L'Aube du monde est un film dramatique produit en 2008 et réalisé par le cinéaste franco-irakien Abbas Fahdel.

Synopsis Avant de mourir, un jeune soldat irakien fait promettre à un membre de son unité d'aller trouver son épouse et de se marier avec elle.

À 10 ans, Zahra, fillette d'un village du Sud de l'Irak, offre son miroir fétiche à son cousin Mastour, qui promet de l'épouser quand ils seront adultes et de fuir le service militaire pour rester auprès d'elle. Sept ans plus tard, les deux jeunes gens vivent leur nuit de noces mais Zahra, craintive, repousse son mari. Quand une patrouille de l'armée de Saddam Hussein arrive pour recruter des soldats pour la guerre du Golfe, Mastour doit partir, alors que le mariage n'a pas été consommé. Plus tard, son unité est décimée et il se retrouve à errer dans le désert avec Riad, un de ses coéquipiers. Lorsqu'il saute sur une mine, il remet le miroir à Riad, à qui il demande de rejoindre Zahra et de l'épouser.

Cadre géographique Le film a pour cadre géographique la région des grands marais du delta du Tigre et de l’Euphrate, où se situait selon la légende le Jardin d'Éden biblique. C’est dans ce paysage d'aube du monde que vivent les Arabes des marais, de la même façon aujourd’hui qu’il y a . C’est là aussi que se sont réfugiés les vaincus des batailles épiques qui ont marqué l’histoire de la Mésopotamie depuis Sumer et Babylone, et plus récemment les milliers de déserteurs irakiens de la guerre Iran-Irak et les survivants de l'insurrection en Irak de 1991.

Pour faire disparaitre de la carte ce sanctuaire difficile à contrôler, Saddam Hussein avait ordonné d'assécher les marais, provoquant un désastre écologique qui sera qualifié par Klaus Töpfer (directeur exécutif du PNUE, Programme des Nations unies pour l'environnement) de .

Références mythologiques L'action du film se déroule principalement dans le delta du Tigre et de l'Euphrate, région où, selon le Livre de la Genèse, se trouvait le légendaire Jardin d'Éden. Ce pays "entre deux fleuves" (Mésopotamie) est aussi celui où naquit le mythe du Déluge, relaté dans le Poème du Supersage () et dans l'Épopée de Gilgamesh (1200 av. J.-C.) avant d'être repris dans la Bible et le Coran. Le "Supersage" du mythe, qui deviendra Noé dans la Bible et Noh dans le Coran, est évoqué dans L'Aube du monde au travers du personnage du vieux sage Hadji Noh (Pèlerin Noé en arabe). On peut aussi voir en Riad et Zahra, les deux protagonistes survivants dans les vestiges dévastés du Jardin d'Éden, comme l’incarnation des figures mythiques d’Adam et Ève : les Adam et Eve d'un monde post-apocalyptique.

Références littéraires et cinématographiques Le cinéaste reconnaît s'être inspiré partiellement du roman de Joseph Conrad, Au cœur des ténèbres.

Ayant exercé le métier de critique de cinéma, le réalisateur explique aussi dans un entretien en quoi l’approche théorique du cinéma a pu influencer son travail de cinéaste :

