L’Anglo-arabe français est une race de chevaux de selle à sang chaud, issue comme tous les Anglo-arabes du croisement entre deux races, le Pur-sang et l'Arabe. Les premiers croisements débutent vraisemblablement à la fin du . Ils sont ensuite pratiqués au Haras national du Pin durant les années 1840, puis étendus à deux races autochtones du Sud-Ouest français, dans le Limousin et le Midi.
Par définition, l'Anglo-arabe français est morphologiquement peu homogène, l'importance d'origines des deux races parentes influant grandement sur le modèle. Il est néanmoins caractérisé par ses allures, sa légèreté, son adresse, son courage et sa forte personnalité. Plusieurs appellations existent au sein de la race française, permettant de distinguer la part plus ou moins importante d'origines arabes chez l'animal, et la présence ou pas d'autres courants de sang mineurs : Anglo-arabe pour les animaux issus de croisements entre le Pur-sang et l'Arabe avec au minimum 12,5 % d'origines arabes, et Anglo part-bred pour les chevaux ayant au minimum 3 % d'origines arabes, en autorisant les croisements avec d'autres races. L'abréviation officielle est AA, mais il est fréquemment surnommé « anglo ».
L'Anglo-arabe reste particulièrement représenté dans le sud-ouest de la France. Cette race s'est fait connaître pour ses performances sportives, en saut d'obstacles jusqu'aux années 1980, et depuis, en concours complet d'équitation. Des courses spéciales, de plat et d'obstacles, lui sont réservées dans différents pays du bassin méditerranéen. Si son élevage pour les courses est resté relativement stable en France depuis une vingtaine d'années, l'élevage de sport traverse une crise. Les nouvelles naissances ont fortement chuté dans les années 2000, au point qu'il est considéré comme « menacé ».
Dénomination L'Anglo-arabe tient son nom du croisement entre les deux races de chevaux qui le constituent, le Pur-sang anglais et l'Arabe.
L'hippologue et directeur de haras Eugène Gayot a longtemps été considéré comme l'inventeur de la raceIl n'en est pas réellement l'inventeur, mais en reste le principal propagateur, voir le chapitre idoine. et du nom d'« Anglo-arabe »Le nom peut s'écrire avec une majuscule, une minuscule, voire deux majuscules à l'international.. En 1850, il estime que le haras de Pompadour a créé de toutes pièces le , qui s'appellera plus tard , défini comme une race particulière, essentiellement présente dans le Midi et le Limousin. S'il généralise le nom d'Anglo-arabe, notamment dans ses ouvrages, et le rend générique, ce nom est employé antérieurement dans la région. Il figure notamment dans un bulletin en 1846. L'emploi du nom d'Anglo-arabe reste occasionnel dans les années 1850, puis est officialisé en 1861. La terminologie est abandonnée. De nos jours, l'Anglo-arabe est souvent appelé familièrement .. Autrefois, il portait aussi le nom de « Tarbais ».
La race française de l'Anglo-arabe français est nommée à l'international french anglo-arab. Elle est considérée comme étant d'origine française car la France fut le premier pays à lui créer un registre généalogique, en 1833. Par comparaison, la Grande-Bretagne n'avait toujours pas officialisé cette race dans les années 1990. Des croisements entre Pur-sang et Arabe ont été et sont toujours pratiqués dans bon nombre de pays, sous d'autres noms. L'Hispano-arabe (en Espagne), le cheval de Pleven (en Bulgarie) et le Trakehner allemand sont très proches de l'Anglo-arabe français, dont ils partagent les qualités. En Sardaigne, l'Anglo-arabe sarde a été créé par le même type de croisements, tout comme en Russie l'Orlov-Rostopchin. et le Strelets..
Histoire
Bien que le croisement entre Arabe et Pur-sang soit pratiqué dans de nombreux pays du monde, la sélection pratiquée en France au a atteint un degré d'excellence tel que l'Anglo-arabe y possède un statut de race à part entière, ce qui n'est pas le cas dans la plupart des autres pays. De ce fait, bien que le Royaume-Uni ait précédé pour pratiquer ce type de croisement, l'Anglo-arabe est considéré comme ayant été perfectionné en France. Avec le Selle français, c'est l'une des deux grandes races de chevaux de selle à sang chaud d'origine française.
