César-Guillaume de La Luzerne, né à Paris le et mort dans cette même ville le , est un homme d'Église et homme d'État français des .

Biographie Sa famille était une des plus illustres de la Normandie, issue de La Luzerne et non de La Lucerne (malgré ce qu'en prétend le chevalier de CourcellesLa maison de La Luzerne tire son nom d'une terre avec paroisse, située entre Avranches et Granville, à deux lieues et demie au nord-ouest de la première ville, et possédée, au , par Thomas de La Luzerne, chevalier, qui, en , accompagna Robert, duc de Normandie, à la conquête de la Palestine.Courcelles, Histoire généalogique et héraldique des pairs de France, vol. 7, 1826, , ). César-Antoine, père du cardinal, était maréchal des camps et armées du roi, et avait épousé en secondes noces Marie-Elisabeth de Lamoignon de Blancmesnil (-), fille du chancelier de Lamoignon et la sœur de Malesherbes, président et ensuite ministre. Des trois enfants qui sortirent de ce mariage, savoir, César Henri, César-Guillaume et Anne-César, l'aîné et le troisième furent, l'un, ministre de la Marine sous , l'autre, ambassadeur aux États-Unis et à la cour de Londres.

César-Guillaume, d'abord chevalier de Malte, destiné par sa famille à l'état ecclésiastique, entra dans le séminaire Saint-Magloire. Jeune encore, par le crédit de son grand-père, le chancelier Lamoigon, il obtint plusieurs bénéfices, et fut nommé, en , chanoine de la cathédrale de Paris. Par la même protection, il devint, deux ans après (), abbé de Mortemer.

Ses études furent brillantes : il fit sa théologie au collège de Navarre, et se distingua tellement, qu'il fut proclamé, en , le premier de sa promotion. Dillon, qui venait d'être nommé archevêque de Narbonne, le choisit pour son grand vicaire.

L'abbé de La Luzerne possédait, dans le diocèse de Grenoble, la , et la province ecclésiastique de Vienne le nomma, en , agent général du clergé de France, place très difficile à cette époque, par les contestations survenues entre le clergé et les parlements.

Il eut pour collègue l'abbé de Cicé (depuis évêque de Rodez, ensuite archevêque de Bordeaux, puis d'Aix), et s'acquitta de ses fonctions. Les deux agents eurent part aux actes de l'assemblée de , et présentèrent , en , contre le réquisitoire de M. Castillon, avocat général au parlement de Provence, sur les actes du clergéVoy. les Actes de la dernière assemblée du clergé sur la religion vengée par le clergé et par le roi, des attaques de M. de Castillon, , in-12.. Le conseil ordonna la suppression du réquisitoire.

Il publia avec Cicé les Rapports de l’agence, contenant les principales affaires du clergé, qui se sont passées depuis l’année 1765 jusqu’en l’année 1770, où ils relatent leurs expériences d'agents du clergé.

Évêque-duc de Langres Le , le roi nomma La Luzerne évêque-duc de Langres (l'évêché avait le titre de duché-pairie), pour succéder à Gilbert Gaspard de Montmorin de Saint-Hérem. Il fit son entrée à Langres, le , et prêta, à genoux la main sur l'Évangile, dans la salle capitulaire ouverte au public, le serment de conserver les privilèges du chapitre.

Sacré le du même mois par Christophe de Beaumont du Repaire, il resta néanmoins chanoine honoraire de la métropole de Paris, assista à l'assemblée du clergé de cette année, et à celle de .

Il commence son épiscopat, en , par un mandement sur le jubilé universel accordé par le pape , et dont il fait l'ouverture solennelle. On rebâtissait alors avec magnificence le grand hôpital de Langres ; il y contribue pour . Il approuve l'établissement d'une caisse en faveur des incendiés, exhorte ses diocésains à venir à leur secours, et trace un règlement utile sur cet objet. L'évêque, en qualité de pair de France, prend séance au Parlement, en , et, l'année suivante, il prononce dans la métropole de Paris l'oraison funèbre de , et l'année suivante, toujours à Notre-Dame, celle de .