Les personnages Zahra (Hafsia Herzi) : 16 ans. Enfant des marais, elle incarne l’innocence bafouée en temps de guerre. Jeune veuve à peine mariée, elle se voit vivre avec les souvenirs et les regrets, mais sa rencontre avec Riad va tout changer. Riad (Karim Saleh) : 25 ans, originaire de Bagdad. Survivant de la guerre du Golfe, il semble condamné à vivre au sein de l'incompréhensible, avec son dégoût impuissant et son désir de fuir. Mais sa rencontre avec Zahra va lui redonner le goût de vivre et d’espérer. Mastour (Waleed Abou El Magd) : 18 ans. Naïf et innocent, il a toujours vécu dans les marais, jusqu’à ce que les émissaires du gouvernement viennent l’y chercher pour l’envoyer à la guerre. Dans l’armée, il se lie avec Riad au point de lui confier la mission de protéger sa femme Zahra après sa mort. La mère de Mastour (Hiam Abbass) : 40-45 ans. Une belle femme à la forte personnalité qui, à la suite de la perte de son fils unique, vacille et perd presque la raison. Par affection pour sa belle-fille Zahra, elle semble prête à laisser l'étranger Riad prendre la place de son fils défunt. Hadji Noh (Sayed Ragab) : avec son nom biblique (Hadji Noh : pèlerin Noé en arabe), il incarne la sagesse. Malgré son âge avancé, c’est encore un solide gaillard auprès de qui Riad trouve soutien et conseil. Zingi (Mahmoud Nagui) : 20 ans, ami d’enfance de Mastour. Déserteur en rébellion contre les autorités, il est une sorte de Robin des Bois des marais, fruste et courageux à la fois.

Le scénario Avant d'être porté à l'écran, le scénario de L'Aube du monde a obtenu deux prix : le Grand Prix du Meilleur Scénariste et le Trophée du premier scénario, décerné par le Centre national de la cinématographie. Le scénario de L'Aube du monde a été sélectionné par le Festival Premiers plans d'Angers 2007, pour une lecture en public faite par le comédien et réalisateur Didier Bourdon. Sélectionné par les ateliers d’écriture de scénario éQuinoxe TBC, le scénario de L'Aube du monde a été lu et discuté durant une semaine par un groupe de professionnels (réalisateurs et scénaristes) présidé par Paul Haggis, réalisateur de Collision et Dans la vallée d'Elah, et scénariste de Million Dollar Baby et des deux derniers James Bond: Casino Royale et Quantum of Solace. Le groupe comprenait également Martin Sherman, dramaturge auteur de Bent et scénariste de Madame Henderson présente de Stephen Frears, Mary Sweeney, productrice, scénariste et monteuse des films de David Lynch (Lost Highway, Mulholland Drive, Une histoire vraie), Coleman Hough, scénariste de Steven Soderbergh (Full Frontal, Bubble), Shane Connaughtan, scénariste de My Left Foot, Randa Chahal Sabbag, réalisatrice-scénariste du Cerf-volant, David Field, scénariste de La Force du silence de Mike Newell.

La musique La musique originale de L'Aube du monde est composée par l'allemand Jürgen Knieper, connu notamment pour ses compositions pour Wim Wenders (L'Ami américain, Les Ailes du désir). Victime d'une grave maladie en 1999, Knieper avait cessé de composer pour le cinéma, avant d'y revenir avec L'Aube du monde. La bande originale comporte aussi une chanson du groupe britannique Massive Attack: Hymn of the Big Wheel (album Blue Lines), et deux chansons de la chanteuse palestinienne Rim Banna : Jammal (album The mirrors of my soul) et Ya Lel Ma Atwalak (album Lullabies from the Axis of Evil).

Autour du film thumb|Le réalisateur Abbas Fahdel sur le tournage de L'Aube du monde Le film a été tourné dans différents endroits en Égypte, Le Caire, le lac Manzala, l'oasis d'Al-Farafra, le Désert blanc. Pour les besoins du film, une île artificielle et un village lacustre composé d'une quinzaine de maisons de roseaux ont été bâtis au milieu du lac Manzala, près de Port-Saïd. Dialogué en irakien, le film réunit des acteurs de différentes origines, dont la Française Hafsia Herzi (César du meilleur espoir féminin pour La Graine et le Mulet), la Palestinienne Hiam Abbass (La Fiancée syrienne, Les Citronniers, The Visitor) et le Libanais Karim Saleh (Munich, Kingdom of Heaven). La photo du film est signée Gilles Porte, lauréat en tant que réalisateur du César du meilleur premier film en 2005 pour Quand la mer monte...

