vignette|Piles de fondations romaines et vue sur le djebel Boukornine. vignette|Quartier punique sur le flanc sud de Byrsa. vignette|Façade du musée national de Carthage, l'ancien monastère des Pères blancs. vignette|Ancienne cathédrale Saint-Louis vue du site archéologique, côté sud. vignette|Maquette avec les éléments puniques et romains subsistants. vignette|Localisation de Carthage dans le bassin méditerranéen.

Byrsa est une colline qui abrite de nos jours le site du musée national de Carthage et de la cathédrale Saint-Louis et appartient au site archéologique de Carthage en Tunisie.

La colline, mentionnée dès les premiers jours de la cité punique selon les sources écrites et les récits de fondation dont l'héroïne est Elissa-Didon, a vraisemblablement été le lieu de la citadelle qui constitua le dernier réduit des Carthaginois lors de la troisième guerre punique. À l'époque romaine, le lieu est occupé par de vastes constructions publiques après un réaménagement considérable de l'espace naturel qui est adapté au projet urbanistique de l'empereur Auguste. Après un long abandon, le site est réoccupé sur le plateau sommital par de nouvelles constructions à finalité religieuse, dans le contexte colonial du , principalement une cathédrale et un séminaire des Pères blancs, dont l'objectif est à la fois apostolique et archéologique. Ce séminaire abrite le produit des fouilles effectuées à Carthage et accueille toujours le musée national de Carthage. Une chapelle dédiée au roi français (Saint Louis), mort à Tunis en 1270, a occupé une partie du sommet durant un siècle (1850-1950).

La colline est désormais un espace muséal complet, avec des musées (musée archéologique et ancienne cathédrale) et une zone de vestiges en plein air. Sur un espace chargé d'histoire, un retour au passé pré-romain est possible à la suite des travaux effectués dans le cadre de la campagne internationale de l'Unesco et en dépit de la malédiction de Caton l'Ancien. En effet, le site, outre le musée et la cathédrale néo-byzantine aujourd'hui désaffectée, présente essentiellement aux visiteurs des vestiges d'un quartier de la cité punique à l'époque hellénistique. Cependant, les études récentes ont mis en exergue les aménagements importants et exceptionnels de ce qui a été considéré comme le centre de la colonie romaine, même si les vestiges ne sont pas à la hauteur de ce qui exista.

Étymologie et histoire Étymologie On a identifié le lieu longtemps dénommé « colline Saint Louis », point culminant de Carthage, comme étant Byrsa, l'antique citadelle punique, pour des raisons essentiellement topographiques.Dossier de l'identification dans .. La colline fait aujourd'hui de hauteur..

L'appellation « Byrsa » proviendrait du terme grec signifiant « cuir ». Selon VirgileVirgile, L'Énéide, Livre , 367. et JustinJustin, Epitoma historiarum Philippicarum Pompei Trogi, Livre , 5, 9., elle se rattache à la légende de la fondation de Carthage par Didon : celle-ci se voyant octroyer par les indigènes autant de terres que peut contenir une peau de bœuf (le cuir), elle découpe cette dernière en une fine lamelle et en fait une longue lanière de quatre kilomètres de long dont elle se sert pour délimiter le plus grand périmètre possibleDidon avait ainsi intuitivement trouvé la solution au problème isopérimétrique dans un demi-plan euclidien. : ce sera la future Carthage.

Déjà Stéphane Gsell fait en 1913 le lien entre la légende grecque et un mot phénicien « d'un sens tout différent, qui se prononçait à peu près de la même manière », cité par .. Cette légende est diffusée à partir de l'époque où Carthage est imprégnée d'hellénisme. Il peut être noté que le nom n'est pas certain avant le Peut-être faudrait-il plutôt rechercher l'origine de « Byrsa » dans un mot sémitique comme bostra (« escarpement ») ou même akkadien comme birtu, signifiant « forteresse »Werner Huß, « Der Name der Byrsa von Karthago », Klio, Livre , 1982, ..

Edward Lipinski lie pour sa part la légende du découpage de la peau de bœuf à un rite d'origine orientale de prise de possession du site après en avoir fait le tour.. Le même évoque l'hypothèse que l'origine du toponyme viendrait de termes signifiant « puits de brebis », le terme utilisé dénotant une construction et non une source naturelle, cette dernière se situant à proximité du rivage..

Histoire d'un site Byrsa comme lieu de la Carthage primitive ?

vignette|Plan des divers éléments du site archéologique de Carthage : Byrsa est figurée au .

L'installation des Tyriens à Carthage et dans l'actuelle Tunisie pourrait aller de soi dans le cadre de l'expansion méditerranéenne des Phéniciens, avec une localisation parfaite, entre mer et collines, bien meilleure qu'à Utique : le vieux comptoir fondé en selon la tradition littéraire « ne leur paraissait pas propre à satisfaire les besoins d'une population nombreuse ».. À cette exigence de sécurité devait correspondre un site exceptionnel qui permettrait d'avoir un point d'ancrage fiable et stratégiquement intéressant pour le développement commercial escompté.

Place de Byrsa dans le site de Carthage Au sud-ouest du site se situait une vaste lagune nauséabonde mais poissonneuse : l'actuel lac de Tunis. Au nord se trouvait le golfe d'Utique, qui peu à peu s'encombra des alluvions de l'actuelle Medjerda. Le paysage du site est marqué par des collines formant un arc ouvert vers l'ouest, offrant ainsi une ample vision sur la mer et également une certaine protection par la présence de falaises. Au sud, on trouve une plaine littorale bordée de baies à proximité du tophet de Salammbô.

