Catherine de ParthenayFortunée Bernier Briquet, Dictionnaire historique, littéraire et bibliographique des Françaises, imprimerie de Gillé, Paris, 1804, 288., née le au parc-Mouchamps et morte le dans le même lieu, est une humaniste française, connue à son époque pour son engagement calviniste.
Parlant et écrivant le latin, le grec et l'hébreuHenriette Amey, La littérature française de la jeunesse imprimé chez Bossange Barthès, 1830, page 374/375., poétesse, dramaturge et mécène, elle est la descendante d'une lignée de femmes de la Renaissance, Michelle de Saubonne et Antoinette d'Aubeterre, qui alliaient l'érudition à la foi. Elle reçut vers onze ans les leçons du mathématicien François Viète, alors secrétaire de sa mère qui l'élevait. Mariée à quatorze ans au baron Charles de Quellenec, elle lui intentera (avec sa mère) un procès pour empêchement dirimant demeuré célèbre. Cependant, à la mort de son mari (lors de la Saint-Barthélemy), elle compose une élégie à sa gloire et à celle de l'amiral de Coligny. Peu après, elle fait jouer dans La Rochelle assiégée une tragédie, Holopherne, dont il ne reste rien.
Douée pour les mathématiques et pour la littérature, elle est mariée en secondes noces au vicomte René II de Rohan, dont elle eut six enfants. Veuve une seconde fois, elle se consacre à l'éducation de ses fils Henri et Benjamin, et de ses filles, Anne, Catherine et Françoise de Rohan, dans son château de Blain, puis au parc-Mouchamps. Connue au grand siècle comme la mère des Rohan, elle reproche son abjuration à Henri IV dans un pamphlet publié anonymement mais qui lui est unanimement attribué ; quelques années plus tard, elle déplorera sa mort dans un très beau poème. Tallement des Réaux en a laissé le portrait d'une femme lunatique et quelque peu décalée. Vers la fin de sa vie, elle combattra aux côtés de ses enfants pour faire respecter l'esprit de l'édit de Nantes, mais son parti sera vaincu à La Rochelle, après un siège héroïque, où l'on dit qu'elle et sa fille Anne mangèrent le cuir des chevaux. Emprisonnée, puis exilée sur ses terres sur ordre de Louis XIII, elle meurt trois ans plus tard sur les lieux de sa naissance, âgée de soixante-dix-sept ans.
On la nomme selon les époques de sa vie , la baronne du Pont ou la mère des Rohan.
Biographie Une jeunesse studieuse à Mouchamps
Fille de Jean V de Parthenay-L'Archevêque, seigneur de SoubiseFrançois Viète, Mémoires de la vie de Jean de Parthenay, préface de Jules Bonnet, imprimé par Deurbergue 1879., et d'Antoinette d'Aubeterre, petite-fille de Michelle de Saubonne, Catherine de Parthenay est l'unique héritière de la puissante famille huguenote et poitevine des Parthenay-Larchevêque. Mise en nourriceOn connaît le nom d'une de ses nourrices, Isabeau Gandouin Généalogie de la famille Chappeau mentionnée par le docteur Yvonnick Merland de Chaillé et le Recueil des Filiations Bas-Poitevines de Y. Chassin du Guerny., puis éduquée par ses parents, elle manifeste très tôt son intérêt pour l'astrologie et l'astronomie ; sa mère lui donne alors pour précepteur son propre secrétaire et avocat de la cause de Soubise, le mathématicien François Viète.
Pour elle, le jeune professeur compose des traités pédagogiques (dont un seul nous est parvenu) où il lui expose le monde connu de l'époque (Indes comprises), les connaissances cosmographiques courantes, les découvertes de leur temps. Elle se forme ainsi, sans le savoir, auprès du fondateur de l'algèbre moderne. Viète attribuera, vingt ans plus tard, sa passion pour la géométrie à l'engouement que manifestait sa jeune élève pour cette discipline. Éminent cryptologue, il lui apprend sans doute dès cette époque à écrire des lettres chiffrées et à se servir d'encres invisiblesBoucher d'Argis, Bibliothèque nationale, manuscrits Dupuy, vol. 743, études postérieures à Viète mais non récentes et 17.Joseph de La Porte, Jean François de La Croix, Histoire littéraire des femmes françoises, ou Lettres historiques..., volume 1, imprimé chez Lacombe, en 1769, page 118..