Fiche technique Titre : L'Aube du monde Titre anglais (international) : Dawn of the World Titre arabe : فجر العالم Réalisation : Abbas Fahdel Scénario et dialogues : Abbas Fahdel Production : Pascal Verroust (producteur délégué), Oliver Damian (coproducteur) Société de production : ADR Productions (Paris), 27 Films Production (Berlin) Distribution : Rezo Films Musique originale : Jürgen Knieper Musiques additionnelles (chansons): Rim Banna, Massive Attack Décors et costumes : Hussein Baydoun Photographie : Gilles Porte Son : Emmanuel Zouki Montage : Sylvie Gadmer Langue originale : arabe Pays d'origine : Format : couleur par Kodak - 1,85:1 - 35 mm - Son Dolby Genre : drame Durée : 95 minutes Sortie en salles (distributeur Rezo) : : Première diffusion à la télévision (Canal+) : : Sortie en DVD (Éditions Montparnasse) : :

Distribution Hafsia Herzi : Zahra Hiam Abbass : mère de Mastour Karim Saleh : Riad Sayed Ragab : Hadji Noh Waleed Abou El Magd : Mastour Mahmoud Nagui : Zingi

Distinctions

Récompenses Grand prix du jury - Festival international du cinéma d’auteur de Rabat, Maroc, 2009. Prix du meilleur long métrage de fiction - Gulf Film Festival, Émirats arabes unis, 2009. Prix du Public et Prix du jury NETPAC - Festival international des cinémas d'Asie, Vesoul, 2009. Prix du meilleur scénario - Festival international du film de Beyrouth, Liban, 2009. Prix du Festival du film arabe de Fameck, France, 2009. Grand Prix du Meilleur Scénariste - SOPADIN. Trophée du premier scénario - Centre national de la cinématographie. Blason du Ministère de la Culture, Irak, 2010. Diplôme honorifique du Ministère de la Culture, Irak, 2010. Prix du meilleur acteur (Karim Saleh) - Festival du Film Arabe de Rotterdam, 2010.

Sélections officielles Festival international du film de Pusan, Corée du Sud, 2008. Festival international du film de Dubaï, 2008. Festival international du film de Rio de Janeiro, Brésil, 2009. Festival international du film du Caire, 2009. MedFilm Festival, Rome, 2009 Festival du film Open Doek, Belgique, 2009. Fenêtres sur le cinéma du Sud, Lyon, France, 2009. Arab Film Festival, Michigan, USA, 2009 Festival du film franco-arabe, Amman, Jordanie, 2009. Festival Douro Film Harvest, Portugal, 2009. Festival international du film oriental de Genève, 2010.

Critiques dans la presse

« L'Aube du monde est une vraie surprise. Un film qui semble venir de loin, signé par Abbas Fahdel, un réalisateur né en Irak, qui a fait ses études en France et qui a déjà réalisé deux documentaires. Il a aussi été critique avant de devenir cinéaste et cela se voit : il cadre avec soin, varie les points de vue, procède par métaphores. Sa fable moderne décrit le sort malheureux des Arabes du marais, mais puise aussi dans la mythologie. La guerre, la malédiction, les traditions sont, ici, autant de barrages qui empêchent Riad d'être fidèle à sa promesse. Servi par une photographie splendide, le film emprunte des détours sinueux, oscille entre espoir et désolation, et s'approche de la fantasmagorie. Jusqu'à finir par la vision hallucinante d'une cohorte de survivants hagards et abandonnés, possible tableau d'un lendemain d'apocalypse. » Jacques Morice, Télérama, 30 mai 2009. « Loin de l’exotisme ou du folklore, la musique composée par l’Allemand Jürgen Knieper, compositeur fétiche de Wim Wenders, achève de faire de L’Aube du monde une expérience sensorielle. Fahdel lève avec cette histoire d’amour postapocalyptique le voile sur un territoire inconnu mais déjà disparu, effacé par la brutalité du monde moderne. » Aurélia Hillaire, Libération, 27 mai 2009.