thumb|Symbole Yin (fond noir) et Yang (fond blanc).
Dans la philosophie chinoise et notamment le taoïsme, le yin () et le yang () sont deux catégories qui, par leur complémentarité et leur opposition, se prêtent à une première analyse de tous les phénomènes de la vie et du cosmos. Il ne s'agit pas de substances fondamentales, ni de forces ou énergies, mais simplement d'une paire de concepts susceptible de préciser les composantes d'une quelconque dualité.
Le symbole du Yīn et du Yang, le tàijí tú, est connu dans le monde entier. Le Yin, représenté en noir, évoque entre autres le principe féminin, la lune, l'obscurité, la fraîcheur, la réceptivité Le Yang, quant à lui, laissant apparaître le fond blanc, représente entre autres le principe masculin, le soleil, la luminosité, la chaleur, l'élan, l'action sexuelle( à vérifier)
Liés par leur étymologie à des oppositions concrètes entre ciel couvert et ciel dégagé, ombre et lumière, le yin et le yang acquièrent plus d'abstraction quand vers le troisième siècle avant notre ère, ils deviennent pertinents dans le champ de la cosmologie en tant que .
Histoire Les caractères et ont été employés dans les textes les plus anciens, indépendamment l'un de l'autre, avec pour le premier la valeur de « sombre, humide »Dans le Classique des vers 詩經, le plus ancien texte de poèmes., ubac, et de « versant ensoleillé d'une montagne », adret, pour le second. Au début, ils n'ont pas encore de valeurs abstraites générales.
École du yin-yang de Zou Yan () La notion d'un couple d'opposés yin-yang apparaît ensuite vers le , bien après le Yi Jing. C'est notamment le penseur Zou Yan (305-) qui l'a formulée en cherchant un modèle d'explication des cycles naturels . Pour lui, le yin et le yang sont comme l'adret (face sud ensoleillée) et l'ubac (face nord ombragée) d'une montagne, des opposés complémentaires dont la mise en relation crée la tension. Ils servent à rendre compte de la dynamique à l’œuvre dans les couples en interaction. Aucun ouvrage de Zou Yan ne nous est parvenu mais on connaît des éléments de sa pensée grâce à l'historien Sima Qian (145-) qui parle de son école du Yin-yang () à l'origine de la pensée corrélative, liant dans un vaste réseau de liaisons les phénomènes humains et naturels..
Au fil du temps, les notions de yin et de yang prennent des valeurs de plus en plus abstraites dans les discours des météorologues et des médecins. Elles investissent dès cette époque le champ de la physique en tant qu'émanation du ciel et de la terre et puissance d'animation qui préside au dynamisme de la nature et à la transformation des êtres et des choses.
Manuscrits de Mawangdui Le plus ancien texte développé sur le système yin-yang a été trouvé dans la tombe de Mawangdui, datant de 168 Le manuscrit développe une logique binaire : (Manuscrit de Mawangdui, trad. de Lévi, 2009.) La liste comporte d'opposés que nous donnons dans la table ci-contre.
+aires Yin-yang suivant lemanuscrit de MawangduiYIN 阴YANG 阳Terres CielAutomnePrintempsHiver ÉtéNuit Jourune petiteprincipauté une grande principautéun pays faible un pays puissantun homme désœuvré un homme occupéce qui se rétracte ce qui s'étendle ministre le souverainl'inférieur le supérieurla femme l'hommele fils le pèrele cadet l'aînéles plus jeunes les plus âgésles roturiers les noblesla misère la réussitele deuil mariage et naissanceêtre régenté régenterl'occupé l'occupantl'élève le maîtrele silence la parolerecevoir donner
Dans cette liste, le yin est associé au faible, au soumis et le yang au puissant, au dominant, suivant le système de valeurs de la société chinoise antique. La décomposition binaire peut s'appliquer aux phénomènes dynamiques ou statiques.
