chamant, occupé par le capitaine anglais Pierre Foucaud, dit le Bourreau. Le consulat de Brive participa à cette opération en s’engageant à payer la somme de orArchives départementales de Corrèze, 2F 52, mention d’une quittance (8 mai 1381) donnée au consulat de Brive pour 103 deniers d’or sur les dus..

Contre les partisans de Charles de Duras en Provence thumb|200 px|left|L'entrée du château d'Avignonnet, aujourd'hui, château de la Napoule. À la fin de l’automne 1381, le sénéchal napolitain Balthazar Spinola cingla vers les côtes provençales et débarqua dans l’une des criques de l’Estérel. Il choisit d’installer son quartier général à Avignonnet.

La flotte marseillaise transporta une partie des troupes provençales et comtadines de Foulques d’Agoult et de Raymond de Turenne vers le golfe de Cannes. Les fidèles de Jeanne prirent leurs quartiers dans le château de ThéouleLe château de Théoule est connu aujourd’hui sous le nom de Château de Turenne. Il appartenait depuis 1284 aux Villeneuve qui avait transformé le fort primitif en forteresse. En 1919, le Château de Turenne fut acheté puis restauré par le sculpteur américain Henry Clews (1876 – 1937). Il est maintenant géré par sa fondation.. Ce débarquement rendrait inévitable l’affrontement entre carlistes et loyalistes.

Raymond ordonna à Bernardon qu’AvignonnetAvignonnet détruit sur les ordres de Raymond de Turenne fut reconstruit par la famille de Villeneuve qui lui donna le nom de Néapolis qui fut transformé en La Napoule. fût incendié et que le château Saint-Pierre fût démantelé.

Au cours de l’hiver 1381, le vicomte de Turenne passa avec ses hommes dans l’arrière-pays de Grasse où s’étaient disséminés les troupes carlistes. Il fit mettre à feu et à sang la vallée de la Siagne, s’en prit à Cabris qui fut laissé déshabité, puis les Carlistes qui s’étaient installés dans le castellas des Gréolières furent forcés de déguerpir et de se réfugier derrière les murs de Mouans et Sartoux. Les habitants semblant tous acquis à la cause de Charles de Duras. Raymond commanda à Bernardon de mettre le feu et le château brûla pendant deux jours.

À Grasse, le vicomte apprit que Foulques d’Agoult et Balthazar Spinola se disaient prêts à négocier. Il reprit la route d’Avignon en compagnie de Bernardon.

L’écuyer de Raymond de Turenne

Devenu l’un des écuyers du vicomte, Bernardon est avec lui à Alès, le quand il reçoit une reconnaissance intéressant la châtellenie de Servières dans la vicomté de TurenneArchives Nationales, 01* 1461, f° 77, r°-v°..

Le de cette même année, il accompagne Raymond de Turenne à une assemblée des États d’Auvergne réunis à Clermont. Le vicomte y retrouve son beau-père Jean de Boulogne et de Béraud, Dauphin d’AuvergneLes trois ordres votent un subside au maréchal de Sancerre pour la vide des forteresses tenues par les Routiers. Cf. F. Lehoux, Jean de France, duc de Berri, t. II, Paris, 1966, et note 4..

Bernardon quitte le vicomte

Louis d’Anjou, le , pensant mieux asseoir son autorité sur l’ensemble de la noblesse et des cités provençales, révoque les donations de fiefs de la Reine Jeanne dont celles des Roger de Beaufort. Le lendemain, craignant le pire, Henri de Séveri, le recteur du Comtat, donne ordre de mettre en alerte les sept places-fortes qui tenaient le VenaissinIl s’agissait de Beaumes-de-Venise, Oppède, les Pilles, Malaucène, Serres, Mornas et Mondragon..

Mais l’épidémie de peste qui éclate précipite le départ des Roger de Beaufort pour la Flandre où ils vont participer à la chevauchée de Bourbourg aux côtés de Charles VI.

Clément VII, profitant de l'absence de Guillaume III Roger de Beaufort et de son fils Raymond, juge opportun de retirer à Marquis de Canillac ses revenus de Grillon, leur frère et oncle, le .

Ces spoliations vont déclencher une longue guerre privée. Dès son retour, Raymond de Turenne n’hésite pas à défendre par les armes sa famille et au début 1385 passe du côté de partisans de Charles de Duras regroupés dans l’Union d’Aix. Dès cette année, Bernardon qui est passé à la solde de Clément VII participe à la défense de la Provence et du Comtat Venaissin menacés par les Carlistes, partisans de Duras.

Sa première campagne d’Italie

Elle commence dès mai 1387, quand Bernardon rejoint son père dans la péninsule. À Viterbe, les habitants ayant refusé de faire allégeance à Urbain VI, Bernardon de la Salle, qui a intégré l’armée pontificale, est envoyé contre eux. Mais le préfet de Rome, Francesco di Vico, ayant écrasé la sédition avant l’arrivée des troupes gasconnes, La Salle se retira à Bolsena tandis que son fils Bernardon quitte Orvieto avec sa seule compagnie et se réfugie à Canino.

Nous le retrouvons en avril 1392, dans le Latium. Tout comme son père, il est passé au service de Clément VII. Sous la légation du cardinal de Ravenne, Pileo da Prata, Bernardon et Nicola Farnese pénètrent dans Bolsena et obtiennent la session le château que défendait Peccia da Montalfina. Ils assaillent Corbara avec 170 cavaliers et 150 hommes à pied, incendient le bourg, enlèvent le château de Ripa et hissent sur cette forteresse l’oriflamme pontifical d'Avignon.