Il ordonne, en , dans tout le diocèse, un service solennel pour le feu roi . Il obtient un arrêt du Conseil autorisant la création d'un petit séminaire pour les élèves de philosophie seulement, lequel est établi dans la maison occupée par les étudiants en théologie, mais formant une communauté à part<ref>LAlmanach historique de la ville et du diocèse de Langres pour l'année porte : </ref>.

De concert avec les magistrats de Chaumont, il établit les Doctrinaires au collège de cette ville.

Le jubilé accordé par , est publié par le prélat qui fait imprimer, en , le nouveau Cérémonial du culte à l'usage de son diocèseFruit des observations de Hubert Caublot, né à Poinson-lez-Nogent, l'un des directeurs du séminaire, et qui a aussi composé un livre très-estimé et très-applaudi, même des musiciens, intitulé : Principes du chant.. Les étrangers étaient édifiés du bel ordre, de la symétrie, de l'uniformité, de la décence et de la majesté des cérémonies religieuses qu'il avait introduites au séminaire.

Le prélat, qui avait toujours eu les plus grands égards pour ses chanoines, fait avec eux un accord sur un procès intenté contre son prédécesseur relativement à la portion qu'il devait payer pour la construction des tours et du portail de la cathédrale Saint-Mammès de Langres. Pour cela une des forêts de l'évêché est cédée au chapitre.

Il remit, en , son abbaye de Mortemer, et fut nommé à celle de Bourgueil (diocèse d'Angers). Il publia diverses Ordonnances et Lettres pastorales .

L'évêque convoqua à Langres un synode général le . De la chapelle du séminaire, désignée pour tenir cette assemblée, environ cinq cents ecclésiastiques, en habit de chœur et avec l'étole, se rendent processionnellement à l'église cathédrale où le pontife célèbre la messe solennelle du Saint-Esprit : on revient dans le même ordre pour ouvrir la première séance. Ce fut particulièrement dans ce synode qu'on découvrit toute l'étendue de la science, du talent, de l'érudition, de la sagacité et de la supériorité de lumières du prélat qui acheva de gagner la confiance et l'affection de ses coopérateurs.

Dès ce moment, enflammé d'une nouvelle ardeur, il se voue tout entier à l'édification, à l'instruction et au bien de ses diocésains. Il forme le projet de leur donner une liturgie nouvelle, complète, uniforme, et y travaille avec assiduité. Les personnes éclairées qui avaient eu connaissance de son plan, et de quelques parties déjà exécutées, en parlaient avec admiration : la Révolution française mit fin à ce projet.

En , il met tous ses soins à former les jeunes ecclésiastiques au talent et au ministère de la parole. Il établit dans son séminaire une chaire d'éloquence chrétienne. Les étudiants en théologie passaient les deux premières années en pension chez des particuliers de la ville : la dissipation à laquelle ils étaient exposés, pouvait devenir nuisible et quelquefois funeste à leur vertu : La Luzerne supprime d'abord une de ces années, et ensuite toutes les deux : le cours de théologie fut fixé à trois ans, passés dans l'intérieur du séminaire, pour lequel il donne des .

Vers , pour l'entretien et la décoration de la cathédrale, La Luzerne fait la réunion à la fabrique de Saint-Mammès de toutes les chapelles de l'église cathédrale, laissant seulement aux la faculté de résigner encore une fois seulement. L'année suivante, il fait publier dans toutes les paroisses de son diocèse, son Instruction pastorale sur l'excellence de la Religion.La veille de la Révolution, l'évêque faisait bâtir à grands frais une aile du magnifique château de Mussy-sur-Seine : il fait aussi des réparations très considérables au palais épiscopal de Langres, abandonné depuis longtemps, et qu'il avait résolu d'habiter ; mais il n'y coucha que la veille de son départ pour une terre étrangère.

États généraux Membre de l'Assemblée des notables en , il fut élu député du clergé aux États généraux, le , par le bailliage de Langres. Dans un mandement du mois de janvier précédent, il avait offert de consacrer la moitié de son revenu .