Lorsque la décomposition binaire est appliquée aux phénomènes statiques, elle associe métaphoriquement le yang au dominant (ou au positif) et le yin au dominé (ou au négatif). Dans cette liste, les paires ministre/souverain, homme/femme, père/fils, aîné/cadet, supérieur/inférieur, illustrent le système hiérarchique confucianiste très rigide, définissant la morale qui régente les relations hiérarchiques dans la société. L'ordre social est maintenu si chacun accomplit la fonction liée à son rang avec droiture et sincérité : le supérieur yang peut exercer sa domination sur l'inférieur yin dans la mesure où il assure avec respect sa protection et où l'inférieur manifeste sa loyautévoir un des Quatre Livres, le Zhong Yong, dont l'ancienne traduction de Couvreur est disponible sur Wikisource L'invariable milieu.
Au cours des siècles suivants, la décomposition binaire yin-yang va être appliquée à un grand nombre de phénomènes dynamiques dans lesquels les forces d'expansion et domination sont associées au yang et les forces contraires au yin. Le fonctionnement métaphorique de la pensée corrélative ne manquera pas d'en étendre la portée à un grand nombre de domaines.
L'école du Yin-yang et du Wuxing (les Cinq Agents) a donné les principes de base des cosmogenèses qui vont être développées sous la dynastie Han (-206, +220) et qui exerceront une influence durable dans le taoïsme et la médecine chinoise. Le fameux chapitre 42 du Dao de jing indique 道德经 道生一,一生二,二生三,三生万物。万物负阴而抱阳,冲气以为和. Le Huainanzi, un ouvrage d'inspiration taoïste, développe un modèle cosmologique partant du Dao où l'univers s'autocrée à partir du « souffle » (qi 气, prononcé tchi). L'actualisation de la multitude des êtres se réalise grâce à la dynamique yin-yang de deux forces complémentaires et opposées. (Huainan zi). Le yang est associé à une puissance d'activation et le yin porte l'aspect latent de la transformation.
Classique interne de l'empereur Jaune (Huangdi Nei Jing) Le texte fondateur de la médecine Huangdi Nei Jing Suwen est aussi le plus ancien ouvrage de médecine chinoise, compilé selon Unschuld entre le premier et le troisième siècle de notre ère. Il s'appuie sur trois grands systèmes explicatifs : les théories du qi (souffle), du yin-yang et des Cinq agents (wuxing).
Interdépendance dynamique du yin-yang Le Huangdi Nei Jing Suwen analyse suivant les mêmes principes (du yin-yang et du souffle 气 qi) les phénomènes naturels (comme les saisons) et les phénomènes physiologiques. Le qi anime aussi bien les organes humains, que le Ciel, la Terre et les saisons : on parle de qi des reins (shenqi 肾气), de qi des poumons (feiqi 肺气) et de qi du Ciel (tianqi 天气), de la Terre (diqi 地气), du printemps (chunqi 春气). Les qi sont donc très diversifiés ; il y en divers lieux (à l’intérieur de l’homme ou à l’extérieur) en diverses époques (qi propres au printemps, à l'été), il y en a simplement caractérisé par une qualité comme le reqi 热气 le qi calorique (ou de la chaleur), yangqi 阳气 le qi ayant les caractères yang, xieqi 邪气 le qi pathogène (causé par le qi du vent fengqi 风气, ou le qi du froid, ou de l’humidité ou le guiqi 鬼气 le qi d’un démon), weiqi 卫气 le qi gardien (de l’homme).
Le Yin et le Yang servent à qualifier le rythme fondamental qui anime le qi : le qi qui se meut, qui augmente est qualifié de yang (on parle aussi de yangqi ), celui qui revient à la quiétude est yin (ou yinqi). Les variations yin-yang du Ciel et de la Terre font apparaître des qualités particulières pour chacune des quatre saisons, que l'homme doit utiliser comme des modèles pour réguler ses actions et contrôler ses mouvements intérieurs et extérieurs. L'homme parfait (zhenren 真人) doit réguler son yin et son yang pour les harmoniser aux cycles des saisons, et par delà au Ciel et à la Terre. Chaque saison étant associée à un organe, il faut harmoniser le qi de l'organe au qi de la saison. Ainsi : (Huangdi Nei Jing Suwen, chap.2, 2-11-1traduction inspirée de celle de Rochat de la Vallée et de Unschuld). Le yang[qi] de l'hiver étant à son minimum, l'homme doit donc préserver le sien. C'est une explication naturaliste sophistiquée de la nécessité de se protéger du froid l'hiver. Avec l'arrivée du printemps, , le yang[qi] croît et le yin[qi] suit le mouvement inverse.