Le seigneur de Malaucène thumb|100 px|Les armes de la cité de Malaucène, fief pontifical Cet exploit vaudra à Bernardon de Serres, le , de recevoir en fief Malaucène de la part de Clément VIICette cession fut l’un des derniers actes officiels de Clément VII qui mourut le 15 septembre 1394..

Le pape d’Avignon lui concède « en fief le château et la ville de MalaucèneSon père Bernardon de la Salle s'était vu attribuer ce même fief de Malaucène., du diocèse de Vaison et du Comté Venaissin, avec ses territoires, forteresse, maisons, édifices, juridiction, etc., pour lui et ses héritiers mâles, descendants légitimes ; ou s’il meurt sans héritier, pour celui de ses frères qu’il choisira lui-mêmeBernardon de Serres avait au moins deux autres frères : Antoine de la Salle et Garcias., et cela moyennant le cens annuel d’un florin d’or à payer à la Chambre Apostolique à la fête de saint Pierre et saint Paul »C. Faure, (1909), Étude sur l’administration et l’histoire du Comtat Venaissin du (1229-1417) et P. Durrieu, (1885), Les Gascons en Italie..

Mais l’on sait que les hommes de Bernardon occupaient ce fief pontifical depuis au moins un mois puisque dans le courant du mois d’août, le prob’homme Pierre Duesens, descendit affolé à Avignon pour porter au Recteur Pons de Langeac une importante nouvelle. Il l’informait que les hommes du Capitaine Bernardon avaient vu du haut des remparts de Malaucène dix-sept hommes d’armes caracolant derrière le penon de Raymond de Turenne.

La seconde campagne en Italie thumb|250px|left|La cité d'Orvieto En novembre 1394, au début de la conquête de Savone par Enguerrand de Coucy, Bernardon propose, au nom du duc Louis d’Orléans, de contrôler la cité, la forteresse et les châteaux du Patrimoine de Saint-PierreAu début du mois de décembre 1394, son attitude lui vaut un don de 100 florins à titre de remerciements..

Au printemps 1395, il veut tenter depuis Castel Rubello une longue tractation pour faciliter la paix dans Orvieto entre les factions des beffati / muffati et celle des mercoriniFactions d’Orvieto qui empoisonnèrent la vie de cette cité durant tout le . Pour résumer les beffati / muffati représentaient les cléricaux, partisans du pape, tandis que les mercorini était violemment anticléricaux. C’est la version locale des guelfes et des gibelins..

Après l’échec de la tractation, en avril, Bernardon combat pour Orvieto contre les troupes du pape de Rome en compagnie de Brandolino Brandolini et Ceccolo Broglia. Il s’empare et met à sac Toscanella (Tuscania), occupe Canino, Bagnoregio et Civitella d’Agliano.

En juillet, dans le Latium, en compagnie de Farnese, il libère son fils Ranuccio, qui avait été emprisonné par les habitants dans Isola Farnese. Les Orvietians profitent de la situation pour tuer quelques hommes de la cité contre ses ordres.

En lutte contre les Visconti

En 1396, passé au service de Francesco Gonzaga, seigneur de Mantoue, Bernardon combat les Viscontiens en Lombardie. En octobre, à la demande des Florentins, il délaisse la Romagne et se porte dans les contrées d’Arezzo et de Sienne qu’il dévaste.

Puis il s’avance vers Montalcino, où des conjurés se dressent en sa faveur. Il reçoit des Siennois pour ne pas piller leur cité, pénètre dans la région de Pise et refuse la somme que lui offre Jacopo d’Appiano.

Pour la défense de Pise accourent les condottières siennois Guido da Correggio et Broglia, qui le contraignent à se retirer et à disperser ses troupes entre Volterra et le Col de Val d’Elsa. Au milieu du mois, il passe à la solde directe des Florentins pour affronter les Viscontiens et leurs alliés.

Le Capitaine général en Toscane thumb|upright|Les armes de la cité de Florence En janvier 1397, Bernardon repousse les mercenaires siennois jusqu’à Montieri. Le mois suivant, dans val di Nievole, avec six cents cavaliers et deux cents vétérans à pied, il met un terme à la tentative de Giovanni da Barbiano et de Benedetto Mangiadori de faire rebeller San Miniato. Il s’installe à Pescia pour contrôler ses adversaires.

En avril, Alberico et Giovanni da Barbiano, qui ont échappé à la surveillance de Bernardon, arrivent aux portes de Florence. Après dix jours de mise à sac et de rapines, l’armée viscontienne est contrainte de retourner vers Sienne après avoir été étrillée par Paolo Orsini, Biordo et Ceccolino dei Michelotti, mercenaires florentins.

En mai, le Gascon, avec , entre dans le Siennois qu’il dévaste et menace la cité elle-même. Puis il retourne au col de Val d’Elsa et part conquérir le château de la Selve, à la tête de trente lances et cent hommes à pied et arbalétriers. Ce qui lui vaut le titre de Capitaine Général en Toscane.

Le Capitaine Général de Florence

En juin 1397, Bernardon, qui vient de perdre le château de Selve, reçoit le bâton de Capitaine général de Florence et donne l’ordre de marcher contre Giovanni di Barbiano.