Corinne Luchaire, de son vrai nom Rosita Luchaire, née le dans le , où elle est morte le , est une actrice française, principalement connue en tant que fille du journaliste collaborationniste Jean Luchaire (1901-1946). Elle n'a en effet tourné que dans une dizaine de films sortis entre 1935 et 1940, notamment sous la direction de Léonide Moguy, sa carrière s'interrompant prématurément du fait d'une tuberculose contractée vers 1940.
Sous l'Occupation, elle fréquente à la suite de son père les milieux collaborationnistes. Elle a alors plusieurs liaisons et épouse un trafiquant du marché noir puis le quitte au bout d'un mois. En 1944, elle a une fille d'un officier autrichien de la Luftwaffe. Elle tente de se suicider à deux reprises. Devenue la secrétaire de son père, elle doit fuir l'avance des Alliés et se réfugie avec sa famille à Sigmaringen en 1944. Arrêtée en Italie en , elle est incarcérée à Fresnes jusqu'en octobre et condamnée à dix ans d'indignité nationale en 1946, tandis que son père est fusillé.
Elle meurt de la tuberculose en 1950, après avoir écrit un récit de sa vie, publié en 1949.
Biographie Origines familiales et formation Née le dans le sous le nom d'état civil de « Rosita Christiane Yvette Luchaire », elle est la fille de Jean Luchaire (1901-1946), journaliste et patron de presse, et de Françoise Germaine Besnard (1903-1998).
Elle est la petite-fille de Julien Luchaire (1876-1962), normalien, universitaire spécialiste de l'Italie, inspecteur général de l'Instruction publique et écrivain.
Elle est la sœur de l'actrice Florence Luchaire (1926-1982) et du décorateur Robert Luchaire..
Corinne Luchaire quitte l'école dès la classe de troisième pour suivre les cours d'art dramatique de Raymond Rouleau. Au lycée Pasteur de Neuilly, elle était copine de classe de Simone Signoret..
Carrière avant la guerre et maladie Son grand-père écrit pour elle la pièce de théâtre , créée en 1937, avec Bernard Blier. Cela lui vaut d'être engagée pour le rôle principal du film Prison sans barreaux, de Léonide Moguy, qui la révèle au grand public en 1938. À dix-sept ans, elle devient l'une des vedettes les plus prometteuses du cinéma français. En deux ans, elle tourne six films, notamment Le Dernier Tournant. En revanche, elle n'est pas présente dans le film Altitude 3 200 en 1938.
Sa carrière au cinéma est rapidement interrompue par ses problèmes de santé : souffrant de la tuberculose, elle doit chaque année séjourner plusieurs mois en sanatorium à partir de 1941, d'abord au plateau d'Assy, puis à MegèveCorinne L., une éclaboussure de l'Histoire, .
Période de l'Occupation (1940-1944) Sous l'Occupation, elle profite de la position et des relations de son père, rallié à la collaboration prônée par son ami Otto Abetz, ambassadeur d'Allemagne à Paris, pour mener une vie mondaine et insouciante durant ses séjours dans la capitale.
Le , elle épouse à Passy en Haute-Savoie Guy de Voisins-LavernièreAssocié au faux marquis Lionel de Wiette, proche de la fausse marquise d'Abrantès (Sylviane Quimfe), il trafique au marché noir et alimente la Gestapo française. Il est incarcéré à la Libération., trafiquant du marché noir, voire escroc, qu'elle quitte un mois plus tard.
Avec son père et la maîtresse de celui-ci, l'actrice Yvette Lebon, elle participe régulièrement à des soirées organisées par la Carlingue, la Gestapo française de la rue Lauriston.
Elle aurait fait une tentative de suicide au terme d'une liaison avec le champion de ski Émile Allais.
Elle a ensuite une relation avec un officier autrichien, le capitaine de la Luftwaffe Wolrad GerlachStudio Harcourt pendant l’Occupation : une part d’ombre mise en lumière. Vue 6 sur 10 : " L’actrice Corinne Luchaire pose avec son capitaine autrichien de la Luftwaffe Wolrad Gerlach, le 11 janvier 1944. Photo Studio Harcourt ". du Schnellkampfgeschwader 10, dont elle a une fille, Brigitte (Boulogne-Billancourt, — Nîmes, ), déclarée sous le nom de Luchaire et devenue aveugleSelon Xavier Giannoli, réalisateur du film Les Rayons et les Ombres, au cours de l'émission de France Inter On aura tout vu du 14 mars 2026.Xavier Giannoli parle de son film Les Rayons et les ombres avec les historiens Pascal Ory et Jean-Pierre Bertin-Maghit au cours de l'émission de France Inter On aura tout vu du 14 mars 2026. .
