Philippe Musard (1792-1859) est un des plus illustres représentants de la musique festive de danses de Paris au La renaissance possible de celle-ci amènera à en parler. « Musique festive de danses de Paris au », c'est très long et peu pratique à utiliser. C'est pourquoi, en avril 2008, Basile Pachkoff, qui fait partie de ceux qui s'efforcent de faire renaître et rejouer cette musique, a proposé de la baptiser musique musardienne., compositeur et chef d'orchestre français. Sa carrière, commencée à Londres et poursuivie à Paris, a duré des dizaines d'années. Il a connu une célébrité internationale et est à présent oublié.

C'est, de son vivant, une personnalité parisienne admirée et aussi moquée, notamment à propos de sa laideur physique. Cet humour est notamment illustré par des caricatures de Cham ou bien encore, par exemple, par la Complainte lamentable sur la naissance, la vie et la mort du célèbrrrrre Musard, dit Napoléon III à chanter sur l'air de la Complainte de Fualdès Complainte lamentable sur la Naissance, la Vie et la Mort du Célèbrrrrre Musard, dit Napoléon III.

Le fils de Philippe Musard, Alfred Musard (1818-1881) connu sous le nom d'Alfred Musard fils ou Musard fils, est également compositeur et chef d'orchestreVoir la photo de Alfred Musard sur la base Commons..

Biographie vignette|upright|Philippe Musard porté en triomphe au bal de l'Opéra en 1846Vernier : Au Bal de l'Opéra, , 1846..

Fils d'un entrepreneur de bals parisiens, Philippe Musard nait le à Tours.

La première partie de sa carrière a pour cadre Londres, où il dirige des concerts promenades et est chef d'orchestre des bals de la reine Victoria.

D'Angleterre, où il a épousé une Anglaise, il vient poursuivre sa carrière à Paris à 38 ans. Il dirige des bals à la cour et à la ville. On le baptise « le roi du quadrille », « le Napoléon du quadrille ». Cette danse alors à la mode, notamment au Carnaval de Paris, est sa spécialité. Il est chef d'orchestre des bals de l'Opéra, à l'Opéra Le Peletier, qui sont organisés durant la période du carnaval. Son orchestre compte jusqu'à cent exécutants. Musard a parmi ses collaborateurs le corniste virtuose Dufresne.

En 1836, Charles Delaunay, au nombre des sujets de conversation de la semaine qu'il mentionne dans La Presse, indique qu'il y aVicomte Charles de Launay Feuilleton, Courrier de Paris, La Presse, 15 décembre 1836, page 1, . « Les concerts de Musard, véritable emblème des plaisirs de notre époque ; une harmonie délicieuse qui couvre de grossiers propos des salons dorés tout remplis de boue. »

En 1837, Frédéric Soulié écrit dans La PresseFrédéric Soulié Feuilleton, Bal Musard, La Presse, 13 février 1837, page 1. : « le bal Musard est une belle chose. Ce sera même le seul grand souvenir de notre époque. » Il rapporte aussi que les habitués du bal Musard se sont baptisés entre eux les « voleurs » et les « voleuses ». Et que les « voleurs » entrent au bal au cri de : « Ohée ! ohée ! ohée ! les voleuses ! »

En 1837, Musard invite à Paris Johann Strauss père. À la suite de ce voyage où il a pu entendre des quadrilles, ce dernier commence à en composer lui-même. Il introduit cette danse en Autriche lors du carnaval de 1840.

Vers la même année Musard introduit au bal de l'Opéra le cancan (ou coincoin), danse jugée lascive et scandaleuse, inventée par les blanchisseuses. Ancêtre du french cancan, le cancan ou coincoin se pratique en couple. À l'époque, sous leur robe et jupons les femmes portent des culottes fendues.

Les œuvres de Philippe Musard sont d'inspiration personnelle ou composées sur des thèmes tirés d'œuvres d'autres compositeurs.

Au nombre de ses créations : un quadrille moyenâgeux, un quadrille chinois, un quadrille arabe… Le manuscrit de son quadrille moyenâgeux porte en marge, de sa main, des indications : Branle de Champagne , Colin MusetConservé au département de la musique de la BNF, fait partie d'une série de volumes reliés de ses manuscrits.… qui laissent voir le travail de recherches préliminaires du compositeur.

En 1840, au Galop des Tambours, de Jean-Baptiste-Joseph Tolbecque (succès au Carnaval de Paris, en 1839 et 1840), il répond avec un Galop des Trompettes.

L'influence de Musard est énorme, en particulier sur le Carnaval de Paris. Ce dont se plaint Le Journal des artistes début 1844 Chronique théâtrale, Journal des artistes, Revue pittoresque consacrée aux artistes et aux gens du monde, XVIII année, volume I, , 7 janvier 1844, page 11. :

Pourquoi les années se suivent-elles en se ressemblant toujours ? En effet, au carnaval, tous les directeurs vont nous offrir des parades dans lesquelles, au lieu d'esprit, nous aurons l'argot des bals Musard débité par les balochards, les chicandards et les débardeurs. Le tout terminé par un inévitable cancan avec accompagnements de gestes qui ne seraient pas tolérés à la Grande-Chaumière.

En hommage à Musard, Amédée Louis de Beauplan a composé : Le bal de musard : Délire pour voix et piano Voir la notice de cette œuvre sur le catalogue en ligne de la Bibliothèque d'état de Russie..

Les œuvres de Philippe Musard figurent aujourd'hui dans les collections spécialisées (en particulier le département de la musique de la Bibliothèque nationale de France)Premier mouvement de son quadrille Le bal masqué (1843), d'après un arrangement pour piano, fait par son fils, sur le site Internet officiel du carnaval de Paris .

