Jessé, Isaï (Segond) ou Ishaï (Chouraqui) (hébreu יִשַׁי , Išaï, Ishay, Yishay) est, selon la Bible, le père de David devenu roi d'Israël et des Israëlites, lequel est d'ailleurs désigné en plusieurs endroits sous le simple nom de « ben Išaï », « ben Ishay », c'est-à-dire « fils de Jessé »Cf., notamment, 1 Samuel 20:27 et 1 Rois 12:16.
Le père du roi David est, selon le judaïsme l'ancêtre du messie attendu par les Juifs et selon le christianisme, l'ancêtre de Jésus-Christ, et figure ainsi dans diverses représentations de l'art chrétien, particulièrement à travers l'Arbre de Jessé.
Nom Ishay, Yshaï (יִשָׁי – Yīšāy) signifie en hébreu « Roi » ou « don, cadeau de Dieu ».
La forme longue du nom d'Ishaï (אִישַׁי) apparaît une fois dans la Bible, dans le Livre des Chroniques ; il peut s'agir en soi d’une abréviation du nom théophore Ishiyahu (אישיהו) ou Ishiya (אישיה) (Ish-Yah, איש-יה), qui n’apparaît pas dans la Bible Yehuda Kiel, Connaissance de la Bible דעת מקרא (Da'hat Mikral), commentaire biblique orthodoxe-moderne, 1 Samuel 16:2.. Une autre hypothèse indique que le nom Yishaï serait une forme abrégée de Yeshia (ישיה) (Yesh-Yah, יש-יה) signifiant « Dieu existe »Yehuda Kiel, Da'at Mikra, ibid., note 3.
Dans la Bible hébraïque Ishay (Jessé) est le fils d'Obed ( ישי בן-עובד, Yishay ben Oved), lui-même fils de Boaz et de Ruth la MoabiteRuth 4:17. Ishay est également surnommé « le Bethléemite » (I Sam. XVI. 1, 18 ; XVII. 58) et « l'EphrathiteNote : « Éphrate » fait généralement référence à l'ancien nom de Bethléem en Juda. À l'origine, il s'agit du nom de la région autour de Bethléem et il est ensuite identifié à la ville elle-même. (Genèse 35:19, Michée 5:2) de Bethléem » (ib. XVII. 12), en écho à son lieu de naissance (actuellement en Cisjordanie).
Il habite Bethléem en Judée1 Samuel 16:1 où il fait paître un grand troupeau de brebis1 Samuel 16:1, 16:11 & 17:20 ; voir aussi Psaumes 78:71 ou moutons. Il a huit fils1 Samuel 16:10-11 & 17:12 dont sept sont nommés dans le livre des Chroniques1 Chron. 2:13-15 : Eliav, Avinadav, Chamma, Nethanel, Raddaï, Ozem et David, ainsi que deux filles, et Abigaïl1 Chron. 2:16. vignette|L'onction de David par Samuel par F.-J. Barrias (1842) - Musée des Beaux-Arts de la ville de Paris. Ishay (Jessé) est invité par le prophète Samuel à partager la chair de la brebis dont il a fait offrande à Dieu. Les fils d'Ishay défilent devant le prophète jusqu'à ce que celui-ci désigne et consacre le plus jeune d'entre eux, David, comme élu de Dieu1 Samuel, chap. 16..
Dans le détail du Livre de Samuel, il est raconté qu'un jour, Samuel vient à Bethléem, envoyé par Dieu, pour oindre le prochain roi d'Israël mais s'y rend officiellement pour offrir un sacrifice à Dieu. Il utilise cette excuse parce qu'il craint que le roi Saül ne le tue s'il soupçonne la véritable raison de sa venue à Bethléem. Samuel offre le sacrifice d'une brebis avec Ishaï (Jessé), puis se rend dans sa maison où il le sanctifie, lui et sa famille. Le prophète demande ensuite au maître de la maisonnée de lui présenter ses fils. Lorsque Samuel voit Eliav, le fils aîné de la famille, il est impressionné par sa stature et convaincu qu'il doit être le roi oint de Dieu. Cependant, Dieu dit à Samuel : « Ne considère ni son apparence ni sa haute taille, car je l'ai rejeté. L'Éternel ne regarde pas à ce que l'homme regarde. L'homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l'Éternel regarde au cœur » (1 Samuel 16:7). Lorsque Ishaï (Jessé) présente son deuxième fils, Abinadab, Dieu dit à Samuel : « L’Éternel n’a pas choisi celui-ci non plus » (1 Samuel 16:8). Cela se reproduit avec son troisième fils, Shamma, puis avec ses quatrième, cinquième, sixième et septième fils. Finalement, Samuel demande à Ishaï (Jessé) s’il a d’autres fils et celui-ci lui répond que David, le plus jeune, garde le troupeau. Le prophète demande alors qu’on le fasse venir de chez lui. Samuel attend et quand le jeune berger arrive, Dieu demande au prophète d’oindre David comme roi d'Israël (1 Samuel 16:13).