Fuite en Allemagne, arrestation et condamnation (1944-1946) vignette|redresse=0.7|Arrestation de Jean et Corinne Luchaire en Italie.|alt=Photo noir et blanc d’un soldat américain entre un homme en costume et une femme en robe. Quelques jours avant la libération de Paris (), elle suit sa famille à Sigmaringen où se réfugient les principaux collaborationnistes, dont Marcel Déat et Fernand de Brinon, autour du maréchal Pétain. En 1945, les Luchaire partent en Italie où ils sont arrêtés à Mérano.
Transférée avec son père à la prison de Fresnes, elle est libérée quelques jours après l'exécution de Pierre Laval (), tout comme sa sœur. En 1946, elle est condamnée à dix ans d'indignité nationale.
Jean Luchaire comparaît devant la Haute Cour de justice pour faits de collaboration et intelligence avec l'ennemi (article 75 du code pénalArticle 75 sur afmd.asso.fr.) en et condamné à mort. Il est fusillé le au fort de Châtillon.
Dernières années, mort et funérailles (1946-1950)
Vers 1948, Corinne Luchaire fréquente le peintre Anatola Soungouroff.
En 1949, elle publie son autobiographie, Ma drôle de vie, qui constitue un témoignage intéressant sur sa situation de fille d'une personnalité influente de la collaboration.
Corinne Luchaire meurt à l'âge de 28 ans le de la tuberculose au n° 12 de la rue Boileau dans le . Elle est inhumée au cimetière parisien de Bagneux (division 48).
Corinne Luchaire dans la culture Corinne Luchaire est mentionnée par l'écrivain Patrick ModianoVoir sur lereseaumodiano.blogspot.com., notamment dans Livret de famille, où il écrit : « Comment était Nice en 1945 ? Des fenêtres du Ruhl réquisitionné par l’armée américaine, filtrait une musique de jazz. Ma pauvre sœur Corinne, que la sécurité militaire française avait arrêtée en Italie, était enfermée tout près d’ici, Villa Sainte-Anne, avant qu’on ne la conduisît à la prison puis à l’hôpital Pasteur... ».
Elle est un personnage de premier plan, au côté de son père, dans le film Les Rayons et les Ombres de Xavier Giannoli (2026), dans lequel elle est incarnée par Nastya Goloubeva‑Carax.
Filmographie
1935 : Les Beaux Jours de Marc Allégret 1936 : Sous les yeux d'Occident de Marc Allégret : une laborantine (non créditée au générique) 1937 : Le Chanteur de minuit de Léo Joannon 1938 : Conflit de Léonide Moguy : Claire 1938 : Prison sans barreaux de Léonide Moguy : Nelly 1938 : de Brian Desmond Hurst, (version anglaise du film précédent) : Suzanne 1938 : Je chante de Christian Stengel : une élève (non créditée) 1939 : Le Dernier Tournant de Pierre Chenal : Cora 1939 : Le Déserteur (ou : Je t'attendrai) de Léonide Moguy : Marie 1939 : Cavalcade d'amour de Raymond Bernard : Junie 1940 : L'Intruse (Abbandono), de Mario Mattoli : Anna
Théâtre 1937 : Un film de même titre a été tiré de cette pièce, sorti en 1938. de Julien Luchaire, mise en scène Raymond Rouleau, théâtre de l'Étoile ; reprise en 1939 au théâtre Tristan-Bernard
Publication Ma drôle de vie, Paris, Sun, 1949 (Notice BnF
Rééditions (Catalogue BnF) :
Paris, Dualpha, 2002 Paris, Dualpha, 2018
Notes et références
Notes
Références
Voir aussi
Bibliographie Cédric Meletta, Corinne Luchaire. Ses Rayons et ses Ombres, Paris, Le Cherche Midi, 2026. Cédric Meletta, Jean Luchaire : l'enfant perdu des années sombres, Paris, Perrin, 2013, 450 Carole Wrona, Corinne L., une éclaboussure de l'Histoire, Paris, Centre national du cinéma, 2008 . Carole Wrona, Corinne Luchaire, un colibri dans la tempête, préface de Pierre Barillet, Grandvilliers, éditions La Tour verte, 2011, 192 Marco Innocenti, Il profumo di Corinne, Milan, Mursia, 2015, 292
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