Au côté de Philippe Musard furent célèbres des dizaines d'autres compositeurs parisiens de musique festive de danses à présent également oubliés : Louis-Antoine Jullien, souvent considéré comme le rival de Musard, Isaac Strauss (en son temps, les Parisiens appelaient les Strauss autrichiens : « les Strauss de Vienne »), les frères Tolbecque, Jean-Baptiste Arban, Auguste Desblins, etc. On retrouve des partitions imprimées à l'époque en Angleterre, aux Pays-Bas, aux États-Unis, en Australie. Parmi ces compositeurs, un seul est resté célèbre : Jacques Offenbach. Mais il est aujourd'hui surtout connu pour ses opérettes, pas pour ses musiques de danses, dont la plupart ne sont plus jouées.

En 1854, Philippe Musard prend sa retraite. Isaac Strauss le remplace à la tête de l'orchestre des bals de l'OpéraLes bals de l'Opéra, Musard. — Strauss., La Presse musicale, 7 décembre 1854, page 1..

Le Cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale de France conserve une affiche Émile Cohl, lithographie en couleurs de grand format, annonçant le bal d'enfants du lundi gras 1858 au théâtre de la Porte-Saint-Martin, accompagné par un orchestre composé de 120 musiciens, sous la direction de « Musard ».

Philippe Musard meurt le . Il est alors maire du village d'Auteuil, qui l'année suivante va être rattaché à Paris. Il est inhumé au cimetière d'AuteuilJacques Hillairet, Dictionnaire historique des rues de Paris, Les Éditions de Minuit, septième édition, 1963, (« A-K »), « Rue Claude-Lorrain », ..

Son nom est inscrit dans le hall d'entrée de la mairie du de Paris, au nombre des maires des anciennes communes qui formèrent cet arrondissement en .

Bals de l'Opéra en 1836 Le Journal des débats annonceLe Journal des débats, vendredi 12 février 1836. :

— Samedi et lundi gras, 13 et , l'Opéra donnera ses deux bals masqués ; grande loterie degli allegri au profit des pauvres du arrondissement ; l'orchestre, composé de soixante-dix musiciens, dirigé par M. Musard ; les solos exécutés par MM. Dufresne, Forestier et Collinet; les bureaux ouvriront à onze heures.

Le « bal Musard » en 1837 212px|vignette|droite|Caricature de Cham à propos de MusardCham, Nouvelles charges, album du Charivari, Paris 1851.. 212px|vignette|droite|Cham : le mercredi des Cendres, deux rois détrônés : Philippe Musard et le Bœuf Gras. 212px|vignette|droite|Philippe Musard composant un nouveau quadrille pour les bals de l'Opéra, caricature de Cham.

Le , dans La Presse, Frédéric Soulié donne au bal de l'Opéra dirigé par Musard le nom de « bal Musard » :

Mais changez le nom de la chose et criez bal Musard. Voici votre élégant qui revient le chapeau ciré et enrubanné sur la tête, la perruque de filasse abondante et monstrueuse, la veste de postillon, la culotte de peau, les bas de soie et un visage qui vient d'avoir une petite vérole de mouches noires. Il ne passade plus lentement et tristement dans le foyer. Il fait son entrée, il se pose au sommet d'un des escaliers, et là, ramassant toute sa poitrine pour annoncer qu'il va entrer un champion de plus dans la mêlée, il pousse le cri consacré : Ohée ! ohée ! ohée ! les voleuses ! C'est le Montjoie Saint-Denis du bal Musard. Il est presque aussi saint que le vrai Montjoie Saint-Denis ; car il est presque aussi vieux : seulement, autrefois, dans les fêtes des Ribauds, on criait : Ohée ! ohée ! les frotteuses ! les femmes folles, et alors le mot voulait dire la chose ; tandis qu'aujourd'hui le mot n'a plus de sens.

Qui a opéré ce changement dans ce beau jeune homme si triste et si amoureux de l'ennui de sa personne ? C'est le mot bal Musard. L'élégant est sorti gelé, triste, grippé ; il a entendu crier bal Musard ; il est rentré fier, superbe, avide de plaisir, ivre de l'idée qu'il va s'enivrer ; car il s'enivrera, et cette fois-ci ce ne sera pas après mûres réflexions, avec des personnes de choix : ce sera avec lui, avec elle, avec vous, avec on ne sait qui; quelqu'un de distingué qui a une belle femme sous le bras, qu'il fait danser comme si elle était à tout le monde. Et ne pensez pas que le hasard n'arrange pas de piquantes réunions ! j'en puis citer une qui n'est pas neuve quoiqu'elle soit d'hier. Tous les ans cela se rencontre.

Après le bal, après le souper, après le rire, le Champagne, les cris, l'un des convives dit : Qu'il était indécent que six honnêtes gens eussent passe ensemble une si belle nuit sans se connaître. Il demanda que chacun déclarât sou nom. Malgré l'ivresse générale, la proposition sembla hasardée. On refusait quand celui qui avait parlé s'écria : Eh bien, je vais vous donner l'exemple; je suis le marquis de... ; et tout aussitôt chacun se levant et prenant son verre répondit fièrement : Et moi le comte de... – et moi le duc de... – et moi le prince de... ; le dernier qui se leva n'avait d'autre titre que son nom, mais son nom est un beau titre. Il s'appelle..... Mais à quoi bon vous le dire ; dans un mois vous le lirez sur le livret du Musée, c'est !e nom d'un grand peintre.