Peu après, le roi Saül, souffrant de dépression et de mélancolie, demande à Ishay (Jessé) de lui confier son fils David pour qu'il joue de la lyre, car il avait entendu dire que le jeune garçon y jouait très bien. Ishay (Jessé) envoie son fils avec des cadeaux pour le roi. Le roi est tant impressionné par le jeu de harpe de David qu'il demande à Ishay (Jessé) de pouvoir garder son fils à sa cour pour jouer pour lui chaque fois qu'il serait déprimé.
Quelque temps plus tard, Ishay (Jessé), comptant parmi les hommes les plus âgés de son temps1 Samuel 17:12, envoie son jeune fils porter des provisions et des cadeaux à ses trois frères aînésI Samuel 17:17-18. enrôlés dans les campagnes du roi Saül contre les Philistins ; c'est à cette occasion que David accomplit son premier fait d'armes, en tuant le champion des Philistins, Goliath.
Des années plus tard, David s'enfuit dans le désert pour échapper à Saül qui cherche à le tuer afin que son trône ne lui soit pas retiré et qu'il reste au pouvoir. Ishay rend visite à son fils réfugié dans la caverne d'Adullam (actuellement sur la Ligne verteSurvey of Israel, Map 15-11 "Zurif", 1962.). Puis, inquiet pour leur sécurité, David se rend à Mizpah (en actuelle Jordanie) pour confier son père Ishay et sa mère à la protection du roi de MoabI Samuel 22:3., le temps que sa fortune s'améliore1 Samuel 32:4.
Ishay (Jessé) n'a probablement pas vu son fils David accéder au trône d'Israël.
Bien que David soit le seul porteur de son nom, il est spécifié dans le texte saint à plusieurs reprises par l'ajout « fils de Jessé » (2 Sam 23:1, etc.) et parfois, son prénom est complètement omis en faveur de la seule désignation de son père sous la forme ben Ishay, « le fils d'Ishay » (1 Sam 20:27 par exemple.).
Les mentions bibliques ultérieures du nom d'Ishay (Jessé) sont toujours associées à son fils David. C'est en cette qualité qu'Ishay apparaît dans les prophéties d'Isaïe annonçant la venue du MessieIsaïe 11:1, 11:10.: .Le nom d'Ishay est mentionné au total 42 fois dans la Bible hébraïque : Ruth 4:17.22 (3×), 1 Sam 16:1–22 (13×), 1 Sam 17:12–58 , 1 Sam 20:27–31 (3×) , 1 Sam 22:7–13 ( 4×), 1 Sam 25:10 , 2 Sam 20:1, 2 Sam 23:1, 1 Rois 12:16, 1 Chr 2:12 f (2x), 1 Chr 10:14, 1 Chr 12:19, 1 Chr 29:26, 2 Chr 10:16, 2 Chr 11:18 , Ps 72:20, Isa 11:1-10 (2x).
Dans la tradition rabbinique
Qualités Selon la tradition juive, Ishay (Jessé) enseignait la Torah aux foulesT.B. Berakhot 58a.. Son épouse serait Nitzevet fille d'AdaelTraité Talmud Bava Batra 91a.
Ishay aurait été une personne particulièrement vertueuse, l'un des quatre Israélites, avec Benjamin fils de Jacob, Amram père de Moïse et Kilav/Kilaev (appelé aussi Daniel) fils de David, qui sont morts sans péché ou à n'être pas morts à cause de leurs fautes, mais à l'instigation du Nahaš (le serpent qui a tenté Ève)Traité Shabbat 55b:4. . En effet, dans le cas d'Ishay, il est écrit : « Avigaïl fille de Nahaš, sœur de ZerouyaII Samuel 17:25., » alors qu'il est dit ailleurs qu'elle et Zerouya sont les filles d'IshayI Chroniques 2:16 ; les Sages en déduisent que l'expression « fille de Nahaš » signifie « fille de celui qui mourut à l'instigation du serpentT.B. Baba Batra 17a.. »
Les traditions rabbiniques indiquent qu'Ishay est, par ailleurs, avec Samuel, Saül, Ezéchias (selon d'autres, Sédécias), Elie, Amos, Sophonie et le Messie, ceux qui garderont aux temps messianiques la terre d'Israël de toute invasion hostile, avec les « sept bergersT.B. Soucca 52b. » (Adam, Seth, Mathusalem, Abraham, Jacob, Moïse et David).