L'occupation d'une colline offrait-elle à elle seule la sécurité nécessaire ? Si l'on fait le parallèle avec bien des sites, le rôle de citadelle semble certain, par l'utilisation classique des points hauts comme acropole ( ou ville haute). Mais il serait étonnant que les colons se soient contentés de la colline, tandis que l'isthme était à leur disposition. Le site et l'isthme couvrent une superficie d'environ au total, un espace suffisant pour une colonie prospère.

Ébauche d'histoire Antiquité Les sources mettent en parallèle Byrsa, citadelle et zone d'habitat dense, et Mégara, un faubourg moins dense : « Au milieu de la ville se situait l'acropole, qu'on appelait Byrsa »Strabon, Γεωγραφικά (Geôgraphiká), Livre , 3, 14.. Sur l'acropole se trouvaient la citadelle et le temple le plus important de la cité, celui d'Eshmoun.

Toute la ville archaïque s'est développée entre la mer et la colline alors que le sud de la colline a vu apparaître une nécropole à l'époque archaïque. Des ateliers métallurgiques du ont pu y être reconnus. Un quartier d'habitat tardif a été installé sur le flanc de la colline au début du La troisième guerre punique aboutit à la chute de la cité punique. Le sol de la cité de Carthage est maudit et, durant un siècle, il n'y a pas d'occupation avérée sur la colline comme dans le reste de la ville. Après une tentative manquée de création coloniale en par Caius Gracchus, le projet est repris par Jules César mais réalisé par le futur empereur Auguste à partir de sous le nom de à partir du point topographique représenté par la colline de Byrsa, qui devient après des travaux l'emplacement du forum..

vignette|Plan en coupe de la colline de Byrsa avec mise en lumière de l'arasement qu'elle a subi. vignette|gauche|Terrassement de Byrsa à l'époque romaine.

Le sommet de la colline a été totalement arasé, faisant disparaître à tout jamais l'espace ayant résisté le plus longtemps aux soldats de Scipion l'Africain durant la troisième guerre punique. Comme l'écrit Serge Lancel, « cette éradication qui n'était pas sans motivations politiques a fait disparaître toute trace de ce qui avait toute chance d'être, depuis les origines, le cœur religieux de la métropole punique ».. L'aménagement romain a permis d'installer une vaste esplanade de autour de laquelle furent construits les monuments du forum de la colonie, ce dès le début de la colonie augustéenne. Cette appropriation de l'espace était politique et ne répondait pas à une utilité autre que témoigner de la grandeur de l'Empire romain. Siège du proconsul, représentant de l'empereur, Carthage devait se montrer digne de Rome.

Après un incendie qui touche Carthage vers 150, la cité fait l'objet d'importants travaux à l'époque antonine et sévérienne..

Le père Alfred Louis Delattre a découvert des citernes, peut-être d'époque médiévale. donc susceptibles de témoigner d'une continuation de l'occupation du site. Certains auteurs ont évoqué l'hypothèse que se situait sur la colline le ribat de Carthage.

Époque moderne et contemporaine : de saint Louis à Byrsa

vignette|Cathédrale Saint-Louis sur le sommet de Byrsa vers 1890.

Dans le contexte d'abandon qui suit sa chute et qui caractérise pour plus d'un millénaire Carthage, si l'on ne tient pas compte de la prédation du site pour en récupérer les matériaux de construction, le silence envahit le site qui vécut les dernières heures de la domination punique et la grandeur de la capitale de la Proconsulaire romaine. Au début du , Carthage est vue selon une perspective romantique. Ainsi, Chateaubriand écrit :

Pour se retrouver dans ces ruines, il est nécessaire de suivre une marche méthodique [...] le sommet de l'acropole offre un terrain uni, semé de petits morceaux de marbre, et qui est visiblement l'aire d'un palais ou d'un temple. Si l'on tient pour le palais, ce sera le palais de Didon ; si l'on préfère le temple, il faudra reconnaître celui d'Esculape..

Du fait de la tradition situant la mort de saint Louis en 1270, durant la huitième croisade, sous les murs de Carthage, une chapelle est prévue dès 1830 mais consacrée une décennie plus tard sur la colline après l'autorisation donnée par .

Avec l'avènement du protectorat et l'installation des Pères blancs, l'occupation du sommet du plateau voit la construction de la cathédrale néo-byzantine actuelle entre 1884 et 1890. Désaffectée après l'indépendance, la cathédrale est consacrée à la culture depuis 1993.

Le musée Lavigerie ouvert en 1875 et devenu le musée national de Carthage en 1964, est de nouveau ouvert depuis la fin des années 1990 après avoir été longtemps fermé pour restructuration.

Archéologie sur la colline de Byrsa à partir du Recherches des traces de l'époque punique Le site est dépouillé au moment de la visite de Chateaubriand et connaît une première emprise avec la construction de la chapelle Saint-Louis élevée au milieu d'une enceinte octogonale, à partir de 1840, à la suite d'une décision prise en 1830..

vignette|gauche|Fouilles autour de la cathédrale (début du ). vignette|Ariche, le jeune homme de Byrsa retrouvé en 1994.

Les premières fouilles du site sont effectuées en 1859 par Charles Ernest Beulé qui dispose d'un site quasiment vierge et découvre les absides romaines qui portent encore son nom. Le père Alfred Louis Delattre prend le relais à partir de 1880 et surtout de 1893. Il trouve essentiellement une nécropole sur le flanc sud-ouest de la colline, les sépultures étant ouvertes de 1880 à 1897.. Les sondages effectués par ailleurs ont peu été exploités et n'ont été qu'incomplètement publiés, le fouilleur indiquant avoir retrouvé des éléments des fortifications puniques et du temple d'Eshmoun, mais aucun relevé n'est effectué.. Le père Delattre retrouve également une fosse commune contenant « plusieurs centaines de squelettes » empilés avec des monnaies datables du début du ..