L'histoire de l’Anglo-arabe français est liée à la politique menée par l’administration des haras français au cours du . Si des tentatives de croisement ont eu lieu dans la région de Tarbes et dans le Limousin, menant notamment à la naissance du , c’est sous la direction de Raoul de Bonneval, puis d’Antonin Laurent Chébrou de Lespinats et d’Eugène Gayot, que la race est créée et prend son essor. Destiné un premier temps à la remonte militaire, l'Anglo-arabe français a été orienté vers les courses après la Première Guerre mondiale. Il faut attendre le pour voir les premiers chevaux de sport.
Prémices Les premières tentatives connues de croisement entre Pur-sang et Arabe, en France, sont réalisés à la fin du , grâce aux haras nationaux. La création de haras à Tarbes et à Pau en 1806 vise à fournir les armées de Napoléon . Ces haras sont approvisionnés en animaux de race Barbe, Andalou et Arabe, ils pratiquent de nombreux croisement qui inspirent aussi les éleveurs privés de la région. Napoléon est particulièrement séduit par les qualités de l'Arabe.
En 1806, cinq étalons et cinq juments Arabes venus d'Égypte sont envoyés à Pompadour. Leur présence conduit à la naissance de l'Anglo-arabe du Limousin. Au haras de Tarbes, une sélection d’étalons Arabes (mais aussi turcs et persans.) est importée dans le Béarn et la Navarre, puis croisée avec ce qui reste de l'ancienne jumenterie navarrine.. C’est ainsi que naît le ou , un cheval élancé et endurant, excellent en trait léger et pour la selle.. Il possède la taille requise pour la cavalerie légère, mais dépasse rarement .. Il est possible que des Anglo-arabe soient nés dans la région du Limousin sans être répertoriés, puisque les statistiques du département attestent de la présence du Pur-sang dès 1778, et de l'Arabe à partir de 1789.
Création et développement de la race au vignette|gauche|Gravure d'un étalon Anglo-arabe dans l'encyclopédie pratique de l'agriculteur, publiée par Firmin-Didot et Cie, tome 5, 1877.|alt=La gravure présente le profil gauche d’un cheval à la robe sombre.
L'Anglo-arabe est véritablement sélectionné au début du .
Raoul de Bonneval Sous l’impulsion de l'administration des haras nationaux, vers les années 1840Charles Cormier date la naissance des premiers Anglo-arabes à 1852, mais il s'agit d'une erreur. Voir ., Raoul de Bonneval croise le Pur-sang, connu pour sa vitesse, et l'Arabe, perçu comme améliorateur. Il utilise pour cela deux étalons arabes, Massoud et Aslan, cheval turc, ainsi que trois juments Pur-sang importées d’Angleterre, nommées Selim Mare, Dear et Comus Mare. Leurs trois filles Delphine, Galatée et Danae, puis leurs descendantes Agar et Quine, sont les génitrices de la première race de chevaux de sport en France. La première jumenterie Anglo-arabe naît au haras du Pin. Le haras de Rosières-aux-Salines compte lui aussi à la même époque plusieurs sujets issus de tels croisements. Amenés à Pompadour, ces chevaux sont à la base du développement véritable de la race Anglo-arabeRaoul de Bonneval, Les haras français p. IX, cité par . ; aussi, Pompadour est cité comme le ..
Eugène Gayot et Antonin Laurent Chebrou de Lespinats
Le développement de la race est surtout le fait d’Eugène Gayot, directeur des haras du Pin et de Pompadour. Il pense que l’Anglo-arabe croisé avec les races autochtones (limousines et tarbaises) doit donner . L'Arabe est en faveur dans les années 1830, en raison de la conquête de l'Algérie par la France qui entraîne une redécouverte de cette race largement mise à contribution à l'époque napoléonienne. De plus, le Sud de la France est considéré comme une région idéale pour l'élevage de tels chevaux. Eugène Gayot affirme la supériorité des étalons Anglo-arabe sur les autres races locales du Sud-Ouest, disant dans ses ouvrages qu'ils ..