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La terre de Mouchamps où se passent ces leçons de sciences et de géographie est un refuge pour les calvinistes. Bernard Palissy y a fait cuire ses premiers émauxUne des filles du Potier de Saintonge, Marguerite Palissy, est tenue sur les fonts baptismaux, à Saintes, par Catherine de Parthenay, le 17 avril 1575 ; voir à ce propos le Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français. ; les invités y sont nombreux. Mais son père passe peu de temps auprès d'elle : qu'il soit en guerre au service de Louis de Bourbon-Condé ou à la cour de Charles IX à tenter de convaincre Catherine de Médicis de se déclarer en faveur de la réforme, Jean de Parthenay ne demeure jamais longtemps avec son épouse et sa fille. Lorsqu'il meurt, le , Antoinette d'Aubeterre trouve le courage de l'accompagner jusqu'à la mort et de l'entretenir jusqu'à son dernier souffle, mais au moment suprême, on a fait sortir Catherine de Parthenay de la chambreJules Bonnet édite chez Deurbergue en 1879 les Mémoires de Jean Parthenay l'Archevêque rédigées par François Viète entre 1566 et 1574 d'après Frédéric Ritter ; page 97, il décrit avec minutie les derniers instants de Jean Parthenay..
Les guerres menaçant de reprendre entre les troupes royales, menées par les Guises, et les troupes calvinistes, emmenées par les lieutenants de Jeanne d'Albret et ses fils, Antoinette d'Aubeterre recherche dès cette année-là un parti convenable pour sa fille. Il s'en présente trois : le fils de l'amiral de Coligny ; Henri de Pontivy, fils cadet de la maison de Rohan ; et le baron Charles de Quellenec, de la maison de Pont-l'Abbé. Son choix se portant de longue date sur le premier, les fiançailles sont prévues mais le jeune Châtillon-Coligny meurt en 1567 de la peste et le , l'héritière de Soubise se marie au parc-Mouchamps avec le baron du Pont.
Un procès pour empêchement
Très tôt, des querelles de préséances conduisent Antoinette d'Aubeterre à laisser le jeune couple diriger les terres de Soubise. Elle part à La Rochelle où des confidences de domestiques lui font comprendre que le baron du Pont (Charles de Quellenec) n'honore pas convenablement son épouse. S'en ouvrant à Théodore de Bèze, puis à Jeanne d'Albret, elle en reçoit l'assurance que cela constitue un motif de dissolution du mariageFrançois Gayot de Pitaval, Causes célèbres et interessantes, Volume 11, édité chez J. Neaulme, en 1738, pages 163 et alii..
En 1570, le baron du Pont est fait prisonnier à la bataille de Jarnac. Il s'évade (alors qu'il a juré de demeurer prisonnier sur parole) et rejoint La Rochelle où il combat sous les ordres du vicomte René de Rohan. Blessé très sévèrement à la mâchoire, il rentre dans les terres de Mouchamps et apprend que son épouse s'est enfuie à La RochelleEugène Haag, Émile Haag, La France protestante: ou, Vies des protestants français chez Joël Cherbuliez à Genève en 1858, page 339..
Catherine de Parthenay ayant tout avoué à sa mère, le baron de Quellenec vient jurer devant Jeanne d'Albret que les rumeurs sur son impuissance sont des calomnies. Il est néanmoins convaincu de mensonge et promet à la reine de Navarre d'accomplir son devoir, mais peu de temps après, le baron du Pont enlève son épouse de La Rochelle et l'enferme dans ses châteaux bretonsJean Bouhier, Traité de la dissolution du mariage pour cause d'impuissance avec quelques pièces curieuses sur le même sujet, 1735, chez Jean Marie Vander Kragt au Luxembourg. (Relation de ce qui s'est passé au sujet de la dissolution du mariage de Charles de Quellenec, baron du Pont, avec Catherine de Parthenay), p. 187-192..