Dans la liturgie juive, son fils David est souvent désigné par l'expression « fils d'Ishay (Jessé) de Betlehem ».
Selon Rachi, dans 2 Samuel 8:2, Ishay est tué par les hommes de Moab, avec sa femme et certains de ses enfants.
Tombe vignette|Tombe mausolée d'Ichay (Jessé) et de Ruth (sa grand-mère) sur les hauteurs d'Hebron. Selon la tradition, Ishay (Jessé) est enterré à Hébron, en terre d'Israël (actuellement en Cisjordanie) où sa modeste tombe est de nos jours honorée par les Juifs locaux.
Il s'agit d'une ancienne structure en pierre située au sommet d'une colline à Hébron, qui sert aujourd'hui de synagogue. Le site rénové en 2009 reçoit de nombreux visiteurs chaque année, en particulier lors de la fête juive de Shavouot, lorsque le Livre de Ruth est lu.
En 1537, le livre intitulé Yihus HaAvos V'Neviim (Lignée du patriarche et des prophètes) décrit le tombeau comme « un beau bâtiment sur la montagne, où Yishaï, le père du roi David, est enterré ». Il comprend un dessin du site et mentionne un « ancien cimetière israélite » à proximité et une cour croisée. Le rabbin Moshé Basola (1480-1560) écrit dans son journal de voyage que le site abrite une grotte qui relie le tombeau de Machpela (tombeau des Patriarches), une affirmation postulée par de nombreuses personnes au fil des ans.
Dans le christianisme vignette|Icône orthodoxe représentant Jessé (Ессей, Ишай), monastère de Kizhi en Carélie russe (début ). La Vulgate rend le nom hébreu d'Ishay comme Isai ou Iesse en latin, dont est dérivée la forme mineure Jesse. Dans la Septante, le nom est Ἰεσσαί Iessaí en grec.
Les prophéties d'Isaïe ayant été comprises par les chrétiens comme s'appliquant à Jésus de Nazareth, l'expression « racine de Jessé » est devenu un surnom de Marie de Nazareth, et l'« arbre de Jessé » une métaphore du lignage terrestre de Jésus, ainsi que d'Isaïe.
Jessé est important dans le christianisme, en partie parce qu'il figure dans l'Ancien Testament et assied la généalogie de Jésus. Son nom est mentionné au total 5 fois dans le Nouveau Testament.
Dans la tradition chrétienne, l’expression « branche issue de la racine de Jessé » ou « fleur issue de la racine de Jessé » apparaît pour la première fois chez le théologien Tertullien (v. 150-220) .
Représentations gauche|vignette|Détail de vitrail montrant Jessé endormi, église All Saints, Hove, Sussex (Grande-Bretagne). À partir du , le motif de l'Arbre de Jessé se propage dans l'art religieux, et apparaît dans des enluminures, des fresques, des vitraux, des sculptures, etc.
Jessé est habituellement représenté courbé, avec un arbre éclosant de son corps, les branches portant les ancêtres de Jésus et les prophètes, Jésus lui-même apparaissant au sommet. Le nombre de personnages illustrés dépend de la place disponible, ceux-ci étant par exemple plus nombreux sur sept vitraux que sur trois. Dans les manuscrits illustrés les plus anciens, Jessé et Jésus n'apparaissent pas toujours.
La première utilisation du thème de l'arbre de Jessé dans une verrière est réalisée par Suger à l'abbatiale de Saint-Denis. Les verrières de l'Enfance du Christ, de la Passion et de l'Arbre de Jessé constituaient l'ensemble des verrières consacrées à l'Incarnation du verbe divin en Jésus-Christ, Dieu le Fils devenu homme, né de la Vierge Marie. À la basilique de Saint-Denis, ces verrières étaient situées au chevet. L'abbé Suger désignait la verrière de l'Arbre de Jesse par Stirps Jesse, utilisant les deux premiers mots de l'hymne de répons composé par Fulbert de Chartres pour la fête de la ViergeTexte du répons composé par Fulbert de Chartres :Stirps Jesse virgam produxit, virgaque floremEt super hanc florem requiescit Spiritus almusVirgo Dei genitrix virga est, Flos filius ejus.. Dans la cathédrale de Chartres, ces trois verrières se trouvent sur la façade occidentale, sous la rose du Jugement dernier.
Au , l'arbre de Jessé figure dans l'iconographie des vitraux, comme témoigne la série des Prophètes réalisée par Sergio de Castro pour la Collégiale de Romont (Suisse) entre 1978 et 1981.
Prophéties