De la même manière, Antonin Laurent Chebrou de Lespinats prend en charge les descendants des étalons Arabe Massoud et Nichab depuis leur arrivée du haras du Pin, et s'occupe en 1833 de précieuses juments arabes importées depuis la Hongrie. Grâce à ses échanges de reproducteurs, il permet le développement de l'élevage privé dans la région du Sud-Ouest, où l'Anglo-arabe se répand peu à peu.
Sélection et développement
vignette|Le cheval navarrin est l’une des races autochtones croisées au pour produire de l’Anglo-arabe.|alt=Gravure représentant un cheval à la robe claire en train de piaffer ; il est tenu en main par un homme en costume traditionnel qui semble le présenter à un homme corpulent en manteau et en haut de forme.
La race rencontre peu de succès dans un premier temps, puisqu'elle n'intéresse qu'un faible nombre d'éleveurs, généralement issus de familles fortunées. Les premières productions sont orientées vers le cheval de courses et le cheval de luxe. D'autre part, la concurrence de l'Anglo-normand, un cheval carrossier, pousse nombre d'éleveurs à tenter des croisements avec ce dernier, et les détourne de l'Anglo-arabe. Le libéralisme économique fait que l'État se désengage peu à peu de la production. En 1861, la jumenterie de Pompadour (avec 46 juments et pouliches de la race) est fermée, l'initiative privée étant considérée comme suffisante. C'est à la même époque que les premières courses réservées aux Anglo-arabe sont organisées, dans le Sud-Ouest.
La réforme des haras entreprise à travers la loi du entraîne un développement de l'élevage d'Anglo-arabe à destination de la cavalerie légère. Le haras national de Pau-Gelos près de Pau, puis, à partir de la deuxième moitié du , le Limousin, ont contribué à la sélection de ce cheval : un groupe de juments originaires de Tarbes et du Limousin y est accouplé avec des étalons Pur-sang et Arabe.
Dans le Palois et près de Tarbes
Le Pur-sang puis l'Arabe sont croisés avec le cheval navarrin, une race aux origines espagnoles ayant un petit modèle, plutôt plat, mais d’une grande robustesse. Le Navarrin est absorbé par l'Anglo-arabe, en particulier au haras de Tarbes. Le programme d'élevage s'achève officiellement en 1852, mais la race locale garde quelque temps son nom de .. Les registres du dépôt d'étalons de Tarbes, soigneusement tenus, donnent une idée précise du développement de l'Anglo-arabe et de la disparition du Navarrin. En 1830, il compte six étalons Pur-sang, cinq Arabe, vingt-trois arabes croisés et dix-neuf étalons de l'ancienne race navarrine. Vingt ans plus tard, en 1850, les étalons navarrins ont tous disparu, le haras compte vingt-cinq Pur-sang et vingt-sept Arabe.
Dans le Limousin
Dans le Limousin, la forte demande en chevaux de cavalerie ne s'accorde pas avec les choix des garde-étalons des haras, qui privilégient le Pur-sangPierre Vallin dans .. La création de courses hippiques à Pompadour à partir de 1820 est une motivation pour reprendre l'élevage dans la régionPierre Vallin dans .. Des croisements de type Anglo-arabe sont réalisés avec le cheval limousin qui, lui aussi imprégné de sang espagnol, est plus grand et étoffé que le navarrin. Le haras de Pompadour compte de moins en moins de chevaux limousins au profit de l'Anglo-arabe. Parallèlement, les éleveurs de la région emploient de plus en plus de croisements avec le Pur-sang.. De nos jours encore, les Anglo-arabe du Sud-Ouest sont plus légers dans le modèle que ceux de souche limousine, qui ont plus de taille et de cadre. Des juments nivernaises et normandes ont aussi été utilisées pour produire de l'Anglo-arabe dans cette région.
Codification et fixation
vignette|gauche|, jument Anglo-arabe née en 1892. |alt=La gravure présente le profil droit d’un cheval à la robe sombre équipé d’un filet.