Toutefois, avant qu'il ne la force à partir pour le château du Pont, Catherine de Parthenay a laissé une lettre à sa mère, où elle annonce qu'on ne doit plus accorder de crédit à ce qu'elle écrira désormais sous la contrainte.
Je, Catherine de Parthenay certifie à tous qu'il appartiendra, que ne pouvant résister à la volonté et force de M. de Pont, suis contrainte de le suivre à mon très grand regret et déplaisir, pour les raisons qui s'ensuivent ; à savoir, qu'il me contraint d'abandonner madame de Soubise, madame ma mère, grièvement malade en ce lieu, à laquelle je désire, comme j'y suis obligée de Droit divin, et humain, faire tout secours, et service. Joint que je sens ma conscience chargée, estimant et craignant, que Dieu ne soit bien fort offensé, en ce que ledit Sieur demeure avec moi, et moi avec lui, comme s'il étoit mon mari et époux ; ce que non, d'autant qu'encore qu'il y ait deux ans et plus, que nous sommes joints ensemble par Contrat de Mariage, si n'en y a-t-il rien été ; et suis au même état, que j'étaîs la veille de mes noces, et qu'ai toujours été dès ma naissance. Ce que j'ai voulu laisser par écrit, et signer de ma main, à madame ma mère, pour m'en servir en temps, lieu, attestant devant Dieu, et ses Anges, que c'est la pure vérité. Fait à La Rochelle ce .
Retenue prisonnière, elle écrit alors (a priori sous la contrainte) à sa tante de Rochechalas « qu'il y avait tel changement aux choses dont était question, que si elle était contrainte de dire la vérité, elle ne pourrait tenir le même langage qu'elle avait tenu autrefois ». Sa tante, dame de la Rochechallas, ayant pu lui rendre visite, Catherine de Parthenay lui donne, en secret, une lettre pour sa mère où elle réaffirme qu'il ne faut accorder aucune créance aux paroles qu'elle vient de confierJean Bouhier, Traité de la dissolution du mariage cité ci-dessus ; p. 198-199.. Seules des ruses permettent alors à Catherine de Parthenay de correspondre avec sa mère et son ancien précepteur en toute franchise. Elle utilise de l'encre sympathique (jus d'orange ou de citron) et écrit en vers latins et grecs, langues peu connues du baron du PontJean Bouhier, Traité de la dissolution cité ci-dessus, p. 202-203..
thumb|Château de Pont-l'Abbé.
En décembre 1570, Antoinette d'Aubeterre décide de porter l'affaire devant la cour de France, Catherine de Médicis et le duc d'Anjou ; elle entame un procès contre le mari, pour empêchement dirimantJean Bouhier, Traité de la dissolution cité ci-dessus, p. 207.. En février 1571, tenue prisonnière au château de Rostreven, Catherine certifie de nouveau que les démarches entreprises par sa mère sont contraires à sa volonté ; pour autant, cette dernière ne désarme pas et obtient du synode, réuni à La Rochelle, qu'il convient de délivrer au plus vite la fausse épouse. En , le baron du Pont laisse enfin Catherine rencontrer librement, à Durtal, un témoin de sa bonne foi, le maréchal de Vieuville agissant sur commandement de l'amiral Gaspard II de Coligny. Après hésitation, Catherine de Parthenay confesse la vérité au vieux maréchal. Faussement rassuré par Vieuville, le baron revient alors au parc de Mouchamps, puis laisse sa femme rallier La Rochelle. Dès lors Jeanne d'Albret, le futur Henri IV et Coligny sont convaincus de prendre son parti. Pour autant, ils répugnent à la retenir de force à La RochelleJean Bouhier, Traité de la dissolution cité ci-dessus, p. 209-237..
Séparée une fois encore de sa fille, Antoinette d'Aubeterre entreprend alors d'écrire directement au roi Charles IX. Leur cause est plaidée à huis clos devant le grand conseil le mardi . On n'a pas gardé trace de l'arrêté qui s'ensuit ; quoiqu'en bonne voie, l'affaire est renvoyée devant un conseil de médecins et, à nouveau, de jugesJean Bouhier, Traité de la dissolution cité ci-dessus, p. 233-234..