Aussi dans la moyenne antiquité, il y avait des sages (zhiren homme suprême) qui (Suwen chap.1中古之時,有至人者,...和於陰陽,調於四時 j'ai suivi la traduction de Unschuld).
L'expression he yu yinyang 和於陰陽 ne doit pas être confondue avec une expression proche yinyang he 陰陽和 métaph.. Comme on peut le voir, lorsque le Suwen examine les différents âges de la vie d'un homme, il indique qu' à l'âge de (Suwen, chap.1二八,腎氣盛,天癸至,精氣溢寫,陰陽和,故能有子 j'adopte la traduction de Unschuld, et reprend sa remarque signalant que la plupart des auteurs chinois interprètent yinyang he 陰陽和 comme une relation sexuelle entre l'homme et la femme. Le shen (reins) stocke l'essence (jing) et gouverne la reproduction et la croissance).
Au fil des premiers chapitres, le Suwen poursuit l'analyse des phénomènes dynamiques du Cosmos et de l'Homme suivant les modèles d'interdépendance du yin et du yang ou des variations corrélées de réduction et croissance. Le texte se présente comme un beau poème à la gloire de l'unité de la nature, dans lequel les phénomènes météorologiques (vent, chaud, froid) sont mis en correspondance avec les émotions (colère, allégresse) et l'état de santé de l'homme. Les rythmes du Ciel, la Terre et l'Homme s'enracinent dans une même et l'Homme sage (qui cherche la bonne santé) doit se régler sur le Cosmos.
La classification binaire de type yin-yang Toutefois, la catégorisation en paires yin-yang est aussi utilisée pour produire des classifications dichotomiques. C'est le cas quand, à partir du chapitre 4, le Suwen aborde l'anatomie (organes (zang 藏) et entrailles (fu 腑), méridiens et ramifications (jingluo 经络)), la pathologie et l'étiologie. Ainsi (Suwen, chap. 4) Alors que dans les premiers chapitres, le yang[qi] de l'homme variait continûment avec celui des saisons, ici, l'extérieur (par rapport à l'intérieur) ne peut pas être plus ou moins yang, il est ou n'est pas yang. Pourtant, le Suwen trouve le moyen de s’accommoder de changement d'étiquetage pour les besoins d'une classification. Peu après avoir étiqueté le cœur comme un organe (zang) de type yin (citation précédente), il indique: (Suwen, chap.4) Wang Bing justifie ce changement de catégorie du cœur, en disant . Pourtant le poumon, organe de type yin situé aussi au Réchauffeur supérieur reste femelle, image du Ciel obscur et mystérieux.
Ainsi, pour pallier la rigidité classificatoire, le Suwen introduit donc une combinatoire du yin (ou du yang) dans le yang (ou le yin) pour le rythme nycthéméral ou en anatomie: thumb|Classification binaire yin-yang du nycthémère selon le Huangdi nei jing (Suwen, chap.4) Remarque : la période qui va du lever au coucher du soleil est yang car le soleil (et la lumière) est yang, le matin le soleil monte et l'après-midi il descend donc ce sont des périodes yang/yin (correspondant à montée/descente), la nuit est yin en raison de l'ombre. Pour la suite, Wang Bing dit .
Les principes de catégorisation yin-yang sont multiples et souples : il est toujours possible de jouer sur les métaphores dynamiques ou sur les divisions spatialo-temporelles. Aussi, tout confirme l'assertion du chapitre 25: (Suwen, chap. 25, 25-160-5).