La décision rendue sur la double représentation du tiers, et le vote par tête qui en devenait le résultat inévitable, lui arrachèrent cette exclamation prophétique : et, dès lors, il se rangea parmi les orateurs qui opinèrent pour l'établissement d'un système représentatif semblable à celui que la charte de 1814 a consacré depuis. S'étant aperçu des suites qu'auraient les premières opérations du tiers-état, il fit distribuer, le , aux députés du clergé un Mémoire demandant la permanence de la distinction des trois ordres par l'établissement de deux Chambres. Mirabeau réfuta vivement cette idée de Chambre haute et de Chambre basse, la première étant une menace ou une défense contre la seconde. Battu sur ce point, La Luzerne demanda d'accorder de plus à la noblesse et autant au clergé. Cette proposition ne fut pas mieux accueillie, et Mirabeau la combattit encore dans ses Lettres à mes commettants. de La Luzerne présida l'Assemblée constituante en ; mais, attaché aux privilèges de son ordre, il se retira dans son diocèse après les événements des 5 et 6 octobre.

Le On trouve dans une petite brochure de la même époque : , M. de La Luzerne, avait fait passer à ses diocésains, sur l'invitation du roi, un Mandement par lequel il les exhortait . Malade et fort troublé de tout ce qu'il prévoyait, il envoya sa démission le , par la lettre suivante :

Depuis son diocèse, il adhéra à l'exposition des principes des trente évêques, refusa le (), de coopérer à la suppression de son chapitre, et, le , il adressa aux administrateurs de la Haute-Marne une Lettre énergique qui réclamait contre leurs arrêtés, et rendait compte de ses principes. Il adressa encore d'autres lettres, non moins , et qui combattaient les principes du jour, savoir, aux officiers municipaux de Langres, sur son refus de prêter serment à la constitution civile du clergé ; à M. Becquey, procureur-général et syndic du département, qui répliqua, et auquel le prélat fit une réponse . On imprime, la même année , un ouvrage théologique du Prélat, gros vol. in-4.° à deux colonnes, intitulé : Instructions sur le Rituel de Langres. Cet ouvrage, qui devait servir de règle aux pasteurs, comme ministres des sacrements, faisait le complément du Rituel administratif qui devait paraître ensuite. Il publia aussi un Examen de l'instruction de l'Assemblée nationale sur l'organisation prétendue civile du clergé.

Sur la fin de et au commencement de , La Luzerne est gravement inculpé à l'occasion de la nouvelle constitution du Clergé : on prend contre lui des mesures sévères. Pour sa justification, ce prélat fait imprimer plusieurs ouvrages polémiques, mais d'une grande force de raisonnement : des répliques et des diatribes sont aussi imprimées. , on fait brûler ses ouvrages. Le , il fait imprimer une Instruction aux curés et aux autres prêtres de son diocèse qui n'avaient pas prêté le serment par laquelle il leur donne des pouvoirs extraordinaires pendant la durée du schisme. Cette instruction fut adoptée par trente-trois évêques français. Dans son Instruction pastorale sur le schisme de France (réimprimée à Langres en ), il parla sur les principales matières contestées.

Cette courageuse résistance ne pouvait que redoubler les persécutions. On le priva de son évêché : bientôt il fut obligé de quitter la France.

Émigration

Il émigra, d'abord en Suisse, et de là à Constance, où il prêcha, le jour de Pâques , un sermon sur les causes de l'''incrédulité (publié en ). Il séjourna plusieurs années dans cette ville, et y accueillit les prêtres de son diocèse émigrés comme lui. Il en avait toujours douze à sa table, et vendit, pour remplir cette œuvre de charité, jusqu'à ses boucles d'or et sa croix épiscopale.

S'étant rendu en Autriche, auprès de son frère César Henri, qui demeurait à (Braunau am Inn ?), il y resta jusqu'à la mort de cet ancien ministre arrivée en . Il resta auprès de sa famille jusqu'au retour de celle-ci pour la France en .